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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 36

Sous le choc, Link dut s’asseoir sur le lit. Sept ans. Il avait oublié sept années de sa vie. Le même nombre que le Héros du Temps. L’Histoire se répétait ! Le jeune homme se prit la tête dans les mains.

 

À ce moment, quelqu’un frappa à la porte. Reynald alla ouvrir. C’était Iria.

 

« L’aubergiste m’a dit que vous étiez ici, mon père, mais je vois que vous n’êtes pas seul. Voulez-vous que je repasse plus tard ? »

 

Derrière le prêtre, Link s’était levé en reconnaissant la voix de son amie. Il lui souriait. Lorsqu’elle l’aperçut, les yeux de la jeune femme se remplirent de larmes. Elle s’avança vers lui lentement, craignant de le voir disparaître d’un coup, comme dans les rêves qui hantaient ses nuits.

 

Quand elle fut certaine qu’il était réellement là, Iria se jeta dans les bras du Héros du Crépuscule en pleurant.

 

« Tu m’as tellement manqué ! »

 

Les deux jeunes gens restèrent enlacés un long moment sans parler, heureux de s’être retrouvés. Puis, Iria recula de quelques pas en gardant ses mains dans celles de Link. Il avait terriblement changé. Celui qu’elle connaissait depuis son enfance était devenu un véritable adulte.

 

« Tu as perdu beaucoup de poids. Où étais-tu pendant toutes ces années ?»

 

L’émotion provoquée par l’entrée de la jeune femme et les nouvelles qu’il venait d’apprendre empêchèrent Link de répondre à la question. C’est le prêtre qui le fit à sa place.

 

« Nous étions justement en train d’en parler ! Ses souvenirs s’arrêtent à votre retour de la citadelle. Il ignore tout des sept dernières années. »

 

Iria dévisagea tour à tour Reynald et son ami. Ce dernier acquiesça pour lui faire comprendre que le prêtre disait la vérité. Elle s’installa sur le lit et invita Link à venir s’asseoir à ses côtés.

 

Le Héros du Crépuscule l’examina : sa physionomie avait un peu changé. Elle avait mûri. Ne pouvant détacher ses yeux de son visage, il lui prit les mains. Il se sentait enfin le courage de lui avouer ses sentiments, mais le contact avec un métal froid attira son attention.

 

Link aperçu soudain, un éclat doré sur l’annulaire gauche de la jeune femme. Il observa plus attentivement avant de faire un bond en arrière. Son amie d’enfance portait un anneau à son doigt.

 

« Tu … tu es … mariée », demanda-t-il.

 

Iria baissa la tête et regarda le Sauveur d’Hyrule, s’attendant à le voir exploser ! Comprenant sa réponse silencieuse, Link la lâcha et détourna les yeux. Lorsqu’il reprit la parole, sa voix avait changé. Elle était devenue plus dure.

 

« Tu devrais partir ! Ton mari n’apprécierait sans doute pas que tu restes trop longtemps dans la chambre d’un célibataire !

— Ne t’inquiète pas pour lui, tenta Iria pour l’apaiser, il te connaît. Toi aussi, tu le connais ! C’est Corentin ! »

 

La remarque de la jeune fille ne fit qu’accroître la colère de Link.

 

« Sors d’ici avant que je ne te dise des choses qu’on regrettera tous les deux. »

 

Disant ces mots, il lui lança un regard lourd de reproches que la jeune femme ne put soutenir. Elle se leva et recula vers la porte, ne pouvant quitter son ami des yeux. Après quelques secondes, elle retrouva sa mobilité et sortit de la chambre en pleurant.

 

Link était conscient du mal qu’il lui faisait, mais sa propre douleur exigeait une vengeance. Le prêtre le regarda sévèrement.

 

« Tu n’aurais pas dû lui parler de cette façon. Elle a beaucoup souffert pendant ses sept dernières années. Si Corentin n’avait pas été là, Iria ne serait probablement plus de ce monde.

— Je trouve qu’elle a l’air de s’être très bien remise de ma « mort ».

