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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 5

Chapitre 5

Le lendemain à l’aube, Link fut réveillé par la faim qui lui tenaillait l’estomac. La dernière fois qu’il avait mangé remontait à la veille au matin. De plus, la nervosité qu’avait éprouvée le jeune homme juste avant la cérémonie, l’avait rendu incapable d’avaler autre chose qu’un léger morceau de pain. Son intention était de prendre un repas plus consistant avec Iria après avoir replanté l’Épée, mais ses projets avaient été contrariés.

Link repensa alors à son entrevue avec Ganondorf. À aucun moment, il n’avait fait mention de la présence d’une autre personne dans le Sanctuaire. De plus, la jeune fille n’était pas dans la clairière lorsque la lame avait été replantée. Cela le rassurait.

Cela voulait dire qu’il était le seul à avoir fait le voyage et qu’elle était probablement encore à leur époque. Mais cela signifiait également que personne ne pourrait lui porter secours. Sa disparition resterait inexpliquée pour ses amis.

Pourtant, à aucun moment, Link n’envisagea de trahir son serment. Il resterait fidèle jusqu’au bout, malgré ce que cette décision impliquait pour son intégrité physique. Son ennemi n’était pas homme à accepter facilement un refus. Et les jours qui allaient suivre risquaient d’être très difficiles pour lui.

Le prisonnier ignorait jusqu’où son ennemi serait capable d’aller pour le contraindre et ce qu’il pourrait endurer. Mais, dehors, le Héros du Temps se préparait à frapper et les jours de Ganondorf étaient comptés. Link devrait résister jusqu’à ce que son adversaire soit vaincu.

Lorsque Nabooru entra dans la pièce, toujours suivie des deux geôlières, le jeune homme se tenait assis, le dos contre le mur du fond.

« J’espère que tu as fait le bon choix. Le Seigneur Ganondorf aimerait connaître ta décision. Il t’attend.

— Je crains qu’il ne soit déçu…, répondit-il avec une pointe d’ironie dans la voix.

— Tu ne sembles pas avoir compris dans quelle situation tu te trouves. Tu n’as pas vraiment le choix. Tu ne fais que retarder l’inévitable. »

Nabooru fit signe aux deux femmes. Comme la veille, celles-ci lui lièrent les mains avec une corde avant d’enlever les chaînes. Ensuite, elles le conduisirent à l’extérieur par les mêmes couloirs. Devant l’entrée de la tente, Nabooru congédia ses gardes et fit entrer Link. Ganondorf était confortablement installé dans un fauteuil.

« Alors, quelle est ta réponse ?

— À quel propos ? »

Un éclair de colère traversa ses yeux. La perspective de se voir contraindre par la force n’impressionnait pas le jeune homme autant que Ganondorf l’aurait voulu.

« Ne joue pas au plus malin avec moi ! Veux-tu être traité en allié ou en ennemi ? C’est ta dernière chance de prendre la bonne décision. »

Link fit mine de réfléchir un instant.

« Ma réponse est : va te faire voir ! Jamais je n’aiderai un être aussi abject que toi. Tu me fais vomir ! »

Nabooru dégaina son sabre et se servit du manche pour frapper le jeune homme au visage. Celui-ci accusa le coup sans un cri. Ensuite, d’un mouvement habile de la jambe, elle le déséquilibra. Il s’effondra sur le sol. La femme en profita pour lui asséner de nombreux coups de pied dans l’estomac.

« On ne parle pas de cette façon au roi des Gerudos. Je vais t’apprendre le respect. »

Ganondorf leva la main. Les coups cessèrent. Link se remit péniblement debout, ses liens l’empêchant de se mouvoir avec habileté. Ensuite, le captif releva courageusement la tête et planta ses yeux bleus dans ceux de son ennemi. Celui-ci n’aimait pas voir cette fierté sur le visage du jeune homme alors qu’il aurait voulu y lire de la peur.

