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Le Temps d’un Crépuscule : chapitre 57

« Non ! »

 

La princesse regarda Link d’un air surpris.

 

« Je ne te suivrai pas, dit-il d’une voix douce, mais ferme.

— Tu ne me laisses pas le choix, ajouta-t-elle en retirant sa main. Tu rentres avec moi et c’est un ordre.

— Ne fais pas ça. J’ai de bonnes raisons de vouloir rester. J’ai retrouvé la mémoire.

— Tu te souviens de tout ? »

 

Le Héros du Crépuscule acquiesça et se tut. Il ne savait pas par où commencer son récit. Zelda lui demanda alors de lui raconter tout depuis le début. Même si Moï lui avait relaté l’aventure dans les grandes lignes, elle souhaitait en connaître les détails.

 

Link lui parla de son retour et des doutes qui l’avaient assailli au moment où il avait remarqué que Vernarte n’avait toujours pas quitté le palais lors de son propre départ avec Iria.

 

Le jeune homme développa ensuite ce qui s’était déroulé dans sa maison en évitant de mentionner la déclaration qu’il s’apprêtait à faire ce jour-là.

 

« Nous avons trouvé une tache de sang juste à côté de ton lit. Te souviens-tu d’avoir été blessé ?

— Non, mais j’ai été endormi au moyen d’une fléchette, probablement celle que j’ai retrouvée sur le sol. Lorsque je suis tombé, j’ai ressenti une douleur. Je me suis réveillé dans la cabane du Héros du Temps.

— Nous savions que tu étais passé par là. Nous y avions également découvert des traces.

— J’y ai été enfermé la nuit et la matinée du lendemain. Apparemment, Vernarte avait mal préparé son coup, car je suis resté seul pendant plusieurs heures. J’ai perçu vos appels, mais je n’ai pas pu y répondre. J’étais attaché et bâillonné.

— Il t’a empêché de faire le moindre bruit.

— J’ai réussi à basculer sur le plancher et j’ai tapé des pieds, mais personne ne m’a entendu. La chute a rouvert ma blessure à l’épaule, c’est pour ça que vous avez trouvé du sang.

— Si j’ai bien compris, vous avez quitté la forêt en milieu de journée. Mais comment a-t-il pu te faire sortir du pays sans qu’on s’en rende compte ? Les frontières étaient gardées.

— Vernarte était commandant de l’armée et avait donc le respect des soldats. Toi-même, tu n’as pas imaginé une seule seconde qu’il pouvait être impliqué.

— Tu as raison. Je lui ai confié ma vie et mon royaume.

— Il m’a transporté pieds et poings liés dans une charrette couverte d’une bâche. Nous avons traversé les plaines en direction du désert Gérudo.

— Tu veux dire…, commença-t-elle. Tu étais dans… »

 

Zelda observa le jeune homme, les larmes aux yeux. Elle venait de comprendre qu’il lui aurait suffi d’un geste pour le sauver, à ce moment précis. La culpabilité commença à la ronger. Le Héros du Crépuscule prit sa main, la forçant à le regarder.

 

« Tu ne dois pas t’en vouloir. Tu ne pouvais pas savoir qu’il mentait lorsque nous lui avons parlé, la veille de mon enlèvement.

— Pourquoi Moï ne m’a-t-il pas raconté cette partie de l’histoire ?

— Sûrement pour éviter que tu te sentes responsable.

— Pourquoi me l’avoir dit ?

— Je ne dois rien te cacher. Désires-tu que l’on fasse une pause ?

— Non, continue. Je dois tout savoir. »

 

Link observa Zelda. Celle-ci avait visiblement repris son calme. Rassuré, il poursuivit son récit, sans lâcher sa main.

 

« J’ai tenté d’attirer votre attention, mais ceux qui me surveillaient m’ont empêché de faire le moindre bruit. J’ai assisté à votre conversation et j’ai vu Corentin consoler Iria.

— Ils se connaissaient à peine à cette époque…

— Je le sais, mais Vernarte a tout fait pour que je croie le contraire. »

 

La princesse comprenait mieux à présent les réactions du jeune homme vis-à-vis de son amie. Si l’ennemi de Link avait assisté à la scène, il devait probablement avoir cherché à alimenter les doutes nés dans son esprit.

