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Le Temps d’un Crépuscule : chapitre 62

Un an s’était écoulé depuis les événements qui avaient mené à la défaite, réelle cette fois, de Ganondorf. Il avait été tué par la seule personne capable de manier l’Épée de Légende. La paix s’était installée sur la région et Excalibur était retournée dans son sommeil millénaire, peut-être pour toujours…

 

La vie avait repris ses droits et la plupart des habitants d’Hyrule étaient revenus à leurs habitudes. Les différents peuples, après avoir pleuré leurs morts, étaient repartis sur leurs territoires. C’était le cas des Gorons et des Zoras. Les Bulbins, quant à eux, avaient élu domicile au fin fond du désert et avaient offert leur aide au nouveau monarque de Tradan pour la reconstruction du pays ravagé par le tyran.

 

Mithran avait facilement été reconnu comme le digne héritier du défunt souverain et l’oncle de celui-ci avait été déclaré coupable de régicide. Il avait été retrouvé au fond d’une cellule sombre et humide ou Ganondorf l’avait enfermé après son coup d’état. L’usurpateur en était sorti très affaibli.

 

Après une longue période de convalescence, il avait été jugé par ses pairs, avant d’être chassé de la région. Le roi avait estimé, à juste titre, que trop de sang avait déjà été versé. Les habitants avaient approuvé cette décision. Cette ère de bonheur ne pouvait être entachée par l’horreur d’une exécution. Trop heureux de conserver la vie et la liberté, le condamné ne s’était pas fait prier pour s’éloigner du pays.

 

Mithran avait fait tout ce qu’il fallait pour reprendre des relations amicales avec les contrées voisines et plus particulièrement avec Hyrule. Les rapports entre les monarques n’avaient jamais été plus cordiaux et le souverain de Tradan faisait des séjours réguliers au sein du château d’Hyrule.

 

Ce jour-là, il était présent pour une cérémonie officielle : un mariage, celui de la princesse Zelda qui, par la même occasion, allait acquérir le titre de reine. La célébration devait avoir lieu dans la grande salle du trône qui avait été surchargée de décorations pour l’occasion.

 

Toutes les populations du pays avaient été conviées à cette fête qui promettait d’être grandiose. Des délégations des peuples environnants avaient également accepté l’invitation. La pièce était noire de monde, tous vêtus de leurs plus beaux atours. Le bruit des conversations se répercutait sur les murs et donnait de l’animation à cet endroit, habituellement si austère.

 

Devant les convives se tenaient trois personnes : le magistrat devant unir le nouveau couple, le prêtre venu pour bénir leur alliance et le futur époux qui paraissait nerveux. Habillé avec un costume de cérémonie, celui-ci tournait le dos au public et fixait ses yeux sur une des fenêtres sans vraiment la remarquer. Ce moment, il l’avait attendu pendant de nombreuses semaines.

 

Pourtant, sur le point de voir sa vie changer du tout au tout, il éprouvait une certaine appréhension devant la tâche qui lui incomberait désormais. Diriger un pays n’était pas à la portée du premier venu. Le jeune homme se demandait si ses épaules étaient suffisamment solides pour en porter le poids. Serait-il favorablement accueilli par le peuple, en tant que roi d’Hyrule ?

 

Un son de cor se fit entendre et l’orchestre entama la musique sur laquelle Zelda devait parcourir la longue allée qui devait la mener aux côtés de son futur époux. Tous se turent et tournèrent la tête vers l’endroit où venait d’apparaître la princesse, vêtue d’une robe d’une blancheur immaculée.

 

Celle-ci avait été taillée dans du satin et parsemée de perles qui en accentuaient encore la couleur. Les cheveux de la mariée avaient été laissés libres dans son dos et brillaient à travers le voile transparent dont la traîne courrait derrière elle.

 

Elle ferma les yeux un instant, se retrouvant dans ce même lieu lors du siège de la citadelle par l’armée de Ganondorf. Zelda se rappela du moment où elle avait vu entrer deux soldats dans la salle. Chacun d’eux était porteur d’une nouvelle d’une grande importance.

