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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 26

Le lendemain, la santé du Héros du Crépuscule ne s’était pas améliorée. La blessure s’était infectée et l’avait rendu fébrile. Sheik avait épuisé toutes ses connaissances médicales et était sur le point de demander à Thelma de faire venir le seul patricien de la ville, le docteur Borville. C’est Iria qui l’en empêcha.

« Si tu fais appel à ce charlatan, Link est perdu. Cet homme le déteste et risque de le dénoncer.

— Mes compétences ne sont pas suffisantes pour le sauver. Si nous ne faisons pas appel à un guérisseur, il mourra. »

Thelma venait d’entrer dans la chambre. Elle avait tout entendu.

« Iria a raison. Le docteur Borville s’empressera de le dénoncer ou de l’achever. La seule personne capable de le sauver, vit à Cocorico. C’est un prêtre chaman. Nous pourrions lui demander conseil.

— Reynald, demanda la jeune fille.

— Oui, après tout, il t’a aidé à retrouver la mémoire. Ses connaissances en médecine sont grandes.

— Je vais aller lui parler, ajouta Iria avec conviction. Il pourra nous donner des remèdes et nous expliquer comment vaincre l’infection.

— Non, déclara le Héros du Temps, tu ne dois pas sortir d’ici.

— Il faut pourtant que quelqu’un y aille.

— Quelqu’un le doit, mais ce ne sera pas toi.

— Pourquoi ?

— Parce que tu es recherchée. En tant que complice de Link. Si tu sors, tu risques d’être arrêtée !

— Si je ne vais pas voir le prêtre Reynald, je devrais rester ici à regarder mourir celui que j’aime. Je préfère périr en essayant de le sauver plutôt que de lui survivre ! »

Le Héros du Temps regarda Iria intensément. Le courage de cette jeune fille l’étonnerait toujours.

« Je comprends tes raisons. Tu iras à Cocorico, mais à une seule condition.

— Laquelle ?

— Laisse-moi t’accompagner ! Tu auras peut-être besoin d’une protection. Avant de partir pour le château, Link m’a demandé de veiller sur toi et je compte bien tenir la promesse que je lui ai faite ce jour-là. Je te défendrai tant qu’il ne pourra pas le faire lui-même.

— Je vais écrire une lettre au prêtre, intervint Sheik. Je vais lui exposer l’état de santé de notre ami afin qu’il puisse me donner les remèdes adaptés à son mal. Prenez la cotte de mailles avec vous pour la lui montrer. Cela lui donnera une idée de la lame qui a été utilisée.

— Va vite préparer ton message. Le temps presse.

— Passez par les égouts pour sortir de la ville, leur dit Thelma. Ils vous mèneront près de la porte ouest. À proximité se trouve une écurie. Je vais vous donner un mot pour le palefrenier, c’est un ami. Il vous aidera. Surtout, ne traînez pas en route ! »

Iria et le Héros du Temps se préparèrent rapidement. Une heure plus tard, ils étaient en chemin, emportant avec eux la lettre de Sheik. La traversée des égouts se fit sans aucune difficulté. En arrivant à la sortie, la jeune fille et son protecteur se couvrirent le visage avec les manteaux qu’ils avaient enfilés juste avant de partir.

Ils s’approchèrent de la porte ouest à côté de laquelle se trouvait l’écurie dont la tavernière leur avait parlé. Venant d’apercevoir des gardes postés près de l’entrée de la ville,  il stoppa Iria..

«  Écoute-moi ! Je vais les attirer ailleurs. Pendant ce temps-là, va voir le palefrenier et prends un cheval. On se retrouve dans vingt minutes dans les bois. »

Iria acquiesça et regarda son compagnon disparaître. Quelques instants plus tard, une pierre vola en direction des deux gardes et atterrit sur la tête de l’un d’entre eux. Furieux, ils se précipitèrent vers l’endroit d’où venait le projectile. Elle en profita pour foncer vers l’écurie.

Sur place, la demoiselle montra la lettre au palefrenier qui reconnut l’écriture de la tavernière. Après l’avoir lue avec attention, il prépara un cheval pour Iria. Celle-ci prit la bride et amena la monture vers le lieu de rendez-vous, avant que les soldats ne reprennent leur poste.

La jeune fille entra dans la forêt et attendit près d’un petit cours d’eau. Elle attacha l’animal à un arbre et s’installa sur une souche pour patienter. Au moment où l’inquiétude commençait à envahir son esprit, des bruits de pas se firent entendre dans son dos. Elle se retourna, prise de panique.

