Gamezik

Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 42

Link s’était recroquevillé sur lui-même. Tournant le dos à la porte, celui-ci n’avait pas vu la princesse entrer. Lorsqu’elle lui toucha l’épaule pour lui signaler sa présence, il sursauta violemment.

 

« Calme-toi ! C’est moi, lui dit-elle. Un souvenir ? »

 

Il tourna la tête vers elle et acquiesça.

 

« Raconte-moi ! »

 

Link fit ce que Zelda lui avait demandé. À la fin du récit, celle-ci parut troublée. S’en apercevant, le jeune homme l’interrogea.

 

« Quelque temps après ta disparition, j’ai eu une étrange impression : comme si ton fragment de Triforce perdait de sa puissance. Plus les heures passaient et moins je la ressentais. Au bout de plusieurs jours, c’était comme si ton fragment n’existait plus. Je suis allée consulter plusieurs savants. Personne n’a pu m’expliquer le phénomène, alors je me suis mise à lire des livres sur ce sujet.

— As-tu trouvé une réponse ?

— Non, après plusieurs mois, je me suis mise à croire que tu avais disparu pour de bon. Au bout d’un an, j’ai perçu de nouveau ta présence, très faible, pendant quelques jours, puis plus rien. Cela s’est reproduit l’année suivante et celles d’après. J’en ai parlé autour de moi, mais on m’a fait comprendre que tu étais mort et que mon envie de te revoir me provoquait des hallucinations. Comme celles-ci se produisaient toujours à la même période, celle des cérémonies du souvenir, j’en ai conclu qu’ils avaient raison. Plus le temps passait et plus cette sensation diminuait.

— Tu penses que cela a un rapport avec ce qu’ils ont fait à mon fragment ?

— C’est possible. Il y a quelques jours, le phénomène s’est renouvelé, avec un plus d’intensité que les autres fois, comme si tu te rapprochais.

— Sans doute dû au fait que je suis revenu.

— Oui, lorsque j’ai reçu la lettre de Moï, j’ai su qu’il s’agissait de toi. Le message de Reynald n’a fait que confirmer mes soupçons. Ce que je ne comprenais pas, c’est pourquoi ce signal était si faible. J’ai ma réponse maintenant. Je pense que nous comprendrons bien des choses quand ta mémoire sera revenue. Donne-moi ta main, je voudrais vérifier quelque chose. »

 

Link lui tendit la main. Zelda se concentra. Plusieurs minutes s’écoulèrent dans un silence complet.

 

«  Ton fragment s’affaiblit de plus en plus. D’après ce que tu m’as dit et les sensations que j’éprouve, tu es sous l’emprise d’un pouvoir qui étouffe la Triforce. Si tu ne réagis pas, tu pourrais la perdre. C’est le même principe que lorsque tu as été transformé en loup par Xanto. Un seul objet pouvait t’en libérer…

— L’Épée de Légende…

— Ce n’est qu’une hypothèse ! Mais c’est peut-être la solution. Il y a juste un petit problème.

— Lequel ?

— En temps de paix, l’accès à la Clairière est verrouillé.

— Y a-t-il une autre solution ?

— Pas à ma connaissance !

— Que se passera-t-il si on ne fait rien ? »

 

La princesse ne répondit pas, mais son regard était explicite.

 

«  Je me rendrai à l’Ancien Sanctuaire, dès demain matin.

— Je vais nommer une patrouille pour t’accompagner !

— Ce n’est pas nécessaire !

— Je ne te donne pas le choix. Si tu avais été accompagné par quelques soldats, il y a sept ans, nous ne serions pas dans cette situation. »

 

Link observa Zelda et se rendit compte que celle-ci se reprochait ce qu’il lui était arrivé.

 

«  Tu n’es pas responsable », lui murmura-t-il doucement.

 

La princesse se leva sans un mot, ouvrit la porte et demanda aux gardes de ramener le médecin.

 

« C’est parfaitement inutile, il m’a déjà examiné.

— Je veux qu’il te donne quelque chose pour que tu puisses dormir et te reposer. Tu es épuisé, cela se voit.

— Je refuse de prendre un somnifère !

— Tu le feras ! C’est un ordre ! »

 

Lorsque le médecin entra, le jeune homme s’était enfermé dans le silence.

 

« Avez-vous pu découvrir quelque chose au sujet de la pierre ?

— Malheureusement, non, j’aurais besoin du produit pour pouvoir élaborer un traitement. Puis-je savoir pourquoi vous m’avez fait venir ?

— Je pense que Link ne pourra pas se reposer tant qu’il continuera à revivre ses souvenirs pendant son sommeil ! »

 

Le médecin s’approcha du jeune homme, s’assit sur le lit et l’examina.

 

« Vous avez dormi ?

— Oui, plusieurs heures.

— À vous voir, on ne dirait pas. Prenez ceci, dit-il en sortant une pilule de son sac !

— Je ne veux pas …

— Fais ce qu’on te demande si tu veux que je te laisse partir demain matin », dit Zelda en lui tendant un verre d’eau.

 

Vaincu, Link avala le médicament. Quand il fut endormi, elle interrogea le docteur.

