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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 44

C’est dans cette grotte que le Héros du Crépuscule apprit le sort que lui réservait Vernarte. Ce dernier comptait le vendre. Le futur acheteur, dont le nom était Cadmeen, était venu l’examiner avant de discuter des termes du contrat.

Une fois tombés d’accord, Vernarte et son client étaient revenus voir Link. Celui-ci avait dû revêtir l’uniforme porté par les esclaves au royaume de Tradan, le pays où le commandant devait l’emmener. Il avait également été marqué derrière l’oreille d’un tatouage symbolisant son nouveau statut.

Après le départ des deux hommes, Link fut laissé seul. Il se mit à tirer de toutes ses forces sur ses bras pour essayer de faire bouger les chaînes, mais celles-ci étaient bien ancrées dans la roche.

Au bout d’une heure, il entendit les bruits de pas de deux soldats qui se rapprochaient de lui. Après avoir libéré ses poignets, ils le plaquèrent au sol avec violence et lui attachèrent les mains dans le dos.

« Toute tentative de fuite est vouée à l’échec et tu en subiras les conséquences. Alors, réfléchis bien avant de faire quoi que ce soit de stupide. »

Les soldats le relevèrent et l’emmenèrent à l’extérieur. Ils le firent monter dans un chariot et l’obligèrent à se coucher avant d’immobiliser ses jambes. Ensuite, il y eut encore de longues heures de trajet jusqu’à la frontière du royaume de Tradan. Le garde prit la peine de vérifier le contenu du convoi et laissa passer le chargement après avoir vu la marque derrière l’oreille de Link.

À ce moment, Vernarte confia le guidage des chevaux à un des hommes et vint s’asseoir près de son prisonnier. Il retira le bandeau que le captif avait sur les yeux et lui adressa un sourire cruel.

« Nous y sommes presque ! Maintenant que je sais que tu ne pourras plus t’échapper, je vais te faire un aveu : je ne pensais pas y arriver avec autant de facilité.

— Tu n’as pas encore gagné !

— Oh que si ! Tu es ici dans le royaume de Tradan. Tu n’en sortiras jamais ! Tes vêtements sont ceux des esclaves. Même si tu parvenais à fuir, tu n’irais pas loin, habillé de la sorte.

— Tu me le payeras !

— Ne fais pas de promesse que tu ne pourras pas tenir ! Lorsque tu seras hors d’état de nuire et tu le seras bientôt, je m’occuperai de consoler Zelda, ainsi que ta petite amie. J’ai l’intention de prendre le pouvoir en Hyrule. Ça prendra le temps qu’il faudra, mais je monterai les échelons jusqu’à obtenir la confiance totale de la princesse. Elle ne s’attendra donc pas au coup que je lui porterai. »

Link se mit à s’agiter.

« Je ne te laisserai pas faire !

— Et que comptes-tu faire pour m’en empêcher ? »

Le commandant partit d’un éclat de rire et regarda le jeune homme tenter de se défaire de ses liens. Incapable de se dégager, ce dernier commençait à se rendre compte que ses chances d’échapper au sort qui l’attendait étaient minces. Il connaissait les véritables intentions de son ennemi, mais n’était pas en mesure d’avertir ses amis du danger qui les menaçait.

« Te démener ne te servira à rien, je te l’ai dit. Ici, tu n’as plus rien ; ici, tu n’es plus rien ! Tu ferais bien mieux d’accepter ta défaite ! Te rebeller ne t’attirera que des ennuis ! »

Vernarte avait ensuite repris sa place devant le chariot laissant Link sous la surveillance des deux soldats. Après plusieurs heures de trajet pendant lesquelles le jeune homme put s’assoupir, les chevaux s’immobilisèrent et le commandant en descendit. Après sa discussion avec Cadmeen, il emboita les pas du garde qui le conduisit près du roi.

Link fut emmené par le général vers un chantier de construction. C’est à ce moment-là que le Héros du Crépuscule découvrit ce que ses ennemis comptaient faire de lui : un esclave sans volonté, corvéable à merci. Il avait tenté une évasion avec l’énergie du désespoir, mais n’avait pu aller bien loin.

Après l’avoir introduit dans une sorte de prison, Link avait été attaché à un siège et avait reçu quelques soins de la part d’une doctoresse. Il avait alors entendu une voix familière, mais un bandeau placé devant ses yeux l’avait empêché de voir celui qui avait parlé. Une douleur intense avait succédé à ce geste et l’avait fait sombrer dans l’inconscience.