 

« Vous avez pourtant dû passer par un poste de garde pour arriver au désert.

— Le soldat de faction a laissé passer le chariot, sans contrôler son chargement. »

 

Le Héros du Crépuscule relata ensuite le voyage qui l’avait conduit à Tradan : la traversée du désert à pied un bandeau sur les yeux, la vente, son arrivée sur le chantier et l’altération de sa Triforce. Il ne s’attarda pas sur cette partie de l’histoire, car ils en avaient déjà discuté.

 

« Ma blessure à l’épaule s’étant rouverte, ils n’ont pas pu m’administrer le traitement directement. J’ai été enfermé dans une cellule, mais je n’étais pas seul. Plusieurs membres de la Résistance locale avaient également été faits prisonniers. Le premier jour, j’ai pu parler à l’un d’entre eux : un Hylien du nom de Roven. Il avait l’air de me connaître.

— Que t’a-t-il déclaré ?

— Il m’a dit que leur région était auparavant gouvernée par un roi qui avait donné tous les pouvoirs à Ganondorf. Je lui ai promis que je l’aiderais si je trouvais un moyen de m’enfuir. L’histoire de ce pays t’est-elle familière ?

— Mes professeurs me l’ont enseignée. Lorsque mon père était en vie, Hyrule et Tradan vivaient en harmonie. Une tragédie est arrivée dans cet état : la famille dirigeante a été assassinée. Seul le prince a échappé au massacre, mais il a disparu, à l’âge de deux ans.

— Qui a pris la succession ?

— Le frère du défunt. Depuis le début de son règne, nos relations se sont détériorées. Beaucoup de personnes l’ignorent, mais le nouveau souverain détestait son aîné. Pour le peuple, c’était un bon roi, mais, pour nous, ce n’était qu’un usurpateur. Sais-tu ce qu’il est devenu ?

— Non, Roven n’a pas vraiment eu le temps de m’en parler. Ses heures étaient comptées et il a été obligé d’aller à l’essentiel.

— Que veux-tu me dire ?

— Ils sont venus le chercher pendant notre conversation. J’ai fait ce que j’ai pu pour l’aider, mais je n’ai réussi qu’à m’attirer encore plus de problèmes. Les jours qui ont suivi se déroulaient toujours de la même façon : le matin, je recevais la visite de leur médecin et, l’après-midi, je voyais un des prisonniers partir par une porte pour revenir vidé de sa vitalité.

— Que leur faisaient-ils exactement ?

— J’ai assisté au traitement de Roven, mais il faisait sombre et je n’ai pas compris ce qui s’était passé avant d’y être moi-même confronté. Je savais juste que l’opération était très douloureuse. Deux semaines après mon arrivée, j’ai été enfermé dans une petite salle, une pyronite autour du cou. Ils y ont diffusé le produit.

— Cela coïncide avec le moment où j’ai perdu le contact avec ton fragment.

— C’est logique, c’est là que j’ai perdu conscience de la réalité. »

 

Link se tut un instant.

 

« As-tu d’autres souvenirs après celui-ci ?

— Je ne me rappelle que des moments où le produit n’agissait pas, mais d’après ce que je sais, c’est une de ses caractéristiques. Chaque année, il cessait le traitement et me confinait dans la même petite pièce sombre où je prenais des jours pour retrouver mes esprits et plus encore à récupérer l’usage de mon corps.

— Que se passait-il alors ?

— Je recevais la visite de Vernarte. Juste avant que le processus ne recommence.

— Que désirait-il ?

— S’assurer que je sois au courant de tout ce qui se déroulait à Hyrule. Il m’a appris l’arrêt des recherches, le mariage d’Iria et l’avancée de son plan qui consistait à se rendre indispensable auprès de toi.

— À ce niveau, il a parfaitement réussi.

— Et il s’en vantait. Ensuite, les gardes me remettaient la pierre et la souffrance était de nouveau présente. Mais, la dernière fois, tout a été différent.

— Que veux-tu dire ?

