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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 11

Link ne dormit pas de la nuit. L’inquiétude et la culpabilité le rongeaient. Il s’était renfermé sur lui-même, ne voulant pas écouter ses deux compagnons. Ceux-ci avaient respecté son silence et l’avaient laissé tranquille.

Le lendemain matin, les gardes entrèrent dans la cellule. Elles s’avancèrent vers le jeune homme qui était assis le dos contre le mur. Celui-ci les regarda avancer dans sa direction. Le moment était venu.

« Lève-toi ! Notre chef t’attend ! »

Link se mit debout et leur tendit ses mains pour que les Gerudos puissent retirer ses chaînes. L’une d’elles les enleva pendant que l’autre lui maintenait les bras pour éviter toute tentative de rébellion. Celle-ci ramena ses mains dans son dos, sans tenir compte des douleurs qu’elle lui provoquait au niveau de son épaule blessée. Ensuite, ses poignets furent attachés. En quittant la cellule, il échangea un regard avec le Héros du Temps qui lui adressa un sourire encourageant.

Elles l’emmenèrent dans une autre partie de la forteresse et le firent entrer dans une pièce gardée par d’autres guerrières. Celle-ci ressemblait à la cellule dans laquelle il avait été enfermé, sauf qu’elle était meublée d’une couchette avec matelas et couverture. Iria y était assise, lui tournant le dos. Nabooru se trouvait debout en face de lui.

Cette dernière congédia les gardes et fit signe au prisonnier de s’approcher. Link s’avança. Quand la jeune fille se retourna, elle se leva d’un bond et prit son ami dans ses bras. En apercevant celle-ci, il eut un choc. Son visage semblait tuméfié. Son sang ne fit qu’un tour, le captif était prêt à foncer droit sur Nabooru pour lui expliquer son opinion sur ses méthodes.

Iria, qui avait prévu la réaction de son ami, le retint.

« Non, calme-toi ! Ces marques sont fausses. Elles sont censées faire croire que j’ai été battue. Je n’ai rien. »

Link se figea et la regarda, surpris. Elle lui détacha les poignets. Il posa une main sur le visage de son amie et sentit une substance grasse entrer en contact avec ses doigts. Le Héros du Crépuscule ne comprenait pas et regardait les traces qu’avait laissées son geste sur sa peau. Ensuite, la jeune fille l’emmena s’asseoir sur la banquette et déplaça une mèche de ses cheveux pour examiner la blessure sur sa tempe.

« Par contre, les tiennes sont réelles, ajouta-t-elle avec de l’inquiétude dans la voix.

— Ne t’inquiète pas, lui répondit-il en lui prenant la main. Je vais bien !

— Je n’en suis pas aussi sûre que toi ! »

Il lui sourit pour la rassurer, puis se tourna vers Nabooru.

« Pourquoi fais-tu ça ?

— Pour te remercier.

— De quoi ?

— Le coup que tu m’as donné a pu briser le sortilège qui me liait à Ganondorf, mais il n’était pas assez puissant pour un effet immédiat. J’ai repris mes esprits dans la nuit. Quand je t’ai menacé, j’étais toujours sous l’emprise de mon ennemi. Je ne suis pas comme lui. Sa soif de pouvoir finira par détruire mon peuple. Sachant que j’étais contre ses projets de conquête et que j’avais une grande influence sur les autres Gerudos, ce tyran m’a fait hypnotiser pour me contrôler.

— Que comptes-tu faire maintenant ?

— Quitter la forteresse et faire comprendre à mon peuple qu’elles ne doivent pas le suivre. Je peux emmener Iria et la protéger. Je lui ai expliqué la situation, mais elle refuse de partir sans toi ! Si tu veux la mettre en sécurité, tu dois la convaincre.

— Qu’est-ce qui me prouve qu’il ne s’agit pas d’un piège ?

— Rien ! Tu vas devoir me faire confiance ! Sans mon aide, tes chances sont minces. Même le Héros du Temps ne peut plus faire grand-chose. »

Après un instant de réflexion, Link comprit qu’il devait prendre le risque. Le jeune homme se tourna vers son amie et lui prit les mains.

