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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 19

Quelques jours étaient passés. Dans sa cellule, Link était complètement seul. Deux fois par jour et toujours sous la surveillance de Vernarte, il recevait la visite d’un de ses geôliers qui lui apportait ses repas : un pichet d’eau et un morceau de pain rassis.

C’était un homme d’une vingtaine d’années dont le visage lui était familier. Celui-ci déposait le ravitaillement devant la grille et ressortait sans avoir prononcé la moindre parole. Pourtant, à plusieurs reprises, le Héros avait constaté qu’il l’observait avec insistance.

Link savait que le soldat n’avait pas le droit de lui parler et que le commandant surveillait chacun de ses gestes. Il comprenait également que ce jeune homme essayait de lui faire passer un message. Ses amis étaient-ils en contact avec lui ? Où prenait-il la curiosité du garde pour de l’amitié parce que les contacts humains lui manquaient cruellement ?

En dehors de ces moments, Link restait seul, réfléchissant à un moyen de se sortir d’une situation qui lui semblait désespérée. Pour l’instant, aucune occasion ne s’était présentée. Depuis son arrestation, il n’avait pas quitté cette cellule. À la première opportunité, le Héros du Crépuscule tenterait de s’enfuir. Après ces quelques jours d’immobilité, sa cheville avait eu largement le temps de se remettre. Plus rien ne l’en empêchait.

Un matin, très tôt, quatre soldats entrèrent avec le commandant Vernarte, sans refermer la porte derrière eux. Le chef de section s’approcha de la grille et observa le prisonnier, assis sur la banquette.

« Tu viens avec nous, lui dit-il. Lève-toi ! »

Vernarte ouvrit la grille et laissa entrer les gardes. Ils se dirigèrent vers Link qui n’avait pas bougé. C’était l’occasion que celui-ci attendait. Lorsqu’ils ne furent plus qu’à quelques mètres de lui, Link se leva d’un bond et les bouscula pour se glisser entre eux. Il fonça droit vers la sortie.

Le commandant le regarda faire, un sourire sur les lèvres. Le jeune homme passa la porte et se retrouva dans le couloir. Il tomba alors nez à nez avec une bonne dizaine de gardes qui le menaçaient de leurs armes et s’arrêta net. Le chemin était bloqué et le Héros du Crépuscule ne pouvait aller plus loin.

« Tu ne pensais tout de même pas que nous allions te laisser nous fausser compagnie, dit le commandant en l’attrapant par le bras et en l’attirant dans la pièce qu’il venait de quitter. Le Premier Ministre nous avait prévenus que tu risquais de faire une tentative de fuite, alors, comme tu le vois, nous avons pris nos précautions. »

Link tenta de se dégager, mais les gardes qu’il avait bousculés venaient prêter main-forte à leur chef et l’immobilisèrent contre le mur. Le commandant lui envoya un coup de poing dans le visage pour le calmer. Un mince filet de sang apparut à la commissure de ses lèvres.

« Maintenant, tu vas te tenir tranquille, lui dit-il en l’agrippant par le cou. Nous t’emmenons voir tes juges. »

Link cessa de se débattre. La pression sur sa gorge lui coupa le souffle. Les geôliers profitèrent de son immobilité pour entraver ses poignets et ses chevilles. Ses deux mains étaient retenues par une chaîne entourant sa taille et ne lui permettant aucun mouvement. Celle-ci se terminait par deux anneaux que les gardes avaient utilisés pour relier ses deux pieds. Le jeune homme reconnaissait cet attirail. Il n’était employé que très rarement et sur des individus particulièrement dangereux.

Le commandant lâcha le captif qui s’effondra sur le sol. Le Héros du Crépuscule aurait eu besoin de plusieurs minutes pour reprendre une respiration normale, mais les soldats ne lui laissèrent pas le temps de se remettre. Ils le prirent chacun par un bras et le conduisirent par les couloirs de la prison jusqu’à une porte sombre donnant sur une salle à peine éclairée. Link avait du mal à marcher, car la longueur de ses entraves ne lui permettait de faire que de petits pas.

Ils l’installèrent devant une tribune où étaient assises plusieurs personnes. Au-dessus d’elles, se trouvait la seule source de lumière de la pièce qui était dirigée droit sur le jeune homme, l’empêchant de distinguer les choses.

Vernarte attacha un des maillons de la chaîne au crochet qui était fixé dans le sol. Puis il se prépara à sortir. Mais un des juges se leva et lui demanda.

« Commandant, le prisonnier semble avoir pris un coup, dit-il en désignant le visage de Link. Que s’est-il passé ? »

Ce dernier se passa la langue sur les lèvres et sentit le goût du sang. Ensuite, l’accusé posa son regard sur celui qui venait de parler. La lumière dans les yeux, le jeune homme ne parvenait à distinguer que des ombres, mais il reconnut aisément son ennemi par sa stature.

« Il a résisté et tenté de s’enfuir, Monsieur le Premier Ministre. J’ai été obligé de le frapper pour permettre à mes hommes de l’enchaîner ! Aurais-je commis une erreur ?

— Pas du tout. Nous allons pouvoir rajouter la rébellion aux nombreuses charges retenues contre lui. A-t-il blessé un de vos hommes ?

— Aucun. Nous l’avons maîtrisé rapidement. Il n’est pas allé très loin.

