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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 41

Link leva les yeux sur Zelda.

 

« Est-elle… », commença-t-il.

 

La princesse prit la main du Héros du Crépuscule dans la sienne et se concentra.

 

« Ton fragment de Triforce est faible, mais toujours là !

— Comment est-ce possible ?

— Je n’en sais rien, mais je vais demander à ce que l’on effectue des recherches. Tu n’as vraiment aucun souvenir de ce qu’il s’est passé ? »

 

Link secoua la tête. Il se sentait complètement perdu et avait du mal à comprendre ce qui lui arrivait.

 

« Tu devrais te reposer, maintenant, dit Zelda en se levant. Pendant ce temps, je vais consulter le bibliothécaire du château pour en apprendre davantage sur le phénomène qui te frappe.

— S’il te plait, reste encore un peu », demanda le jeune homme.

 

Elle l’observa avec attention. L’inquiétude se lisait sur son visage. Le Héros du Crépuscule semblait si fragile, couché dans ce lit. L’état de son fragment de Triforce était-il responsable de sa soudaine faiblesse ? Était-ce dû aux différents chocs qu’il avait subis depuis son réveil dans une des chambres de l’auberge ?

 

Elle se rassit. Son geste détendit Link qui posa sa tête sur l’oreiller et ferma les yeux. Au bout de quelques minutes, il dormait profondément. Zelda voulait entamer ses recherches rapidement, mais n’osait pas le laisser seul. Ses réactions étaient devenues imprévisibles.

 

La princesse ne connaissait pas cette facette de sa personnalité : derrière sa force et son courage se cachait un jeune homme frêle et attendrissant. Les sentiments qu’elle avait commencé à éprouver pour lui un peu avant sa disparition refaisaient surface.

 

Des larmes se mirent à couler de ses yeux pendant qu’elle observait son visage. Ses joues s’étaient creusées et son teint était pâle, mais il avait conservé ce charme qui l’avait séduite sept ans auparavant.

 

Zelda se souvint de la décision qu’elle avait prise de le l’autoriser retourner dans son village. La menace avait été écartée. La région avait retrouvé son calme. Faire le voyage jusqu’à Toal avec pour seule compagnie une demoiselle amoureuse ne représentait pas un quelconque danger pour le Héros du Crépuscule.

 

Pourtant la culpabilité la rongeait. Elle savait que tous les complices du tyran n’avaient pas été arrêtés et que certains d’entre eux désiraient toujours se venger du sauveur d’Hyrule, mais ils semblaient avoir déserté le pays. En quittant le palais, ce jour-là, Link n’était pas au mieux de sa forme. Pourquoi ne lui avait-elle pas imposée une escorte ?

 

La princesse fut tirée de ses pensées par le bruit de quelques coups donnés sur la porte. Séchant ses pleurs, elle se leva et alla ouvrir. C’était Iria qui paraissait en proie à une grande inquiétude.

 

« Comment va-t-il ? Les soldats racontent qu’il a failli se noyer. »

 

Zelda raconta les derniers événements à la jeune femme.

 

« Je devrais être en train d’effectuer des recherches, mais je n’ose le laisser seul.

— Allez-y ! Je vais rester avec lui !

— J’ai peur qu’il ne te fasse pas un très bon accueil à son réveil ! Link n’a toujours pas accepté ton mariage.

— Je prends le risque. Il compte encore beaucoup pour moi et je veux le lui prouver.

— Dans ce cas, j’accepte ton offre. Je vais faire placer des gardes à la porte de sa chambre, par sécurité. Si les hommes de Tradan sont en fait des Hyliens, ils peuvent connaître le palais et y pénétrer. Je refuse de prendre le moindre risque. Je ne veux pas le perdre encore.

— Moi non plus », dit Iria en souriant.

 

La jeune femme connaissait les véritables sentiments de Zelda pour le Héros du Crépuscule, même si celle-ci avait toujours évité de les montrer, refusant de s’interposer dans un couple déjà formé. La nouvelle venue ne fut donc pas surprise par ses paroles qui étaient parfaitement justifiées par la peur de perdre encore l’être aimé. Cette crainte la ramena sept années en arrière.

