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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 8

Chapitre 8

 

Quand Link se réveilla le lendemain, la matinée était déjà bien avancée et aucun bruit ne se faisait entendre dans la forteresse. Le prisonnier remarqua que la porte de sa cellule était ouverte et que ses chaînes lui avaient été ôtées. Le Héros du Crépuscule se leva et découvrit tout son matériel posé dans un coin de sa cellule, y compris la magnifique épée, cadeau de la princesse Zelda. Il remit sa cotte de mailles, sa tunique ainsi que son couvre-chef et prit ses armes.

Le jeune homme sortit en empruntant les couloirs, mais il ne rencontra personne. La vue du camp déserté confirma son pressentiment : les Gerudos avaient quitté la forteresse avec Ganondorf. Sheik était seul et préparait leur prochain départ.

Quand Link apparut, celui-ci ne put s’empêcher de le fixer.

« Que se passe-t-il ?

— C’est fou, ce que tu lui ressembles !

— A qui ?

— Au Héros du Temps. Avec cette tenue, on pourrait facilement vous confondre.

— Pourtant, ton maître ne semble pas avoir remarqué cette similitude.

— Il ne l’a connu qu’enfant. Tu as récupéré toutes tes affaires ?

— Oui, j’ai tout. Je suis prêt.

— Comment va ton épaule ? Pourras-tu voyager ?

— Si tu crains que cette blessure m’empêche de chevaucher, il aurait peut-être fallu y penser avant de m’envoyer me battre contre toute une armée.

— Je vois que tu n’as pas perdu ton sens de la répartie. Bien ! Alors, allons-y. »

Link le retint par le bras.

« Attends ! Juste une question : pourquoi m’avoir drogué hier soir ?

— Pour plusieurs raisons. La première : tu avais besoin de repos. La seconde : Ganondorf est parti avec Iria et toute son armée. Il ne voulait pas que tu sois au courant avant ce matin. Si tu ne réalises pas ta mission et que tu tentes de retrouver ton amie, elle mourra.

— Ce tyran met tout en œuvre pour bien me faire comprendre qu’il a toutes les cartes en main et que je ne suis pas en mesure de m’opposer à lui. Les séances d’entrainement m’ont montré que je n’ai pas la force suffisante pour battre son armée.

— Le but premier était effectivement de te démontrer la supériorité de ses troupes mais il voulait aussi t’affaiblir.

— M’affaiblir ? Avant de m’envoyer chercher le Héros du Temps ?

— Notre roi ne s’attend pas à ce que tu attaques ton ancêtre. Tu es incapable de le blesser ! Il le sait et toi aussi ! »

Link baissa les yeux. Sheik avait raison. Ce dernier lui tendit les brides d’un des deux chevaux et monta sur l’autre. Deux minutes plus tard, ils galopaient en direction de la plaine d’Hyrule. Au bout d’une heure, le jeune homme commençait déjà à ressentir des douleurs dans son épaule provoquées par les mouvements du cheval.

Les deux cavaliers mirent plusieurs heures pour atteindre la limite du désert. Devant eux, s’étendait une forêt. Ils décidèrent de s’y arrêter pour laisser les chevaux se reposer.

« Nous ne repartirons que demain matin. Il y a une source juste à côté. Profites-en pour faire un brin de toilette. Après les épreuves que tu as subies ces derniers jours, ça ne pourra que te faire du bien. Prends cette chemise ! La tienne est couverte de sang. Ça ferait mauvais effet … »

Link se dirigea vers l’endroit indiqué et s’y baigna un long moment. Les sources du royaume d’Hyrule avaient des effets curatifs sur certaines blessures. Lorsqu’il retourna auprès de Sheik, le jeune homme se sentait déjà mieux.

« Ton épaule ? J’ai vu qu’elle ne t’a guère laissé en repos pendant le trajet. L’eau t’a-t-elle fait du bien ? Montre-moi ! »

Il s’approcha de lui et observa la blessure.

« La cicatrisation a commencé. Tu as été frappé par une lame Gerudo. Elles sont connues pour faire de gros dégâts dans la chair. Ta blessure risque de mettre du temps à guérir. »

La nuit tombant, ils allumèrent un feu et s’installèrent. Link s’était mis à réfléchir. Levant la tête, il s’aperçut que son compagnon de route l’observait avec insistance.

« Pourquoi me regardes-tu comme ça ?

— Je cherche les réponses à mes questions au fond de tes yeux.

— Pourquoi ne pas me les poser directement ?

— Parce que les yeux sont incapables de mentir. Puis-je te faire confiance ? Je pense que oui.

— Me faire confiance ? Tu as peur de quoi ? Que je te tue dans ton sommeil ? Si j’avais eu cette idée, ne penses-tu pas que j’aurais mis fin à ta vie dans le désert. Je risquais quand même moins d’être vu là-bas qu’ici.

— Détrompe-toi, tout le long de notre trajet, nous étions suivis. Nous sommes surveillés depuis que nous avons quitté la forteresse. Mais ils sont loin et ne peuvent pas nous entendre. Ganondorf ne me fait pas confiance et il a raison. En fait, je suis du côté du Héros du Temps … et du tien. »

Link semblait sceptique devant les paroles de celui qui se prétendait son allié.

« Tu étais de mon côté, quand tu m’as manipulé ? Ou quand tu as donné à Ganondorf la méthode pour me contraindre, en lui révélant ma relation avec Iria ? Que dire du moment où tu l’as convaincu de me faire affronter son armée complète ?

