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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 6

Chapitre 6

 

Le matin suivant, à son réveil, le Héros du Crépuscule s’aperçut que ses mains n’étaient pas entravées. Sheik avait-il omis de lui remettre les chaînes ? Ou peut-être l’avait-il fait exprès ? Malgré son épuisement, Link décida de tenter le tout pour le tout. Une telle chance ne se présenterait pas deux fois.

 

Entendant des pas dans le couloir, le jeune homme se coucha sur le sol en prenant soin de faire croire qu’il était attaché. Nabooru entra et s’approcha du prisonnier. Lorsqu’elle fut assez près, ce dernier bondit et s’empara du sabre que la guerrière portait à la ceinture. Le Héros du Crépuscule en utilisa le manche pour lui donner un coup, qui ne réussit qu’à l’étourdir.

 

Link profita des quelques secondes que lui accorda ce choc pour s’élancer vers la porte. Son habileté à l’épée lui permit de désarmer rapidement les deux gardes qui s’étaient interposées entre lui et la sortie. L’évadé courut dans les couloirs et dans les escaliers heureusement déserts pour rejoindre l’entrée de la forteresse, essayant de faire abstraction des douleurs qu’il ressentait dans presque tous ses muscles.

 

À la sortie du bâtiment, le jeune homme se trouva face à une quarantaine de Gerudos. N’écoutant que son courage, celui-ci tenta vainement de se frayer un passage, mais les épreuves qu’il subissait depuis trois jours l’avaient vidé de ses forces. Les guerrières réussirent à le désarmer. Comprenant que sa tentative de fuite avait échoué, Link cessa le combat. Le Héros du Crépuscule laissa les gardes lui entraver les mains et le conduire auprès de Ganondorf qui avait assisté à la scène devant sa tente.

 

Nabooru qui les avait rejoints le força à s’agenouiller et le maintint dans cette position. Ganondorf l’observa en souriant :

 

« Bravo ! Je suis impressionné. J’avais entendu parler de ton adresse à l’épée, mais te voir en action est beaucoup plus spectaculaire. »

 

Link garda le silence, les yeux baissés. Le jeune homme venait de comprendre qu’il s’était laissé manipuler et se reprochait d’être tombé dans ce piège.

 

« Tu as réagi exactement comme je le voulais. Ce que tu peux être prévisible ! Sheik était chargé de s’assurer de ta survie. C’est sur mon ordre qu’il t’a nourri et soigné ces trois derniers jours. C’est également moi qui lui ai demandé de te détacher. Ne crois surtout pas avoir un allié ici ! Cette mise en scène était nécessaire pour te faire comprendre que ta résistance est inutile. »

 

Le jeune homme leva les yeux vers son ennemi.

 

« Tu as gagné cette bataille, Ganondorf, mais la guerre n’est pas finie. Jamais je ne t’aiderai.

— Tu es obstiné ! Je pourrais continuer à te faire souffrir, mais je préfère utiliser une méthode plus efficace. Comme tu me l’as fait remarquer, le Héros du Temps est en route. Je vais te faire un aveu. Lors de notre entretien, je t’ai caché certaines informations. Comme la présence d’une deuxième personne dans le Sanctuaire à ton arrivée. Une jeune fille blonde pour être précis. »

 

En entendant ces mots, Link pâlit. Ganondorf n’avait pas manqué ce changement sur le visage de son prisonnier.

 

« Tu commences à comprendre ! Mes gardes l’ont ramenée en même temps que toi. Mais j’ignorais le genre de relations que vous pouviez avoir. C’est Sheik qui s’est occupée d’elle. Dès le début, la demoiselle lui a parlé d’un ami qui l’avait accompagnée au Sanctuaire. Son inquiétude pour lui était grande, mais nous n’étions pas sûrs qu’il s’agisse de toi. »

 

Ganondorf s’interrompit un instant et observa son prisonnier avec un sourire cruel.

