Gamezik

Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 37

Dans la salle à manger de la taverne, Reynald et Iria discutaient avec Corentin qui venait d’arriver. Colin avait dû retourner à Toal. L’auberge était inhabituellement pleine de clients. Depuis la reprise de l’établissement par les nouveaux gérants, de grands travaux d’aménagement avaient été réalisés. La pièce principale, servant de restaurant, avait été repeinte dans des tons clairs reflétant la lumière du soleil.

 

Les tableaux et les vases disséminés un peu partout donnaient une certaine chaleur à l’endroit. Beaucoup de tables rondes étaient éparpillées et entourées de fauteuils confortables. Au fond de cette immense salle se tenait un imposant escalier qui menait aux étages supérieurs.

 

Pourtant, ce n’était ni le décor, ni la bonne cuisine de la tenancière qui avaient attiré tout ce monde. La fréquentation du lieu était due à la présence d’un personnage hors du commun. La nouvelle de la réapparition du Héros du Crépuscule avait déjà fait le tour du royaume et nombreux étaient ceux venus dans l’espoir de l’apercevoir.

 

La princesse qui était descendue rejoignit le prêtre et le jeune couple.

 

« J’ai essayé de le raisonner, dit-elle en regardant la jeune femme, mais il n’a rien voulu entendre.

— Il peut se montrer excessivement têtu, quand il le veut ! Il vit des moments plutôt difficiles.

— Tu trouves encore le moyen de prendre sa défense !

— Je méritais ses reproches ! Je l’ai trahi. »

 

Corentin qui était assis près d’elle, lui prit la main pour la réconforter.

 

« Tu n’as trahi personne, lui murmura-t-il. Tu as vécu ta vie ! S’il ne le comprend pas, c’est dommage pour lui. »

 

Iria se tourna vers le prêtre.

 

« Que peut-on faire pour l’aider à retrouver la mémoire, demanda-t-elle.

— Pas grand-chose, j’ignore la cause exacte de ce phénomène. C’est peut-être lié au choc qu’il a reçu sur la tête, mais pas seulement. La mémoire est sélective.

— Vous voulez dire qu’il a oublié exprès ?

— C’est une possibilité ! Probablement pour se protéger ! Ses sept années de captivité ont dû être très dures, si j’en crois son état physique. Les conditions de vie d’un esclave ne sont pas de tout repos. Je pense qu’il devrait commencer par retourner chez lui. Cela pourrait lui rappeler des souvenirs concernant la nuit de sa disparition.

— Je suis d’accord, mais quelqu’un doit l’accompagner, ajouta Zelda. Nous ignorons ce qu’il va découvrir et quelle sera sa réaction.»

 

Elle se tourna vers Corentin.

 

« J’aimerais vous confier la mission de veiller sur lui jusqu’à ce qu’il ait retrouvé la mémoire.

— Je ne pense pas être le mieux placé pour ça !

— Je vous le demande comme un service personnel. J’ai confiance en vous ! »

 

Corentin accepta malgré ses craintes. Ce dernier avait toujours eu beaucoup d’admiration pour le Héros du Crépuscule, mais il n’approuvait pas sa manière de s’adresser à Iria. Ses sentiments risquaient de compromettre le bon déroulement de la mission. Un grand sang-froid lui serait nécessaire.

 

Soudain, ils entendirent un remue-ménage dans la salle. De nombreux clients s’étaient levés et s’étaient dirigés vers l’escalier. Tous se retournèrent. Link était sorti de sa chambre et s’était arrêté en bas des marches, comme pétrifié. Iria et Corentin lurent de la peur dans ses yeux.

 

Le Sauveur d’Hyrule se revit, les bras attachés dans le dos, en train d’avancer entre deux rangées de soldats. Derrière ceux-ci se tenait un peuple en colère et prêt à participer à son exécution.

 

Incapable de faire un pas de plus, le Héros du Crépuscule n’avait pas bougé. Link regardait autour de lui, paniqué. Descendu pour venir présenter ses excuses à la princesse, il fut surpris par la présence de tant de monde. Les clients l’attendaient en bas de l’escalier, espérant pouvoir lui serrer la main.

 

Link serait obligé de passer entre eux pour atteindre la table où se trouvaient ses amis, mais il ne s’en sentait pas capable. La peur le clouait sur place et l’empêchait de réfléchir. Corentin se leva et traversa la foule pour rejoindre le jeune homme. Il tenta d’expliquer aux personnes présentes que le Sauveur d’Hyrule avait besoin de calme afin de se remettre d’un choc à la tête.

