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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 34

Le soleil venait de se lever sur le petit village de Cocorico. L’unique rue traversant la bourgade était encore déserte à cette heure matinale. La porte d’une minuscule maison située tout en haut de cette artère s’ouvrit. C’était là qu’habitait le père Reynald avec sa fille, Louda.

 

Comme tous les matins, ce dernier sortit et savoura le calme de ce début de journée. Il pensa à ce qui l’attendait. Chaque année, c’était pareil. Des souvenirs lui revinrent en mémoire.

 

Sept ans auparavant, à cette même heure, le prêtre avait reçu une visite inattendue. Il s’était alors retrouvé face à un habitant du village de Toal, Moï. Celui-ci était un ami et semblait en proie à une agitation extrême.

 

« Mon père, auriez-vous reçu la visite de Link ?

— Pas depuis un moment ! Je le croyais à la citadelle. N’a-t-il pas un poste important là-bas ?

— Si, mais la princesse Zelda lui a accordé la permission de rentrer au village pour se reposer. Il est revenu avec Iria hier soir, mais elle a voulu lui préparer un repas et l’a laissé seul une petite demi-heure. À son retour, Link avait disparu.

— Il n’est sûrement pas très loin !

— C’est ce que nous avons pensé, mais nous l’avons cherché toute la nuit ! Nous sommes inquiets.

— Pour quelle raison ?

— D’après Iria, il a une blessure assez sérieuse qui a nécessité des points de suture. Nous avons retrouvé une tache de sang juste à côté de son lit.

— Tu penses qu’il aurait pu venir me demander de le soigner ?

— J’avais ce mince espoir, mais, visiblement, ce n’est pas le cas.

— Que crains-tu exactement ?

— Une attaque !

— Dans sa propre maison ? Tu as des preuves ? Des traces de lutte ?

— Non, aucune, mais ça ne veut rien dire…

— Qu’est-ce qui t’effraye à ce point ?

— Si Link s’est blessé seul, pourquoi n’a-t-il pas attendu Iria ? Il savait qu’elle allait revenir. Partir seul et sans arme dans la forêt est une idée stupide et ce n’est pas dans ses habitudes.

— Sans arme ? Voilà qui est étrange ! Mais peut-être est-il juste allé se soigner à la source ?

— Dans ce cas, nous aurions dû le retrouver. Or, nous avons cherché toute la nuit. Mais ce n’est pas tout ! En relevant des indices près de sa maison, j’ai ramassé un objet dans un buisson.

— Lequel ?

— Une attelle ! Avec une tache de sang au niveau de l’épaule. Ce qui prouve que c’est la sienne. Pourquoi l’aurait-il enlevée ?

— Qu’attends-tu de moi, exactement ?

— Je suis venu chercher des volontaires pour nous aider à le retrouver.

— Je vais parler aux habitants. Je suppose qu’il porte sa tunique verte !

— Justement, non. Nous l’avons retrouvée pliée sur son lit. Il doit porter sa tenue de berger : pantalon beige et chemise claire. »

 

Reynald avait regardé Moï dans les yeux et y avait lu de l’inquiétude. En effet, ce dernier considérait Link comme son propre fils, car c’est lui qui l’avait recueilli lorsqu’il était petit. Le jeune enfant avait été découvert errant seul dans la forêt. À l’époque, le Toalien venait d’épouser Ute et le couple avait décidé de s’occuper de lui.

 

Par la suite, Moï s’était aperçu que son protégé présentait d’étonnantes aptitudes au maniement des armes et était ainsi devenu son mentor. En grandissant, le garçon avait pris son indépendance et était allé vivre en dehors du village, mais était resté très proche de sa famille d’accueil.

 

Ce matin-là, le prêtre avait fait un appel aux volontaires pour retrouver le Héros du Crépuscule, disparu dans la nuit. La plupart des habitants participèrent aux recherches. Personne n’avait oublié ce que Link avait fait pour eux.

 

Moï se rendit ensuite au palais d’Hyrule pour avertir la princesse de la disparition de Link. Zelda avait accordé à cette information toute l’importance qu’elle méritait. Celle-ci envoya une partie de ses soldats pour qu’ils se joignent aux groupes de fouilles. Elle-même se mit à parcourir les routes du royaume en compagnie d’Iria qui avait beaucoup insisté pour aider.

 

Zelda avait choisi un des gardes de son armée pour lui servir de protecteur. Cette mission délicate, elle l’avait donnée à un jeune homme dont Link lui avait parlé. En effet, le Héros du Crépuscule lui avait raconté à la princesse le rôle joué par Corentin dans sa dernière aventure et celle-ci avait trouvé naturel de lui confier cette tâche, sachant l’admiration qu’il éprouvait pour le disparu.

 

Des traces de sang furent découvertes dans une des maisons de l’ancien village Kokiri, situé au fond de la forêt de Firone. Cela faisait des années que plus personne ne vivait là. Pourtant, les lieux avaient été visités.