— J’étais à peine conscient quand Vernarte est venu me voir. Puis ce fut au tour d’Ash d’arriver avec le soldat qui m’avait apporté à manger le premier jour. Ils m’ont libéré et emmené. Je dois avouer que mes souvenirs sont très flous. Je n’ai vraiment retrouvé ma lucidité que lorsque nous étions à la Tour du Jugement.

— C’est là-bas que Mithran t’a parlé du livre ?

— Nous avons décidé de le cacher au cas où nous serions rattrapés. Le jour d’après, nous étions attaqués, mais je ne contrôlais pas encore totalement mon corps. Ash m’a aidé à monter sur le cheval et s’est installée derrière moi. Puis, nous sommes partis en laissant notre compagnon se débrouiller. Il ne devait pas être vu avec nous.

— Avez-vous réussi à vous enfuir ?

— Oui, mais nous avons été poursuivis. Lors de la traversée d’une plaine, Ash a été blessée et est tombée. Je me suis accroché à l’animal, mais il était pris de panique. J’ai chuté et atterri dans l’eau de la source de Cocorico. Ma tête a percuté une pierre. Juste avant de perdre conscience, j’ai aperçu des soldats qui venaient dans ma direction et une forte lumière. Tu connais le reste.

— Non, j’ignore ce qu’il t’est arrivé au moment où tu es parti récupérer l’Épée de Légende. »

 

Link raconta alors le piège tendu par Vernarte et les difficultés qu’il avait rencontrées en voulant entrer dans la clairière où se trouvait la lame.

 

« Sans l’intervention de Skull Kid, je n’aurais jamais pu libérer mon fragment et tout aurait été perdu. J’ai pu avoir une discussion avec Rauru, le Sage de la Lumière, qui m’a expliqué beaucoup de choses sur la pyronite.

— Qu’as-tu fait ensuite ?

— Je suis allé chercher de l’aide auprès de mon ancien mentor. »

 

La princesse ouvrit la bouche, mais Link l’arrêta.

 

« Si c’est pour me reprocher de m’être rendu chez moi alors que j’étais seul, ce n’est pas la peine. Moï m’a déjà fait la morale. Nous sommes revenus ensemble et j’ai discuté avec les membres de la Résistance.

— Avant ça, tu as parlé avec Iria…

— Oui, je regrette ce que je lui ai dit ce jour-là. Je venais de retrouver une partie de ma mémoire et, parmi les souvenirs, figurait celui où elle se laisse consoler par Corentin.

— Je comprends ce que tu as dû ressentir. Ton amie aussi. C’est pour ça qu’elle a préféré partir, ne voulant pas aggraver la situation. Continue.

— Ensuite, j’ai rejoint Moï qui avait raconté mon histoire aux autres, mais j’ai quitté le groupe, car l’un d’entre eux ne me croyait pas.

— Celui qui t’a frappé parce que tu avais insulté sa femme.

— Tu sais ça ?

— Iria m’a tout révélé. Elle se culpabilisait. Qu’as-tu fait en sortant de la taverne ?

— Je suis revenu directement au palais où j’ai appris que tu te trouvais seule avec celui qui cherchait à prendre le pouvoir. Malheureusement, je n’ai pas réussi à l’empêcher de te faire du mal. »

 

La princesse réfléchit un instant. Elle connaissait la suite des événements : l’arrestation de Link, son départ pour le camp de Ganondorf et toutes les mésaventures qui en avaient découlé. Zelda était consciente qu’il s’agissait de moments que le jeune homme préférait oublier.

 

« Maintenant, raconte-moi comment tes souvenirs te sont revenus.

— Lorsque j’ai été attaqué ce matin, j’ai reçu l’aide de quelqu’un d’inattendu.

— Qui ?

— Ordinn ! Il m’a parlé !

— Le… protecteur de la source ?

— C’était la seconde fois qu’il intervenait. La forte lumière que j’ai mentionnée, c’était lui.

— Que t’a-t-il dit ?

— Lorsque je suis arrivé au village après ma fuite, j’étais faible et mon fragment de Triforce était en train de disparaître. Il a estimé que je n’étais pas suffisamment solide pour gérer ce que j’avais vécu et en a verrouillé ma mémoire.

— Pourtant, certains sont quand même remontés.

