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Le Temps d’un Crépuscule : chapitre 51

Parmi les représentants d’Hyrule se trouvaient la princesse, son Premier Ministre et Moï. Se rendant compte de la présence de ce dernier, le Héros du Crépuscule baissa la tête. Il craignait de croiser son regard et d’y lire de la déception ou de la pitié.

 

Cadmeen qui venait de les rejoindre ordonna à Link de se mettre à genoux. Comme celui-ci ne réagissait pas, il s’approcha et le força à plier les genoux. Le choc lui rappela et amplifia les douleurs de son dos. Le jeune homme ne put retenir un cri. Le roi de Tradan sourit et se tourna vers Zelda.

 

« Que me vaut l’honneur de votre visite, Votre Altesse ? »

— Nous venons vous informer que votre complice nous a révélé vos véritables intentions, répondit le Premier Ministre. Il nous a tout avoué ! »

 

Moï s’avança alors, traînant le général Vernarte dont les mains étaient attachées dans le dos. Ce dernier observa Link et lui adressa un regard mauvais.

 

« Vous avez réussi à déjouer mon plan, je suis curieux de savoir comment vous avez réussi un tel exploit.

— Nous avons obtenu l’aide d’un jeune homme courageux et méritant. Il nous a donné les moyens de libérer la princesse du sort peu enviable que tu lui réservais.

— Et qu’a-t-il fait le Héros du Crépuscule ? »

 

Il adressa un sourire cruel à Link, mais celui-ci ne s’aperçut de rien. Son esprit était occupé par les douleurs de son dos. La main de Ganondorf lui agrippant les cheveux le fit revenir à la réalité.

 

« J’étais sûr que tu avais quelque chose à voir là-dedans. Tes souffrances ne font que commencer… »

 

Le tyran se tourna vers la princesse.

 

« Comment avez-vous fait pour annuler les effets du produit ?

— Grâce à ceci, dit-elle en montrant le collier qui pendait à son cou.

— Vous le portez encore, demanda-t-il. Attendez une seconde ! »

 

Il se tourna vers Cadmeen.

 

« Vous aviez bien placé une des ces pierres sur le Héros du Crépuscule lorsque vous l’avez piégé à la Clairière ?

— Oui, mon roi.

— Imbécile, répliqua-t-il en le giflant. Vous la lui avez laissée en vous sauvant ? »

 

Les yeux de Ganondorf lançaient des éclairs.

 

« Que s’est-il passé selon toi, au moment où il a récupéré l’Épée de Légende ? La pierre a été désactivée.

— Je suis désolé, mon roi !

— Et toi, cria-t-il à Link en tirant un peu plus sur ses cheveux, comment as-tu fait pour leur donner ce collier ?

— Je… ne me souviens plus. »

 

Le roi de Tradan fit tomber le jeune homme par terre. Le prisonnier poussa un cri de douleur lorsque son dos percuta le sol. Il tenta de se relever, mais ses bras, immobilisés sous lui, gênaient tout mouvement. Link ferma les yeux : ses mains pressaient ses plaies.

 

Voyant les crispations sur le visage de son élève, Moï ne put s’empêcher d’intervenir et se précipita vers lui. Au moment où il eut atteint le Héros du Crépuscule, une dizaine de lances se pointèrent dans sa direction.

 

« Pas un pas de plus !

— Ne vous affolez pas, je veux juste l’aider à se relever ! Et si vous voulez que ce ne soit pas nécessaire, détachez-lui les mains. Où voulez-vous qu’il aille dans cet état ? »

 

Sans tenir compte des armes pointées sur lui, Moï s’assit près de Link et l’aida à se mettre sur le côté de façon à soulager ses douleurs. Le jeune homme vint poser sa tête sur les genoux de son ancien mentor, comme il le faisait étant petit.

 

Moï prit le couteau qui pendait à sa ceinture et coupa les cordes qui attachaient les poignets du prisonnier. Il en profita pour lui glisser un minuscule objet dans sa main en murmurant à son oreille.

 

« Nous avons besoin de connaître la provenance de cette clé. Observe-la discrètement et enfouis-la dans la terre. »

 

Ganondorf l’entendit murmurer et le repoussa violemment en arrière.

 

« Que lui as-tu dit ?

— Rien ! Je lui disais de se calmer ! Que la douleur finirait par diminuer ! »

 

Link ramena ses mains devant lui. Sur un signe du roi, les gardes pointèrent leurs lances sur le Héros du Crépuscule qui tentait de se mettre debout. Il réussit à s’asseoir, le visage face à son ennemi, dévoilant les nombreuses taches de sang séché sur sa chemise aux membres de la délégation.

 

La princesse eut un sursaut au moment où elle devina le traitement qui avait été infligé à Link.

 

« Que lui as-tu fait ?

— Je lui ai juste posé quelques questions, mais cet entêté a refusé de me répondre. Alors, j’ai été obligé de prendre des mesures radicales.

— De quel genre ?

— Montre-leur », déclara Ganondorf en s’adressant à Cadmeen.

