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Le Temps d’un Crépuscule : chapitre 61

 

Dans la salle du trône, Moï se précipita vers son élève et se mit à genoux au bord du vide. Il tendit son bras pour rattraper le Héros du Crépuscule. Ce dernier se débattait pour remonter, mais ses doigts glissaient sur la pierre lisse. Dans une tentative désespérée, le jeune homme avança sa main, mais ne vit pas l’endroit où elle se posa.

 

Un morceau de verre lui pénétra alors profondément dans la chair, ce qui lui fit lâcher prise. Le maître d’armes arriva juste à temps pour l’empêcher de tomber. Mais, malgré tous ses efforts, il ne parvint pas à soulever Link qui ne trouvait aucune accroche sous ses pieds.

 

Mithran, quant à lui, marchait vers son père adoptif, l’épée en avant.

 

« Tu ne comptes tout de même pas attaquer celui qui t’a sauvé la vie.

— Non, je désire venger mon peuple que tu as réduit en esclavage pour réaliser tes projets de conquête.

— Ton peuple ? Tu ne crois pas si bien dire ! Ignores-tu qui sont tes vrais parents et quelle est la véritable raison qui m’a poussé à faire de toi mon héritier ?

— Qu’est-ce que ça signifie ?

— Tu dois connaître l’histoire de ton pays. J’avais chargé tes précepteurs de te l’enseigner.

— Évidemment, tu parles de la mort tragique de la famille royale et de la disparition du prince.

— Ce souverain, comme tu le sais sans doute, a été assassiné par son propre frère qui a pu ainsi obtenir la couronne, tant convoitée. Mais il a commis une erreur.

— Laquelle !

— Cet imposteur a été incapable de tuer l’enfant, âgé de deux ans. Il l’a donc fait déposé sur le perron d’une église pour lui laisser une chance de survivre.

— Qu’est-il devenu ? »

 

Ganondorf se mit à rire.

 

«  Il a grandi dans la rue, jusqu’à ce qu’une personne le prenne sous son aile pour lui donner une éducation convenable… »

 

Mithran regardait son père adoptif sans comprendre. Moï avait tourné la tête en direction des deux adversaires.

 

« Tu veux dire que…

— Oui, tu es le prince héritier du trône de Tradan. Quelle ironie, tu ne trouves pas… »

 

À ce moment, le maître d’armes sentit la main de Link glisser dans les siennes. Il n’avait toujours pas réussi à le faire remonter et ses doigts lâchaient prise. Moï voulut appeler son compagnon à l’aide, mais celui-ci était encore sous le choc de cette révélation.

 

Il reporta alors son attention sur le jeune homme et lut dans le regard de celui-ci la demande de continuer le combat à sa place. Malgré tous ses efforts pour le retenir, la main de son élève s’échappait des siennes. Le Héros du Crépuscule tomba sous les yeux de son mentor.

 

* * *

 

Dans le château d’Hyrule, la salle du trône était silencieuse. Personne n’osait faire le moindre mouvement. Tous les yeux étaient tournés vers Zelda et sur la marque qu’elle portait à la main droite. La lumière émanant du fragment commençait à perdre de son éclat.

 

La princesse sentit les larmes couler sur ses joues au moment où la lueur disparut complètement. Elle releva la tête et croisa le regard d’Iria. Celle-ci s’approcha et s’agenouilla.

 

« Pardonnez-moi, demanda-t-elle, mais que signifie cet événement ? Je sais que Link possède exactement la même trace. Pourtant, je ne l’ai jamais vue réagir de cette façon.

— La Triforce est composée de trois morceaux, répondit-elle, en essuyant son visage. Ganondorf a celui de la Force et Link celui du Courage. Voici la Sagesse. Ils sont liés entre eux. Si l’un des porteurs est en danger de mort, les deux autres sont informés par ce moyen.

— Le fait qu’elle se soit éteinte, n’est-ce pas un point positif ?

— Ce n’est pas sûr, cela peut avoir plusieurs significations… »

 

Le silence revint, toujours aussi pesant. Dehors, les soldats avaient installé leur camp en attendant que les Hyliens se rendent. Le siège avait débuté.

