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Le Temps d’un Crépuscule : chapitre 52

Le général conduisit Link dans la tente qui servait de salle de torture et le précipita au sol, lui ordonnant de ne pas bouger. Le jeune homme se positionna de façon à alléger la souffrance de son dos. Cadmeen le regarda avec de la fureur dans les yeux.

« Ainsi, tu as osé retourner l’arme utilisée sur toi contre nous.
— Cette idée n’est pas de moi, mais je suis content d’avoir pu contrarier vos plans !
— Tu ne nous as pas encore vaincus ! Même si tes amis ont pu échanger les deux colliers et délivrer ta jolie princesse, tu es toujours entre nos mains. Tant que ce sera le cas, l’armée d’Hyrule n’attaquera pas. »

À ce moment précis, Ganondorf fit son entrée. La délégation venait de repartir pour le palais. Il s’approcha du Héros du Crépuscule, couché sur le sol.

« Cadmeen a raison, tu sais. N’oublie pas que ta vie ne tient qu’à un fil ! Zelda serait tellement triste d’apprendre ta mort. Alors, je te conseille de répondre rapidement à ma question : où se trouve le livre ?
— Je l’ignore ! C’est Mithran qui l’a caché et tu le sais !
— Oui, mais s’il t’a laissé cette clé, c’est pour t’indiquer où chercher. Tes amis l’ont découverte dans la doublure de la tunique que tu portais. Je sais que tu t’es souvenu de cette conversation.
— J’étais encore sous l’influence de votre produit. Je le vois me parler, mais je ne comprends pas ce qu’il me dit. »

Le roi de Tradan attrapa Link par le col de sa chemise et le souleva. Ensuite, il planta son regard dans celui du jeune homme.

« On dirait que ta petite Zelda a réussi à te rendre le courage qui semblait te faire défaut récemment. Mais ne te fais pas d’illusion. Tant que nous sommes sur ses terres, elle ne peut pas agir officiellement sans créer une guerre. Ses pouvoirs ne te seront pas plus utiles quand tu seras de retour à Tradan.
— Que comptes-tu faire de moi ? Me tuer ?
— Non, ce serait une punition bien trop douce pour toi ! Tu vas vivre et souffrir, c’est moi qui te le dis. Je te réserve des surprises. Pour l’instant, je veux que tu répondes à mes questions. »

Ganondorf se dirigea vers un râtelier et prit une hache qui pendait. Sur un signe de ce dernier, Cadmeen releva Link et l’amena vers un petit billot placé dans un coin. Il l’obligea à s’agenouiller et retira la corde qui lui liait les poignets. Ensuite, il bloqua le bras droit du jeune homme dans son dos pendant que le roi de Tradan posait son autre main sur la pièce de bois.

« Maintenant, si tu ne parles pas, je vais te priver de tes doigts. De toute façon, tu n’en auras bientôt plus besoin. »

Le Héros du Crépuscule regarda son adversaire. La panique commençait à l’envahir. Le tyran leva l’instrument en posant sa question.

« D’où vient cette clé ? »

Link observa l’outil sans parler, repensant aux paroles de Zelda : « fais ce qu’ils te demandent », « reste en vie ». Lorsqu’il vit la lame commencer sa descente en direction de sa main, le Héros du Crépuscule eut suffisamment peur pour répondre à la question.

« La Tour du Jugement ! Il s’agit d’une clé qui ouvre un des coffres de ce donjon. »

La lame s’abattit à quelques millimètres de son auriculaire.

« Serais-tu capable de nous montrer ce coffre sur une carte ? »

Link répondit par l’affirmative. Ganondorf rangea la hache et Cadmeen lâcha le jeune homme. Celui-ci ramena sa main vers lui. Le général alla chercher une carte qu’il déplia devant les yeux du prisonnier. Celui désigna une salle située sur la droite du donjon. Le captif leur montra le trajet à emprunter pour l’atteindre, leur expliquant que le chemin direct passait par un terrain de sable mouvant infranchissable.