« Crois-moi ! Cette petite séance est dérisoire, comparée à ce que tu vas subir si tu t’obstines à ne pas comprendre. Tu es seul ici. Personne ne viendra t’aider. Penses-tu pouvoir me résister longtemps ?

— Tant que j’en aurais la force, affirma-t-il avant d’ajouter, un sourire sur les lèvres, mais tu te trompes sur un point. Quelqu’un est en route pour m’aider, sans le savoir : le Héros. Tes jours sont comptés… »

Ganondorf se leva d’un bond et s’approcha du jeune homme. Ses yeux étaient injectés de rage quand il le menaça les dents serrées.

« N’en sois pas si sûr. Ce morveux ne te sauvera pas. Si je dois être vaincu, tu le paieras de ta vie.

— Dans ce cas, tue-moi tout de suite ! Jamais je ne t’aiderais ! Tu peux me faire subir ce que tu voudras. Tu ne tireras rien de moi. Je refuse d’être la cause du malheur d’Hyrule.

— Donc, tu choisis la souffrance ! Tant pis pour toi. Nabooru, donne-lui une bonne leçon. »

Elle l’attrapa par les cheveux pour l’emmener à l’extérieur et le jeta par terre. Link ne put amortir sa chute, ses mains étant attachées dans son dos. Avant qu’il n’ait eu le temps de se relever, elle se mit à le bombarder de coups. D’autres Gerudos se mirent à frapper également. Après plusieurs minutes qui lui parurent interminables, le jeune homme reçut un choc sur la tempe qui provoqua son évanouissement.

À son réveil, le Héros du Crépuscule se trouvait attaché à un poteau en plein soleil un peu à l’écart de la forteresse. Sa tête bourdonnait. Des traînées de sang séché parsemaient ses vêtements. La soif le tenaillait et ses lèvres étaient sèches, mais Link se refusait à demander quoi que ce soit à ses bourreaux. Le prisonnier savait pertinemment qu’il ne devait rien attendre d’eux.

Le jeune homme tenta de faire un point sur sa situation. Il était actuellement dans le passé, entre les mains de Ganondorf. Apparemment, celui-ci prenait toutes les précautions possibles et imaginables pour l’empêcher de faire la moindre tentative de fuite. Link sentait monter en lui un sentiment d’abandon et de peur. Combien de temps pourrait-il supporter ça ?

Ses forces étaient en train de le quitter. Cela faisait des heures qu’il était là sans pouvoir bouger. Tous ses muscles étaient douloureux et le manque de nourriture se faisait sentir. De plus, son voyage dans le passé l’avait secoué et les différents coups reçus ne l’aidaient pas.

Quand le soleil disparut à l’horizon, il sentit ses genoux fléchir, car ses jambes endolories commençaient à ne plus pouvoir supporter son poids. Ganondorf sortit de sa tente et s’approcha de sa proie. Sur un signe de celui-ci, une Gerudo s’approcha et versa sur la tête du jeune homme un seau d’eau glacée. Son corps réagit violemment à ce contact.

« Comment te sens-tu à présent ? As-tu toujours envie de me défier ou as-tu compris qu’il était dans ton intérêt de faire ce que je te demande ? »

Link secoua la tête.

« Jamais je ne t’aiderai, articula-t-il difficilement.

— Tu changeras d’avis. Ramenez-le dans sa cellule. »

Deux gardes s’approchèrent pour le détacher du poteau. Lorsqu’elles coupèrent les cordes qui le retenaient, ses jambes lâchèrent et il s’écroula sur le sol, incapable de se relever. Les Gerudos ne prirent même pas la peine de lui lier les mains. Les femmes l’attrapèrent chacune par un bras et le trainèrent jusqu’à sa prison.

Après lui avoir remis ses chaînes, elles repartirent en verrouillant la porte. Link resta étendu sur le sol et s’endormit. Il fut réveillé une heure plus tard par des bruits de pas dans sa cellule. Quelqu’un était entré. Le nouveau venu avait les cheveux blonds et était vêtu d’un ensemble bleu et noir qui laissait apercevoir les courbes de son corps. Ses mains et son torse étaient recouverts de bandages et son visage était dissimulé par un épais tissu lui couvrant le nez, la bouche et les cheveux.