 

Iria avait longtemps cru que Link serait celui qui deviendrait son époux. Après la disparition de celui-ci, elle avait parcouru le royaume à sa recherche, excluant l’hypothèse de sa mort. Un garde l’avait accompagnée dans ce périple. En fouillant le pays, ils avaient appris à s’apprécier et étaient restés en contact après leur retour. Leur relation avait alors commencé à évoluer.

 

Persuadée de tromper l’absent, Iria s’était confiée à Zelda. Lors de leurs discussions, la jeune femme s’était rendu compte que ses sentiments pour le soldat étaient différents de ceux qu’elle éprouvait pour son ami d’enfance. Dans son village, Link était le seul garçon de son âge et le fait de partager leurs jeux avait créé un lien particulier entre eux.

 

Elle avait réalisé que son affection pour Link n’était que fraternelle et qu’elle aimait vraiment Corentin. Ils s’étaient mariés un an auparavant. Aujourd’hui, elle ne regrettait pas son choix. Link le comprendrait le jour où lui aussi découvrirait le véritable amour.

 

Un souvenir lui revint en mémoire : la cérémonie par laquelle le Héros du Crépuscule était officiellement entré dans la Garde Rapprochée. Elle se rappela que ses joues s’étaient légèrement colorées au moment où Zelda avait accroché la Médaille du Courage sur sa tunique. Avait-il été troublé par ce geste ou par la personne qui l’avait accompli ?

 

La voix de la princesse la sortit de ses pensées.

 

« En cas de problème ou s’il se réveille, les soldats sauront où me trouver ! »

 

Iria acquiesça et s’assit à côté du lit dans lequel dormait Link. Zelda sortit de la pièce, donna ses instructions aux gardes et se dirigea vers la bibliothèque du palais.

 

Dans sa chambre, le Héros du Crépuscule commença à s’agiter dans son sommeil.

 

Le jeune homme ouvrit les yeux. Il était couché à plat ventre sur le plancher d’une charrette, recouverte d’une bâche. Ses mains étaient attachées dans son dos et des liens l’empêchaient de bouger ses jambes. Les deux soldats, chargés de le surveiller, l’observaient, prêts à le bombarder de coups au moindre geste de sa part.

 

Soudain, le convoi s’immobilisa. Link porta son attention sur ce qu’il se passait à l’extérieur.

 

« Général Cadmeen, quelle joie de vous revoir !

— Épargnez-moi vos formules de politesse ! Le roi désire vous parler. Un de mes hommes va vous amener jusqu’à lui.

— Je dois d’abord livrer le « colis ».

— Je m’en charge, mais ne craignez rien, notre souverain souhaite assister aux festivités. Nous ne commencerons pas sans vous. »

 

Le Héros du Crépuscule entendit des pas s’éloigner. Puis une voix retentit.

 

« Faites-le descendre ! »

 

Les hommes délièrent les pieds de Link et le soulevèrent. Ils le firent ensuite descendre du chariot et le posèrent sur ses jambes en le maintenant chacun par un bras. Cadmeen s’approcha du prisonnier.

 

« Viens avec moi, j’ai quelque chose à te montrer. »

 

Le général s’avança. Les gardes forcèrent Link à le suivre jusqu’à une profonde crevasse. Le jeune homme regarda au fond. Ce qu’il vit le stupéfia : de nombreuses personnes, vêtues de la même façon que lui, sur un gigantesque chantier. Les travailleurs semblaient agir comme des automates. Link se tourna alors vers Cadmeen.

 

« Ce sont tes futurs compagnons d’infortune. Certains sont des Hyliens comme toi, mais la plupart sont nés ici. Tu te demandes sans doute pourquoi aucun d’entre eux ne cherche à s’enfuir, malgré l’absence de chaînes et de murs. Tu vas bientôt le comprendre ! »

 

Le général se dirigea vers un petit sentier en pente douce conduisant vers la construction. Les soldats lui emboîtèrent le pas en entraînant le prisonnier qui se débattait. Lorsqu’ils furent arrivés en bas, Cadmeen demanda à un garde présent de lui amener un esclave. Ce dernier s’exécuta et alla chercher un des hommes qui œuvrait à proximité.