À son réveil, il était enfermé dans une des cellules et ressentait encore des picotements dans sa main. Ses forces semblaient l’avoir quitté. Le Héros du Crépuscule s’aperçut rapidement que la marque de la Triforce avait perdu de son éclat. Un rire retentit derrière lui. C’était Vernarte qui le regardait, un sourire cruel sur le visage.

« Ton fragment sera bientôt incapable de te protéger. Regarde, dit-il en désignant sa main, elle commence déjà à perdre sa puissance. Bientôt, tu deviendras un automate semblable à ceux que tu as vus dehors. »

Link se releva d’un bon et passa ses bras entre les barreaux afin d’atteindre son ennemi, mais celui-ci s’était reculé.

« Bien essayé, mais tu ne peux plus rien contre moi ! Et quand j’aurais acquis la confiance de Zelda, je lui réserve le même sort qu’à toi. Je te tiendrai au courant de mes progrès. C’est une clause que j’ai fait ajouter au contrat, en compensation du faible prix que je demandais : la possibilité de te sortir de ton état comateux pour te faire part des nouvelles d’Hyrule…

— Tu n’es qu’un…
— Un quoi ?
— Un traître ! Finalement, tu méritais amplement ta place dans les prisons du palais.
— Peut-être bien, mais pour le moment, c’est toi qui es enfermé et tu ne retrouveras jamais ta liberté. »

Vernarte commença à s’éloigner, mais revint rapidement sur ses pas.

« Une dernière chose : veux-tu savoir à quel prix, je t’ai cédé ? »

Link ne répondit pas !

« J’imagine que tu ne t’es jamais renseigné sur le prix d’un esclave. Dix mille rubis sont nécessaires pour acquérir un homme de peu d’importance. Tu peux doubler le prix lorsqu’il s’agit de quelqu’un comme toi. Moi, je me suis contenté de cinq cents, car rien que le fait de te savoir ici vaut le triple de la somme que j’aurais pu gagner ! »

Link se laissa tomber sur le sol et regarda son ennemi s’éloigner. Vernarte était désormais le seul à savoir où il se trouvait et personne à Hyrule n’imaginerait que le capitaine était responsable de sa disparition.

Se sentant observé, le jeune homme tourna la tête. Il vit une ombre dans la cellule à côté de la sienne qui le fixait.

« Cet homme semble te haïr.

— Le mot est faible, répondit Link.
— Que lui as-tu fait ?
— C’est une très longue histoire et je ne vois pas en quoi elle pourrait t’intéresser.
— J’en sais beaucoup plus sur toi que tu ne le crois, Link, Héros du Crépuscule ! »

Le jeune homme regarda son compagnon de cellule de façon plus approfondie. Celui-ci avait les oreilles pointues, caractéristique de la race hylienne. Ses cheveux blonds encadraient un visage fin, éclairé par deux yeux verts. Il portait la même tenue que Link.

« Comment connais-tu mon nom ?

— Je viens d’Hyrule, comme toi ! Mon nom est Roven. J’ai quitté le royaume juste avant que les ténèbres ne s’abattent sur le pays pour vivre avec celle qui est devenue ma femme et qui vivait ici. J’ai entendu parler de tes exploits par des amis venus me rendre visite après ta victoire. Donc tu n’as pas besoin de me raconter tout. Réponds juste à ma question.

— Après la défaite de Ganondorf, j’ai été chargé de poursuivre tous ceux qui lui avaient apporté leur aide. Ce commandant a fait partie de ceux qui ont été arrêtés, mais il avait agi contraint et forcé. Depuis, son idée fixe était de se venger de moi. Comment t’es-tu retrouvé ici ?

— C’est une longue histoire également. Tout a commencé quelques semaines avant ta victoire, un homme est venu et a reçu le pouvoir absolu des mains de notre roi. Nous ignorons comment il s’y est pris. Ce tyran a alors commencé à faire régner la terreur, réduisant en esclavage tous ceux qui s’opposaient à lui. Nous avons formé une Résistance avec les volontaires.

— Étiez-vous nombreux ?