 

Mais ils ne l’écoutèrent pas cherchant à s’avancer plus afin de le toucher, ce qui ne fit qu’accroître le malaise de Link. Ce dernier fit un pas en arrière pour s’éloigner des curieux. Il perdit l’équilibre en percutant une des marches avec son pied et se retrouva assis sur l’escalier, en proie à une panique qui ne cessait d’augmenter.

 

La princesse dut intervenir pour convaincre les indiscrets de retourner à leurs occupations. Iria s’était levée également. Elle ne comprenait que trop bien la réaction de Link, sachant par quelles épreuves le jeune homme était passé avant sa disparition.

 

Une fois que les clients eurent regagné leurs places respectives, elle s’approcha et lui tendit la main pour l’aider à se redresser. Le silence revenu calma le Sauveur d’Hyrule qui s’aperçut de la présence de son amie. Sa colère reprit le dessus, se mélangeant à la honte qu’il éprouvait d’avoir eu un instant de faiblesse.

 

« Je n’ai pas besoin de ta pitié », lui dit-il en se relevant.

 

Il s’éloigna en direction de la table où Reynald l’attendait. Iria resta debout, les larmes coulant le long de ses joues. Corentin qui avait entendu les paroles du Héros du Crépuscule se précipita vers sa femme pour la consoler.

 

Link s’assit, sans un mot. Il sentait peser sur lui le regard lourd de reproches du prêtre et n’osait pas lever la tête. Reynald ne fit aucun commentaire, comprenant que le jeune homme était conscient d’avoir mal agi. La princesse les avait rejoints.

 

Quelques minutes plus tard, Corentin et Iria s’installèrent également avec eux. Iria gardait les yeux baissés pour ne pas croiser ceux de son ami. L’atmosphère était pesante. Ne pouvant plus la supporter, Link s’adressa à Zelda.

 

« Je te présente mes excuses pour tout à l’heure. Je n’aurais pas dû te parler de cette façon.

— Je les accepte, mais je ne suis pas la seule à qui tu en dois. »

 

Le Héros du Crépuscule détourna la tête. Il n’avait pas envie de présenter d’excuses à Iria. Celle-ci se leva, prétextant un besoin de prendre l’air. Corentin voulut la suivre, mais elle l’en empêcha.

 

« Reste, j’ai besoin d’être seule. De plus, vous avez une mission à organiser. »

 

Elle sortit. Tous la suivirent des yeux, excepté Link qui n’avait pas bougé. Zelda voulut parler, mais il l’arrêta.

 

« N’en rajoute pas ! C’est déjà assez difficile comme cela. De quelle mission parlait-elle ?

— J’ai demandé à Corentin de t’accompagner à Toal demain. Je ne te laisserai pas courir les routes seul et sans arme.

— Pourquoi lui, demanda-t-il sans adresser un seul regard à l’intéressé. Je ne pense pas que ce choix soit judicieux, au vu des circonstances. Prête-moi une arme et je serai apte à me défendre !

— Tu te plieras à ce choix, pourtant !

— Ce ne sera pas une partie de plaisir pour moi non plus, ajouta Corentin en fixant le jeune homme.

— Calmez-vous, s’emporta Zelda. Vous agissez comme des enfants ! »

 

Link et Corentin se turent. La princesse observa le jeune homme. Devait-elle lui parler des soldats lancés à ses trousses ?

 

« Je dois te dire quelque chose.

— Encore une mauvaise nouvelle, j’imagine.

— Malheureusement, mais pour ta sécurité, tu dois le savoir. Je refuse que tu prennes des risques inutiles.

— Tu commences à me faire peur !

— J’ai reçu une lettre de Moï ce matin. Je pense que Reynald a dû avoir la même. »

 

Le prêtre acquiesça et la tendit à Link qui la prit et la lut. À la fin de sa lecture, il reporta son attention sur la princesse.

 

« Vous pensez que c’est moi qu’ils recherchent ?

— La description te correspond et les vêtements que tu portais également, lui répondit Reynald. De plus, tu portes la fameuse marque derrière l’oreille ! »

 

Link mit machinalement la main à son visage, mais la retira rapidement. Un tatouage ne pouvait se sentir avec les doigts. Il regarda autour de lui, soudain inquiet. La princesse s’en aperçut et tenta de le rassurer.

 

« Ne t’inquiète pas, lui dit-elle à voix basse. Personne ici n’a encore croisé ces hommes. Tu n’as rien à craindre d’eux. Et de toute façon, le royaume d’Hyrule est contre ce genre de pratique. »

 

Le jeune homme lui sourit doucement.

