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Le Temps d’un Crépuscule : chapitre 56

Ce matin-là, Link s’était rendu à la Source d’Ordinn afin de purifier les plaies de son dos. Il venait de passer une heure dans le bassin d’eau thermale et voulait se rafraichir un peu avant de retourner dans sa chambre à l’auberge. Le jeune homme avait déposé sa chemise et ses bottes, ne gardant que son pantalon pour s’immerger dans l’étang.

 

Même en se sachant protégé par les soldats de Corentin, le Héros du Crépuscule ne sortait jamais sans prendre son arme. C’était celle qu’il avait reçue des mains de la princesse avec la Médaille du Courage.

 

Elle était en possession de Vernarte depuis son arrestation. Le général l’avait obtenue par son homologue de Tradan. Ce dernier s’étant enfui avec lorsqu’il avait failli réussir à capturer Link à proximité des ruines du Temple du Temps.

 

À son réveil, au château, il avait demandé où se trouvait l’Épée de Légende, mais personne n’avait pu lui répondre. Personne ne l’avait aperçue dans la Salle du Trône. Zelda avait entrepris des fouilles, restées jusque-là infructueuses. Elle lui avait alors rendu celle qu’il n’espérait plus revoir.

 

Celle-ci n’avait pas le même pouvoir, mais avait quand même beaucoup d’importance pour le jeune homme. Il l’avait déposée avec ses vêtements, pensant pouvoir la récupérer en cas de problème. Après tout, tout agresseur devrait d’abord s’en prendre au garde d’Hyrule, chargé de sa sécurité.

 

Et, maintenant, Link était seul face à ce guerrier qui le menaçait avec son arc. Il se redressa immédiatement, cherchant un éventuel renfort autour de lui. Les habitants du village et les soldats étaient tous agglutinés devant le magasin de Crahmé où régnait un désordre indescriptible.

 

Le Héros du Crépuscule resta silencieux, sachant pertinemment que ses cris ne seraient pas entendus. Son unique chance était de gagner suffisamment de temps pour permettre à ses amis de se rendre compte de la situation. Il reporta son attention sur son adversaire qui portait une armure sur laquelle apparaissait le blason de Tradan.

 

« Je ne te suivrai pas ! »

 

Link jeta un rapide coup d’œil vers l’endroit où il avait laissé sa lame. Ce geste n’échappa pas au garde qui, après avoir fait quelques pas en maintenant sa flèche pointée sur sa cible, déplaça la chemise pour découvrir l’arme sur le sol.

 

« Tu es moins stupide que je ne le pensais, dit-il en posant le pied dessus. Malheureusement pour toi, elle ne te sera d’aucune utilité.

— Ne pose pas tes mains sur cette épée, elle ne t’appartient pas. »

 

Le Héros du Crépuscule se releva difficilement, réveillant par la même occasion les douleurs de son dos. Il ne put s’empêcher de faire une grimace, ce qui provoqua l’hilarité de son ennemi.

 

« Tu comptes essayer de me résister dans cet état et sans arme ?

— Je ne suis pas seul.

— Où se trouve ton garde du corps ? Je ne vois personne tenter de m’en empêcher. »

 

Le soldat baissa son arc et ramassa l’épée avant de marcher vers Link qui fit un pas sur le côté afin de s’éloigner de son adversaire. Mais ce dernier avait prévu son mouvement et changea aussitôt de direction. Le blessé se retrouva très vite acculé contre la paroi rocheuse qui entourait l’étang.

 

Le Héros du Crépuscule se cogna le dos contre la pierre. L’ennemi en profita pour franchir l’espace qui les séparait et l’attraper par la gorge de sa main libre, lui arrachant ainsi un cri de douleur. Ensuite, il le força à se retourner, lui attacha les poignets et l’emmena vers l’endroit où le jeune homme avait laissé ses affaires.