« Je m’appelle Sheik, je suis un Sheikah. Ne bouge pas. Je vais t’aider. »

Il s’approcha de Link qui n’avait pas fait le moindre mouvement.

« Je vais te détacher pour pouvoir te soigner correctement, mais il est inutile que tu tentes quoi que ce soit. D’abord, je ne pense pas que tu en aies la force. Ensuite, je n’ai pas la clé de la porte. Me maîtriser ne te permettra pas de sortir. Me prendre en otage ne sera pas efficace non plus. Ganondorf n’hésitera pas à risquer ma vie et les conséquences pour toi risquent d’être fâcheuses. Puis-je compter sur toi pour te tenir tranquille ? »

Link répondit par l’affirmative et Sheik lui enleva les chaînes.

« Je t’ai apporté de quoi faire un brin de toilette. Tu trouveras ce dont tu as besoin dans le fond de la cellule. Ensuite, nous nous occuperons de tes blessures. »

Link se leva et se dirigea vers le seau déposé plus loin. Il retira sa chemise et utilisa l’eau pour nettoyer les nombreuses traces de sang éparpillées sur son corps. Une vive émotion était apparue sur le visage de Sheik au moment où le jeune homme avait commencé à se dévêtir, mais ce dernier n’avait rien remarqué rien.

Ensuite, le prisonnier rejoignit son visiteur. Celui-ci examina ses plaies. La plupart étaient superficielles et aucune ne nécessitait de soins très poussés. Ensuite, Sheik alla chercher le plateau qu’il avait laissé près de la porte. Celui-ci contenait le maigre repas qui avait été accordé au jeune homme : deux morceaux de pain et une cruche d’eau.

« Avale ça, tu vas avoir besoin de forces pour les épreuves qui t’attendent. Malheureusement pour toi, tu n’es pas au bout de tes peines.

— Merci pour ta gentillesse. »

Il mangea le pain et vida la cruche. Sheik s’approcha alors de lui.

« Je vais devoir te remettre les chaînes. Je n’ai pas le droit de te laisser comme ça. J’ai déjà pris des risques en doublant ta ration de nourriture. Alors, facilite-moi la tâche. »

Le jeune homme se laissa attacher de nouveau. Puis il se coucha et s’endormit avant que Sheik n’ait frappé à la porte pour que les gardes le fassent sortir.

Le même traitement lui fut infligé le lendemain et le surlendemain. Seulement, la longue attente en plein soleil était entrecoupée de périodes plus douloureuses. En effet, Ganondorf avait permis à ces guerrières de venir s’entraîner sur lui. Il recevait ainsi la visite de Gerudos qui venaient tester sur lui leurs techniques de combat. Dans l’incapacité de se défendre, Link devait encaisser les coups qui l’affaiblissaient toujours davantage.

Chaque soir, Ganondorf lui reposait la même question et obtenait la même réponse. Chaque nuit, le jeune homme recevait la visite de Sheik.

 Sans les soins que lui apportait ce dernier, le Héros du Crépuscule aurait eu quelques difficultés à supporter les épreuves que son adversaire lui faisait subir. Sans l’aide de Sheik, il n’aurait peut-être pas tenu jusque-là. Pourtant, Link se posait pas mal de questions vis-à-vis de lui. D’un côté, cette personne l’avait aidé à supporter ces souffrances. De l’autre, ce n’était pas dans les intérêts de Ganondorf qu’il meurt.

Le troisième soir, Link semblait plus mal en point que les jours précédents. Il était épuisé et avait de la peine à garder les yeux ouverts. Après avoir apporté le repas du jeune homme, Sheik s’occupa de ses blessures. Ce dernier s’endormit avant le départ de son visiteur.

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