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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 43

Le Héros du Crépuscule s’attendait à être emmené par les soldats quand un son familier se fit entendre : un air de musique joué par une flûte. Devant lui se trouvait Skull Kid, ce petit être des bois qui l’avait guidé vers l’Épée de Légende lorsqu’il était venu la chercher sous sa forme de loup. Celui-ci le fixa de ses yeux ronds, puis reporta son attention sur les gardes qui entouraient le jeune homme.

Couché sur le sol, le corps secoué par la souffrance, Link observa Skull Kid qui lui adressa un clin d’œil avant de souffler dans son instrument. Plusieurs pantins apparurent et attaquèrent les ennemis de tous les côtés. Décontenancés par une offensive qu’ils n’avaient pas prévue, les anciens complices de Ganondorf se mirent à courir en direction de la forêt, poursuivis par leurs assaillants. Seul, le général n’avait pas bougé et utilisait la lame qu’il avait prise à Link pour se défendre.

« Revenez, bande de froussards », hurla Cadmeen.

Mais plus le chef de l’armée de Tradan se démenait, plus ses adversaires devenaient agressifs. Chaque fois qu’il parvenait à se débarrasser de l’un d’entre eux, d’autres arrivaient pour le remplacer. Ce qui le poussa à rejoindre ses hommes. Le petit être des bois se retourna vers Link, toujours couché sur le sol et souffla de nouveau dans sa flûte, faisant disparaître la porte qui menait au Sanctuaire du Temps. Une voix se mit à résonner.

« L’Épée… Le temps presse… »

Le Héros du Crépuscule chercha Skull Kid des yeux, mais celui-ci avait déjà disparu. Malgré sa fatigue et la douleur toujours présente, Link tenta de se relever. Une fois debout, il se dirigea vers l’entrée de la clairière en marchant avec difficulté. L’Épée de Légende était bien là ! À l’endroit exact où elle avait été plantée, sept ans auparavant.

Le jeune homme avança lentement. Avait-elle le pouvoir de réveiller son fragment ? Il repensa à sa conversation avec la princesse. Le regard de celle-ci ne lui avait laissé que peu d’espoirs concernant sa vie si l’arme n’était pas en mesure de libérer la Triforce du Courage.

Inquiet, Link se tourna et approcha ses poignets attachés de la lame avec précaution. Il comptait couper les cordes avec, mais ses doigts touchèrent le manche. Juste à ce moment, un éclair l’aveugla et tout devint noir autour de lui.

Peu à peu, la lumière revint. Le Héros du Crépuscule se trouvait dans une pièce circulaire. Il était couché sur un lit d’enfant, les pieds et les poings entravés. Le captif tenta de se dégager en tirant sur les liens qui lui maintenaient les mains dans le dos, mais ses mouvements étaient limités.

 

Le jeune homme observa ce qui l’entourait et vit une table placée au milieu de la chambre. La maison semblait avoir été construite dans un arbre, comme la sienne. Link s’aperçut rapidement qu’il n’était pas seul. Un soldat hylien était assis sur une chaise près de la porte d’entrée et le fixait, un sourire sur le visage.

 

« Te voilà enfin réveillé !

— Vernarte… Détache-moi !

— Après m’être donné autant de mal pour te ramener ici ?

— Que veux-tu ?

— Ma vengeance !

— Mais je croyais que le problème était réglé !

— J’ai menti. Lorsque je suis entré dans le bureau de la princesse et que je t’ai vu à ses côtés, j’ai su que tu me proposerais ta vie, mais je savais également que Zelda ne te laisserait pas faire. Elle est amoureuse de toi. Tout le monde le sait. Sauf l’idiot que j’ai devant moi !

— Tu dis n’importe quoi !

— Crois-tu ? Donc, j’ai fait semblant d’entrer dans votre jeu à tous les deux, afin de gagner du temps pour préparer ma revanche.

— Que comptes-tu faire de moi ?

— Tu le sauras bien assez tôt, mais sache que si j’avais voulu te tuer, tu serais déjà mort.

