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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 39

Une voix retentit derrière eux, c’était Moï, le père de Colin, accompagné de Bohdan, le chef du village, tous deux armés de leurs épées.

 

« Nous sommes là ! Les garçons, emmenez Link ! Nous allons nous occuper d’eux ! »

 

Colin et Fénir lâchèrent leurs bâtons et soulevèrent le Héros du Crépuscule. Ensuite, ils l’emportèrent en direction des habitations. Anaïs ramassa l’arme du jeune homme et les rejoignit. Link était toujours en proie à de fortes douleurs et semblait sur le point de s’évanouir. Les deux chevaliers voulurent les suivre, mais Corentin et les deux villageois les empêchèrent de passer.

 

« Vous lui avez fait suffisamment de mal ! Vous n’êtes pas les bienvenus ici !

— Cet esclave nous appartient ! Ce document l’atteste, ajouta-t-il en montrant un parchemin.

— Vous n’avez aucun droit sur lui ! C’est un homme libre. »

 

Les adolescents emmenèrent le jeune homme dans la maison du maître d’armes et le couchèrent sur le canapé. Ute, la femme de Moï s’approcha et l’examina. Il semblait avoir du mal à respirer, comme si chaque bouffée d’air lui provoquait une souffrance insupportable.

 

« Que lui est-il arrivé, demanda-t-elle en cherchant les causes des douleurs de Link, je le croyais en meilleure santé que ça.

— Les soldats de la dernière fois sont revenus et voulaient l’emmener. Je pense qu’ils surveillaient le coin pour attendre son arrivée. L’un d’entre eux lui a lancé un pendentif et il s’est écroulé après l’avoir attrapé.

— Serait-ce ce qui dépasse de son poing ? »

 

Colin s’approcha et tenta d’ouvrir la main du Héros afin de lui faire lâcher l’objet en question. Les mouvements désordonnés du blessé rendaient l’opération difficile.  Après bien des efforts, il parvint à desserrer ses doigts crispés, mais la pierre s’était enfoncée dans la chair en trouant le gant usé du jeune homme.

 

Sans plus d’explications, Ute attrapa le tisonnier qui reposait dans l’âtre et l’utilisa pour extraire le pendentif de la paume de Link. Celui-ci poussa un cri. Au moment précis où le caillou tomba sur le sol, il perdit de son éclat. Le Sauveur d’Hyrule se calma et sa respiration redevint régulière, même si la souffrance ne l’avait pas quitté.

 

« Où est ton père, demanda Ute à son fils.

— Avec Corentin et Bohdan. Ils affrontent les soldats. Nous devrions aller leur prêter main-forte.

— Allez-y, je m’occupe de Link avec Anaïs. »

 

Fénir prit l’épée du Héros du Crépuscule des mains de la jeune fille et Colin récupéra la sienne. Tous deux sortirent pour retourner sur le lieu du combat.

 

Lorsque les garçons rejoignirent les trois hommes, la bataille faisait rage. Les chevaliers étaient très forts, mais les défenseurs de Link étaient plus nombreux et bien décidés à les empêcher de passer. À l’arrivée de deux combattants supplémentaires, ils optèrent pour un renoncement temporairement.

 

« Vous avez gagné, dirent-ils en remontant sur leurs chevaux, mais nous ne renoncerons pas. Il est à nous. Le cacher ne vous avancera à rien. Vous ne pourrez pas le protéger indéfiniment ! »

 

Ils lancèrent leurs montures au galop vers la plaine d’Hyrule, sous le regard de leurs adversaires. Ceux-ci restèrent là à attendre que le silence revienne. Moï se tourna alors vers son fils.

 

« Comment va-t-il ?

— Nous avons réussi à lui faire lâcher l’objet que cet individu lui avait lancé, mais il a tellement serré ses doigts que la pierre s’est enfoncée dans la chair.

— De quel objet parles-tu ?

— L’un des chevaliers a lancé un pendentif, répondit Corentin, Link a commencé à souffrir au moment où il l’a touché.

— Et donc, vous avez réussi à le lui faire lâcher, reprit Bohdan.

— Oui, et juste après, il semblait déjà respirer plus facilement.

— Respirer plus facilement. Que veux-tu dire ?

— Lorsque Link est tombé, celui qui se fait appeler Cadmeen lui a versé le contenu d’une fiole sur le corps. Une forte odeur s’en échappait. C’est à ce moment-là qu’il a commencé à éprouver des difficultés à s’oxygéner, comme si chaque bouffée d’air le faisait souffrir.

— Nous devrions aller le voir, ajouta Moï, son état de santé me préoccupe. Que lui ont-ils fait pendant ses sept années de captivité ? »

 

Juste à ce moment, les cinq combattants entendirent des bruits de sabots. Craignant un retour des cavaliers avec des renforts, ils se préparèrent à repousser l’assaut.

 

Reconnaissant les membres de la Garde Rapprochée de la princesse, ils se sentirent soulagés. Zelda descendit de cheval et s’approcha d’eux.

 

« Pourquoi êtes-vous armés ?

