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Le Temps d’un Crépuscule : chapitre 55

Le lendemain, à son réveil, Link était seul. Les douleurs de son dos s’étaient ravivées et le moindre de ses mouvements accentuait celles-ci. Il ferma les yeux, se concentrant sur sa respiration pour calmer les battements un peu trop rapides de son cœur. Le jeune homme n’entendit pas la porte de sa chambre s’ouvrir.

 

Iria entra et vit directement que son ami n’allait pas bien. Elle s’approcha de lui, s’asseyant sur le lit. Le Héros du Crépuscule sentit des doigts déplacer une mèche de ses cheveux qui était tombée devant son visage.

 

« J’imagine que tu souffres beaucoup à voir ta tête.

— Un peu, répondit-il en posant les yeux sur elle.

— Tu recommences à sous-estimer tes blessures. J’ai croisé ton médecin, il viendra te voir tout à l’heure. Et attendant, tu dois prendre quelque chose pour calmer tes douleurs. »

 

Elle aida Link à s’asseoir et lui donna un comprimé et un verre d’eau. Ce dernier la regarda d’un air interrogateur.

 

« Ne t’inquiète pas, c’est juste un antidouleur.

— Comment l’as-tu eu ?

— Je me suis rendue chez le docteur. C’est lui qui me l’a donné.

— Pourquoi ?

— Je me suis rappelé que des Gorons vendaient de l’eau thermale près de l’auberge de Thelma. Je suis allée lui demander si cela pourrait aider à la cicatrisation des plaies. Il m’a dit que ça ne te ferait de mal, alors je suis allée en acheter. Quand je leur ai révélé que c’était pour toi, ils m’ont fait un prix, ajouta-t-elle en souriant.

— Ils ne m’ont pas oublié.

— Tu as quand même sauvé leur chef. Ils ont ajouté que ce serait plus efficace si tu te baignais dans une de leurs sources.

— Il y en a une à Cocorico.

— Je vais nettoyer tes plaies tant qu’elle est chaude, tu veux bien ?

— Merci, Iria. »

 

Le Héros du Crépuscule se coucha sur le ventre pour permettre à son amie de s’occuper de ses blessures. Ensuite, elle l’aida à se réinstaller.

 

« Comment te sens-tu, à présent ?

— Un peu mieux. L’eau thermale m’a fait du bien.

— Je vais discuter avec Zelda de la possibilité de t’emmener à Cocorico. Reynald sera tout à fait capable de s’occuper de toi et tu auras la source des Gorons à proximité. C’est l’endroit idéal pour que tu puisses guérir rapidement. »

 

Iria se leva et sortit. Elle croisa Moï, venu prendre des nouvelles de son élève. Celui-ci entra et s’installa sur une chaise qu’il plaça à côté du lit. Link le regarda et lui sourit.

 

« Comment vas-tu ?

— Je suis en vie et c’est à toi que je le dois.

— Tu aurais fait la même chose pour moi, mais ce n’est pas ce que je te demande. Je veux savoir comment tu te sens physiquement.

— Comme tu peux le voir, ce n’est pas la grande forme, mais je reçois tous les soins nécessaires.

— Et moralement ? »

 

Link baissa les yeux. Il ne voulait pas avouer à son ancien mentor les pensées négatives qui tournaient dans sa tête.

 

« Les images des tortures qui t’ont été infligées reviennent régulièrement. C’est normal. Tu as subi des mauvais traitements et …

— Ce ne sont pas les coups qui sont difficiles à supporter, l’interrompit le jeune homme. Ce ne sont pas les premiers que je reçois. J’ai quitté la ville en croyant t’avoir déçu…

— Je suis désolé. J’étais obligé de faire croire à Vernarte qu’on adhérait à son histoire. Après ton départ de la taverne, Lafrel et moi avons essayé de calmer Corentin qui semblait très remonté contre toi. Cela a duré un certain temps et, lorsque nous avons enfin réussi à le convaincre, nous nous sommes rendus au palais afin de te proposer notre aide. Mais il était déjà trop tard !

— Que veux-tu dire ?

— À notre arrivée, le château regorgeait de soldats. Le bruit courait que tu avais tenté de tuer Zelda.

— C’est faux ! J’ai été piégé.

— Oui, j’en étais convaincu et Lafrel aussi, mais Corentin avait encore des doutes. Nous avons rejoint la Salle du Trône. La princesse avait été emmenée dans sa chambre, car elle avait subi un choc. Nous n’avons donc pas pu lui parler.

— Qu’a raconté Vernarte ?

— Il a dit que tu étais entré dans la pièce en colère, élément confirmé par les gardes qui t’ont vu passer.

— Je venais d’apprendre qu’il était seul avec Zelda, je voulais la protéger.

— Selon lui, tu as essayé de la frapper avec un poignard. Il affirme avoir été obligé de te tirer une flèche dans le bras pour te faire lâcher ton arme.

— Comment explique-t-il le fait que j’aie été blessé au bras droit ? Tout le monde sait que je suis gaucher.

— Non, pas tout le monde, le général ne le savait visiblement pas.