 

* * *

 

Pendant ce temps, Corentin avait été emmené dans une tente où les premiers soins lui furent apportés. Colin et Fénir qui avait été posté derrière les premières lignes le virent et suivirent le médecin. Le blessé n’avait toujours pas repris connaissance et délirait.

 

« Link est en danger ! Je dois aller le sauver ! Iria m’a fait juré ! Tombé… Lafrel…

— Il devait essayer de trouver un chemin pour arriver à la porte du château, se rappela le fils de Moï. Nous devons l’accompagner, la situation semble avoir évolué. »

 

Les deux garçons sortirent en trombe et partirent dans la direction qu’avait prise la troupe menée par le membre de la Résistance. Ils ne mirent pas longtemps à rattraper le petit groupe qui avançait prudemment.

 

« Que faites-vous ici ? C’est dangereux !

— Nous voulons venir avec vous !

— Ton père…

— Mon père est peut-être en danger de mort et je refuse de rester inactif pendant qu’il risque sa vie auprès de Link.

— D’accord ! Tu es aussi entêté que lui ! Allons-y. »

 

Les hommes continuèrent leur progression, cherchant un chemin pour se faufiler derrière les lignes ennemies. Bientôt, ils tombèrent sur un sentier qui avait été récemment utilisé. Les traces sur le sol indiquaient qu’une troupe était passée par là.

 

Colin et Fénir observèrent Lafrel dont les yeux s’étaient soudainement assombris.

 

« Link avait raison. Ganondorf a envoyé une partie de son armée à Hyrule. J’espère que les réserves du château permettront aux nôtres de survivre. Nous devons nous hâter de gagner cette guerre. »

 

Ils reprirent le chemin, en pressant légèrement le pas, et atteignirent bientôt les portes du palais. Devant celles-ci se tenaient des esclaves immobiles. Aucun d’eux ne bougeait et ce spectacle avait quelque chose de glacial et de terrifiant. Les nouveaux venus restèrent abasourdis par cette vision de cauchemar.

 

* * *

 

Mithran et son père adoptif avaient entamé le combat. Ganondorf qui connaissait toutes les techniques qui avaient été apprises au jeune homme parait chacun de ses coups avec habileté.

 

En se penchant pour essayer de voir si son élève avait pu survivre, Moï s’aperçut que celui-ci avait été stoppé par un crochet qui avait été installé un peu plus bas. Link s’était visiblement cogné la tête contre la paroi parce qu’une trace de sang se devinait sur le haut de son crâne.

 

Il semblait inconscient et se situait au niveau de l’étage inférieur. Distinguant les immenses fosses sous les pieds du Héros du Crépuscule, le maître d’armes se releva d’un bond et se précipita dehors, en espérant pouvoir arriver à temps pour empêcher la chute qui avait toutes les chances d’être mortelle.

 

Les deux adversaires ne remarquèrent pas son départ. Ils étaient bien trop absorbés par leur duel. Le roi de Tradan observait son opposant, un sourire sur le visage. Il connaissait tous ses points faibles et savait également où appuyer pour le déstabiliser.

 

« Selon toi, comment suis-je parvenu à te sauver des mains de ceux qui étaient prêts à te tuer, ce jour-là ? Je te surveillais depuis un moment, car j’avais entamé des recherches pour retrouver l’héritier du trône. Tu n’avais rien de plus que les autres enfants de ton âge.

— Alors, pourquoi m’as-tu pris sous ton aile ?

— Ta famille et celle de la princesse Zelda ont des liens de sang. Très éloignés, mais bien réels. Je voulais faire de toi un tyran accompli. Ce que je n’ai visiblement pas pu faire.

— Tu espérais changer ma nature profonde. Les mauvais traitements que tu infligeais au peuple m’ont toujours fait horreur.

— Je l’avais remarqué, c’est pour ça que je t’ai fait assister à des exécutions capitales dès ton plus jeune âge pour te désensibiliser et je pensais avoir réussi.

— Il faut croire que j’ai simplement appris à contrôler mes émotions.

— Nous allons voir si tu les gères si bien que ça… »

 

Ganondorf qui, jusque-là, s’était contenté de parer les coups se mit à contre-attaquer avec une violence inouïe, tout en continuant ses révélations.