— Les soldats dont je vous ai parlé dans la lettre, répondit Moï. Ils sont revenus. Ma fille est venue nous avertir que son frère, Fénir et Anaïs étaient en danger près de la maison de Link. Je suis allé chercher Bohdan et nous sommes partis leur prêter main-forte.

— Lorsque nous sommes arrivés, Link était allongé par terre et semblait beaucoup souffrir, ajouta Bohdan. Les garçons et Corentin semblaient prêts à se battre contre les gardes.

— J’ai envoyé mon fils et Corentin mettre Link à l’abri et le combat s’est engagé. Au retour des garçons, ils ont cessé le combat et sont partis.

— Où est Link ? Pourquoi ce jeune homme se bat-il avec son épée », demanda Zelda en désignant Fénir ?

 

Corentin s’approcha et raconta à la princesse tout ce qu’il s’était passé depuis leur arrivée à Toal.

 

« Donc, ces hommes sont des anciens complices de Ganondorf qui se sont réfugiés au royaume de Tradan. Ils ont dû se cacher là-bas après la défaite de leur maître pour éviter toute condamnation.

— Puis-je vous demander ce que nous vaut l’honneur de votre visite, demanda Moï.

— Un mauvais pressentiment ! Ces hommes sont venus chercher Link ici, cela veut dire qu’ils connaissaient son identité. Votre village est trop isolé pour que ce soit une coïncidence.

— C’est ce que nous avions également pensé.

— Ce n’est pas tout. Le nom du royaume, Tradan, ne m’était pas inconnu, mais je n’arrivais pas à savoir pourquoi. Tout m’est revenu ce matin.

— Que voulez-vous dire ?

— Vous souvenez-vous d’un événement de grande envergure qui a coïncidé avec sa disparition ?

— Vous voulez parler de la fuite des complices qui avaient été arrêtés ?

— Exactement ! Mais ce n’est pas tout. Ce jour-là, j’ai reçu une délégation de Tradan. Leur roi nous demandait de le fournir en esclaves. Il acceptait de nous débarrasser de nos prisonniers et de s’occuper de leur trouver du travail. Je leur ai bien sûr répondu que nous étions contre ce genre de pratique et ils sont repartis. Ensuite, deux incidents majeurs se sont produits : la grande évasion et la disparition de Link. A l’époque, je n’avais pas fait le lien, mais maintenant… J’aurais dû les faire raccompagner à la frontière !

— Vous ne pouviez pas connaître leurs intentions et rien ne dit que ce sont eux qui ont emmené Link, intervint Moï. Que vous a-t-il appris ?

— Rien, il n’a aucun souvenir des sept dernières années ! Il est venu ici pour essayer de se rappeler, en partant du dernier endroit où il avait été vu.

— La mémoire lui reviendra ! Commençons par aller voir comment il se porte ! »

 

Tout en parlant, ils étaient arrivés devant la maison de Moï où Link avait été emmené. Il était toujours couché sur le canapé. La princesse y entra et s’assit à côté du jeune homme.

 

« Comment te sens-tu, lui demanda Zelda.

— Mieux que tout à l’heure, répondit Link difficilement, la douleur perd du terrain. Que s’est-il passé ? »

 

Colin ramassa le pendentif qui était resté sur le sol et le montra au jeune homme.

 

« Ton état était lié à cet objet ! »

 

Link tendit la main pour s’en saisir, mais l’adolescent l’éloigna rapidement.

 

« Tu ne devrais pas y toucher !

— Tu as probablement raison. J’ai entendu une voix dans ma tête, juste avant que la souffrance ne s’empare de moi !

— Que disait-elle ?

— Elle me disait de me méfier de la « Pyronite », mais j’ignore ce que c’est.

— Il s’agit peut-être de cette pierre rouge. Vu l’effet qu’elle a sur toi, ce ne serait guère étonnant.

— La voix a également dit qu’elle pourrait réactiver le produit qui coule dans mes veines.

— Cela a-t-il un rapport avec celui qu’il a versé sur toi ? »

 

Link secoua la tête.

 

« Je n’en ai aucune idée.

— Tu as besoin de voir un médecin, ajouta Zelda. Nous devons te ramener immédiatement au château.

— Comment ferons-nous, demanda Corentin. Dans son état, il ne tiendra pas sur le dos d’un cheval. Surtout si nous sommes amenés à fuir devant l’ennemi.

— Le laisser ici, même le temps de ramener un praticien est tout aussi dangereux, reprit Moï. Les hommes de Tradan peuvent revenir à tout moment avec des renforts. Ils ont bien dit qu’ils ne renonceraient pas. S’ils attaquent le village, Link est perdu.

— Je vais laisser quelques gardes ici, au cas où ils décideraient de frapper encore. Les autres vont assurer notre protection. Si jamais ils reviennent, laissez-les fouiller le village. Ne jouez pas aux héros ! »

 

Colin s’approcha de la princesse et lui tendit le pendentif.