— Suffisamment pour lui faire peur ! Nous avons réussi à lui tenir tête un certain temps. Quelques-uns de nos membres faisaient partie de l’armée régulière. Malheureusement, nous avons été trahis par l’un des nôtres. Connaissant l’endroit où nous étions cachés, notre nouveau souverain a organisé une attaque et nous avons tous été pris. Tous les hommes présents ici faisaient partie de cette organisation. Ils vont perdre leur identité et finir comme esclave pour avoir osé s’opposer à un dictateur. Je pensais que nous avions perdu la partie, mais tu es arrivé !

— Tu penses réellement que je vais pouvoir vous aider ?

— Tu as sauvé Hyrule ! Tu peux sauver Tradan !

— J’ai été enlevé et vendu comme esclave ! Comment veux-tu que je vienne en aide à ton peuple ?

— Les Hyliens viendront à ton secours !

— Pour ça, il faudrait qu’ils sachent où je suis. »

Ils entendirent des bruits de pas venant dans leur direction.

« Ça va être mon tour !

— Ton tour ?

— Ils vont me transformer en esclave obéissant ! Avant qu’il ne m’emmène, promets-moi de nous aider !

— Je n’ai aucune chance d’y arriver ! Je suis sans arme ! »

Deux soldats venaient d’arriver et ouvraient la porte de la cellule de Roven. Celui-ci prit la main de Link. Lorsqu’ils s’emparèrent de son compagnon, le jeune homme le retint par le bras, bien décidé à ne pas les laisser faire.

Immédiatement, d’autres gardes entrèrent dans son cachot pour le faire lâcher. Sentant leurs doigts se séparer, Roven regarda Link droit dans les yeux.

« Promets-moi de nous aider, si tu parviens à t’échapper, le supplia-t-il. Je pourrais affronter les épreuves qui m’attendent le cœur léger.

— Je te le promets … »

Au moment où il dit ses mots, leurs doigts se séparèrent. Roven fut emmené et Link fut roué de coups par les deux gardes. Le général qui venait d’entrer s’approcha.

« Pourquoi le frappez-vous ?

— Il a tenté de protéger un membre de la Résistance.

— Je vois que tu n’as toujours pas compris ! Attachez-le et amenez-le-moi ! »

Les gardes lui lièrent les mains dans le dos et le sortirent de sa cellule. Cadmeen l’attrapa par le col de son vêtement et le força à le suivre. Ils prirent la porte du fond. Devant eux se tenaient les deux hommes qui avaient emmené Roven et qui tentaient de lui passer une chaînette.

Link reconnut la pierre qui pendait au bijou. Il en avait déjà vu des semblables (une sur le front de Nabooru et l’autre au cou de la princesse Zelda). L’esclave qui lui avait été présenté quelques heures plus tôt en portait une également.

Après avoir réussi à lui mettre le collier, ils le firent entrer dans une minuscule pièce.

« Attendez ! Je veux que celui-ci assiste à la transformation.

— Il risque de se prendre des coups si le sujet réagit mal.

— Dans ce cas, ça lui servira de leçon. Il réfléchira à deux fois avant de s’interposer ! »

Le général força le Héros du Crépuscule à pénétrer dans le local et à s’asseoir dans un coin. Le jeune homme remarqua que Roven était couché par terre, en proie à la panique. Il se releva et voulut s’approcher de lui. Quand la porte se referma, l’obscurité les recouvrit tous les deux. Ne sachant pas où se trouvait son compagnon, Link n’osait se déplacer. Soudain, un petit claquement se fit entendre, semblable à une trappe qui aurait été ouverte.

« Roven, que se passe-t-il ?

— Link, reste dans un coin. Ça va commencer ! Tu ne peux rien faire pour m’aider. Protège-toi ! Je ne voudrais pas te blesser ! Si ça tourne mal, pardonne-moi !

— Je ne comprends pas… »

Link n’eut pas le temps de terminer sa phrase, car son compatriote hurlait. La surprise le fit reculer. Son nouvel ami était en train de souffrir et le Héros du Crépuscule ignorait les causes de ses douleurs. De plus, avec les mains attachées dans le dos, il était incapable de lui venir en aide.

Le jeune homme se recroquevilla dans un coin. Roven commença à s’agiter et ses cris se firent plus intenses. Il se mit à bouger les jambes dans tous les sens et donna plusieurs coups à celui qui avait été enfermé avec lui. Ce dernier se roula en boule pour se protéger.

Au bout d’une heure, Roven se calma. Link, dont les yeux s’étaient habitués à l’obscurité, observa l’Hylien, couché sur le sol. Celui-ci ne faisait plus aucun mouvement et avait le regard vide.