 

« Tu n’as été qu’un jouet pour moi. Une partie de mon plan visant à contrôler le monde. Une fois le royaume d’Hyrule en mon pouvoir, je t’aurais laissé diriger ce pays, mais pas de ta propre volonté. Tu aurais bien sûr été sous l’influence de la pyronite. Ton seul défaut étant cette capacité à la pitié… »

 

Mithran avait du mal à encaisser les différentes informations que lui donnait son père adoptif, mais il cherchait à le cacher en se concentrant sur ses actions. Pourtant, son cœur était meurtri. Le jeune homme parvenait encore à parer les coups, car la haine commençait à naître au fond de lui.

 

* * *

 

Dans la salle du trône du château d’Hyrule, la tension était à son comble. Zelda ne pouvait lâcher sa main des yeux, espérant revoir la lueur sur celle-ci, une preuve que celui qu’elle aimait était encore en vie.

 

Régulièrement, un soldat entrait annoncer que l’armée ennemie n’avait toujours pas bougé, préférant attendre que les vivres viennent à manquer et que la princesse soit obligée de capituler. Celle-ci ne remarquait même pas les allées et venues.

 

Que pouvait bien signifier le réveil de la Triforce ? Pourquoi s’était-elle soudain allumée ? La dernière fois que cela s’était produit, Ganondorf avait attaqué le fragment du Courage. Avait-il recommencé ? Des questions sans réponses se bousculaient dans sa tête et l’empêchaient de se concentrer sur les problèmes actuels.

 

Zelda aperçut une multitude de visages tournés vers elle. Tous souhaitaient entendre des ordres ou un discours. La peur se faisait sentir. Si Link s’était avéré incapable de vaincre leur adversaire, il était probable que personne ne pût y parvenir.

 

« Votre Altesse, avança le Premier Ministre, je comprends votre inquiétude. Elle est légitime, mais tant que nous ne savons pas ce qu’il est advenu du Héros du Crépuscule, nous ne devons pas perdre espoir. Interrogez votre cœur, lui seul est à même de vous dire la vérité. La Triforce n’est pas l’unique chose qui vous lie.

— Je ressens de la vie, mais il est faible et, si j’en crois mon fragment, il n’est plus protégé par le sien.

— Ne doutez pas de lui ! Il est fort et pourra mener sa mission à bien. La vôtre est de rassurer votre peuple.

— Vous avez raison ! Je vais faire ce pour quoi je suis restée ici, au lieu de l’accompagner. »

 

Zelda se leva et se dirigea vers le balcon d’où elle pourrait parler aux hommes et aux femmes venus se mettre à l’abri entre les murs du château.

 

* * *

 

La troupe de soldats emmenés par Lafrel vit sortir du palais un Hylien qui fut surpris de tomber sur eux. Après avoir examiné plusieurs des hommes immobiles, il s’approcha des nouveaux venus.

 

« Qui êtes-vous, demanda Lafrel qui avait déjà dégainé son épée.

— Mon nom est Roven et je suis de votre côté.

— Oui, Link nous a parlé de toi. Tu étais emprisonné avec lui et il t’avait promis de venir t’aider, ainsi que ton peuple. Tu n’étais pas un esclave toi aussi. Comment t’es-tu échappé ?

— Ganondorf a appris que je lui avais révélé certains secrets et il m’a enfermé pour que je retrouve mes esprits. Son but était d’affaiblir le Héros en m’exécutant sous ses yeux. J’ai réussi à me libérer lorsque mes gardes m’ont emmené à la salle du trône. J’avais eu plus de temps que nécessaire pour me remettre.

— Ils n’ont pas pu t’arrêter ?

— Je leur ai fait croire que je n’avais pas entièrement récupéré mes forces. Ils ne se sont pas méfiés et, à la première occasion, je les ai assommés vite fait bien fait, avant de m’emparer de leurs armes.

— Sais-tu ce qui est arrivé à ces hommes ? Pourquoi ne bougent-ils plus ?