 

« La dernière fois que tu as été vu, tu étais chez toi. Il serait judicieux que tu commences tes recherches par là. Peut-être trouveras-tu un indice quelconque.

— Je devais de toute façon y retourner pour récupérer mon matériel. »

 

Corentin se leva.

 

« Je vais raccompagner Iria. Sois prêt demain matin à la première heure. Je passerai te prendre avec des chevaux. »

 

Il salua et sortit. La princesse regarda Link.

 

« Sois prudent ! Je ne veux pas que tu prennes le moindre risque. Je refuse de te perdre encore !

— Que veux-tu qu’il m’arrive à Toal ?

— Je te rappelle que c’est là-bas que tu as disparu et là qu’ils t’ont cherché en premier lieu.

— Justement, ils ne vont pas frapper deux fois au même endroit.

— J’espère que tu as raison. Je dois vous quitter. Donne-moi de tes nouvelles régulièrement ! Je veux connaître l’avancée de tes recherches. »

 

Le jeune homme acquiesça. Zelda sortit le laissant seul avec le prêtre qui n’avait toujours pas ouvert la bouche. Link sentit qu’il allait devoir recevoir un certain nombre de reproches de sa part.

 

« Je te propose de manger un morceau avant d’aller te coucher. La journée de demain risque d’être longue.

— Vous ne comptez pas me faire la morale, lui demanda-t-il, surpris.

— Non ! Je n’approuve pas ta façon d’agir, mais je la comprends. »

 

Reynald se leva pour aller commander leur repas auprès de l’aubergiste. Link se mit à observer les clients autour de lui. Remarquant que certains d’entre eux lui jetaient des coups d’œil furtifs, il fit semblant de s’intéresser à une tâche sur sa tunique, pour cacher son trouble.

 

« J’ai demandé à ce qu’on nous serve dans ta chambre, dit le prêtre, en revenant.

— Merci », répondit Link, soulagé de pouvoir enfin quitter cette pièce surpeuplée.

 

Ils prirent la direction de l’escalier sous les regards des curieux. Arrivé dans sa chambre, Link s’assit sur le lit.

 

« J’ai vu que tu n’étais pas à l’aise au milieu de cette foule.

— Je suis quelqu’un de plutôt solitaire.

— Ce n’est pas la seule raison ! J’ai vu de la peur dans tes yeux.

— C’est que …

— Ne te justifie pas ! Tu n’en as pas besoin avec moi ! Avec ses hommes à ta poursuite, il vaut mieux que tu te fasses discret. »

 

Ils entendirent frapper à la porte. Reynald se leva et alla ouvrir. C’était le repas qu’il avait commandé.

 

Quand ils eurent terminé de manger, le prêtre laissa Link se reposer. La journée avait été très riche en surprises de toutes sortes et le jeune homme était très fatigué. Ce dernier se coucha aussitôt, mais eut du mal à trouver le sommeil. Toutes les informations qui lui avaient été révélées tournaient dans sa tête, l’empêchant de fermer l’œil. Il finit tout de même par s’endormir.

 

Reynald avait jugé préférable de passer la nuit dans la chambre jouxtant celle du Héros du Crépuscule afin d’être présent en cas de problème. Vers minuit, un grand cri le réveilla. Il se leva rapidement et se précipita au chevet du blessé.

 

Le prêtre vit Link, assis dans son lit, le visage en sueur et les yeux vides. Il tremblait de tout son corps et murmurait.

 

« Non ! Laissez-moi ! Je ne veux pas devenir comme eux ! »

 

Reynald s’arrêta, se demandant quelles terribles épreuves avait dû endurer le jeune homme aux mains de ces esclavagistes. Il décida de le réveiller. L’attrapant par les épaules, le prêtre le secoua légèrement. Au bout de plusieurs minutes, Link sembla prendre conscience de sa présence et posa les yeux sur lui.

 

« Tu as dû faire un cauchemar. Raconte-le-moi, cela pourrait certainement nous en apprendre davantage sur ce qu’il t’est arrivé. »

 

Mais le jeune homme secoua la tête, incapable de raconter ce qu’il avait vu.

 

« D’accord, nous reparlerons de tout cela demain à la lumière du jour. Recouche-toi ! »

 

Une fois encore, il reçut une réponse négative. Link semblait incapable de pouvoir se rendormir. Reynald prit un verre d’eau et donna un somnifère au Héros.

 

« Non, si je prends ça, je ne pourrais pas être prêt à temps, demain matin.

— Tu as besoin de te reposer. Je m’occuperai de Corentin. »

 

Link avala la pilule et s’enfonça dans un sommeil sans rêve.

Articles similaires :

Ajoutez un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.