 

Quelques heures auparavant, elle avait ressenti un bouleversement dans la Triforce. Deux des fragments s’étaient soudain éclairés avec une certaine violence pour s’éteindre complètement quelques minutes après. Depuis ce moment, son inquiétude n’avait cessé d’augmenter.

 

En apercevant l’un des gardes, un pigeon voyageur posé sur la main et la mine sombre, elle s’était précipitée au-devant de lui pour en apprendre davantage. Cet oiseau venait tout juste d’arriver du royaume de Tradan. L’homme s’était agenouillé devant la princesse et lui avait révélé des informations douloureuses.

 

Le message disait que le Héros du Crépuscule avait rempli la mission qui lui avait été confiée et avait mis un terme au règne Ganondorf. Zelda avait accueilli cette nouvelle froidement, car elle avait senti qu’un grand malheur était sur le point de lui tomber dessus.

 

Son seul souhait était de le revoir en vie, mais en aurait-elle l’occasion ? Le visage fermé du soldat n’annonçait rien de bon. Son cœur avait commençé à tambouriner dans sa poitrine.

 

« Link s’est battu courageusement face à son ennemi, mais il a été gravement blessé. Un médecin est actuellement occupé à essayer de le sauver.

— Quelles sont ses chances, demanda la princesse.

— D’après ce que j’ai pu en lire, elles sont minces. Il a repris conscience un moment et vous a réclamé.

— Je veux le rejoindre. Il ne peut pas…

— Vous ne pourrez sortir, Votre Altesse, intervient le Premier Ministre. N’oubliez pas que la ville est encerclée.

— Justement non, ajouta le second garde. Pardonnez mon audace, mais j’étais venu vous dire que les généraux chargés par Ganondorf de l’attaque du château ont tous déserté.

— Dans ce cas, je pars immédiatement pour le royaume de Tradan. Ma place est aux côtés de celui qui nous a aidés.

— Vous devez d’abord rassurer votre peuple. Pendant ce temps, je vais ordonner les préparatifs de votre départ. »

 

La princesse ouvrit les yeux et distingua celui qui deviendrait bientôt le roi d’Hyrule. Ce dernier ne s’était toujours pas retourné. Elle commença à s’avancer, en repensant à son départ précipité pour Tradan, en compagnie d’Iria et du père Reynald. Pour la jeune femme, lui seul était capable de guérir le Héros du Crépuscule.

 

Zelda marchait lentement sur le rythme de la musique, laissant le temps à chaque invité de l’apercevoir, comme elle l’avait maintes fois fait, lors des répétitions. Tout devait être parfait. Son esprit se mit de nouveau à vagabonder dans ses souvenirs. Elle se revoyait au chevet du malade, au moment où le prêtre l’avait examiné.

 

« Avons-nous encore une chance de le sauver, avait-elle demandé avec inquiétude.

— Tout dépendra de son envie de vivre. Il souffre d’une grave infection. Je peux lui prodiguer les soins qui l’aideront, mais je ne peux me battre à sa place. »

 

Elle avait alors observé Link. Il était inconscient et semblait en proie à d’horribles cauchemars.

 

«  Que puis-je faire ?

— Parlez-lui ! Votre présence et votre amour peuvent lui donner la volonté de se battre contre la maladie et contre la mort. Je ne vous le cacherai pas. Je ne suis pas sûr de pouvoir le guérir… »

 

Ces mots résonnèrent dans sa tête, alors qu’elle avançait en direction de l’autel qui avait été dressé pour l’occasion. Elle avait déjà fait la moitié du chemin, mais son esprit était toujours à Tradan.

 

Pendant les quelques jours qui avaient suivi son arrivée, elle avait vu la santé de Link se dégrader malgré les soins incessants que lui prodiguait Reynald. Il n’était pas rare de l’entendre parler dans son inconscience. Le jeune homme semblait revivre inlassablement les pires moments de sa vie.

 

« Dites à Zelda… que je l’aime ! »

 

Cette phrase, la princesse l’avait entendue à maintes reprises. À chaque fois qu’il la prononçait, les larmes se mettaient à couler sur ses joues. Elle s’asseyait alors sur le bord du lit et lui parlait.