« Pars avec elle ! Je serais plus en mesure de me défendre si je sais que tu es saine et sauve. Ganondorf obtient de moi ce qu’il veut en te menaçant. Si tu es libre, je pourrais plus facilement lui tenir tête.

— Il recommencera à te torturer.

— C’est probable, mais je peux le supporter. Avec l’aide du Héros du Temps et de Sheik, je parviendrais à le vaincre. Nous pourrons nous échapper et nous vous rejoindrons. Ensuite, nous rentrerons chez nous.

— Tu me le promets ?

— Oui ! »

Nabooru tendit un petit poignard au jeune homme.

« Prends cette arme et cache-la. Tu risques d’en avoir besoin. Quand Ganondorf va apprendre ma fuite et celle de ton amie, il risque de te le faire payer, ainsi qu’à tes compagnons. Choisis bien ton moment pour agir. Ce sera probablement ta dernière chance. »

Link prit l’objet qu’elle lui tendait et examina la lame. Celle-ci était petite, mais maniable. Il la cacha dans sa botte.

« Nous devons y aller maintenant. Si nous restons trop longtemps, cela semblera suspect et notre plan risque d’échouer. Je t’en dirais plus pendant l’entrainement. À partir du moment, où l’on sortira d’ici, je redeviendrais celle qui t’a menacé. Personne ne doit savoir que le charme a été rompu avant qu’Iria et moi ne soyons loin. Je te laisse deux minutes pour lui dire au revoir. Ensuite, je devrais t’attacher de nouveau. »

Nabooru s’éloigna des jeunes gens pour leur laisser un peu d’intimité. Quand le Héros du Crépuscule fut prêt, il s’approcha de la Gerudo. Cette dernière lui entrava les mains et le fit sortir de la cellule. Ensuite, elle l’emmena au gymnase. Plusieurs guerrières les y attendaient. Elles voulaient assister à la préparation du prisonnier.

Comme la veille, Nabooru lança une épée dans la direction du jeune homme, mais celle-ci atterrit plusieurs mètres derrière lui. Il dut faire un bond pour éviter de se faire embrocher par celle de sa rivale. Celle-ci attaquait de plus belle. Au bout d’un moment, elle parvint à le serrer contre un mur et leva son épée que Link parvint à bloquer en interposant la sienne.

« Désolée, je suis obligée d’y aller fort si je veux que les autres ne se doutent de rien. Jusqu’à maintenant, tu te débrouilles bien ! Continue ! Je sais que tu es inquiet pour ton amie, mais tu as pris la bonne décision. Tu dois aider le Héros du Temps. Ne t’inquiète pas, je suis de taille à la protéger. »

En entendant ses paroles réconfortantes, Link baissa un peu sa garde. Ce qui permit à Nabooru de le désarmer avec sa lame. Elle plaça celle-ci sur la gorge du jeune homme.

« Tu devrais être plus attentif et ne pas laisser tes émotions te déconcentrer pendant un combat. Cela pourrait te coûter la victoire … voire la vie. Je vais te montrer différentes techniques, observe-les. N’essaye surtout pas de les reproduire, sinon je serais obligée de mettre fin à l’entrainement. La connaissance de ces méthodes te sera utile. Fais attention à ce que tu dis dans ta cellule ! Les gardes vous surveillent.

— Ils le font depuis que je suis arrivé ici. Sheik le savait et me parlait à voix basse pour me donner des informations.

— C’est encore pire maintenant, elles rapportent toutes vos conversations à Ganondorf. Il sait que tu prépares quelque chose, mais ignore quoi. Sois prudent ! »

Elle recula pour lui permettre de ramasser son arme. Ensuite, elle attaqua de nouveau. Ils continuèrent l’entraînement pendant plusieurs heures. Nabooru esquissait des mouvements que Link parvenait à parer avec habileté. Il n’essaya pas de les imiter, mais les étudia avec attention pour les mémoriser.