 

Son assaillant l’obligea à s’agenouiller et prit sa chemise pour la lui mettre autour du cou. Link espérait qu’un des habitants ou des soldats s’apercevrait de ce qu’il se passait avant qu’il ne fût trop tard.

 

« Enfile ça ! Tu ne vas pas rencontrer n’importe qui.

— Ton roi ne mérite pas mon respect !

— Retire immédiatement ce que tu viens de dire ! »

 

Le soldat de Tradan attrapa Link par les cheveux pour le relever. Mais, soudain, une forte lumière se révéla à eux. Les deux hommes se retrouvèrent devant le protecteur du village, un oiseau qui présentait d’immenses ailes de papillon et une tête de chouette. L’apparition poussa un cri en direction de l’ennemi qui s’écroula inanimé.

 

Le Héros du Crépuscule était à genoux et Ordinn, le défenseur des lieux l’observait avec un sourire bienveillant. La peur avait quitté Link. À cet instant précis, il ressentit une sensation de bien-être. Toutes ses douleurs avaient disparu.

 

« Être élu, ton royaume est en grand danger !

— Je ne l’ignore pas, mais comme vous pouvez vous en rendre compte, je ne suis pas en condition pour mener une bataille.

— Tes blessures vont guérir. Tu as bien fait de venir jusqu’ici. Le pouvoir des sources et celui de l’eau thermale devraient te garantir une amélioration rapide de ta santé. Quand tu seras prêt, tu devras conduire tes pas vers Tradan. Mais auparavant, je dois te rendre ce que je t’ai pris.

— Que…

— Ta mémoire… Te souviens-tu de ton arrivée au village ?

— Partiellement, je sais que vous m’avez aidé et vous en remercie.

— Tu m’as sauvé et tu avais besoin de secours. De quoi te rappelles-tu exactement ?

— Une course à cheval qui s’est terminée ici. L’animal qui se cabre et me fait tomber. Une douleur à la tête. Des soldats qui approchent et une lumière étincelante… Puis le noir.

— Tes ennemis n’ont pas tardé à fuir lorsque je suis apparu. Mais tu étais inconscient, l’esprit encombré d’idées traumatisantes. J’ai tout de suite remarqué que ton pouvoir avait diminué.

— C’est vous qui…

— Je t’ai emprunté ta mémoire afin de la conserver jusqu’à ce que tu sois apte à supporter toutes ces souffrances. Le moment est venu pour toi de connaître la vérité. »

 

Une boule étincelante quitta le corps d’Ordinn et s’approcha de la tête de Link. Il revit en accéléré tous les événements des sept dernières années, depuis son enlèvement jusqu’à son retour au village de Cocorico. Les pièces du puzzle se mirent en place sous les yeux du jeune homme qui se figea. La lumière s’atténua dans un murmure, ne lui laissant pas le temps de s’appesantir sur ses souvenirs.

 

« Je ne peux rester visible davantage. Tes amis vont arriver !

— Attends ! Que dois-je faire ? Comment vaincre définitivement Ganondorf ?

— Suis ton cœur, il te guidera… »

 

La voix se tut et la source redevint silencieuse. Aussitôt, la souffrance était de nouveau présente. Le Héros du Crépuscule s’écroula sur le sol et tourna la tête vers son ennemi. Mais celui-ci n’était plus étendu par terre. Il attrapa le jeune homme par les cheveux afin de le forcer à avancer.

 

Link sentit la panique commencer à le gagner. Le soldat était en train de l’emmener et il était incapable de l’en empêcher. Ils venaient d’atteindre la sortie du village lorsqu’un cri retentit. L’agresseur s’effondra en poussant un hurlement de douleur.

 

Link regarda en arrière et aperçut son maître d’armes, un arc à la main. Celui-ci se précipita vers son élève qui se laissa tomber sur la terre battue. Il était suivi par Corentin, Reynald et plusieurs gardes. Parmi eux se trouvait celui qui avait déserté son poste pour intervenir sur l’incident.