«  N’aie pas peur, la rassura le Héros du Temps, c’est moi. Désolé d’avoir été si long. J’ai eu un peu plus de mal que prévu pour me débarrasser d’eux. »

Iria remarqua qu’il tentait de cacher une légère tache de sang sur sa tunique.

«  Que s’est-il passé ? Laisse-moi voir !

— Ce n’est pas la peine. Ce n’est pas grave. Nous devons continuer.

— Pas question ! Tu es comme Link. Vous ne prenez jamais le temps de vous soigner. Tu as envie d’être dans le même état que lui ? Non ? Dans ce cas, montre-moi ton bras.

— Calme-toi, ce n’est qu’une égratignure !

— Il me semble que c’est ce qu’il vous a dit après avoir reçu le coup qui risque de le tuer. S’il n’avait pas été affaibli par toutes les épreuves qu’il a subies, il ne serait pas dans cet état maintenant. Ce matin, Sheik n’a même pas réussi à le réveiller. »

Vaincu par l’argument, il se laissa soigner. Iria examina la blessure qui était effectivement superficielle. Après avoir trempé un linge dans l’eau claire du ruisseau, elle la nettoya et utilisa un morceau de sa tunique pour faire un bandage.

«  Merci, lui dit-il.

— Excuse-moi de m’être emportée.

— Ne t’en fais pas ! Tu as raison sur certains points.

— Je suis si inquiète, ajouta-t-elle les larmes aux yeux.

— Il est fort. Il se battra pour survivre. Maintenant, allons-y, nous ne devons pas traîner. »

Iria et son protecteur montèrent sur le cheval et partirent au galop en direction du village de Cocorico. En début d’après-midi, ils laissèrent leur monture à l’écart des habitations et continuèrent à pied, pour ne pas attirer l’attention sur eux.

Les deux amis ignoraient si la nouvelle de l’arrestation et de la fuite de Link était parvenue jusque-là, mais ils ne voulaient prendre aucun risque. La survie du jeune homme dépendait de la réussite de leur mission.

Le village s’étendait tout en longueur. L’église du père Reynald se trouvait à proximité de la source, située au sud de la ville. Iria et le Héros du Temps arrivèrent par l’est et pénétrèrent directement dans le bâtiment qui n’était jamais fermé à clé.

Une fois à l’intérieur, ils y rencontrèrent une enfant, âgée d’une dizaine d’années. Ses cheveux noirs faisaient ressortir ses yeux bruns. C’était Louda, la fille de Reynald. Son visage s’éclaira lorsqu’elle reconnut celle qui venait d’entrer, mais se rembrunit rapidement.

«  Iria ? Tu n’aurais pas dû venir ici. Il y a des soldats partout, ils vous cherchent Link et toi.

— Nous avons besoin de voir ton père rapidement.

— Il s’occupe de ceux qui vous cherchent. Depuis ce matin, ils fouillent le village. »

Le Héros du Temps s’approcha également en ôtant la capuche qui le dissimulait.

«  Peux-tu prévenir ton père que nous souhaitons lui parler ?

— Link, demanda-t-elle en s’approchant, c’est toi ?

— Non, je suis un de ses amis.

— Je vous reconnais, vous êtes aussi sur l’avis de recherche que les gardes nous ont montré. Vous êtes celui qui lui ressemble beaucoup.

— Quel avis de recherche ? »

Louda sortit un parchemin, du petit sac qu’elle portait à la taille et le montra à Iria et à son ami. Le Premier Ministre promettait une forte récompense à toute personne permettant la capture de leur groupe. Ils étaient présentés comme de dangereux criminels.

«  Nous ne voulons vous causer aucun ennui, mais nous devons parler à ton père. C’est une question de vie ou de mort. »

Des voix se firent entendre à l’entrée de l’église.

«  Vous n’avez qu’à venir voir par vous-même, si vous ne me croyez pas. Je ne cache aucun fugitif dans mon église.

— Nous allons vérifier ! Si vous dites vrai, nous vous laisserons tranquille. »

Louda courut à la fenêtre puis revint vers les nouveaux venus.

«  Ils viennent par ici. Descendez dans la cave et ne faites aucun bruit. »

Le Héros du Temps et Iria venaient juste de passer par l’échelle quand la porte s’ouvrit pour laisser entrer le père Reynald et deux soldats.

«  Vous voyez bien qu’il n’y a personne, dit le chaman en parcourant la pièce des yeux. Que fais-tu ici, Louda ?

— J’étais venue mettre un peu d’ordre.