— Excellent, vous pouvez disposer. »

Le commandant salua et sortit laissant Link face à ses accusateurs. Appartenant à la Garde Rapprochée Royale, il avait assisté à de nombreuses audiences. Entre autres celles des complices de Ganondorf. Celles-ci avaient habituellement lieu dans la Grande Salle en présence de Zelda et le jeune homme ne l’imaginait pas descendre dans cette cave.

« Où est la princesse ? N’est-elle pas censée être présente pour un jugement ?

— Je n’ai pas à justifier son absence auprès de toi. Elle sera informée de chaque détail et approuvera la décision finale.

— Ne puis-je avoir un procès équitable ? Même le pire des assassins a droit à un défenseur.

— Tu es accusé d’avoir trahi ton royaume. Cet agissement est déjà impardonnable en  soi, mais il l’est encore plus pour un Garde Royal.

— Ne suis-je pas censé être innocent jusqu’à preuve du contraire ? »

Ganondorf ne tint pas compte de la dernière remarque de Link et se tourna vers les hommes assis à ses côtés.

« Nous sommes ici pour juger de la culpabilité ou de l’innocence de ce jeune homme concernant les faits qui lui sont reprochés. Nous allons commencer par déterminer les chefs d’accusations puis nous entendrons les différents témoignages.

— Je n’ai commis aucun acte contraire aux lois de ce pays. »

Ganondorf prit un parchemin posé devant lui et se mit à énumérer les crimes qui étaient imputés au prisonnier. Cela allait du simple vol à la violence physique vis-à-vis d’habitants du royaume. Le fait le plus grave et considéré comme de la haute trahison était l’aide qu’il aurait apportée pour l’évasion des complices du tyran.

« Nous pouvons d’ores et déjà ajouter une tentative de se soustraire à la justice !

— Pourquoi devrais-je accepter une justice qui ne respecte même pas mes droits les plus élémentaires ? Cette audience n’est qu’une mascarade. Tout jugement se doit d’être fait en public devant la princesse de ce royaume. Et surtout, je dois pouvoir être défendu.

— Lors de ton interrogatoire en présence du commandant Vernate et de moi-même, continua Ganondorf sans tenir compte des propos du prisonnier, tu as refusé de répondre à nos questions. Voyons voir si tu seras plus coopératif maintenant. Quel est ton nom ?

— Je m’appelle Link !

— D’où viens-tu ?

— J’ai été élevé dans le village de Toal, en Latouane, après la mort de mes parents. J’y étais berger avant d’entrer dans la Garde Rapprochée Royale.

— Qu’as-tu fait pour mériter un tel honneur ?

— Tu es le mieux placé pour le savoir, Ganondorf ! Je t’ai vaincu ! »

Link observa ses juges, guettant la moindre réaction concernant le nom de son ennemi. Il n’y en eut aucune. Peut-être étaient-ils dans le coup ?

« Te prendrais-tu pour un héros ?

— Je n’ai rien dit de tel, mais on m’a effectivement donné ce titre.

— À tort, au vu des tes récentes actions !

— Je vous le répète : je suis innocent.

— Donc, tu nies avoir commis les actes précités !

— Catégoriquement.

— Dans ce cas, il n’est pas nécessaire de poursuivre cet interrogatoire. Faites entrer les témoins ! »

Les déposants se succédèrent, chacun racontant les actes que Link aurait perpétrés contre eux. Ces hommes et ces femmes avaient tous un point commun : une peur sans nom au fond de leurs yeux lorsqu’ils les posaient sur le prisonnier. À chaque fois qu’on leur demandait de désigner le coupable, leurs doigts craintifs se tendaient vers lui.

Les gardes qui avaient assisté à l’évasion des acolytes de Ganondorf, furent les derniers à venir témoigner. Ils relatèrent ce qui s’était passé, faisant une description détaillée du responsable. Link se reconnut immédiatement dans ce portrait. Il ne comprenait pas comment son ennemi s’était débrouillé pour obtenir ce résultat.

« Nous avons entendu tous les témoignages. Nous allons procéder au vote.

— Attendez ! Où sont les témoins à décharge ?

— Aucun ne s’est présenté ! Soit tu n’as plus d’amis, soit ils ont quelque chose à se reprocher ! Finissons-en ! Messieurs, veuillez nous donner votre verdict ! »

L’un après l’autre, les hommes se levèrent et déclamèrent haut et fort le mot « coupable ». Ganondorf reprit :

« Tu as été reconnu coupable à la majorité des voix, pour le crime de haute trahison qui est passible de la peine de mort et pour tous les autres délits. Tu seras détenu dans les prisons du royaume jusqu’à ton exécution. Les détails te seront communiqués dans les plus brefs délais. As-tu quelque chose à ajouter, demanda-t-il à Link.

— Je suis innocent. Votre jugement n’a aucune valeur. Vous ne respectez pas les lois de ce pays. Tout accusé a le droit d’être défendu.

— Les lois changent quand les circonstances l’exigent. Un décret a été approuvé hier par Son Altesse, la princesse Zelda. Il concerne la défense des prévenus. Ce procès est tout à fait légal. »

Sur ces mots, les juges se levèrent et sortirent de la salle. Peu après, le commandant et ses hommes vinrent chercher Link pour le ramener dans sa cellule. Une fois qu’ils lui eurent enlevé les chaînes, il se coucha sur la banquette, leur tournant le dos.

Resté seul, Le Héros du Crépuscule évalua sa situation. Il était condamné à mort et n’avait que peu d’espoir de pouvoir s’échapper. Iria devait être très inquiète. Était-elle toujours à la taverne de Thelma. Étaient-ils au courant à l’extérieur de ce qui lui arrivait ?

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