 

Link profita de ce laps de temps pour observer les alentours. Il remarqua rapidement que l’ouvrage était bien organisé. Pendant que certains travailleurs extrayaient des morceaux de roches de la montagne, d’autres les apportaient aux tailleurs qui leur donnaient une forme rectangulaire.

 

Ensuite, les pierres étaient acheminées vers la bâtisse où elles prendraient leurs places définitives. De grands récipients étaient éparpillés un peu partout. Un feu avait été allumé sous chacun d’eux. De la vapeur s’élevait des chaudrons et se répandait dans l’air, dégageant une forte odeur âcre.

 

Lorsque l’ouvrier amené par le soldat fut près de lui, Link eut un choc si violent qu’il faillit en tomber à la renverse : les yeux de l’esclave étaient immobiles et ternes. La princesse Zelda avait eu cette même expression le jour où Ganondorf lui avait infligé un châtiment devant les habitants d’Hyrule.

 

Pourtant, il avait senti la présence de Zelda derrière son regard sans vie. Le travailleur forcé, quant à lui, semblait absent, comme si son corps était une coquille vide. Le Héros du Crépuscule en frissonna. Autour de son cou, l’homme portait un pendentif sur lequel était accrochée une petite pierre rouge scintillante.

 

« Que leur avez-vous fait ?

— Tu le sauras bien assez tôt ! D’ici quelques jours, tu leur ressembleras ! »

 

Les yeux de Link s’agrandirent. Ils voulaient le transformer en automate sans vie qui répondrait à leurs ordres sans réfléchir. Le jeune homme commença à tenter de se dégager des bras qui le maintenaient immobile. Avec le regain d’énergie que lui donna la peur du sort qu’on lui réservait, il réussit à se libérer de l’emprise des gardes et se mit à courir droit devant lui.

 

Il n’eut pas le temps d’aller bien loin avant d’être rattrapé par le général. Avec une facilité surprenante, le chevalier en armure le prit par le cou et le plaqua contre une des parois de la falaise. Les mains toujours attachées dans son dos, Link n’avait aucun moyen de se défendre.

 

« Je me serais fait un plaisir de t’arracher la langue pour t’apprendre l’obéissance, mais le roi a l’air de vouloir te garder en un seul morceau. Ce qui ne veut pas dire que je ne peux pas te faire regretter d’être né, si tu t’obstines à te rebeller. »

 

L’attrapant par le col de son vêtement, Cadmeen le conduisit vers un bâtiment situé à l’écart. Il le fit entrer dans une sorte de grande pièce rectangulaire. L’endroit était silencieux malgré la présence de prisonniers enfermés dans différentes cellules. Link en compta quatorze dont douze étaient occupées. Les quatre qui se trouvaient au fond étaient séparées par une porte, ouverte sur un petit couloir sombre.

 

Link reconnut l’odeur âcre qui flottait autour de lui. C’était la même que celle qu’il avait sentie à l’extérieur, mais elle était plus forte et plus entêtante. Au milieu de la salle trônait un siège mobile équipé de sangles. Le général le lâcha et s’adressa aux deux gardes postés près de là.

 

« Installez-le pendant que je vais chercher le docteur ! »

 

Ils s’approchèrent de Link qui avait commencé à reculer vers la porte située derrière lui. Ayant atteint celle-ci, il tenta de l’ouvrir avec ses mains liées. Le Héros du Crépuscule réussit à saisir la poignée, mais elle refusait de bouger. Arrivés à sa hauteur, les gardes l’agrippèrent chacun par un bras et le conduisirent vers le fauteuil.

 

Deux autres soldats, sans doute envoyés par leur chef, vinrent aider leurs collègues à attacher Link. Ce dernier se débattit violemment, mais ses efforts furent vains. Une fois le jeune homme immobilisé sur la chaise, ils firent pivoter celle-ci de manière à cacher la vue du couloir au captif.