— Tu ne t’en sortiras pas comme ça. Mes amis vont me chercher…

— Oui, c’est évident, mais ils ne te trouveront pas. As-tu la moindre idée de l’endroit où tu es ? »

 

Link jeta un coup d’œil circulaire autour de lui et secoua la tête.

 

« Nous sommes dans la maison où ton ami, le Héros du Temps, a grandi.

— Mon ami ?

— Ne joue pas à ça avec moi, je sais que tu as voyagé dans le passé et que tu l’as rencontré. Je sais également qu’il t’a aidé à vaincre Ganondorf. Ils ne penseront pas à venir visiter cet endroit avant plusieurs jours et d’ici là, tu seras loin. »

 

Soudain, on entendit des appels :

 

« LINK… LINK.. »

 

Le jeune homme voulut répondre, mais une main se plaqua sur sa bouche, l’empêchant de bouger la tête.

 

« Tais-toi et ne fais pas un geste ! Si l’un d’eux s’approche, je lui envoie une flèche dans la tête », dit-il en prenant son arbalète.

 

Link se calma aussitôt. Les cris se firent entendre plusieurs fois, puis le silence revint. Vernarte relâcha son captif.

 

« Je vais te laisser seul quelques heures, car je dois régler les derniers préparatifs de ton départ. Tu quittes le pays pour ne jamais y revenir.

— Tu ne parviendras pas à me faire sortir du royaume ! Les frontières sont surveillées et tu le sais.

— Oui, mais tu oublies que je suis un commandant de l’armée d’Hyrule. Les soldats me laisseront passer sans difficulté. Pour en revenir au présent, je suis dans l’obligation de te bâillonner si je ne veux pas que tu ameutes toute la forêt. Laisse-toi faire ! »

 

Le chef de section prit un morceau de tissu et l’approcha du visage de Link. Celui-ci détourna la tête, mais Vernarte réussit à le lui mettre dans la bouche et à l’attacher. Ensuite, il vérifia la solidité des liens et s’assura que le jeune homme ne pouvait pas bouger.

 

«  Reste tranquille et tout ira bien pour toi ! »

 

Vernarte tourna le dos à son captif et sortit. Le Héros du Crépuscule espérait que quelqu’un explorerait les environs et le trouverait. Il se rappela son arrivée à Toal, la veille. Après le départ d’Iria, des bruits de pas avaient résonné dans la maison.

 

Pensant que son amie avait oublié quelque chose, Link ne s’était pas retourné. Il avait rassemblé son courage afin de faire sa déclaration à celle qui faisait battre son cœur, mais s’était alors retrouvé face au commandant. Celui-ci s’était  moqué de lui et avait envoyé une fléchette empoisonnée qui était venue s’accrocher dans son cou.

                                                                                     

Après plusieurs minutes, pendant lesquelles le jeune homme s’était demandé pourquoi Vernarte s’en prenait à lui après avoir affirmé avoir changé, le produit présent sur le projectile avait commencé à l’engourdir. Il se souvint avoir ressenti une douleur à l’épaule au moment où ses jambes avaient lâché.

 

Link baissa les yeux et remarqua une tache de sang sur sa chemise. Cela voulait certainement dire que la plaie s’était rouverte. Il tenta de se positionner de façon confortable. C’est à ce moment, que les appels se firent de nouveau entendre.

 

« LINK… LINK… »

 

Ses amis approchaient. Le Héros du Crépuscule devait trouver un moyen de faire suffisamment de bruit pour attirer leur attention. Il se mit à s’agiter sur le lit, cherchant à tomber sur le plancher. Dehors, les cris résonnaient encore.

 

Au bout d’un moment, Link avait réussi à se atteindre le bord et le poids de son corps avait provoqué sa chute, mais ne parvint pas à se rattraper correctement. Son épaule blessée fut la première à toucher le sol, ce qui lui déclencha une forte douleur. Il n’en tint pas compte, espérant que le vacarme n’était pas passé inaperçu.

