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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 38

Le lendemain matin, à l’arrivée de Corentin, Link dormait toujours. Le prêtre en profita pour lui parler des événements de la nuit. Il lui rapporta les paroles qu’avait prononcées le jeune homme.

 

« Tu devrais en parler à la princesse Zelda. Je pense que cela confirme mes craintes : son amnésie n’est pas uniquement liée au coup qu’il a reçu. Je lui ai donné un sédatif pour l’aider à dormir.

— Vous avez bien fait ! Cela ne pourra lui être que bénéfique !

— Il ne devrait pas tarder à se réveiller, mais je voudrais en apprendre davantage sur son rêve avant votre départ ! Je suis inquiet : ses paroles m’ont travaillé toute la nuit.

— Que signifient-elles à votre avis ?

— Je l’ignore !

— Si vous avez raison concernant sa mémoire, il risque de ne pas se rappeler de son rêve. Que fait-on si c’est le cas ?

— Rien, nous tairons l’incident. Il est inutile de l’affoler pour l’instant. »

 

Juste à ce moment, Link descendit l’escalier. Il semblait prêt à partir.

 

« Nous pouvons y aller, dit-il à Corentin.

— Tu ne veux pas prendre un repas avant de partir ?

— Non, j’ai dormi trop longtemps et je n’ai pas faim. Je pensais que tu voudrais en terminer rapidement avec cette mission.

— Bien sûr ! Mais je n’ai pas envie de te porter si tu venais à t’évanouir ! »

 

Le Héros du Crépuscule ne releva pas la remarque et se tourna vers le prêtre.

 

« Puis-je vous demander de régler la note de la chambre à ma place ? Je vous rembourserai dès que possible.

— Ne t’inquiète pas pour ça ! La chambre et le repas t’ont été offerts par la maison. Tu as ramené des clients. Comment s’est passée ta nuit ?

— Bien ! J’ai dormi comme une souche. Pourquoi cette question ?

— Je voulais juste savoir si tu t’étais suffisamment reposé », répondit-il en recommandant le silence à Corentin.

 

Reynald leur souhaita bonne chance et les deux hommes sortirent de l’auberge. Corentin avait amené deux chevaux, prêts à prendre la route. Ce qu’ils firent après avoir entendu les recommandations du prêtre.

 

Les deux compagnons chevauchèrent sans échanger une seule parole. Après avoir quitté le village, ils traversèrent les deux plaines les séparant de Toal à vive allure. Ils y arrivèrent en fin de matinée. Link se dirigea immédiatement vers sa maison, située à l’écart des autres habitations. Celle-ci avait été construite dans un arbre et n’avait pas changé. La plupart de ses effets personnels étaient bien rangés à leurs places.

 

« Iria venait régulièrement faire le ménage, l’informa Corentin. S’il s’est passé quelque chose ici, nous ne le verrons probablement pas. »

 

Mais Link ne l’écoutait pas. Il faisait le tour de son habitation, observant chaque objet, à la recherche de tout ce qui pourrait lui paraître inhabituel. Le jeune homme n’avait pas le moindre souvenir d’être repassé par sa maison, pourtant la présence de ses armes disait le contraire.

 

Rien n’avait changé dans la disposition des lieux. Sa chambre était accessible grâce à une échelle qui menait à une sorte de petit balcon intérieur. La salle principale comportait une étagère où il rangeait ses affaires et une table. Dans un coin se trouvait un meuble où les repas étaient préparés.

 

Iria s’était contenté de nettoyer sans rien déplacer. Link parcourut la pièce des yeux en insistant sur le sol. Il monta et s’approcha de son lit, suivi par Corentin.

 

« Il y avait une tache de sang, juste à cet endroit, dit-il en montrant une auréole sur le sol. Iria a tout tenté pour la faire disparaître, sans succès.

— Une façon pour elle de nettoyer mon souvenir !