 

S’étant retourné pour garder un œil sur son protégé, ce dernier s’était rendu compte de ce qu’il se passait et avait directement averti son chef. Il n’avait pas voulu risquer la vie de Link en agissant seul.

 

Moï s’avança vers le jeune homme et s’accroupit à ses côtés. Il lui détacha les poignets et l’aida à enfiler sa chemise correctement. Le vêtement rougit à certains endroits. Plusieurs des plaies venaient de s’ouvrir et avaient recommencé à saigner. Reynald et le maître d’armes relevèrent le blessé et le soutinrent.

 

Ils remontèrent l’unique rue du village en direction de l’auberge. Corentin resta sur place. Plusieurs soldats emmenèrent l’agresseur dans le bâtiment où l’équipe de surveillance s’était installée. Puis il envoya un messager au palais afin de mettre la princesse au courant des derniers événements.

 

Ensuite, il s’approcha de celui qui avait commis une faute pour l’interroger.

 

« Pourquoi avez-vous abandonné votre poste ?

— Je suis désolé. Je ne pensais pas qu’il était réellement en danger. En plus, je n’étais pas loin.

— Nos ennemis ont presque réussi leur coup. Vous avez délibérément désobéi à un ordre strict. Vous êtes suspendu de vos fonctions pour une durée indéterminée.

— Vous ne pouvez pas faire ça ! C’est grâce à moi s’il a pu être sauvé.

— C’est vrai ! Si le Héros du Crépuscule avait disparu, vous seriez aux arrêts à cette même heure. Maintenant, rompez ! »

 

Pendant ce temps, Moï avait emmené Link dans sa chambre et l’avait recouché. Reynald s’était occupé de ses plaies et lui avait donné un comprimé pour le soulager et l’aider à s’endormir. Cette nouvelle attaque l’avait atteint alors qu’il se sentait en sécurité. Le jeune homme avait pris pleinement conscience de sa vulnérabilité.

 

Quelques heures plus tard, avertie des derniers événements, la princesse Zelda arriva au village, bien décidée à ramener le blessé au palais. Elle se rendit directement à l’auberge où elle rencontra Moï et Reynald. Installés à une des tables de la salle de restauration, ceux-ci discutaient de l’état de santé de Link.

 

« Que s’est-il passé exactement, demanda-t-elle.

— Un soldat de Tradan est venu à un moment où Link était seul et a failli l’emmener.

— Comment pouvait-il être isolé ? J’avais ordonné une surveillance constante. »

 

Le maître d’armes raconta à Zelda l’explosion et le désordre qui l’avait suivie, ainsi que la négligence du garde chargé de la sécurité du Héros du Crépuscule. Au fur et à mesure de son récit, il voyait la colère envahir les yeux bleus de la princesse.

 

« Où est-il ?

— Dans sa chambre…

— Non, l’incapable qui a déserté son poste.

— Ce soldat a été provisoirement démis de ses fonctions, Votre Altesse, intervint Corentin qui venait d’entrer dans la salle, l’épée de Link à la main. Il devra répondre de ses actes devant un jury militaire, comme le prévoient nos lois.

— Je désire lui parler !

— Il pensait accomplir son devoir en allant aider les villageois. Ce n’est pas utile de l’accabler davantage.

— Pardonnez-moi, demanda Reynald, je ne crois pas que vous soyez là juste pour punir les responsables de cet incident.

— Effectivement, je veux le ramener avec moi.

— Vous ne pouvez pas faire ça. Le traitement qu’il suit ici commence à avoir de l’effet sur ses blessures.

— Il n’est visiblement pas en sécurité !

— Vous vous trompez, nous avons réussi à arrêter son agresseur, ajouta Corentin. Je l’ai interrogé.

— Et que vous a-t-il révélé ?