 

Le jeune homme tendit l’oreille, mais n’entendit plus rien. Même les appels avaient cessé. Après deux heures d’attente, Vernarte réapparut, accompagné de deux gardes en armure sombre. Lorsqu’il vit le Héros du Crépuscule étalé par terre, son sourire s’élargit.

 

« Qu’as-tu essayé de faire ? T’échapper ? »

 

Le commandant fit signe aux deux soldats l’accompagnant. Ceux-ci relevèrent le captif, après lui avoir délié les pieds. Le chef de section observa le jeune homme et remarqua que la tache sur sa tunique s’était agrandie. Il se mit à rire.

 

« Bravo, tu as réussi à te blesser. Nous n’avons pas temps de nous occuper de ça maintenant ! C’est l’heure du départ. Tu devrais faire tes adieux à ta chère forêt, car tu ne la reverras jamais ! »

 

Les deux soldats attrapèrent Link par les bras et l’emmenèrent à l’extérieur. L’un d’eux le porta sur son épaule pour descendre l’échelle qui menait à la maison du Héros du Temps, perchée en haut d’un arbre. Ensuite, ils le déposèrent au fond d’un chariot bâché et s’installèrent à ses côtés pendant que Vernarte se placait devant, pour conduire les chevaux.

 

Le voyage commença. Un des gardes s’occupa de soigner la plaie de Link au début du trajet. Ils roulaient depuis plusieurs heures, quand Vernarte arrêta le convoi.

 

« Empêchez-le de faire du bruit ! Voilà sa petite amie, la princesse et leur chevalier servant. » 

 

L’un d’eux plaqua sa main sur la bouche de Link pour étouffer les bruits qu’il aurait pu produire malgré le bâillon. L’autre lui maintint les bras et les jambes pour l’empêcher de bouger. En entendant la voix de la princesse, le captif leva les yeux dans sa direction et la vit en compagnie d’Iria, par un trou de la bâche. Elles étaient descendues de cheval et discutaient avec l’homme qui le détenait.

 

« Je sais que vous êtes en congé, commandant ! Mais un événement grave s’est produit. Nous sommes sans nouvelles du Héros du Crépuscule depuis hier soir. L’auriez-vous vu ?

— Non, Votre Altesse, je m’apprêtais à aller chercher ma femme et mes enfants pour les ramener ici. Je vous promets de vous le ramener si, par hasard, je venais à le rencontrer. »

 

Link observa son amie. Celle-ci s’était mise à pleurer. C’est alors qu’il vit le cavalier qui les accompagnait descendre de sa monture et venir prendre Iria dans ses bras pour la consoler. Cet événement n’échappa pas à Vernarte, qui avait également remarqué la réaction du jeune homme.

 

Le commandant claqua les rênes pour faire avancer les chevaux. Une fois qu’ils furent assez loin pour ne pas être entendu, les gardes relâchèrent leur pression sur le captif.

 

« On dirait que ta petite amie t’a déjà remplacé », dit Vernarte en s’adressant à Link.

 

Celui-ci baissa la tête. Il ne devait pas écouter les paroles de son ennemi, mais continuer à avoir confiance en elle.

 

Les heures s’écoulèrent. Au moindre de ses mouvements, Link recevait des coups de pied de la part des deux soldats chargés de le surveiller. Il se mit donc à observer ce qui se passait autour de lui, cherchant à savoir où ses agresseurs l’emmenaient.

 

«  Que fait-il, interrogea soudain Vernarte.

— Il doit chercher à savoir où on l’emmène.

— Dans ce cas, vous savez quoi faire », répondit le commandant.

 

Les gardes s’approchèrent de Link qui se recula instinctivement. L’un des deux lui appliqua un bandeau sur les yeux pendant que l’autre le maintenait au sol. Le jeune homme se retrouva dans le noir complet. Il resta alors aussi immobile que possible, se concentrant sur les différents sons de l’extérieur.

 

Mais aucun bruit ne lui sembla en mesure de lui apprendre quelque chose sur l’endroit où il se trouvait. Soudain, il entendit une voix.

 

« Halte-là ! Qui êtes-vous et que voulez-vous ? Vous n’êtes pas autorisés à passer !