 

« Alors, il a gagné sa confiance et elle nous a dit tout ce que nous avions besoin de savoir et que Xanto ignorait.  Ton amie d’enfance est très bavarde lorsqu’il s’agit de toi. »

 

Link ferma les yeux. La situation venait d’atteindre un point de non-retour. Il sentit le sol se dérober sous ses pieds. Comment avait-elle pu être attirée avec lui dans le passé ?

 

« Contrairement à ce que tu aurais pu croire, la porte du temps n’est pas l’Épée, mais le Sanctuaire lui-même. Il suffit d’être entre ses murs pour faire partie du voyage. Ta copine m’aura grandement facilité la tâche. D’ailleurs la voilà. »

 

Link se tourna dans la direction que lui montrait son ennemi. À la vue de son amie maintenue par deux gardes, son teint devint livide. Le jeune homme sentit tomber sur ses épaules le poids de la culpabilité. Il avait de nouveau été incapable de la protéger, lui, que tout le monde prenait pour un héros.

 

Le héros du Crépuscule regarda Iria tenter de se défaire des deux femmes qui la retenaient pour essayer de le rejoindre, en l’appelant de toutes ses forces. Sur un signe de Ganondorf, les femmes la lâchèrent et elle se précipita vers lui.  La jeune fille s’agenouilla devant lui et le prit dans ses bras en pleurant. Quand celle-ci remarqua les nombreuses traces des mauvais traitements qu’il avait subis, ses larmes redoublèrent.

 

Link aurait voulu lui rendre son étreinte, mais ses liens l’en empêchaient et il ne supportait pas de lire cette inquiétude dans ses yeux.

 

« Ne t’en fais pas pour moi ! Ce n’est pas aussi grave que ça en a l’air. »

 

Link n’eut pas le temps d’en dire plus, car les deux gardes attrapèrent la jeune fille par les bras et l’emmenèrent de nouveau loin de lui. Il la regarda partir, sentant que le désespoir et la peur prenaient le pas sur son courage.

 

« Aurais-je découvert ton point faible, le héros », lui demanda Ganondorf qui avait observé la scène en souriant.

 

Link se retourna vers son ennemi. Celui-ci savait qu’il avait gagné et que le jeune homme ne pourrait plus lui résister. Le roi des Gerudos se mit à rire à gorge déployée, ravi de l’effet qu’avait provoqué sa petite surprise sur son prisonnier.

 

« Ramenez-le dans sa cellule afin qu’il réfléchisse aux conséquences que pourrait provoquer son entêtement à vouloir me résister. »

 

Link fut de nouveau enchaîné au fond de sa cellule. Il était anéanti. Une fois de plus, Iria était en danger. Jusqu’à maintenant, le jeune homme avait essayé de retarder l’échéance pour permettre au Héros du Temps d’avancer dans sa mission, quitte à en payer le prix. Mais, à présent, Ganondorf risquait de s’en prendre à elle et l’idée de la voir souffrir à sa place lui était insupportable. Obéir était la seule solution.

 

En début d’après-midi, le Héros du Crépuscule reçut la visite de Sheik. Celui-ci venait voir dans quel état était le prisonnier. À son entrée, Link lui lança un regard noir. L’autre ne réagit pas. Il s’approcha et commença à soigner les nouvelles blessures qu’avait causées sa tentative de fuite. Le prisonnier se laissa faire sans bouger.

 

« Tu ne t’en es pas trop mal tiré au vu du nombre d’adversaires que tu avais en face de toi. Certaines Gerudos sont bien plus touchées que toi. Tu as un certain talent avec une épée. »

 

Link resta silencieux. Il ne voulait pas donner à son ennemi l’occasion de le duper à nouveau.

 

« Je comprends ta réaction. Je n’aimerais pas non plus avoir été manipulé de la sorte. »

 

Devant l’absence totale de réponse de la part de Link, il continua.