 

Le général s’approcha du jeune homme et, après avoir écarté les soldats, le releva avec brutalité, provoquant de nouvelles douleurs au niveau de son dos. Le chef de l’armée de Tradan voulut soulever le haut de Link, mais ce dernier faisait tout pour l’en empêcher. La seule pensée de voir ses souffrances exposées ainsi devant ses amis lui était insupportable.

 

« Tu n’es vraiment pas raisonnable », dit-il en lui prenant les deux mains et en les ramenant vers lui.

 

Il appela un des gardes qui lia ses poignets avec une corde. Puis Cadmeen attrapa la chemise de Link et la lui passa au-dessus de la tête d’un coup sec. Les membres de la délégation purent observer les nombreuses marques laissées sur sa peau, certaines d’entre elles avaient recommencé à saigner. La princesse poussa un cri et détourna le regard.

 

Le général maintenait toujours les bras du jeune homme qui cherchait à se défaire de cette emprise. Quand soudain, il s’aperçut que celui-ci tenait quelque chose dans son poing gauche.

 

« Donne-moi ce que tu dissimules, ordonna-t-il en tentant de desserrer les doigts du prisonnier.

— Qu’est-ce que c’est, demanda Ganondorf en s’approchant.

— Une clé, répondit Cadmeen.

 

Ce dernier venait de réussir à récupérer l’objet en question et le remit à son chef. Link le fixa avec attention et eut un choc. Le captif ferma les yeux. Des images lui revinrent en mémoire : un soldat casqué lui parlait d’un livre très dangereux ainsi que de l’endroit où il irait le cacher.

 

Le roi de Tradan attrapa Link par les cheveux.

 

« On réglera ça plus tard, toi et moi ! »

 

Puis il se tourna vers ses visiteurs.

 

« Tout ça ne m’explique pas comment vous avez fait pour contrer mes projets.

— C’est très simple, expliqua Moï, Link nous a raconté tous les évènements dont il se souvenait ainsi que sa petite mésaventure à l’Ancien Sanctuaire, en nous montrant le fameux collier. Ce dernier est resté sur la table après son départ et c’est moi qui l’ai récupéré.

— Et comment avez-vous pu approcher la princesse, je la croyais tenue au secret.

— Cela n’a pas été simple, mais la personne chargée de s’occuper d’elle était, malheureusement pour toi, très proche d’un des membres de la Résistance. Tu devines le reste… »

 

Ganondorf porta son attention sur Vernarte.

 

« Je t’avais dit de faire attention au choix de tes collaborateurs, tu as misérablement échoué.

— Mais…

— Pas de mais, tu savais ce qui t’attendait en cas d’échec… »

 

Il se concentra de nouveau sur le Premier Ministre.

 

« J’imagine que si vous l’avez amené jusqu’ici, c’est que vous avez une bonne raison. Vous allez me proposer un marché.

-Effectivement, nous voulons échanger le traître que vous nous avez envoyé contre notre héros qui n’a jamais rien eu à se reprocher ! Nous savons qu’il s’est laissé livrer pour ne pas mettre en péril la vie d’un de ses amis proches.  »

 

Ganondorf éclata de rire.

 

« Vous pensez que je vais vous le rendre après le mal que j’ai eu à l’attraper. Vous rêvez ! Mais vous ne m’apprenez rien, je savais que ce nigaud réagirait comme cela !

— Dans ce cas, vous ne reverrez pas votre homme de main que nous ferons exécuter pour tous les crimes qu’il a commis.

— J’ignorais que la peine de mort était encore appliquée dans votre royaume.

— C’est un jugement qui n’est que très rarement rendu, mais les situations exceptionnelles appellent des mesures de la même envergure. »

 

Ganondorf réfléchit un instant et un sourire s’agrandit sur son visage.

 

« Je ne vous cacherais pas que j’ai une grande envie de récupérer cet incapable pour lui infliger la punition qu’il mérite. Néanmoins, votre prix est trop élevé. Je vous propose donc une alternative.

— Quelle est-elle ?

— Votre Héros du Crépuscule n’est pas mon seul captif ! Un prisonnier contre un autre, cela me parait honnête, non ? »

 

Il adressa un regard à Cadmeen qui se dirigea vers une tente avec deux soldats. Ils en ressortirent accompagnés d’une jeune femme dont les mains étaient attachées. Celle-ci semblait avoir également subi des mauvais traitements.

 

« Ash,  s’écria Moï.

— Qu’en pense notre Héros du Crépuscule ? Selon toi, lequel de vous deux devrait être libéré ? »

 

Link ne répondit pas. Ganondorf attrapa le jeune homme par les cheveux et tira.

 

« Je suis curieux d’obtenir ton point de vue sur la question. »

 

Le jeune homme observa Ash. Il ne voulait pas qu’elle subisse de nouveaux mauvais traitements à cause de lui.

 

« Elle, articula-t-il difficilement, libère-la, elle !