 

Link ne dut pas attendre longtemps. Des bruits de pas résonnèrent et une femme apparut devant lui.

 

« Alors, c’est toi, le fameux Héros du Crépuscule ! Je suis le docteur Pelly, je suis là pour soigner ta blessure à l’épaule. »

 

Elle s’approcha de lui et posa sa main sur le visage du prisonnier qui eut un mouvement de recul. Celui-ci planta son regard dans celui du médecin qui sourit.

 

« Tu as de très beaux yeux, dit-elle en faisant glisser ses doigts sur la joue du jeune homme qui ne put réprimer un frisson. Je regrette presque de devoir les éteindre. »

 

Link tira de toutes ses forces sur les sangles qui le retenaient pour essayer de se dégager.  

 

« Reste tranquille si tu ne veux pas que je te fasse mal !

— Ne me touchez pas, je vous l’interdis !

— Malheureusement pour toi, tu n’es pas en position de me défendre quoi que ce soit. »

 

Après avoir remonté la manche de la tunique du jeune homme, elle retira le bandage qui recouvrait son épaule et observa la plaie.

 

« Cette blessure n’a pas été nettoyée correctement. C’est la meilleure façon de provoquer une grave infection. »

 

Le médecin désinfecta la plaie et la sutura avant de la couvrir soigneusement.

 

« Dans combien de temps pourra-t-il travailler, demanda une voix qui semblait familière à Link.

— Dans deux semaines environ. »

 

Le jeune homme tenta de se retourner pour voir qui venait de parler, mais il ne put l’apercevoir. Un bandeau fut placé sur ses yeux.

 

« Il est temps de rendre son fragment de Triforce inutile. Prenez ceci ! »

 

Le Héros du Crépuscule n’eut pas le temps de s’interroger sur ce qu’il se passait. Une douleur intense lui traversa la main gauche de part en part.

 

Dans son lit, Link se redressa subitement. Cela faisait un moment qu’il s’agitait dans son sommeil. Sa pâleur et les gouttes de sueur qui perlaient sur son front en témoignaient. Iria s’approcha de lui et posa ses doigts sur son visage.

 

Sentant le contact sur sa peau, le jeune homme reprit ses esprits et se tourna vers la personne assise à ses côtés. Reconnaissant son amie, il retira son bras avec violence et se recoucha.

 

« Qu’est-ce que tu fais là ?

— Je veillais sur ton sommeil !

— Va-t-en, lui dit-il en détournant la tête, je ne désire pas te voir !

— Link, je…, murmura-t-elle des sanglots dans la voix.

— Je ne veux pas entendre tes excuses ! Tu m’as trahi ! Tu n’es qu’une … Sors d’ici avant qu’il ne soit trop tard ! »

 

Il la regarda, les yeux remplis de colère. Iria comprit qu’insister était inutile. Elle se leva et se dirigea vers la porte. Les larmes s’étaient mises à couler sur ses joues. Pourraient-ils un jour redevenir amis ?

 

Elle demanda à un des soldats de prévenir la princesse du réveil du Héros du Crépuscule et attendit son arrivée. Zelda remarqua directement que la jeune femme avait pleuré.

 

« Que s’est-il passé ?

— Il était agité dans son sommeil et s’est réveillé d’un seul coup, pâle et en sueur : probablement un mauvais rêve.

— Non, je veux savoir ce qu’il y a eu entre vous.

— Rien, il m’a juste demandé de sortir !

— Que t’a-t-il dit ? »

 

Iria ne répondit pas et éclata en sanglots. Corentin qui venait d’arriver voulut entrer dans la chambre pour défendre l’honneur de sa femme, mais Zelda l’en empêcha.

 

« Occupe-toi d’elle. C’est ton rôle d’époux. Je vais parler à Link. »

 

Le soldat prit sa femme dans ses bras et l’emmena. La princesse pénétra dans la pièce, bien décidée à faire comprendre au jeune homme que son comportement vis-à-vis d’Iria était inacceptable. Sa colère disparut d’un coup quand elle le vit recroquevillé sur lui-même. Il tremblait…

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