 

« Je suis là. Ne me laisse pas. Je ne peux pas vivre sans toi. »

 

Mais ses paroles ne semblaient pas l’atteindre, comme s’il était prisonnier de ses propres souvenirs. Quand elle n’était pas au chevet de son époux qui avait également été grièvement touché, Iria venait parler au blessé afin de le guider sur la voie de la guérison.

 

La musique diminua quand elle arriva devant le magistrat qui devait procéder à l’union. La princesse tourna la tête et croisa le regard bleu de son futur mari. Ce dernier lui souriait, mais sa nervosité se lisait sur son visage.

 

Le silence se fit dans la salle, lorsque les premiers mots furent prononcés. Pendant toute la cérémonie, Zelda ne le quitta pas des yeux, redoutant de le perdre à nouveau. Elle entendit à peine le discours du ministre, ne reprenant le fil de la célébration qu’au moment où Reynald s’approcha pour l’échange des vœux.

 

Ils se jurèrent fidélité et amour sous les yeux de leurs amis réunis au premier rang. Les promesses furent dites avec tant de tendresse que les larmes coulèrent dans l’assistance. Ensuite, avec une infinie douceur, Link souleva le voile de l’élue de son cœur.

 

Elle repensa au moment où, après des jours passés à s’inquiéter à son chevet, le Héros du Crépuscule avait enfin ouvert les yeux et posé son regard sur la jeune femme. Ses premières paroles avaient été pour elle.

 

« Je savais que tu serais là. »

 

Elle avait alors fondu en larmes, comprenant que ses appels avaient été entendus. Depuis ce jour, ils ne s’étaient plus quittés, participant aux différentes cérémonies qui marquèrent le début du règne de Mithran, enfin reconnu comme le digne héritier du trône de son père.

 

Ils étaient à ces côtés au moment où il fut couronné. Lorsque Link eut assez de force pour supporter le voyage de retour, Zelda et lui firent leurs adieux au souverain.

 

Après la bénédiction, le nouveau couple royal se tourna face au peuple sous les ovations. Au premier rang, Link put apercevoir toutes les personnes qui l’avaient soutenu tout le long des épreuves qu’il avait dû traverser. Tous les habitants de Toal s’étaient déplacés pour l’occasion.

 

Parmi eux, il vit Moï, qui s’était occupé de lui depuis son arrivée au village et qui avait été son maître d’armes, Colin, son fils et Fénir, le camarade de celui-ci. Iria, son amie de toujours, était présente aussi, aux côtés de Corentin, son époux qui avait également échappé de peu à la mort.

 

Derrière eux se tenaient les membres du groupe de résistance : Lafrel, Jehd, Ash et Thelma, la propriétaire de l’auberge. Cette dernière avait joué un rôle dans cette aventure et s’était rendue indispensable au jeune homme. Tous étaient venus pour partager son bonheur et le soutenir dans l’immense tâche qui l’attendait.

 

Le monarque de Tradan, Mithran Ier, s’avançait en portant les couronnes que devraient revêtir les nouveaux roi et reine d’Hyrule. C’est avec une profonde reconnaissance qu’il posa sur la tête du Héros du Crépuscule le symbole de ses fonctions.

 

Un an après son mariage, Zelda donna le jour à un petit prince qui fut prénommé Sheik, le seul et unique garçon d’une fratrie composée de cinq enfants. Chacun d’eux grandit dans l’amour que leur prodiguaient leurs deux parents qui les élevèrent du mieux qu’ils purent.

 

Leur règne dura de nombreuses années pendant lesquelles Hyrule connut la paix et l’abondance. La première action de Link, en tant que dirigeant, fut de créer un Conseil Constitutionnel. Chaque fois qu’une décision importante devait être prise, il n’hésitait pas à en consulter les membres, dont faisaient partie les anciens de la Résistance.

 

Le nouveau roi d’Hyrule s’était entouré de personnes de confiance, comme celui de Tradan, qui avait élu Roven, Premier Ministre. Les relations entre les deux pays se tissèrent autant entre les souverains qu’entre les deux populations. Une ère de prospérité venait de commencer…

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