Quand la Gerudo mit fin à la séance, elle appela deux des gardes présentes pour que celles-ci le ramènent dans sa cellule.

« Ce n’est pas la peine de l’attacher, il va nous suivre gentiment. Cet entêté a enfin compris où était son intérêt. »

Les gardes se placèrent de chaque côté du jeune homme et le conduisirent vers la forteresse. Nabooru les précéda. Ils entrèrent dans la cellule et la chef des Gerudos se chargea de lui remettre ses chaînes. Elle en profita pour lui parler à voix basse.

« Rappelle-toi, tous vos propos seront rapportés. Nous irons nous cacher au Temple de l’Esprit. »

Inquiets, le Héros du Temps et Sheik observèrent le jeune homme. Constatant que ce dernier avait retrouvé son calme, ils l’interrogèrent silencieusement. Link leur fit comprendre qu’il ne pouvait rien leur dire, mais que la situation avait évolué en leur faveur. La tentative de fuite de Nabooru risquait de faire beaucoup de bruit, qu’elle soit un succès ou un échec.

Au milieu de la nuit, quelqu’un entra dans la cellule avec fracas. C’était Ganondorf. Celui-ci semblait pris d’une fureur destructrice. Des flammes brûlaient dans ses yeux. Il s’approcha de Link et le souleva par le col de sa tunique.

« Qu’as-tu fait ? Comment as-tu réussi à rompre l’enchantement sans que je m’en aperçoive ? À cause de toi, j’ai perdu mon meilleur soldat et mon otage. »

Avec une facilité déconcertante, le roi des Gerudos le précipita contre le mur du fond. Link tenta de se rattraper, mais il retomba sur son épaule blessée qui se remit à saigner.

« Nabooru est partie en emmenant ta précieuse petite amie, mais ne va pas croire que tu as gagné. J’ai envoyé mes meilleures guerrières à leur poursuite. Et elles les retrouveront.

— Tu ne peux plus me forcer à faire quoi que ce soit, maintenant, répondit Link qui s’était relevé. Ne compte plus sur moi pour faire le sale boulot à ta place.

— Ne te réjouis pas trop vite. Je la retrouverai bien assez tôt. Et vous me le payerez tous les deux. J’ai du temps devant moi à présent que le Héros du Temps n’est plus une menace », dit-il en lançant un regard dédaigneux à l’intéressé.

Celui-ci se leva d’un bond et fonça sur son ennemi, prouvant ainsi qu’il n’avait pas dit son dernier mot. Sa tentative se solda par un échec quand Ganondorf lui envoya son pied en plein milieu de l’estomac. Le jeune homme s’écrasa sur le sol sans un cri.

«  Tu es aussi pitoyable et prévisible que peut l’être ton descendant. Tu m’aideras à retrouver la princesse, ajouta-t-il en se tournant de nouveau vers Link. Cette fois, tu ne le feras pas pour la sauver, mais pour abréger ses souffrances. »

Ganondorf pivota alors vers Sheik.

« Je sais que c’est toi qui lui as révélé le secret concernant Nabooru même si j’ignorais que tu fus au courant. Tu connais le sort réservé aux traîtres, ici. Ta mort servira d’exemple aux deux autres, mais avant, tu auras le temps de regretter d’avoir tenté de me tromper. Quant à toi, Héros du Temps, je ne peux mettre fin à ta vie avant d’avoir retrouvé la princesse, mais tu vas subir la même épreuve que les deux autres pour avoir osé me défier. »

Sur ces mots, il sortit de la cellule et s’adressa aux gardes.

« Commencez les préparatifs. Je veux les voir souffrir. »

La porte fut refermée et les prisonniers restèrent seuls. Link se sentit soulagé de savoir Iria sous la protection de Nabooru, mais serait-elle de taille à la défendre ?

« Qu’est-ce qu’on fait maintenant, demanda Sheik.