— C’est très simple. Comment croyez-vous que les ordres leur étaient donnés ? »

 

Colin et Fénir se regardèrent sans comprendre. Roven leur expliqua le rôle qu’avait la grande pyronite dans l’envoi des troupes au combat.

 

« Maintenant que la pierre est détruite, les ordres doivent être donnés à chaque esclave séparément. Donc, je suppose que les généraux se sont rapprochés du lieu du conflit. J’espère que vos compagnons auront eu la présence d’esprit de profiter de leur immobilité pour tenter d’en libérer un maximum.

— Ils ont reçu cette consigne. C’est Link qui a demandé aux soldats de les épargner.

— Ça ne m’étonne pas. Il s’est battu pour moi, alors qu’il me connaissait à peine et qu’il était déjà blessé… »

 

Soudain, la porte d’entrée du palais s’ouvrit à la volée sur Moï qui se précipita sur eux.

 

« Link, il est… »

 

Le maître d’armes pointa son doigt en direction du bâtiment, incapable d’en dire plus, puis se précipita dans cette direction. Les autres le talonnèrent aussitôt. Lorsqu’ils aperçurent le Héros du Crépuscule, visiblement inconscient, suspendu par sa tunique, la peur les envahit.

 

Sous les pieds du jeune homme s’étendait un gouffre profond qui ne lui laisserait aucune chance de survie. Ils devaient trouver rapidement un moyen de le récupérer et de le ramener sur la terre ferme. Le tissu de son vêtement commençait déjà à se déchirer.

 

Moï regardait autour de lui en réfléchissant. Il remarqua quelques planches abandonnées et appela des soldats pour venir l’aider. Ils prirent les plus grandes d’entre elles et les posèrent en équilibre sur la petite bordure qui avait été construite contre les murs du château.

 

Roven et le maître d’armes grimpèrent sur le pont de bois ainsi formé afin de se rapprocher de Link. Ceux-ci le décrochèrent et le portèrent sur le sol où ils purent l’examiner. À part la plaie à la tête et le morceau de verre planté dans sa main, il ne semblait pas avoir de blessure sérieuse.

 

Lafrel se mit à soigner les différentes lésions, profitant de l’inconscience du jeune homme pour retirer le fragment de vitre de sa paume. Puis, il chercha à le réanimer. Après plusieurs minutes, Link ouvrit enfin les yeux et regarda autour de lui, surpris.

 

« Je suis… vivant ?

— Tu as eu de la chance…

— Roven, tu… es libre. »

 

L’ancien esclave relata au Héros du Crépuscule les événements récents et la façon dont il avait pu échapper à ses gardiens. Link, quant à lui, raconta son entrevue avec Ganondorf et la destruction la pyronite.

 

« J’ai cru que ma dernière heure était arrivée », ajouta-t-il, en observant son fragment qui avait cessé de briller.

 

Il releva la tête et aperçut Moï.

 

« Où est Mithran, demanda-t-il, en se levant précipitamment.

— Probablement là-haut…

— Ganondorf va essayer de le tuer, je dois l’aider.

— Nous t’accompagnons, dirent en chœur Roven et Moï.

— Je reste ici pour libérer un maximum d’hommes.

— Emmenez-nous, intervinrent soudain Colin et Fénir qui étaient demeurés en arrière tout ce temps.

— Pas question !

— Deux épées supplémentaires ne seront pas de trop face à cet adversaire », surenchérit le fils du maître d’armes.

 

Moï dut bien admettre qu’ils avaient besoin de toutes les bonnes volontés et accepta à contrecœur. Le petit groupe ainsi formé passa la porte afin de regagner la salle du trône où Mithran était toujours aux prises avec son père.

 

* * *

 

Dans le château d’Hyrule, la princesse achevait le discours qui devait rassurer le peuple venu se réfugier dans la forteresse. Elle avait fait de son mieux pour cacher sa propre inquiétude quant à la survie du Héros du Crépuscule.

 

Ensuite, elle passa les troupes en revue afin de veiller à ce que chaque parcelle de la citadelle fût protégée, en adressant des paroles d’encouragement aux soldats chargés de la surveillance. Pour terminer, Zelda alla faire l’inventaire des réserves.