Peu de temps après, Link fut reconduit dans une tente et enchaîné à une banquette. Les soldats commencèrent à préparer leur départ. Ganondorf avait choisi de quitter Hyrule pour rejoindre son royaume dans les plus brefs délais. Pendant que le plus gros des troupes se dirigerait vers Tradan, il se rendrait à la Tour du Jugement, escorté de quelques guerriers.

Le Héros du Crépuscule tenta de se reposer, mais les gardes qui le surveillaient avaient reçu comme instructions de ne pas le laisser s’endormir. Un léger repas lui fut accordé : un morceau de pain et une cruche d’eau.

En début d’après-midi, Cadmeen vint chercher le prisonnier. Ganondorf avait décidé de l’emmener au donjon, au cas où il aurait menti au sujet de la clé. Une charrette contenant le matériel nécessaire au voyage avait été préparée. Les mains de Link furent attachées à l’arrière de celle-ci.

Il devrait effectuer le trajet en marchant au rythme des chevaux. À côté de lui, Vernarte avait été lié de la même manière. Visiblement, le roi de Tradan voulait garder ses deux captifs à proximité pour être sûr que ceux-ci ne lui échapperaient pas. Dès qu’ils furent prêts, ils partirent.

Link qui avait déjà subi beaucoup de mauvais traitements se demanda si ses forces seraient suffisantes pour atteindre le milieu du désert. Dès les premiers pas, il ressentit des douleurs au niveau de son dos qui le firent grimacer. Le général hylien l’observait du coin de l’œil, sentant que le jeune homme n’était pas au mieux de sa forme.

La route qui les mena à l’entrée de la région aride fut parcourue dans un silence total. Link était bien trop occupé à essayer de vaincre la souffrance pour s’intéresser au sort de son nouveau compagnon.

Lorsque le sable remplaça la terre battue, la marche devint encore plus difficile. Link devait forcer sur ses muscles meurtris et s’appuyait sur le bord de la carriole, car il avait de légères sensations de vertige.

« Comment te sens-tu, demanda soudain Vernarte, tu penses pouvoir tenir le coup ?
— Je ne sais pas, répondit-il en regardant son ancien ennemi. Mes forces s’épuisent et la douleur est insupportable.
— Je suis désolé de t’avoir mis dans cette galère. Pardonne-moi !
— Tu es une victime, toi aussi. Je ne t’en veux pas ! Si je ne m’étais pas enfui, le jour de mon retour, tu n’aurais jamais été manipulé de la sorte. C’est à toi de me pardonner… »

Juste à ce moment, le Héros du Crépuscule buta contre une pierre et perdit l’équilibre. Sa cheville se tordit violemment, lui arrachant un cri de douleur. Il chuta et son corps fut entraîné par la charrette qui roulait toujours, l’empêchant de se redresser.

Vernarte se mit à appeler le garde chargé de conduire les chevaux afin que celui-ci stoppe le convoi un instant. Le général s’approcha et ordonna une courte halte, ce qui permit à Link de se relever. Il dut tirer sur ses bras pour se rétablir sur ses jambes, car personne ne s’était avancé pour l’aider.

Le voyage reprit. Link devait dorénavant marcher en boîtant, ce qui ne lui facilitait pas la tâche. Ils s’arrêtèrent en début de soirée pour laisser les hommes et les bêtes se désaltérer. Mais personne ne se soucia de donner à boire aux deux prisonniers.

Link dut s’appuyer dessus pour ne pas perdre l’équilibre. Il sentait que ses forces étaient en train de le quitter. Et selon ses souvenirs, il leur faudrait encore plusieurs heures pour atteindre la Tour du Jugement.

La nuit tombait lorsqu’ils repartirent. Les chauds rayons du soleil avaient été remplacés par un vent glacial. Link frissonna. Il ne portait en effet qu’une légère chemise en tissu. Vernarte le voyait s’accrocher de plus en plus au morceau de bois auquel il était attaché et se demandait combien de temps Link pourrait tenir avant de s’écrouler sur le sol.