 

« Prenez le, votre médecin en aura sans doute besoin pour déterminer de quoi il souffre. »

 

Ils sortirent de la maison. Moï soutenait Link qui éprouvait encore quelques difficultés à se déplacer seul. La douleur avait diminué, mais l’épreuve l’avait vidé de ses forces.

 

La princesse donna des ordres pour que la moitié de sa garde reste au village jusqu’à ce qu’ils soient sûrs que les habitants ne courent plus aucun danger. Puis elle s’adressa au reste de ses troupes afin de chercher un volontaire pour prendre en charge le Héros du Crépuscule.

 

« Nous avons besoin du meilleur cavalier, car en cas d’attaque, il faudra distancer nos ennemis. Ils ne doivent pas s’emparer de lui. »

 

Les soldats se regardèrent. Puis leur chef prit la parole.

 

« La meilleure cavalière, c’est vous, Votre Altesse ! Il serait préférable que vous vous en chargiez. Ces cavaliers étant des Hyliens, ils réfléchiront à deux fois avant d’oser vous attaquer !

— Vous avez raison, je vais m’en occuper. »

 

Elle se tourna vers Link.

 

« Te sens-tu capable de t’accrocher à l’encolure du cheval ?

— Oui, tant que tu ne me demandes pas de rester debout, ça ira. »

 

La fatigue se faisait sentir dans sa voix. Zelda espérait qu’il pourrait tenir suffisamment longtemps pour qu’elle puisse le conduire dans l’enceinte du château. C’était le seul endroit où Link serait réellement en sécurité.

 

Les gardes firent les préparatifs de départ. Une fois que tout le monde fut prêt, les villageois vinrent saluer le Héros du Crépuscule, ignorant quand ils pourraient de nouveau le revoir.

 

Ils partirent quelques minutes plus tard. Link était parvenu à se hisser, en s’agrippant au pommeau de la selle, mais il ne pourrait maintenir cette position indéfiniment. Zelda se trouvait derrière lui et avait passé ses bras de part et d’autre du jeune homme pour pouvoir attraper les rênes. Nerveuse à l’idée d’être si proche de lui, elle essayait de se ressaisir : sa liberté était en jeu, peut-être même, sa vie.

 

Ils avaient à peine commencé la traversée de la seconde plaine qu’un groupe de cavaliers galopa dans leur direction. Comme la princesse avait laissé la moitié de ses effectifs au village, la Garde Rapprochée se retrouvait en sous-effectif face aux nombreux ennemis présents.

 

« Votre Altesse, partez devant ! Nous couvrons votre fuite !

— Accroche-toi », souffla-t-elle à l’oreille de Link.

 

Celui-ci s’allongea sur l’animal en s’agrippant à sa crinière. Zelda lança son cheval au galop, tentant de retenir le jeune homme qu’elle sentait glisser de la selle. Aussitôt, les chevaliers qui ne furent pas attaqués par l’armée d’Hyrule, les prirent en chasse. Corentin les suivit immédiatement.

 

Ils arrivèrent en vue de la citadelle. Les soldats chargés de la surveillance de la porte comprirent rapidement qu’il se passait quelque chose d’anormal et appelèrent du renfort. La princesse incita son destrier à accélérer remarquant que les cavaliers gagnaient du terrain. Elle percevait les tremblements que la douleur provoquait sur le corps de Link et s’en inquiéta.

 

Zelda espérait pouvoir atteindre la ville avant que son protégé ne tombe dans l’inconscience. Ses propres forces commençaient à la trahir. Au moment où les sabots touchèrent le pont surplombant les douves, le Héros du Crépuscule se mit à glisser de la selle. Lancée à pleine vitesse, elle ne put éviter sa chute. Le cheval continua sa course à l’intérieur de la cité.

 

Elle réussit à stopper sa monture et revint sur ses pas en courant. Les soldats de la citadelle s’étaient précipités pour repousser l’assaut des chevaliers et l’empêchaient d’avancer plus loin. Elle n’arrivait pas à voir où se trouvait Link. Zelda tenta de se frayer un chemin entre les gardes, mais Corentin la retint en arrière.

 

« N’y allez pas ! C’est trop dangereux !

— Où est-il ?

— Je ne sais pas. Je vais aller voir. Il est sans doute tombé sur le pont.

— Il était inconscient ! Je n’ai pas pu le retenir, dit-elle les larmes aux yeux.

— Je vais vous le ramener. Les cavaliers n’ont pas pu s’emparer de lui, vos hommes ne les laisseront pas faire. Ils ont reçu l’ordre de les repousser dans la plaine. »

 

Corentin retourna vers l’endroit où se déroulait un combat entre les gardes d’Hyrule et ceux de Tradan qui tentaient de percer leurs défenses. Le soldat aperçut le Héros du Crépuscule allongé à proximité du bord de la passerelle. Il voulut le rejoindre, mais remarqua que d’autres l’avaient repéré également.

 

En effet, deux chevaliers avaient quitté leur groupe et cherchaient à atteindre Link en passant par les douves du château. Agrippé par les mains de ses ennemis, le jeune homme inconscient glissa du pont avant que Corentin ne parvienne jusqu’à lui. Il fit un plongeon dans l’eau glacée.

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