— Tu te trompes. Son amour pour toi est toujours aussi fort, mais elle a choisi de vivre. Pendant six ans, ton amie a mis son existence entre parenthèses. C’était suffisant ! Personne ne savait si tu reviendrais. Penses-y avant de la juger ! »

 

Link détourna la tête pour ne pas voir le regard du prêtre. Il ne voulait pas entendre ses reproches.

 

« Je voudrais rester seul à présent, si cela ne vous dérange pas, dit-il.

— Je vais te laisser, mais pense à ce que je t’ai dit. Elle ne mérite pas ta colère ! »

 

Reynald quitta la pièce et referma la porte derrière lui, laissant le Héros du Crépuscule à ses réflexions. Le prêtre avait de la peine pour Link qui avait perdu sept ans de sa vie et la fille dont il était tombé amoureux. Sa réaction était prévisible.

 

Il sortit de l’auberge et rejoignit Iria près de la source, sous le regard de Link qui les observait depuis la fenêtre de sa chambre. Quand la jeune femme se retourna, Reynald s’aperçut qu’elle avait beaucoup pleuré.

 

« Je sais ce que vous allez me dire. Je dois lui laisser le temps de se remettre. Je comprends sa souffrance.

— Il finira par accepter ton mariage et vous serez de nouveau amis.

— Je l’espère ! Je ne voudrais pas le perdre, encore », dit-elle ses sanglots dans la voix.

 

Ils furent interrompus par des bruits de sabots venant de la plaine. Un grand nombre de cavaliers se dirigeaient vers eux. C’était Colin qui ramenait la princesse, escortée par sa Garde Rapprochée. Fénir avait préféré repartir directement pour Toal afin de prévenir les villageois du retour de leur protégé.

 

Le prêtre marcha vers les nouveaux venus afin d’accueillir Zelda avec les honneurs dus à son rang. Colin alla rejoindre Iria, qui n’avait pas bougé.

 

« Soyez la bienvenue, Votre Altesse !

— Bonjour, mon père. Colin et Fénir m’ont dit que vous désiriez me voir ? Cela a-t-il un rapport avec la lettre de Moï ? Vous avez des informations sur le fugitif ?

— Oui, je l’ai trouvé à cet endroit ce matin, dit-il en désignant la source. Il était inconscient, suite à un probable coup sur la tête.

— Êtes-vous sûre qu’il s’agisse bien de lui ?

— La description correspond et les vêtements également. De plus, il porte la marque mentionnée…

— Je l’ai lu la lettre … On dirait …

— C’est bien lui ! Il est vivant, mais a subi de mauvais traitements. Ses cicatrices attestent des coups violents qu’il a reçus. »

 

La princesse repensa au récit que lui avait fait le Héros du Crépuscule à son retour de la Clairière, la veille de sa disparition. Ce dernier lui avait parlé des mauvais traitements qu’il avait subis durant sa captivité. Il avait également été gravement blessé par Vernarte. Zelda espérait que les cicatrices ne venaient pas de nouveaux coups.

 

«  Comment va-t-il ? S’est-il réveillé ?

— Oui, il va bien !

— Je veux le voir, ajouta-t-elle, où est-il ?

— Dans une des chambres de l’auberge. Il y a une chose que vous devez savoir avant de le voir.

— Laquelle ?

— Comme je vous l’ai dit, il a reçu un choc sur la tête.

— Vous venez de me dire qu’il allait bien !

— Oui, mais Link a perdu une partie de sa mémoire. Il n’a aucun souvenir des sept dernières années.

— Je ne comprends pas !

— Ses souvenirs remontent au jour de sa disparition. Il ne sait pas ce qu’il lui est arrivé.

— Il ignore également que ces hommes le recherchent, je suppose.

— Oui, mais il faudra le lui dire.

— Mon père, laissez-moi le voir !

— Comme vous voulez, mais il n’est pas de très bonne humeur. »

 

Iria et Colin vinrent les rejoindre. Le jeune homme avait raconté ce qu’il savait à son amie.

« Il vient d’apprendre de bien mauvaises nouvelles, ajouta Reynald.

— Ah ? Il est au courant pour le mariage ? »

 

Iria baissa la tête, honteuse. La princesse lui releva le menton.