« Roven, tu m’entends », demanda-t-il.

Lorsque la porte s’ouvrit, il se recula. Le général entra et sourit en voyant les marques sur le visage du prisonnier. Cadmeen porta son attention sur Roven, puis se baissa pour lui libérer les mains.

« Lève-toi et ramène le Héros du Crépuscule dans sa cellule. »

Le nouvel esclave attrapa Link par les cheveux et le fit sortir de la pièce. Ils traversèrent le couloir. Après l’avoir déposé dans sa cellule, il se tourna vers le général qui les avait suivis. Celui-ci reprit en regardant Link dans les yeux.

« Maintenant, ôte-lui l’envie de se rebeller. »

Roven se mit à donner des coups de pied dans le ventre du jeune homme. Cadmeen observa la scène, avec une joie visible.

« Arrête, il doit avoir compris maintenant ! Sors ! »

L’Hylien releva doucement la tête. Link posa les yeux sur lui et vit son visage sans expression qui lui donna froid dans le dos. Il le regarda quitter sa cellule. Le général s’adressa à lui.

« Tu te passeras de repas ce soir ! Tu finiras par apprendre à obéir ! »

Ensuite, il sortit en emmenant Roven. Link resta seul.

Deux heures plus tard, les gardes apportèrent le dîner des prisonniers. L’odeur de la nourriture réveilla l’estomac du jeune homme. Cela faisait deux jours qu’il n’avait rien mangé. Sa dernière collation remontait au pique-nique que lui avait préparé Iria, le jour de sa disparition.

Contre toute attente, un des soldats, un adolescent aux cheveux bruns, pénétra dans sa cellule et s’approcha du captif. Il coupa la corde qui reliait ses mains et lui donna un morceau de pain.

« Prends ça et mange doucement, lui dit-il à voix basse !

— Merci. Qui es-tu ?

— Un ami ! »

Une fois seul et à l’abri des regards, le Héros du Crépuscule mangea la miche. Un mince espoir venait d’éclairer sa détresse. Épuisé par toutes ces épreuves, il finit par à s’endormir.

Le lendemain, Link fut réveillé par le médecin qui entra dans le cachot pour examiner sa blessure à l’épaule. Lorsque celle-ci vit les différentes marques de coups que le jeune homme avait sur lui, elle demanda aux gardes de l’attacher sur le fauteuil afin de le soigner.

Vidé de toute son énergie, Link se laissa faire. Il sentait que la Triforce du Courage perdait sa force : le symbole présent sur sa main commençait à changer de couleur.  La femme s’occupa de désinfecter ses plaies avant de le ramener dans sa cellule. Plusieurs heures plus tard, un autre des captifs fut conduit dans le couloir pour subir sa mutation.

Les jours suivants se passèrent de la même façon : visite de la doctoresse au lever du jour et disparition d’un prisonnier l’après-midi. Au bout de deux semaines, Link se retrouva seul dans la pièce. Les détenus avaient tous rejoint les rangs des travailleurs.

Ce matin-là, le médecin lui avait fait comprendre que sa blessure n’était plus un frein à sa transformation et qu’il était le prochain sur la liste. Le mystérieux soldat qui lui avait donné du pain le premier soir n’était pas réapparu. Ses chances de s’en sortir se réduisaient à vue d’œil.

Vers quatorze heures, deux gardes vinrent le chercher. Ils lui attachèrent les mains et l’emmenèrent dans le couloir. Link tenta de se dégager, mais ses efforts furent vains. Il était enfermé dans le minuscule local où Roven avait été changé en automate.

Le noir s’abattit sur lui au moment où la porte se referma. Link se rappela les hurlements de son ami et la peur s’insinua dans son esprit. Soudain, un petit bruit se fit entendre et une odeur singulière emplit ses voies respiratoires. C’est à ce moment-là qu’il sentit la douleur.

L’air qui entrait par ses narines brulait tout sur son passage. Il voulut retenir son souffle, mais sa souffrance l’en empêchait. Rapidement, le mal se répandit en lui. Comme un feu qui lui dévorait les entrailles. Le temps parut se figer.

Le Héros du Crépuscule avait l’impression d’être là depuis une éternité. Au bout d’une heure, Link commença à perdre toute sensation : son corps refusait désormais de lui obéir. Ce n’est que plusieurs minutes après qu’il perdit conscience de la réalité…

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