— Tu ne veux décidément rien comprendre ! Elle l’a fait, car elle a toujours cru que tu reviendrais, même lorsque la princesse elle-même a perdu tout espoir ! »

 

Link ne répondit pas. Son regard venait d’être attiré par un objet qui dépassait de sous son lit. Il s’agenouilla et ramassa une petite fléchette. Corentin qui l’avait vu faire s’approcha.

 

« Qu’as-tu découvert », lui demanda-t-il.

 

Link lui montra sa trouvaille.

 

« Cet objet t’appartient-il ?

— Je n’utilise pas ce genre d’armes.

— Dans ce cas, cela signifie que quelque chose s’est effectivement produit ici.

— Cela peut aussi avoir été laissé à un autre moment. Ma maison est restée vide pendant sept ans. Elle a pu servir d’abri à des personnes de passage.

— Si cela avait été le cas, Iria l’aurait remarqué. Je pense qu’il faut faire des recherches sur cet objet. Tu devrais le montrer à la princesse.

— Si tu y tiens ! Je pense que nous ne trouverons rien d’autre ici. Je ne vois rien d’anormal. »

 

Le jeune homme récupéra ses vêtements de combat qu’Iria avait repliés et rangés soigneusement. Corentin quitta les lieux afin de le laisser se changer. Ensuite, Link s’approcha de l’étagère sur laquelle ses armes étaient posées et entreprit de se rééquiper correctement. Puis, il sortit de sa maison, s’adressant au soldat.

 

« Maintenant que j’ai récupéré mes armes, je pense ne plus avoir besoin de ta protection. Je suis apte à me défendre seul.

— J’en suis conscient, mais la princesse a été formelle : je n’ai pas le droit de te laisser seul. »

 

Link était sur le point de répondre quand il entendit une voix derrière lui.

 

« Tu n’allais pas partir sans venir nous saluer, j’espère. »

 

L’interpellé se retourna. Devant lui se tenaient Colin, Fénir et Anaïs. Link n’en revenait pas. La dernière fois qu’il les avaient vus, ils avaient une dizaine d’années. Le jeune homme les serra dans ses bras. Avant que son aventure ne commence, le Héros du Crépuscule passait beaucoup de temps avec les enfants du village.

 

Les deux garçons avaient bien grandi et leur musculature s’était développée. Colin semblait avoir gagné en maturité et en courage. Sa blondeur contrastait avec sa peau bronzée. Fénir, quant à lui, avait gardé un visage espiègle malgré les années. Il portait toujours le bandeau rouge qui ne le quittait jamais. Anaïs était devenue une belle demoiselle. Elle avait laissé pousser sa chevelure qui retombait en cascade dans son dos.

 

« Où est Balder, demanda-t-il à Fénir.

— Mon jeune frère continue de s’occuper de la boutique de Cocorico. Il se débrouille plutôt bien. Tu devrais aller le voir.

— Comment vont vos parents ?

— Tu devrais le leur demander toi-même, répondit Colin. Ils seront très contents de te revoir.

— En tout cas, tu es toujours aussi beau garçon, lui murmura Anaïs en lui faisant les yeux doux.

— Anaïs, s’écrièrent ensemble Colin et Fénir.

— Quoi ? Iria est mariée ! Il est libre, non », dit-elle en passant sa main dans les cheveux du jeune homme.

 

Celui-ci attrapa son poignet et l’éloigna de son visage. Son sourire s’était figé.

 

« Bravo, la réprimanda Colin, tu as réussi à le blesser !

— Non, tout va bien ! Je vais aller saluer vos parents, ajouta-t-il en se dirigeant vers le village.

— Pas si vite, dit une voix. Tu vas plutôt venir avec nous ! »

 

Link se retourna et se retrouva face à deux cavaliers vêtus d’armures noires. Ils descendirent de cheval.

 

« Qui êtes-vous, demanda-t-il.

— Tu ne nous reconnais pas ? »

 

Le jeune homme les détailla. Leurs oreilles pointues prouvaient leur appartenance à la race hylienne.