 

« Vous êtes sûr qu’il ne sera pas réveillé par ses souvenirs ?

— Non, pas cette fois. Il devrait se reposer. »

 

Soulagée, la princesse sortit de la chambre, suivie par le docteur. Dans le couloir, Iria et Corentin l’attendaient.

 

« S’est-il excusé, demanda le jeune homme.

— Non, mais je ne lui ai pas encore fait de reproches. Pour l’instant, nous devons trouver un moyen de lui sauver la vie. Nous parlerons de son comportement plus tard.

— Vous ne savez pas ce qu’il a osé lui dire !

— Il est en tort. Nous sommes d’accord sur ce point, mais il y a plus urgent. Pourriez-vous réunir une escorte afin de l’accompagner demain matin à l’Ancien Sanctuaire.

— Bien sûr, mais dans quel but ?

— Il doit récupérer un objet d’une grande importance.

— L’Épée de Légende, intervint Iria. La seule arme capable de vaincre le Mal.

— C’est cela, puis-je compter sur vous, Corentin ? Je dois encore trouver quelqu’un pour le veiller cette nuit. Même si son sommeil est artificiel, je n’ose toujours pas le laisser seul.

— Laissez-moi m’en charger, demanda Iria.

— Tu veux encore t’occuper de lui, après ce qu’il t’a dit, interrogea Corentin.

— Link souffre par ma faute. De plus, il dort et ne se rendra pas compte de ma présence. Je partirai avant son réveil.

— D’accord, je viendrai te remplacer demain matin, à la première heure. »

 

Iria entra dans la chambre.

 

« Je suivrai vos ordres et l’accompagnerai, ajouta le soldat, mais je ne le laisserai plus insulter ma femme.

— Je lui parlerai avant votre départ. Il sera plus calme demain matin, soyez tranquille ! »

 

Corentin partit pour réunir la patrouille qui devrait escorter le Héros du Crépuscule. La princesse regagna la bibliothèque pour continuer ses recherches.

 

Le lendemain, lorsque Zelda entra dans la chambre de Link, elle le trouva fin prêt.

 

« Tu veux partir tout de suite ?

— L’Ancien Sanctuaire n’est pas tout près et tu l’as dit toi-même, ma Triforce s’affaiblit de minute en minute. Sans oublier leur produit qui coule encore dans mes veines.

— Je comprends ! Ton escorte est prête ! Corentin t’attend avec ses hommes ! »

 

Link se figea et leva la tête vers Zelda.

 

«  Pourquoi lui ?

— Parce que je lui fais confiance ! À ce propos, je dois te parler !

— Si tu es venue pour prendre la défense d’Iria, tu perds ton temps !

— Sais-tu qu’elle t’a veillé toute la nuit, se privant de sommeil ?

— Non, je l’ignorais. Quand je me suis réveillé, la chambre était vide.

— Elle a dû partir un peu avant ton réveil, car elle sait que tu ne lui as toujours pas pardonné. Elle t’aime, mais pas de la façon dont tu le souhaiterais. Je n’ai qu’une demande à te faire : surveille tes paroles devant Corentin ! »

 

Trois coups retentirent sur la porte qui s’ouvrit sur Vernarte.

 

« Vous m’avez fait demandé, Votre Altesse ?

— Oui, général, je voulais vous avertir que j’allais envoyer Corentin en mission avec le Héros du Crépuscule ! »

 

En entendant ces deniers mots, Vernarte se releva et aperçut Link aux côtés de la princesse. La stupéfaction se lisait sur son visage. Il leva les yeux vers Zelda qui lui souriait.

 

«  Je voulais vous faire la surprise, car je sais que vous aviez été affecté par l’annonce de sa mort.

— Merci, Votre Altesse. Je suis touché par cette attention. Je suis heureux de te savoir en vie, ajouta-t-il en s’adressant à Link, guettant ses réactions.

— Moi aussi, je suis content de vous revoir. Comment se porte votre famille ?

— À merveille ! Puis-je savoir où vous devez vous rendre ?

— Je dois me rendre au Temple du Temps pour y récupérer un objet.

— Entendu, je vais aller inspecter les troupes choisies par Corentin et leur donner quelques instructions. Veuillez m’excuser ! »

 

Il sortit précipitamment, après avoir jeté un regard méfiant à Link. Celui-ci le regarda quitter la pièce, surpris.

 

« Que lui arrive-t-il ? Il n’a pas l’air très heureux de me revoir !

— C’est l’émotion ! Ta disparition l’a beaucoup ému !

— Son comportement est étrange ! N’oublie pas qu’il a essayé de me tuer à plusieurs reprises !

— C’est de l’histoire ancienne. Il s’est remis de son incarcération.

— Je vois que tu l’as nommé général ?

— Oui, il s’est beaucoup impliqué dans les affaires du royaume et a été un véritable soutien pour moi. Je lui fais entièrement confiance. »

 

Soudain, le Héros du Crépuscule se figea.

 

« L’homme qui m’a vendu portait les armes d’Hyrule. Se pourrait-il que …

— Non, il a prouvé son allégeance au royaume.