 

Les gardes entreprirent alors de fouiller l’habitation pour y chercher des preuves du passage du Sauveur d’Hyrule. L’un d’eux aperçut un objet brillant sous un meuble. Une petite médaille sur laquelle un nom était écrit : « Link ».

 

À partir de ce moment, les hypothèses furent nombreuses. La principale disait que Link avait fait un arrêt dans ce village après s’être perdu dans les bois. Il était entré dans l’unique cabane construite en haut d’un arbre. Ce choix paraissait logique à ceux qui l’avaient connu. D’autant plus que, selon la légende, le Héros du Temps y avait passé son enfance.

 

Après cette découverte, l’inquiétude avait augmenté : le jeune homme était visiblement blessé et les soldats se mirent à craindre pour sa vie. Seul et sans arme, ses chances de survie étaient déjà minces, mais ses blessures les diminuaient encore.

 

Petit à petit, les recherches avaient cessé. Le royaume avait besoin de son armée et les habitants étaient retournés à leurs occupations quotidiennes. Tous pensaient qu’il avait trouvé la mort. La princesse elle-même avait perdu l’espoir de le revoir vivant. Pourtant, Iria n’avait pas renoncé ! Elle ne voulait pas arrêter.

 

Zelda avait alors demandé à Corentin de continuer à protéger la demoiselle. Ensemble, ils avaient parcouru le pays, interrogeant les personnes rencontrées, visitant tous les domaines, en particulier ceux laissés à l’abandon. Sans succès !

 

Après plusieurs mois de recherches infructueuses, Iria avait bien dû se faire une raison : le jeune homme restait introuvable. Le soldat avait repris son poste à la citadelle et avait même reçu de l’avancement. Iria était retournée à Toal, auprès de son père Bohdan, le chef du village. Elle avait gardé le contact avec celui qui l’avait soutenue et qui était devenu son ami.

 

Un an après la disparition de Link, la princesse avait annulé la Fête du Triomphe et l’avait remplacée par la « Journée du Héros du Crépuscule », comme elle l’avait nommée. Une cérémonie du souvenir avait lieu le matin dans la ville, en hommage au sacrifice du Sauveur d’Hyrule. Ensuite, les festivités pouvaient commencer. Les Hyliens avaient également le droit de fêter la paix retrouvée. L’après-midi était consacré aux jeux. La célébration se clôturait par un grand bal qui se déroulait au château.

 

Le prêtre referma la porte de sa maison et se dirigea vers son église située de l’autre côté du village. Comme chaque année en ce jour de liesse, il recevrait la visite d’Iria. Celle-ci quitterait la citadelle après la commémoration pour venir se réfugier dans ce village. Elle était incapable de se réjouir, ce jour-là.

 

Personne ne savait exactement ce qu’il était devenu. Le mystère restait entier. La plupart de ceux qui avaient appris à l’apprécier doutaient que Link ait de lui-même pris la décision de disparaitre. Ses sentiments pour Iria n’étaient ignorés de personne.

 

Sa disparition avait coïncidé avec la fuite des complices de Ganondorf que le Héros du Crépuscule avait eu tant de mal à emprisonner. Les suppositions étaient nombreuses. Certains pensaient que c’était lui qui les avait aidés à s’échapper et qu’il s’était enfui avec eux. Ceux-là étaient minoritaires.

 

D’autres imaginaient que les évadés lui avaient réglé son compte et s’étaient arrangés pour cacher son corps. Parmi ceux qui l’avaient connu, une partie était convaincue que le jeune homme avait dû avoir un accident, tandis que les autres étaient persuadés que quelque chose de grave devait lui être arrivé.

 

Perdu dans ses pensées, le prêtre s’arrêta devant son église, prêt à y entrer lorsqu’un hennissement se fit entendre. Il tourna la tête dans la direction du bruit et remarqua un cheval, au milieu de la source qui alimentait le village.

 

Reynald referma la porte et s’approcha de l’animal. Celui-ci avait encore une selle sur le dos, comme si le destrier avait été monté récemment. Sa robe noire étincelait au soleil. le religieux s’apprêtait à aller quérir le palefrenier qui serait mieux en mesure de s’occuper de la monture quand il aperçut une forme humaine allongée dans l’eau.

 

L’homme était couché sur le côté et ne bougeait pas. Ses vêtements  étaient faits de toile grossière de couleur indéfinissable. Le prêtre avança avec précaution et l’observa un instant. Cette silhouette lui semblait familière. La poitrine de l’inconnu se soulevait régulièrement, ce qui signifiait qu’il était en vie.

 

Arrivé près de l’inconscient, Reynald s’arrêta, surpris. Il avait remarqué le visage de celui qui était étendu à ses pieds et le reconnut sans aucune hésitation. Certes, il avait changé : ses traits s’étaient creusés, mais c’était bien lui ! Le Héros du Crépuscule venait de réapparaître.

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