— Ces soldats pensent que nous cachons des fugitifs dans notre église. Ils veulent la fouiller.

— C’est une chance, ils vont pouvoir nous aider. Je suis descendue dans la cave tout à l’heure et j’y ai vu un énorme loup. Peut-être pourront-ils nous aider à le faire sortir ?

— C’est que … nous sommes attendus, répondit l’un d’eux. Nous n’avons pas le temps de rester plus longtemps. Merci pour votre coopération, mon père. »

Les soldats sortirent. Quand ils eurent quitté la pièce, Reynald observa son enfant d’un air sévère.

«  Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Tu sais que je n’aime pas te voir mentir.

— Ne la grondez pas, elle a fait cela pour nous protéger, mon ami et moi », intervint Iria qui venait de remonter à l’échelle.

Le prêtre se retourna et reconnut immédiatement la jeune fille qu’il serra dans ses bras.

«  Je suis content de te voir, mais tu n’aurais pas dû venir. Des rumeurs courent sur ton compte et sur celui de Link. Nous avons entendu dire qu’il s’était mis à agresser les habitants du royaume et qu’il avait même fait évader les anciens complices de Ganondorf.

— Il n’a rien fait, mon père, déclara le Héros du Temps. Quelqu’un cherche à le discréditer pour tenter de s’emparer du pouvoir.

— Je connais bien ce garçon. Je sais qu’il n’est pas capable de tels actes. Je suppose que vous venez me demander de l’aider !

— Comment le savez-vous ?

— Les soldats viennent de m’apprendre son évasion. Ils prétendent qu’il a été blessé. Je devine sur vos visages que c’est la vérité.

— Il est gravement touché et risque de mourir si vous ne l’aidez pas.

— Qu’attendez-vous de moi exactement ?

— Un de nos amis, Sheik, s’est occupé de sa plaie. Il vous a écrit une lettre. Nous avons besoin de remèdes et de conseils. Link est inconscient depuis hier soir. Nous ne parvenons plus à le réveiller. »

Reynald prit le parchemin et se mit à le lire. Ensuite, il leur demanda.

«  Avez-vous la cotte de mailles dont il est fait mention dans cet écrit ? »

Le Héros du Temps la lui tendit. Le prêtre l’observa, puis relut la lettre.

«  Cette blessure peut le tuer si vous ne la soignez pas correctement. J’ai déjà eu affaire à ce genre de plaies. Je vais répondre à votre ami et lui expliquer comment faire pour la nettoyer. C’est une opération délicate. En est-il capable ?

— Je pense que oui.

— Iria, je compte sur toi pour l’aider. Je vais également vous donner des remèdes suffisamment forts pour combattre ce type d’infection. Il faudra veiller à ce qu’il mange un peu plus. D’après ce qui est dit, il est affaibli par des privations et des mauvais traitements. Attendez-moi ici, je reviens. »

Quand Reynald revint, il portait un grand sac qu’il remit au Héros du Temps.

«  Je vous ai mis les remèdes les plus efficaces que je connaisse. Ils sont faits à base de plantes qu’on ne trouve que dans cette région. Ils devraient suffire à le remettre sur pied. Voici la lettre avec mes instructions. Si votre ami les suit, Link pourra être sauvé. Par contre, il faut agir vite. Si vous n’arrivez plus à le réveiller, cela signifie qu’il est déjà en train de sombrer. »

La jeune fille serra le prêtre dans ses bras.

« Merci beaucoup ! Nous n’allons pas rester plus longtemps. Nous ne voulons pas vous faire prendre le moindre risque.

— Soyez prudents ! Les soldats vous cherchent dans tout le royaume. Restez sur vos gardes ! »

Les voyageurs prirent leurs affaires et se préparèrent à sortir de l’église. Reynald passa devant pour vérifier que la voie était libre. Ils quittèrent du village pour regagner l’endroit où l’animal les attendait.

Le jeune homme lança sa monture au galop. Il espérait pouvoir traverser rapidement la plaine d’Hyrule. Les deux amis savaient que la survie de Link dépendait de leur célérité. Au moment où la citadelle venait d’apparaître dans leur champ de vision, ils entendirent le son d’un cor et se retournèrent.

Ils virent foncer sur eux, un groupe de soldats, bien décidés à les empêcher d’atteindre leur but. Conscient qu’un combat pourrait leur être fatal, le Héros du Temps dirigea son cheval vers la forêt toute proche. Il souhaitait pouvoir profiter des arbres pour semer leurs poursuivants et trouver un coin où se cacher.

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