— Je me méfie de lui.

— Tu as changé…

— C’est possible ! Je dois y aller à présent, dit-il.

— Sois prudent ! »

 

Le Héros du Crépuscule quitta la chambre et sortit. Devant le palais, Corentin l’attendait avec une dizaine de soldats. Le jeune homme monta sur le cheval qui avait été préparé pour lui. Puis, ils prirent la direction de la porte est et se dirigèrent vers l’Ancien Sanctuaire.

 

Ils n’avaient parcouru que quelques mètres lorsqu’ils aperçurent un groupe de chevaliers foncer vers eux à vive allure. Corentin sépara sa troupe en deux parties.

 

« Link, pars devant avec quelques hommes, nous nous chargeons de les retenir et nous vous rejoindrons dès que possible.

— Mais…

— Ne discute pas, pour une fois ! C’est un ordre exprès du général Vernarte. Ne t’arrête sous aucun prétexte, ton unique mission est d’atteindre le Sanctuaire. Laisse-nous nous occuper du reste ! »

 

Link accéléra l’allure, laissant Corentin et la moitié de la troupe aux prises avec les gardes de Tradan. Il se retourna à de nombreuses reprises, mais aucun d’entre eux n’avait essayé de les rattraper. Ils empruntèrent le passage menant à la plaine suivante et perdirent les combattants de vue.

 

Mais là aussi, des cavaliers les attendaient. Les gardes qui l’accompagnaient se lancèrent à l’assaut des nouveaux ennemis, pendant que Link continuait son chemin vers la forêt, toute proche. Ce dernier regardait fréquemment en arrière, craignant d’être poursuivi, mais ce ne fut pas le cas. Le jeune homme se demanda pourquoi ses adversaires combattaient les soldats d’Hyrule, alors qu’il se trouvait désormais à leur portée.

 

Le Héros du Crépuscule ralentit l’allure : galoper dans les bois pouvait s’avérer dangereux. Il arriva rapidement en vue des ruines du Temple du Temps. Comme la princesse l’avait mentionné, l’accès à la Clairière était fermé par une porte en pierre. Link descendit de cheval, s’en approcha et posa la main dessus, espérant que son fragment de Triforce lui permette d’entrer dans le lieu sacré. Mais rien ne se produisit.

 

Il entendit soudain un rire et se retourna. Devant lui se tenait une dizaine de cavaliers vêtus d’armures sombres et coiffés de casques leur cachant le visage. Le jeune homme reconnut l’un d’eux comme étant le Général Cadmeen.

 

« Comme on se retrouve ! J’avais bien dit à tes amis que tu ne nous échapperais pas.

— Comment m’avez-vous retrouvé ?

— Nous savions que tu viendrais rechercher ton arme fétiche ! Rends-toi ! Nous sommes nombreux et tu es seul !

— Si vous me voulez, il va falloir venir me chercher !

— Tu prends des risques inutiles. Chacun des hommes, ici présents, a de très bonnes raisons de vouloir ta mort. »

 

Puis il s’adressa aux chevaliers.

 

« Enlevez vos heaumes pour qu’il sache à qui il a affaire ! Vous ne risquez rien ! Ses protecteurs sont occupés ailleurs !

— Comment sais-tu ça ?

— Qu’est-ce que tu crois ? Nous t’avons vu quitter la citadelle avec ton escorte et j’ai envoyé mes hommes pour qu’ils occupent tes petits camarades, sachant très bien où tu te rendais… »

 

Chacun d’eux retira son casque et Link les reconnut aussitôt : les complices de Ganondorf, ceux qui avaient été arrêtés avant sa disparition. Il dégaina sa lame, prêt à en découdre avec eux.

 

Le combat s’engagea, mais le Héros du Crépuscule était seul face à un grand nombre d’adversaires. Les cavaliers attaquaient de toutes parts et le jeune homme avait bien du mal à dévier les coups qui lui étaient portés.

 

« Je te croyais plus fort que ça !

— Tu n’as pas encore gagné, répondit Link en bloquant l’épée d’un de ses adversaires.

— Pourtant, tu as l’air d’avoir des difficultés ! Manquerais-tu d’entrainement ? »

 

Soudain, un des soldats réussit à lui faire lâcher son arme et la ramassa. Link recula et alla s’adosser à la porte de la clairière. Aucune solution ne se présentait à lui. Il voulut prendre son arc, mais celui-ci lui fut arraché des mains. Le jeune homme se laissa tomber par terre.

 

« Remettez-le sur ses pieds et attachez-le », ordonna Cadmeen.

 

Les gardes relevèrent Link et lui lièrent les poignets dans le dos. Puis ils l’amenèrent devant le général. Celui-ci sortit une chaînette avec une pierre rouge et la lui passa.

 

« Avec ça, tu vas devenir beaucoup plus coopératif », lui dit-il.

 

Link tenta vainement de se débattre, mais au moment où le caillou entra en contact avec sa peau, il sentit de nouveau la douleur envahir son corps. Les soldats le lâchèrent et le Héros du Crépuscule s’écroula sur le sol.

Articles similaires :

Ajoutez un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.