— Si l’attaque a eu lieu à ce moment précis, ce n’est pas un hasard. Nous étions épiés depuis que nous avons quitté la citadelle.

— Je me doutais que Ganondorf avait fait surveiller le palais. C’est pour ça que je vous l’ai confié.

— Ce n’est pas tout ! L’ordre de mission était double : soit capturer Link et le ramener au royaume de Tradan, soit empêcher son rétablisement et ce par tous les moyens possibles. Ils n’avaient pas le droit de le tuer. Selon lui, le tyran se réserve ce plaisir. Le prisonnier a ajouté qu’il n’était pas seul.

— Raison de plus pour éloigner Link de cet endroit.

— Non, si vous l’emmenez, vous aiderez votre ennemi. Au château, sa guérison prendra plus de temps. Cela laisserait un avantage à Ganondorf et c’est ce qu’il veut.

— Ma décision est irrévocable. Pour l’instant, j’aimerais le voir.

— Je lui ai donné quelque chose pour le faire dormir, intervint Reynald. Cette nouvelle attaque l’a légèrement déboussolé. Je ne sais pas s’il sera éveillé.

— Dans ce cas, j’attendrai. Ne vous inquiétez pas, je ne compte pas interrompre son sommeil. »

 

Zelda se leva et se dirigea vers l’escalier, laissant les trois hommes, se regarder d’un air inquiet. Ils étaient conscients des sentiments de la princesse pour le Héros du Crépuscule. Pourtant, l’avenir du royaume dépendait de lui et du temps qu’il mettrait à reprendre la lutte.

 

La jeune femme entra dans la chambre silencieusement. Link dormait profondément. Elle s’installa sur une chaise, en attendant son réveil. Des idées contradictoires se bousculaient dans sa tête.

 

Bien sûr, elle savait que Link avait encore un rôle à jouer. Seule l’Épée de Légende pouvait venir à bout de cet être vil qui menaçait la paix et il était l’unique personne à pouvoir la manipuler. Cependant, Zelda avait peur pour lui. Il avait déjà risqué sa vie à plusieurs reprises.

 

La princesse le regarda. Elle repensa à tout ce qu’il avait traversé depuis que les ténèbres s’étaient abattues sur le pays : les souffrances subies, les combats menés. Le courage dont le Héros du Crépuscule avait fait preuve avait sauvé le royaume, mais cette qualité serait-elle suffisante si la lame sacrée restait introuvable ? Depuis leur départ du château, Zelda avait organisé des recherches. Pour elle, l’arme ne pouvait pas avoir quitté le palais. La dernière fois qu’elle l’avait vue, elle était dans les mains de Link.

 

Celui-ci commença à s’agiter dans son sommeil, interrompant les réflexions de la jeune femme. Il ouvrit un œil et regarda autour de lui.

 

« Zelda ? Que fais-tu ici ?

— J’ai appris ce qui t’était arrivé. Comment vas-tu ?

— Nous avons évité la catastrophe de justesse. J’ai eu plus de peur que de mal.

— En es-tu sûr ou veux-tu seulement à me rassurer, demanda-t-elle d’une voix douce en s’asseyant sur le lit.

— Tu n’as pas à t’inquiéter autant pour moi, répondit-il. Le plus dur est derrière nous. »

 

La princesse releva la tête et planta son regard dans celui du jeune homme.

 

« Je serais plus rassurée si tu revenais avec moi au château.

— Je ne peux pas rentrer tout de suite, j’ai encore besoin de suivre ce traitement. Il commence à donner des résultats encourageants.

— Tu n’es pas en sécurité !

— Je ne suis pas plus en danger ici qu’au palais. Les soldats sont là pour me protéger et je serais bientôt en mesure de me défendre seul.

— L’épisode d’aujourd’hui ne se serait pas produit si tu étais resté auprès de moi, dit-elle en se levant.

— Tu ne peux pas en être sûre.

— Quoi qu’il en soit, tu repars avec moi ! »

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