— Oui, c’est vrai. Les premiers flash-back ont tous eu un élément déclencheur : ma chute dans l’eau, par exemple. Ensuite, le fait de retrouver le pouvoir du Courage m’a permis d’avoir accès à ceux qui étaient liés à sa perte.

— Je ne comprends pas, Link.

— Chaque souvenir que j’ai eu a été provoqué par une forte émotion causée par un évènement précis. Certains d’entre eux, comme tous ceux survenus pendant ma période de captivité, restaient encore sombres.

— Et maintenant ?

— Tout est devenu plus simple. »

 

La princesse regarda le jeune homme dans les yeux.

 

« Pourquoi m’as-tu raconté tout ça ?

— J’y viens. Ordinn a dit que le pouvoir cumulé de l’eau thermale et de celle de la source pouvait m’aider à guérir plus vite. Selon lui, je dois me rendre à Tradan. Tu sais, comme moi, que le temps nous est compté. Si je veux gagner, je dois attaquer le plus rapidement possible, mais je ne pourrais rien faire si je ne récupère pas.

— Mais tu n’es pas en sécurité ici.

— Tant que notre ennemi vivra, je ne le serais nulle part. Il n’a cessé de me poursuivre. La configuration du village permettra une surveillance des entrées et sorties et, si tu le souhaites, je ferai encore plus attention.

— Je ne supporte plus l’idée d’être séparée de toi. J’ai peur.

— L’équipe de Corentin est efficace. Ils ont pu empêcher cet homme de m’emmener.

— Oui, mais il a pu t’atteindre.

— Il a profité d’un concours de circonstances. Ça n’arrivera plus, je te le promets. »

 

Zelda se tut, sachant pertinemment que le Héros du Crépuscule avait raison : plus sa convalescence serait courte et plus il aurait de chances de vaincre son ennemi.

 

« D’accord, reste ! Par contre, je double le nombre de soldats. Je laisserai une partie de ma Garde Rapprochée. Et je n’accepterai aucune objection de ta part.

— Comme tu voudras.

— Tu… Tu ne t’y opposes pas ?

— Non, tant que tu me laisses rester, j’accéderais à toutes tes conditions, même celle d’être surveillé à toutes heures du jour ou de la nuit. »

 

Vaincue, la princesse laissa Link continuer de suivre son traitement au village de Cocorico. A son retour au palais, elle envoya quelques gardes supplémentaires en renfort. Le Héros du Crépuscule ne pouvait plus faire un pas sans avoir un membre de l’armée d’Hyrule à ses côtés.

 

Plusieurs jours après le départ de Zelda, le docteur estima qu’il pouvait reprendre l’entraînement. Les premières séances furent courtes, car le convalescent se fatiguait rapidement. Moï revit avec lui les bases du combat et constata avec plaisir que son élève n’avait pas tout oublié.

 

Au bout de deux semaines, Link passait son temps entre les exercices et les différents soins qu’il recevait. La cicatrisation de ses plaies était en voie de guérison et la douleur avait largement diminué.

 

Un matin, Reynald affirma que les blessures du jeune homme ne présentaient plus de risque de réouverture. Quant à Moï, il déclara n’avoir plus rien à lui apprendre. Le Héros du Crépuscule était maintenant prêt à continuer la lutte.

 

Le jour de son retour au château d’Hyrule arriva. Il devait encore récupérer l’Épée de Légende avant de partir pour le royaume de Tradan. Tous les habitants de Cocorico s’étaient rassemblés pour lui souhaiter bonne chance. Même Balder, le petit frère de Fénir, s’était donné la peine de quitter son magasin.

 

Link fit ses adieux et les remercia pour l’aide qu’ils lui avaient apportée. Au moment où il allait grimper sur son cheval, Crahmé lui fit un signe discret. Le jeune homme s’approcha du vendeur. Celui-ci lui mit un objet dans la main.

 

« Je voudrais que tu prennes ceci avec toi.

— Qu’est-ce que c’est, demanda-t-il ?

— Ma dernière invention. Je travaillais dessus le jour où tu as été attaqué. Je tiens à ce que tu sois le premier à la tester. Je te dois bien ça. »

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