— Pour l’instant, nous ne pouvons rien faire, répondit Link. Préparez-vous, à la première occasion, je vous donnerais le signal. »

À l’aube, une dizaine de soldats entrèrent dans la cellule. Ils emmenèrent les prisonniers vers un endroit reculé de la forteresse où trois poteaux avaient été dressés. Les Gerudos les y attachèrent.

Le soleil venait à peine de se lever, mais la journée promettait d’être chaude à l’extrême et les jeunes gens se préparèrent à vivre un des pires moments de leur vie. La soif se fit très vite sentir. Et chacun gardait le silence. Parler n’aurait de toute façon servi à rien. Ils attendaient conscients que Ganondorf ne se contenterait pas de ça.

Au milieu de l’après-midi, des Gerudos arrivèrent avec des seaux d’eau et chaque prisonnier se vit donner à boire. Ensuite, d’autres gardes arrivèrent munies de cravaches. Elles furent suivies par le tyran qui s’installa comme s’il allait assister à un spectacle. À son signal, les hostilités commencèrent. Les coups se mirent à pleuvoir de partout. Link et ses compagnons faisaient de leur mieux pour ne pas offrir à leur ennemi la joie de les entendre hurler. Ce petit jeu dura longtemps, mais finit par cesser.

Ganondorf se leva et s’approcha tour à tour des trois prisonniers essayant d’examiner leurs résistances physique et morale. Il s’arrêta à proximité de Link et s’adressa à lui avec de la rage dans la voix.

« Alors, morveux, tu as toujours envie de jouer au plus malin ou tu as enfin compris qui était le plus fort ? »

Link releva la tête et fixa son ennemi droit dans les yeux. Malgré les douleurs qu’il ressentait dans tout son corps, le captif trouva la force de lui répondre.

« Si tu étais le plus fort, comme tu le dis, tu n’aurais pas eu besoin de menacer une jeune fille pour obtenir ma coopération et surtout elle n’aurait pas réussi à se sauver à ton nez et à ta barbe ! »

La réponse ne plut pas à Ganondorf qui l’attrapa par la gorge.

« Je vois que tu as toujours la langue aussi bien pendue. Tu seras donc le premier pour la phase suivante des opérations. Nous verrons si tu as encore la force de rire après ça. »

Le tyran fit signe aux deux Gerudos les plus proches qui détachèrent Link et l’amenèrent sur un sol de terre battue. Là, il fut entouré d’une dizaine de guerrières qui se mirent à le passer à tabac. Après avoir subi une pluie de coups, le jeune homme s’écroula, incapable de se relever.

Deux gardes l’attrapèrent par les mains et le trainèrent un peu plus loin alors qu’on amenait le Héros du Temps pour qu’il subisse le même châtiment. Quand lui aussi fut incapable de se mettre debout, ils le laissèrent sur le côté pour s’en prendre à Sheik.

Celui-ci avait déjà du mal à tenir sur ses jambes et s’écroula lorsque les deux gardes le lâchèrent. Ses vêtements étaient déchirés. Au moment où il se releva pour tenir tête à ceux qui allaient le battre, le tissu qui dissimulait sa tête glissa et tomba sur le sol dévoilant son visage. Deux yeux bleus au milieu d’un visage aux traits fins et une immense chevelure blonde apparurent.

Le Héros du Temps qui commençait à reprendre ses esprits le vit et se figea. Le jeune homme venait de reconnaître celle qu’il cherchait depuis le début sa quête : Zelda. Ganondorf la reconnut également et éclata de rire.

« Si je m’attendais à ça. Depuis sept longues années, je cherche la princesse alors qu’elle était juste à côté de moi. Félicitations, vous m’avez bien eu, Votre Altesse, mais maintenant, grâce à vous, je vais enfin devenir le maître du monde. »

Ganondorf s’approcha d’elle. N’écoutant que son courage le Héros du Temps bondit en direction de son ennemi pour l’empêcher de la toucher, mais les nombreux gardes autour de lui l’immobilisèrent avant qu’il ait pu faire deux pas. Le tyran attrapa Zelda par le bras et l’emmena dans sa tente. Les gardes reçurent l’ordre de ramener les deux prisonniers dans leur cellule.

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