— Je n’ai fait qu’obéir à mon supérieur. Je t’ai soigné. Il s’agissait d’un ordre également, mais j’ai fait un peu plus que simplement te garder en vie. En risquant ma couverture. Quant à mes actions, tu aurais sans doute préféré continuer à te prendre des coups sans pouvoir te défendre. Je t’ai offert la possibilité d’apprendre certaines attaques des Gerudos. Pourquoi crois-tu que ta dernière séance d’entraînement a été écourtée ? »

Link ne répondit pas.

« Nabooru a remarqué que tu commençais à reproduire les attaques de tes adversaires. Ce que tu as appris te sauvera peut-être la vie !

— Désolé. Je n’avais pas vu les choses sous cet angle. »

Sheik se tut un instant, comprenant la réaction du Héros du Crépuscule. Il lui avait donné des raisons de se méfier.

« Ne le sois pas. J’aurais probablement réagi de la même façon. Sache que tu ne la sauveras pas en obéissant aux ordres. Et que tu as peu de chances d’en sortir vivant.

— Je sais que ce tyran ne me laissera pas en vie et qu’il nous tuera tous les deux quand je ne lui serais plus utile. J’essaie juste de gagner un peu de temps… sans grand espoir.

— Tu représentes un risque trop important pour lui. Après tout, tu l’as déjà battu. Tu n’es plus seul maintenant. Une fois qu’on aura retrouvé le Héros du Temps, il nous aidera. »

Après un instant de silence, Link reprit la parole.

« Quel est ton plan ?

— En ce moment, il est à Cocorico, dans le Temple de l’Ombre. Sa prochaine destination se trouve au milieu du désert. Nous lui servirons de guide.

— Comment va-t-on s’y prendre ?

— Il me connait. Je l’ai déjà aidé à plusieurs reprises. Je lui dirais que je te conduis dans le désert pour des recherches et je lui proposerais de nous accompagner. Je ne m’attend pas à un refus de sa part. »

Le jeune homme réfléchit un instant, puis reprit de plus belle.

« Et où le mènerons-nous ?

— Dans une embuscade. L’armée gerudo doit nous retrouver à un endroit précis du désert. Nous serons capturés et emmenés dans la forteresse. Une fois là-bas, je ferais mon possible pour mettre Iria à l’abri et nous aiderons le Héros du Temps à se débarrasser du tyran.

— Ton plan semble parfait, mais quand lui parlerons-nous?

— Je lui expliquerai tout à la forteresse.

— Pourquoi pas avant ? Si les gardes le surveillent autant que moi, ça risque d’être difficile.

— N’oublie pas que je suis libre de mes mouvements là-bas. Ils ne méfient pas de moi, je fais partie de leur bande. »

Soudain, Link se rappela la conversation qu’il avait eue avec Ganondorf le premier jour.

« Attends, as-tu rencontré Xanto, le mystérieux visiteur ?

— Non, j’ai appris son existence par Ganondorf. Il m’a parlé de toi, de la raison de ta présence et de ton rôle dans son plan. Pourquoi me demandes-tu ça ?

— Ton maître a reçu des informations sur son futur. Or, tu me dis que tu es du côté du Héros du Temps depuis le début. Il a pu lui dire que tu allais le trahir.

— Ça reste une possibilité. Mais, je ne pense pas qu’il le lui ait dit. Sinon, je n’aurais pas été choisi pour cette mission.

— Justement, il ne te fait pas confiance. Le doute doit l’habiter. C’est sûrement une épreuve. Son but est de te prendre en flagrant délit de trahison.

— C’est un risque qu’il va falloir courir. »

Désirant arriver à Cocorico avant le départ du Héros du Temps, Sheik et Link repartirent à l’aube le lendemain matin. Après plusieurs heures de chevauchée, ils parvinrent au village et l’aperçurent près de l’auberge locale. Celui-ci préparait sa monture pour un long voyage.

Âgé d’environ dix-sept ans, le jeune homme avait les cheveux blonds et les yeux bleus. Il portait une tunique verte au-dessus d’une chemise blanche ainsi que des guêtres claires.  Un bonnet vert était posé sur sa tête et des boucles d’oreilles bleues pendaient à ses oreilles pointues. Sheik remarqua l’étonnement sur le visage de son compagnon.

« Je te l’avais dit, on pourrait vous confondre. Il va falloir que tu dissimules tes vêtements et ton visage. Prends ce manteau ! »

Link l’enfila après avoir retiré son bonnet. Le col du vêtement ne laissait apparaître que ses yeux.

« Comment allons-nous l’aborder ?

— J’ai une idée. Regarde, il se trouve à côté d’un marchand et a dû s’équiper pour le voyage. Va acheter ce dont nous avons besoin. Je m’occupe du reste.

— D’accord.

— Au fait, Link, si j’utilise ton vrai prénom, il pourrait se poser des questions. Comment puis-je t’appeler ? »

Celui-ci réfléchit un court instant et repensa à son maître d’armes au village de Toal.

« Appelle-moi, Moï !

— Entendu, vas-y. »

Link se dirigea vers le Héros du Temps, toujours occupé à charger son matériel sur son cheval. Il passa près de lui sans le regarder et s’arrêta auprès du marchand pour lui acheter les denrées nécessaires à leur voyage. Soudain, une voix appela :

« Moï ! »

Les deux jeunes hommes se retournèrent en même temps.

« Sheik ? Que fais-tu là, demanda le Héros du Temps.

— Je t’ai dit que je servais parfois de guide. Moï fait des recherches sur les anciennes civilisations. Il veut explorer le désert. Je l’accompagne.

— C’est justement là que je me rends aussi. Peut-être pourrions-nous faire un bout de chemin ensemble. »

Ce qui fut dit fut fait. Le temps pour Sheik et Link de faire leurs propres préparatifs de départ et une heure plus tard, ils étaient en route.

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