— Le héros a parlé. Donc je vous propose de procéder immédiatement à l’échange. Cette jeune personne a visiblement besoin de soins. »

 

Moï s’avança trainant un Vernarte qui n’avait pas l’air d’avoir très envie de retrouver celui pour lequel il avait trahi son royaume. Pendant que les deux gardes amenaient la jeune femme, le général tenta d’amadouer son accompagnateur.

 

« Il va me tuer si tu me livres à lui !

— Il fallait réfléchir avant de trahir ton pays. Trop de personnes ont souffert par ta faute. »

 

Lorsqu’ils furent rejoints par les soldats, ces derniers déposèrent Ash dans les bras de Moï qui la souleva et la confia à un de leurs accompagnateurs pour qu’il la ramène immédiatement au château. Vernarte avait été conduit près du roi de Tradan.

 

« Avant que vous ne repartiez, j’ai quelque chose à vous montrer. »

 

Ganondorf prit un couteau des mains d’un de ses hommes et l’utilisa pour déchirer la tunique du général hylien. Link et les membres de la délégation regardèrent le nouveau prisonnier avec stupeur. Celui-ci portait une pyronite autour du cou qui lui fut arraché d’un geste sec.

 

« Cet homme était également manipulé, tout comme Nabooru. Mais lui, tu n’auras pas réussi à le sauver, ajouta-t-il à l’adresse de Link.

— Tu le contrôlais depuis le début, répondit celui-ci.

— Non ! Il t’a longtemps détesté, mais tu as visiblement réussi à le remettre sur le droit chemin. J’étais présent à la clairière lorsque tu as refusé de te mesurer à lui. J’ai remarqué que ton attitude l’avait secoué et pas dans un sens favorable à mes plans.

— C’est à ce moment-là que tu l’as empoisonné ?

— Oui, j’ai utilisé sur lui le même produit que sur Nabooru ! Tu te souviens d’elle n’est-ce pas ? »

 

Link regardait son ennemi. Il avait perçu une différence entre la réaction de Nabooru et celle de toutes les autres personnes qui avaient subi l’influence de la pierre, sans jamais comprendre pourquoi.

 

« Eh oui, il existe un autre produit ! Il est incolore et ressemble à de l’eau. Ce qui signifie que la victime le boit sans se douter de ce qui l’attend. J’ai envoyé le général Cadmeen s’occuper de lui. Ensuite, ils ont préparé ton enlèvement. Que penses-tu de mon plan ?

— Tu n’es qu’un…

— L’avantage de ce produit est qu’il est instantané et indolore. Je comptais l’utiliser sur toi au moment où ta Triforce aurait définitivement cessé d’exister. J’aurais adoré te voir t’en prendre à tes anciens amis…

— Je comprends mieux pourquoi tu voulais tant me récupérer avant que je reprenne l’Épée de Légende.

— Mithran a tout gâché et je compte bien le lui faire payer au prix fort. En attendant, j’ai encore plusieurs questions à te poser et cette fois, crois-moi, tu vas me dire ce que je veux savoir ! »

 

Sur un signe du roi, Cadmeen s’apprêtait à emmener Link quand la princesse intervint.

 

« Laissez-moi lui parler ! Je suis sûre que je peux le convaincre de vous révéler ce que vous voulez savoir !

— Et pourquoi vous ferais-je confiance ?

— Je… Je ne désire pas qu’il souffre davantage.

— Il mérite ce que je lui inflige ! »

 

Le général poussa le jeune homme pour le forcer à avancer. Un bruit de chute se fit entendre. Zelda venait de se laisser tomber à genoux et s’adressait à Ganondorf des sanglots dans la voix.

 

« Par pitié, laissez-moi au moins lui dire au revoir ! »

 

Ganondorf observa la princesse et accepta la demande. Le général fit demi-tour et força Link à s’agenouiller sur le sol. Des larmes coulaient toujours de ses yeux. Elle prit la tête du jeune homme dans ses mains et lui murmura dans l’oreille.

 

« Nous ferons tout pour te tirer de là. Garde confiance en tes amis !

— Vous ne devriez pas lui donner de faux espoirs, ajouta le tyran.

— Fais ce qu’il te demande et reste en vie ! »

 

Le Héros du Crépuscule semblait sur le point de céder au désespoir. Zelda posa ses mains sur les joues du jeune homme et approcha lentement son visage du sien. Surpris, Link resta sans bouger, sentant son cœur manquer un battement.

 

Au moment même où leurs lèvres se touchèrent, il ferma les yeux, se laissant envahir par une sensation de bien-être qui lui fit oublier tout ce qui l’entourait. Ils échangèrent un tendre baiser, mais le temps fut trop bref. Zelda releva la tête et plongea son regard dans celui de Link.

 

« Je t’aime », lui murmura-t-elle avant de rejoindre la délégation.

 

Link porta ses doigts à sa bouche, cherchant à conserver ces merveilleux instants. Cadmeen le remit debout avec brutalité et l’emmena vers l’intérieur du camp. Il avait encore sur la langue le goût salé des larmes de Zelda.02

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