Soudain, ce dernier chuta de nouveau, mais ne put se relever. Il abandonna la lutte et se laissa traîner. Le convoi fut stoppé et Cadmeen le frappa pour le forcer à se remettre debout. Le Héros du Crépuscule ne réagissait plus.

Vernarte se proposa pour l’aider à marcher, leur faisant remarquer qu’il n’était pas capable de tenter une évasion dans son état.

« Et toi, ne vas-tu pas en profiter ?
— Je l’ai mis dans cette situation. Je ne l’abandonnerai pas alors qu’il a besoin de moi.
— Tu deviens charitable ! Je te préférais quand tu voulais lui faire payer ses erreurs. D’accord, aide-le ! Mais si tu tentes quoi que ce soit, tu le regretteras et lui aussi. »

Cadmeen détacha Vernarte qui en fit de même avec Link. Il passa un des bras du jeune homme par-dessus ses épaules et le soutint par la taille. Plusieurs soldats les encerclèrent, afin d’empêcher toute tentative de fuite.

Et le trajet reprit. L’ancien général parlait doucement au Héros du Crépuscule pour l’encourager, l’exhortant à tenir encore un peu. Le prisonnier avait fermé les yeux se laissant guider.

« Pourquoi m’aides-tu ?
— Tu es là par ma faute.
— Et toi par la mienne. Je n’ai plus de forces. Laisse-moi et essaye de sauver ta vie !
— Pas question que je t’abandonne. Tu es le dernier espoir d’Hyrule et de la princesse.
— Que veux-tu dire ?
— Tu es le seul à pouvoir battre…
— Non, à propos de Zelda…
— N’as-tu pas été étonné qu’elle ne soit pas mariée ? J’ai passé beaucoup de temps à ses côtés et j’ai compris beaucoup de choses.
— Comme quoi ?
— Les sentiments qu’elle éprouve pour toi. Elle a refusé tous les prétendants parce qu’aucun ne te ressemblait.
— Pourtant, elle a toujours su que …
— Que tu aimais Iria. Bien sûr, elle en était consciente. C’est pour ça que tu ne l’as jamais su. Mais maintenant, elle peut laisser libre court à son amour… Tu seras un roi juste.
— Quoi ?
— Regarde, nous arrivons. Tu vas bientôt pouvoir te reposer. Encore un peu de courage… »

Link releva la tête et distingua la Tour du Jugement dans le lointain. Ganondorf serait bientôt en possession du livre tant désiré. Que pouvait-il contenir pour avoir autant d’importance ?

Vernarte conseilla au jeune homme d’éviter de parler pour conserver ses dernières forces, car il le sentait défaillir. Sa respiration devenait difficile. Le Héros du Crépuscule se concentra sur ses jambes pour avancer.

Soudain, celles-ci lâchèrent et il tomba lourdement, entraînant l’ancien général dans sa chute. Celui-ci se redressa et prit Link dans ses bras avant de continuer son chemin.

Au bout d’une demi-heure, le convoi arriva à destination. Vernarte coucha Link qui s’était évanoui sur le sol. Il posa sa main sur son cou, cherchant son pouls. Celui-ci était faible.

Cadmeen s’approcha des deux prisonniers et gifla l’inconscient pour le réveiller, puis il le releva sans ménagement. Link regarda autour de lui sans comprendre, mais fut bien obligé de suivre celui qui l’emmenait vers une petite grotte. Vernarte fut laissé à la garde de deux soldats.

En entrant dans la caverne, le jeune homme s’aperçut que Ganondorf l’y attendait. Le général de Tradan le conduisit vers une des parois où des chaînes étaient encastrées. L’endroit semblait familier au Héros du Crépuscule. Ses poignets furent enfermés dans des anneaux.

Lorsque Cadmeen le lâcha, ses jambes cédèrent sous lui. Il était maintenu par les mains, le visage face à la roche. Les muscles de ses bras se tendirent et une douleur s’installa, mais Link était incapable de se remettre debout. Ganondorf s’approcha de lui et murmura quelques mots à son oreille.