 

« J’ai malheureusement oublié les événements des sept dernières années. Je ne pense pas avoir eu l’immense honneur de vous rencontrer auparavant.

— Ce n’est pas faute d’avoir essayé, car tu as passé beaucoup de temps à nous traquer après ta victoire !

— Vous êtes …

— Oui, nous faisions partie de ses complices, mais, comme tu peux le constater, nous avons trouvé refuge dans un autre pays et ainsi évité de te donner l’occasion de nous enfermer !

— Le royaume de Tradan !

— La mémoire serait-elle en train de te revenir ?

— Pas du tout ! Je sais juste que vous êtes à ma recherche !

— Oui, j’imagine que ce Moï a réussi à te prévenir. J’avais bien compris que ces deux-là te connaissaient. C’est pourquoi nous sommes restés dans les environs. Mon nom est Cadmeen, je suis le général en chef de l’armée de Tradan.

— Que voulez-vous ?

— Te ramener avec nous, bien sûr. Si tu nous suis sans opposer de résistance, nous en tiendrons compte lorsque tu seras jugé !

— Jugé ? Que me reproche-t-on exactement ?

— Je ne voudrais pas choquer de jeunes oreilles en rapportant tes horribles crimes. Alors, sois gentil et mets ses jolis bracelets à tes poignets. »

 

Celui qui venait de parler, lança une chaîne reliant deux anneaux qui atterrit juste devant Link. Ce dernier dégaina son épée et se mit en garde.

 

« Si vous voulez que je porte ces choses, vous devrez venir me les enfiler vous-mêmes », dit-il sur un ton de défi !

 

Link se tenait l’arme à la main devant Colin, Fénir et Anaïs. Corentin avait également tiré sa lame et s’était placé à ses côtés. Les deux garçons ramassèrent chacun un bout de bois, prêts à participer à la bagarre et à protéger la jeune fille.

 

« Je vous conseille de ne pas vous en mêler. Tout se passe entre nous et le Héros du Crépuscule ! Nous sommes là pour le ramener à la place qui est la sienne et qu’il n’aurait jamais dû quitter.

— Ma place est ici, parmi les miens ! »

 

L’un des hommes sortit une chaînette où une petite pierre rouge était accrochée, reflétant la lumière du soleil. Il la lança en direction de Link qui l’attrapa machinalement avec sa main droite.

 

« Tu as oublié cet objet dans ta précipitation. »

 

Au moment même où ses doigts entrèrent en contact avec l’objet, Link ressentit une douleur intense dans tout son corps. Il avait l’impression que ses veines s’étaient embrasées d’un seul coup. Sa main s’était crispée sur la pierre, l’empêchant de la lâcher.

 

À travers le voile de souffrance, il entendit une voix familière dans son esprit :

« Fais attention, il reste un peu de leur produit dans tes veines ! La Pyronite peut le réactiver ! Ne t’en approche pas ! »

 

Le Héros du Crépuscule s’effondra sur le sol, sous les regards inquiets de Corentin et des trois adolescents. Cadmeen sortit un petit flacon de la sacoche dont il avait équipé son cheval et en versa le contenu sur le jeune homme, couché à ses pieds. Une forte odeur se répandit immédiatement autour d’eux.

 

Link ne put retenir un cri. L’air qui lui entrait par le nez semblait être en feu. Il sentait ses forces le quitter. Corentin se plaça entre lui et les deux chevaliers.

 

« Si vous le voulez, il va falloir me vaincre.

— Et nous aussi, ajoutèrent Colin et Fénir qui s’étaient avancé.

— Votre ami ne vaut pas la peine que vous perdiez la vie pour lui. Regardez-le ! Il est incapable de se défendre. »

 

Ils se retournèrent. Link se tordait de douleur.

 

« Que lui avez-vous fait, hurla Colin.

— Anais, emmène Link et préviens Bohdan et Moï. Nous allons avoir besoin d’aide, lui cria Fénir. »

 

Elle s’approcha du jeune homme, mais il était incapable de se mettre debout.

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