— Comment pouvait-il l’ignorer, nous nous sommes battus. Vernarte a bien vu que j’utilisais ma main gauche. Attends… »

 

Link ferma les yeux et se concentra pour se souvenir des événements qui avaient abouti à son emprisonnement.

 

« J’avais déjà été blessé à ce moment-là. Il a sans doute cru que la douleur m’empêchait de prendre mon épée du bon côté.

— C’est probable ! Toujours selon son témoignage, tu te serais écroulé sur le sol sans lâcher la lame. Il t’aurait alors assommé pour te rendre inoffensif.

— Son histoire est incohérente.

— Lorsque les gardes sont entrés dans la pièce, ils t’ont trouvé inconscient, le poignard à la main. Le général était respecté par ses hommes et avait une certaine réputation. Tu étais un inconnu pour les plus jeunes d’entre eux. C’est naturellement qu’ils ont cru leur chef.

— Il a su profiter de ces années où je suis resté prisonnier de Ganondorf.

— En tant que représentant du village de Toal, j’ai pu assister à la réunion concernant ton soi-disant crime. Je n’ai pas pu les convaincre de ton innocence. Alors, je suis entré dans leur jeu. Je leur ai fait croire qu’ils avaient réussi à me persuader de ta culpabilité.

— Ils ont pris la décision de me livrer au roi de Tradan.

— C’était ça ou ce tyran nous déclarait la guerre. Ils pensaient avoir pris la bonne décision pour éviter des souffrances aux différents peuples du royaume.

— Et tu as été chargé de me l’annoncer.

— J’avais réclamé ce privilège, car je voulais te parler. Mais lorsque je suis venu te voir dans ta cellule, j’ai compris que Vernarte avait tout fait pour te faire taire. Je suis désolé d’avoir dû te dire ces choses horribles, mais je devais endormir sa méfiance pour vous sauver toi et Zelda.

— Comment savais-tu qu’elle était en danger ?

— Par Iria qui est venue me trouver avant le Conseil. Elle avait pu entrer dans la chambre de la princesse.

— Comment ?

— Elle fait partie des dames de la cour et est très proche de notre souveraine.

— Donc, elle a pu la voir après ses événements.

— Oui, elle m’a décrit son état et a mentionné la présence du collier autour de son cou. J’ai fait le lien avec ce que tu m’avais raconté. J’ai donc demandé à Iria de procéder à l’échange.

— Oui, j’ai appris qu’elle avait parfaitement réussi sa mission.

— C’est une jeune femme très courageuse. Je n’ai pas eu le temps de lui expliquer le pourquoi du comment. Savoir que son action pouvait te sauver a été suffisant pour la convaincre d’agir. Elle a pu procéder à l’échange le soir même, mais…

— Zelda n’a retrouvé sa conscience qu’après mon départ, je présume.

— Exactement ! Le soir même, Mithran débarquait au palais en nous offrant son aide. Il s’est constitué prisonnier et nous a donné beaucoup d’informations, comme le fait qu’Ash était également la prisonnière de Ganondorf et le désir de celui-ci de conquérir Hyrule.

— Pourquoi lui avoir fait confiance ?

— Ses yeux ! Il avait le même regard que toi ! Franc et honnête ! »

 

Les deux hommes se turent un instant. Puis Moï reprit la parole.

 

« Link, tu dois savoir une chose. Jamais tu ne m’as déçu ! Je suis très fier de ce que tu es devenu. »

 

Le jeune homme releva la tête vers son maître d’armes.

 

« Ganondorf ne renoncera pas !

— Je m’en doute, mais tu n’es pas en état de t’attaquer à lui.

— Je le sais. C’est pour ça que j’ai besoin de toi. Mes compétences à l’épée ne sont plus ce qu’elles étaient.

— Nous reprendrons l’entraînement quand tu seras apte à le faire. Ce qui n’est pas encore le cas.

— Le temps joue contre nous… »

 

La porte de la chambre s’ouvrit de nouveau sur Zelda.

 

« Iria m’a parlé de votre projet.

— Quel projet, demanda Moï.

— Celui de me rendre à Cocorico pour profiter des sources d’eau thermale des Gorons afin d’accélérer ma guérison.

— Je ne suis pas contre, reprit la princesse. J’ai envoyé un messager à Reynald. J’attends sa réponse.

— Il acceptera.

— Je le sais. Ce n’est qu’une formalité. Par contre, je tiens à y mettre certaines conditions.

— Lesquelles, demanda Link.

— Tu seras accompagné d’un groupe de soldats qui assurera ta sécurité.

— D’accord !

— Ce n’est pas tout : mon médecin viendra te voir régulièrement, car je veux suivre tes progrès.

— J’accepte tes exigences.

— Princesse, ajouta le maître d’armes, je souhaite faire partie du groupe de protection.

— C’est Corentin qui est chargé de cette mission. Il est en train de tout préparer et vous a déjà inclus dans ses effectifs ainsi que le dénommé Lafrel.