 

« Ne parle pas, si tu n’en as pas envie, mais écoute au moins. Ton habileté à l’épée ne sera pas suffisante pour te sortir de là. Ganondorf veut te faire suivre un entrainement pour te préparer à ta mission. Profites-en pour apprendre tout ce que tu pourras. »

 

Sheik avait dit tout cela à voix basse. Quand les soins furent terminés, il se releva et se dirigea vers la porte.

 

« Tu sembles apte à réaliser ta mission. Je vais avertir le roi des Gerudos que tu seras prêt à commencer ta préparation dès demain. Au fait, ta petite amie va bien. Je me suis occupé d’elle. Fais ce qu’on te dit et tout se passera bien. »

 

Laissé seul, Link en profita pour analyser la situation. Iria étant devenue une otage, sa seule issue était d’accepter la mission que voulait lui confier Ganondorf. C’est tout ce qu’il pouvait faire pour le moment, en espérant avoir une idée pour sauver la jeune fille ou en attendant l’arrivée du Héros du Temps. Ce dernier pourrait bien s’avérer être son dernier espoir.

 

Au bout de plusieurs heures, la porte s’ouvrit de nouveau devant Nabooru et ses deux gardes. Elles le détachèrent et l’emmenèrent sans prendre la peine de lui entraver les mains.

 

« Voyons voir si tu as compris ! Nous t’emmenons voir le maître. Reste calme et suis-nous gentiment si tu veux revoir ton amie. »

 

Elles le conduisirent dans la tente de Ganondorf où celui-ci l’attendait, installé dans un fauteuil. Les femmes le forcèrent à s’agenouiller et à baisser la tête. Link en profita pour fixer le sol. Ainsi, il ne voyait pas la mine réjouie de son ennemi.

 

« Mes arguments ont-ils réussi à te convaincre ou dois-je encore me montrer plus persuasif ? Vas-tu enfin faire ce que je te demande ?

— Je ferai ce que tu veux, mais ne t’avise pas de la toucher, dit-il en se libérant de l’étreinte de ses gardes pour planter son regard dans les yeux de son adversaire.

— Tu n’es pas en position pour me donner des ordres. Tant que tu feras ce que je te demande, elle ne craint rien, mais n’essaye pas de me tromper ! Cela pourrait lui coûter cher. »

 

Nabooru l’attrapa alors par les cheveux pour le forcer de nouveau à baisser la tête.

 

« Sheik m’a informé de ton état de santé. Mais il m’a aussi dit que tu n’étais pas tout à fait prêt à te lancer dans une mission périlleuse. D’après lui un peu d’entraînement ne te ferait pas de mal. À partir de demain matin, tu suivras une formation à la méthode gerudo. J’ai besoin que tu sois au maximum de ta force pour cette mission. »

 

Link ne quittait pas le sol des yeux, ne réagissant pas. Ganondorf continua ses explications.

 

« Ta mission est très simple : trouver le Héros du Temps et le ramener ici. La façon dont tu parviendras à tes fins m’importe peu. Je n’ai qu’une exigence. Je le veux vivant. Je n’ai jamais envisagé de te demander de le tuer. Je ne pense pas que tu en sois capable. De plus, je me réserve ce plaisir. Sache simplement que s’il lui arrivait un accident, cela pourrait te coûter cher ainsi qu’à ton amie. »

 

Nabooru releva Link et le ramena dans sa cellule. Celui-ci remarqua un changement dans la façon dont il était traité. En effet, ses mains furent attachées devant lui.

 

« Tes gardes t’apporteront ton repas d’ici peu. Je te conseille de prendre des forces. Tu en auras besoin. Ne tente pas de te détacher. C’est impossible. D’autres ont essayé avant toi et personne n’y est parvenu. »

 

Elle sortit, le laissant seul. Quelques minutes plus tard, on lui apporta de quoi se restaurer. Il mangea sans appétit.

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