« C’est ici que ton sort s’est décidé, il y a sept ans de cela. C’est ici que tu as été vendu. Tu resteras là, jusqu’à ce qu’on retrouve le livre. J’espère pour toi que tu ne m’as pas menti. »

Puis il enfonça son genou dans le dos du jeune homme avant de sortir avec le général. Le silence se fit dans la grotte. Link n’entendait que sa propre respiration et ses battements de cœur. Ses pensées repartirent vers Hyrule : ses amis avaient-ils encore la possibilité de lui venir en aide ?

Des bruits de pas résonnèrent. Link n’y fit pas attention, s’imaginant qu’il s’agissait d’un des gardes chargés de sa surveillance qui faisait sa ronde. Lorsque des mains lui attrapèrent les poignets pour les libérer, le Héros du Crépuscule sursauta et regarda tout autour de lui.

Une personne l’avait réceptionné avant qu’il ne s’écroule et était en train de le coucher sur le sol avec délicatesse.

« Moï…
— Que t’ont-ils fait, demanda celui-ci en déplaçant quelques mèches de cheveux qui étaient collées sur le visage du jeune homme.
— Tu es venu ?
— Nous n’allions tout de même pas te laisser aux mains de ce monstre. Nous t’emmenons avec nous, mais avant tu dois reprendre quelques forces.
— Les soldats…
— Ne t’occupe pas de ça ! Laisse-toi faire. Aujourd’hui, c’est à nous de te sauver. »

Moï prit un bocal dans sa pochette et lui en fit boire le contenu. C’était de la soupe. Elle était froide, mais apporta un peu de réconfort au jeune homme. Il regarda autour de lui et reconnut la personne qui accompagnait son ancien mentor : Ash.

« Comment vas-tu, demanda-t-il à cette dernière.
— Mieux ! Je n’aurais manqué ton sauvetage pour rien au monde, lui dit-elle en souriant.
— Il est temps de partir d’ici », ajouta Moï.

Ce dernier releva Link et le petit groupe sortit de la caverne. Lafrel et Jehd les attendaient à l’extérieur.

« Vernarte ! Nous devons l’aider.
— Cet homme a causé ta perte et tu veux que nous l’aidions, intervint Ash.
— Il n’était pas conscient de ses actes.
— Nous le savons, ajouta Moï. Ne t’inquiète pas, Corentin s’occupe de lui. »

Soudain, une flèche siffla à l’oreille du Héros du Crépuscule. Un groupe de soldats venait d’apparaître, leur coupant la route.

« Où pensez-vous aller comme ça ? Laissez-nous notre prisonnier. »

Les Hyliens dégainèrent. Link que Moï et Ash venaient de lâcher tenta de rester debout, mais ses jambes cédèrent et il se retrouva sur le sol, ne pouvant qu’être spectateur du combat qui était en train de se mener. Ses sauveteurs eurent rapidement le dessus sur les gardes de Ganondorf.

Ils réussirent à se débarrasser de leurs adversaires. Ils eurent une mauvaise surprise en se retournant. Un soldat avait placé une lame sur la gorge de Link.

« Je vous conseille de lâcher vos armes si vous ne voulez pas avoir sa mort sur la conscience. »

Les Hyliens lâchèrent leurs épées qui tombèrent par terre dans un grand fracas. Le soldat était accroupi derrière le jeune homme qui était en position assise. Il eut un léger sursaut au moment précis où les armes touchèrent le sol et se sentit tirer en arrière. Perdant son appui, Link s’effondra sur son dos, encore douloureux.

Celui-ci put apercevoir son agresseur aux prises avec … Vernarte. Le Héros du Crépuscule tourna la tête dans la direction d’où était venu l’ancien général. Il vit Corentin qui se battait avec un des gardes de Ganondorf. Ash, Lafrel et Moï ramassèrent leurs lames pour porter secours aux deux combattants.

Au moment où ils atteignirent le lieu du duel, un cri se fit entendre, suivi d’un bruit de chute. Vernarte s’écroula sous les yeux terrifiés de Link. Ce dernier s’approcha en rampant du blessé et remarqua qu’une tache de sang s’agrandissait sur sa poitrine. Il prit sa main et la serra.

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