— Dans ce cas, je vais vous laisser. Il doit avoir besoin de bras. »

 

Moï se leva. Il avait senti que Link et Zelda avaient besoin de se retrouver seuls un moment. Avant de quitter la pièce, le maître d’armes promit à son élève de recommencer l’entraînement dès que sa santé le lui permettrait. La princesse s’approcha du lit et s’assit. Elle se mit à passer ses doigts dans les cheveux du jeune homme. Des larmes perlaient aux coins de ses yeux. Le Héros du Crépuscule lui prit la main.

 

« Ne pleure pas ! Je ne vais pas t’abandonner. Nous ne devons pas laisser le temps à Ganondorf de retenter une nouvelle action. La seule façon de l’arrêter est de le détruire.

— Je ne l’ignore pas, mais tu vas devoir te mettre de nouveau en danger.

— C’est lui ou moi ! Il n’arrêtera pas de me poursuivre tant qu’il ne m’aura pas tué. »

 

Link se redressa et s’avança vers la princesse. Il lui promit de revenir et rapprocha ses lèvres des siennes, tout en emprisonnant la taille fine de la jeune femme. Cette dernière se laissa emporter par ce baiser. Ils restèrent enlacés un long moment. Quelques coups donnés sur la porte les obligèrent à s’écarter l’un de l’autre. C’était Corentin.

 

« Votre Altesse, nous avons reçu la réponse du prêtre de Cocorico : il accepte de s’occuper de Link. Nous serons prêts à partir en milieu d’après-midi.

— Merci. »

 

Le soldat salua et sortit. La princesse se tourna vers Link. La magie de l’instant précédent avait quitté ses yeux.

 

« Je vais appeler mon médecin pour qu’il t’examine avant ton départ. Ensuite, je veux que tu te reposes. Je dois régler les derniers détails. »

 

Elle sortit de la chambre. La jeune femme éprouvait des difficultés à le laisser aller à Cocorico, mais savait qu’il devrait en finir, tôt ou tard. Le combat commencé huit ans auparavant devrait se terminer par la mort de l’un des deux adversaires.

 

Un peu plus tard, le médecin vint examiner le Héros du Crépuscule et lui donna des comprimés à prendre en cas de douleur. Il fit également apporter un repas et lui recommanda de se reposer. Les secousses que provoquerait le voyage risquaient de réveiller les souffrances.

 

En fin d’après-midi, Link fut installé dans un chariot au fond duquel des couvertures avaient été placées sur un matelas afin d’offrir le plus de confort possible au blessé. Iria s’assit à côté de lui. Lafrel et Moï conduiraient le convoi pendant que Corentin et les soldats qu’il avait choisis suivraient à cheval.

 

La princesse assistait au départ depuis un des balcons du palais. Elle ne voulait pas que Link la voie pleurer, car il aurait besoin de toute sa concentration pour guérir et s’entraîner pour l’inévitable combat qui approchait. Le jeune homme fixa son regard sur Zelda au moment où il quitta la citadelle en lui promettant de revenir victorieux.

 

Le trajet dura plusieurs heures, car les voyageurs faisaient de leur mieux pour rendre la traversée des deux plaines supportable pour le Héros du Crépuscule. Le soleil s’était couché lorsqu’ils parvinrent au village. Une chambre avait déjà été préparée pour Link. Reynald l’y attendait et l’installa, l’assurant de le remettre rapidement sur pied. Fatigué par les kilomètres parcourus, le blessé s’endormit. Reynald profita de son sommeil pour interroger ses amis sur son état de santé et sur ce qui lui était arrivé. Il comprit les enjeux de la guérison de Link. Iria insista pour demeurer auprès de lui pendant la nuit.

 

Le lendemain matin, le traitement commença. Link passait plusieurs heures par jour dans un minuscule bassin aménagé par les Gorons au-dessus des toits du hameau. Il avait également pris l’habitude d’aller tremper son dos dans le petit étang alimenté par la source. Le reste du temps, il se reposait dans sa chambre, mais était toujours accompagné par un des membres de son escorte. La princesse avait été formelle sur ce point. À aucun moment, le Héros du Crépuscule ne devait être seul.

 

Pourtant, deux jours après leur arrivée, un incident éclata au moment où Link se baignait à l’entrée du village. Une explosion retentit dans une des maisons. Le soldat qui était chargé de la protection du jeune homme courut vers le lieu de la déflagration, laissant le blessé livré à lui-même. Ce dernier profita de ce moment de solitude, car il commençait à étouffer. Être surveillé en permanence s’avérait plus difficile que prévu.

 

La plupart des habitants de Cocorico s’étaient précipités pour voir ce qu’il s’était passé. Le bâtiment concerné était en fait une boutique où le propriétaire, Crahmé, vendait différentes sortes de bombes. Le Héros du Crépuscule pensa, à juste de titre, que le marchand devait faire différentes expériences dont l’une avait sans doute mal tourné. Il ferma les yeux, essayant de faire abstraction du brouhaha provoqué par l’événement. L’image de la princesse Zelda envahit son esprit. Soudain, une voix le sortit de sa rêverie.

 

« Alors, c’est ici que tu te caches ? »

 

L’homme banda son arc et menaça Link.

 

« Tu vas gentiment venir avec moi, pendant que tes amis sont occupés. »

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