 

Après avoir fait le tour des fortifications, elle revint dans la salle du trône et s’écroula sur celui-ci, en proie à une grande fatigue morale. À chaque seconde qui s’écoulait, sa peur augmentait…

 

* * *

 

Dans la salle du trône, le combat faisait toujours rage. Ganondorf et Mithran se battaient avec force. Chacun d’eux connaissait les capacités de l’autre et parvenait à anticiper chacun des mouvements de son adversaire.

 

Le roi de Tradan en profita pour lui raconter comment son oncle s’était débarrassé de ses parents, l’inondant de détails sanglants. Des images violentes lui revinrent en mémoire, celles qui avaient peuplées ses cauchemars d’enfant et dont il n’avait jamais parlé à personne.

 

Le jeune homme se rendait maintenant compte que ses souvenirs resurgissaient dans ses rêves et qu’il avait bel et bien assisté au meurtre de son père et de sa mère à l’âge de deux ans. Les choses devenaient plus claires pour lui. Mais toutes ces révélations commençaient à rendre ses gestes un peu maladroits.

 

Mithran fut momentanément distrait en entendant des bruits de pas précipités dans le couloir. Il tourna la tête en direction de la porte qui s’ouvrait et reçut un coup qui l’assomma directement.

 

« Fais un somme, j’aurais encore besoin de toi, plus tard. »

 

Puis, il se tourna également vers les nouveaux venus et sourit en reconnaissant le Héros du Crépuscule.

 

« Tiens, tu as survécu à ta chute. Tu es plus costaud que je ne le pensais.

— Je suis l’Elu, ne l’oublie pas.

— C’est vrai, mais seras-tu assez fort pour me vaincre ? »

 

Ganondorf pointa son arme sur Link qui lui n’en avait pas. Il jeta un regard circulaire dans la salle et aperçut l’Épée de Légende, posée contre un mur.

 

« Emmenez Mithran à l’extérieur et laissez-moi m’occuper de lui. »

 

Moï et Roven transportèrent le jeune homme dans le couloir pendant que Colin et Fénir leur maintenaient la porte ouverte. Le roi de Tradan leva une main vers le groupe et une force les repoussa à l’extérieur, tout en bloquant l’accès à la salle.

 

« Toi et moi ! Tout se jouera entre nous. Es-tu prêt à mourir ? »

 

Disant ces mots, Ganondorf s’élança sur Link et abattit sa lame au dessus de sa tête. Le Héros du Crépuscule fit un bond sur le côté, en direction de l’endroit où était placée son arme. Il la ramassa et se retrouva face à son adversaire, prêt à engager ce qui devrait être leur dernière bataille.

 

Les deux opposants se toisèrent longuement, en se contournant l’un l’autre. Ils n’en étaient pas à leur premier combat. Chacun d’eux savait à quoi s’attendre de la part de l’autre. Les épées se croisèrent dans un bruit de ferraille. Link tenta de chasser de son esprit tout ce qui pouvait le déconcentrer pour  fixer son attention sur les gestes de son ennemi. Celui-ci souriait en diminuant l’espace qui les séparait.

 

« Depuis le temps que tu essayes de me battre, j’ai eu le temps d’étudier tes coups et je pourrai parer tes attaques. Pendant les sept dernières années, j’ai pu faire évoluer ma technique, mais je pense que ce n’est pas ton cas.

— Je me suis entraîné, ne t’inquiète pas pour moi.

— Oui, je vois ça, tu sembles être un peu plus assuré, même si tu ne tiens pas ton arme de la bonne main. Que t’est-il arrivé ? »

 

Le Héros du Crépuscule posa un regard sur le bandage ensanglanté qui recouvrait sa blessure. Il pouvait à peine bouger les doigts et savait pertinemment que manier une lame serait impossible dans de telles circonstances.

 

« Ne t’en fais pas pour moi, grâce à toi j’ai appris à utiliser mon arme des deux mains. Tu m’as rendu un immense service, en fait. Sois-en remercié.

— Ce n’était pas intentionnel.

— Je m’en doute.