— Je suis le commandant Vernarte ! Je suis en mission pour Son Altesse, la princesse d’Hyrule. J’ai ici un document qui me permet de me rendre dans cette direction. »

 

Les deux soldats qui surveillaient le jeune homme s’assurèrent qu’il ne ferait aucun bruit. Ils l’immobilisèrent et l’un d’eux lui plaqua la main sur la bouche. Link réfléchit : un seul endroit était interdit aux habitants du royaume, le désert Gerudo. Après quelques minutes, le dialogue reprit.

 

« Vos documents sont en règle. Que transportez-vous ?

— Rien ! »

 

Le silence se fit. Link espérait que le soldat demanderait à voir le contenu du chariot. Il s’agissait de sa dernière chance d’être secouru. Une fois qu’ils seraient dans le désert, plus personne ne pourrait lui venir en aide. Le garde fit le tour du véhicule, mais ne regarda pas à l’intérieur.

 

« Vous n’êtes pas équipés pour rouler dans le sable, vous n’irez pas très loin.

— Notre destination est toute proche, ne vous inquiétez pas.

— Bien, circulez ! »

 

Le convoi se remit en marche et les derniers espoirs de Link s’effondrèrent. Le voyage se poursuivit. Le jeune homme ne pouvait dire depuis combien de temps durait le trajet, mais savait qu’ils avaient pénétré dans le désert, car les chevaux avaient ralenti la cadence et les bruits des sabots étaient étouffés par le sable.

 

Soudain, la charrette s’immobilisa. Vernarte avait quitté sa place et était venu s’asseoir à côté de Link. Il lui enleva son bâillon.

 

« Ici, tu peux crier tant que tu veux, personne ne t’entendra. Un conseil : garde ton souffle, tu vas en avoir besoin. »

 

Il se tourna vers ses deux hommes.

 

« Préparez les chevaux ! Nous partons immédiatement. Nous devons arriver sur le lieu du rendez-vous cette nuit.

— Où m’emmènes-tu ?

— Si je te le dis maintenant, ce ne sera plus une surprise ! »

 

Vernarte l’attrapa par son vêtement pour le mettre debout. Il le fit descendre du chariot puis lui passa une corde autour de la taille.

 

« Que comptes-tu faire, demanda Link.

— Continuer notre route. Tu sais marcher, il me semble !

— Marcher ? Mais je ne vois rien.

— La corde te guidera ! En route, nous avons perdu assez de temps. »

 

Quand les chevaux commencèrent à avancer, la corde se tendit et Link n’eut d’autres choix que de suivre, sans savoir où il mettait les pieds. La chaleur suffocante du désert se fit bientôt sentir et le Héros du Crépuscule se rendit compte qu’il n’avait consommé ni nourriture ni boisson depuis un moment. Sa bouche s’était asséchée et souffle se faisait court. Ses pas devenaient mal assurés.

 

Après plusieurs heures de marche, la lumière déclina et le froid nocturne fit son apparition. Soudain, Link buta contre une pierre et chuta. Vernarte se retourna.

 

« Relève-toi !

— Donnez-moi à boire, s’il vous plait, demanda-t-il.

— Tu auras de l’eau lorsque nous arriverons. »

 

Le jeune homme s’exécuta et le voyage reprit. Au bout d’une heure de trajet, Vernarte s’arrêta et descendit de cheval.

 

« Nous y sommes ! »

 

Le commandant s’approcha de Link, le prit par le bras et l’emmena vers une grotte. Il le fit entrer et le conduisit au fond. Pendant que le chef de section le maintenait par le col de sa chemise, un des deux gardes coupa la corde qui liait ses mains.

 

Le Héros du Crépuscule voulut aussitôt retirer le bandeau placé sur ses yeux, mais il n’en eut pas le temps. Les hommes s’emparèrent chacun d’une de ses mains et enserrèrent ses poignets dans des bracelets retenus au mur par des chaînes. Ensuite, Vernarte lui donna de l’eau fraiche.

 

Au bout de plusieurs minutes, il sombra dans l’inconscience.

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