— Cesse de parler et viens de battre. »

 

Ganondorf s’élança vers Link, l’épée en avant. Celui-ci eut juste le temps de se décaler pour ne pas recevoir la lame directement entre les côtes. Il se retourna pour faire face de nouveau à son ennemi. Et le duel commença réellement.

 

Les armes s’entrechoquèrent à plusieurs reprises sous les coups multiples et répétés du roi de Tradan. Le Héros du Crépuscule devait utiliser toutes ses ressources pour pouvoir parer les attaques de son adversaire. Il sentait la fatigue le gagner, mais cela ne semblait pas être le cas de son opposant.

 

Il cherchait une ouverture dans la défense du souverain afin de pouvoir le blesser et l’affaiblir. La rapidité de celui-ci ne lui avait encore laissé aucune possibilité. Lors d’un impact un peu plus violent, Ganondorf réussit déstabiliser au jeune homme qui tomba sur le sol, un peu sonné.

 

Le tyran leva son épée pour transpercer Link. Celui-ci amorça une roulade pour se dégager mais ne put terminer son geste. La lame effleura son bras droit déchirant ses vêtements et abîmant les mailles de sa protection qui s’enfoncèrent dans sa chair. Il poussa un cri de douleur qui fut entendu par ses compagnons qui essayaient de revenir dans la pièce.

 

Après avoir vaincu les quelques soldats qui s’étaient tenus en face d’eux, ils avaient commencé à attaquer les grandes portes de la salle du trône, ne lésinant pas sur les efforts à fournir. Le bruit des tentatives de ses amis pour le rejoindre rassura un peu le Héros du Crépuscule qui retrouva dans ce soutien la force et le courage perdus lors du précédent échange. Il se releva et se remit face à Ganondorf qui était bien décidé à en finir rapidement.

 

Ce dernier chargea vers Link qui utilisait maintenant son arme avec ses deux mains, ignorant la souffrance que ce geste provoquait. Il réussit à parer le coup, mais dut maintenir toute la pression dans ses bras pour arriver à faire dévier la lame de son opposant.

 

Au moment précis où le bois céda enfin, Link découvrit ce qu’il cherchait depuis le début de ce combat : une faille dans la défense de son adversaire. L’Épée de Légende s’engouffra par cette ouverture et transperça le cœur du tyran. Celui-ci regarda celui qui était parvenu à le terrasser, puis s’écroula sur le tapis.

 

Épuisé par cet effort, Link se laissa également tomber sur le sol. Il ferma les yeux un instant afin de reprendre son souffle. Moï et Roven qui venait d’entrer dans la salle n’eurent pas le temps d’avertir son élève du danger.

 

Ganon avait remplacé le souverain, doublant sa taille et sa puissance, et avait retiré l’arme de sa poitrine. Il la leva et visa Link. Celui-ci s’aperçut de la menace et tenta une roulade, mais son action ne fut pas assez rapide, la lame s’enfonça dans sa chair, au niveau du bas ventre, lui arrachant un hurlement de douleur.

 

Les nouveaux venus mitraillèrent leur ennemi avec les flèches qu’ils avaient récupérées sur les gardes du château, le forçant à se tourner vers eux. Le Héros du Crépuscule vit là sa dernière chance de vaincre, car il sentait ses forces diminuer.

 

Le jeune homme enleva l’épée de son corps et se mit lentement debout, sachant pertinemment qu’il venait de réduire ses propres possibilités de survie. Dans un ultime effort, Link transperça le dos de Ganon, touchant son cœur pour la seconde fois, avant de s’écrouler sur le sol.

 

Le cri que poussa le tyran fit éclater les quelques vitres épargnées par l’explosion. Celui-ci s’effondra, les yeux grands ouverts, mort. Moï se précipita vers son élève. Les autres suivirent, craignant le pire.

 

« Il est…

— Oui, tu as réussi à le battre, répondit le maître d’armes, au bord des larmes. Il ne se relèvera pas. Reste tranquille ! Nous allons te soigner. Tu t’en sortiras.

— J’ai gagné… Je peux partir… en paix. »

 

Le Héros du Crépuscule ferma les yeux et sombra dans l’inconscience. Il n’entendit pas son mentor crier à ses compagnons de ramener un médecin…

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