 

« Tu n’as pas à t’en vouloir ! Tout le monde le croyait mort. C’est un garçon intelligent, il finira par comprendre ! Je dois lui parler, ajouta-t-elle en se tournant vers le prêtre.

— Suivez-moi ! »

 

Par la fenêtre de sa chambre, Link n’avait rien perdu de la scène. Le jeune homme se doutait qu’ils devaient parler de lui et il sentait sa colère s’accentuer. Si Zelda voulait avoir de ses nouvelles, elle ferait tout aussi bien de les lui demander directement.

 

Voyant le prêtre et la princesse prendre la direction de l’auberge, le Héros du Crépuscule quitta son poste d’observation et se recoucha. Il n’avait pas envie de discuter et décida de faire semblant de sommeiller pour ne pas être dérangé.

 

Quelques minutes plus tard, la porte s’ouvrit et Reynald entra suivi de Zelda. Cette dernière comprit rapidement que Link ne dormait pas. Elle pria le religieux de la laisser seule avec le Sauveur d’Hyrule. Il sortit sans un mot.

 

Zelda s’assit sur une chaise à proximité du lit. Elle ressentait la douleur physique et morale du blessé.

 

« Ce n’est pas la peine de simuler le sommeil, lui dit-elle.

— Je ne peux décidément rien te cacher, ajouta-t-il en posant son regard sur elle.

— Tu as raison sur ce point. Je sais même ce que tu éprouves en ce moment.

— Ça, ça m’étonnerait beaucoup !

— Je te connais mieux que tu ne le crois !

— Dans ce cas, je t’écoute, lui lança-t-il sur un ton de défi.

— Tu es en colère parce que tu te sens trahi par Iria, mais tu l’aimes toujours. Alors, tu te reproches de lui avoir fait du mal. J’ai vu juste ?

 

Link ne répondit rien, se contentant de la regarder, en serrant les dents.

 

« Ton silence est éloquent ! Je ne suis pas venue te faire la morale, le père Reynald s’en est probablement déjà chargé.

— Pourtant, tu vas tout de même me parler d’elle.

— Oui, je vais te donner le point de vue d’une femme. Iria ne pouvait passer toute sa vie à t’attendre. Elle avait le droit d’aimer et d’être aimée.

— En gros, elle a raison et j’ai tort.

— Ce n’est pas ce que j’ai dit. Laisse-moi te raconter ! Lorsque tu as disparu, Iria a mobilisé tous les villageois pour fouiller la forêt. Elle avait trouvé une trace de sang près de ton lit et pensait que tu t’étais blessé. Après plusieurs heures de recherches infructueuses, le chef de ton village a décidé de faire prévenir le château et il a envoyé Moï. J’ai pris l’information très au sérieux et j’ai mis en place des recherches intensives. Tu avais laissé tes armes dans la maison et je savais que tu ne t’aventurais pas dans la forêt sans ton épée. Nous avons craint un enlèvement !

— Un enlèvement ? Qui serait assez fou pour tenter de s’en prendre à moi ?

— De nombreuses personnes ! Comme tous les complices de Ganondorf qui n’ont pas encore été arrêtés ! Puisque mon scénario te semble impossible, explique-moi où tu étais pendant ces sept dernières années. »

 

Link se tut, ne sachant que répondre.

 

« Donc, nous avons fait surveiller les frontières, craignant qu’on ne tente de te faire sortir du pays et nous avons fouillé chaque coin du royaume. Sans succès ! Malheureusement, je ne pouvais continuer à utiliser l’armée pour te chercher indéfiniment. J’ai dû tout stopper, mais Iria voulait continuer. Alors, j’ai désigné Corentin pour la protéger durant ses voyages. D’après ce que tu m’avais raconté sur lui, j’estimais qu’il était le candidat idéal.

— Au vu des résultats, c’était une erreur stratégique !

— Ce n’est pas mon avis. Ce jeune homme s’est très bien occupé de ton amie. Il te ressemble beaucoup au niveau du caractère. Elle a continué à sillonner les routes pendant plusieurs mois.

— Je le sais. Le père Reynald me l’a dit.

— Ce que tu ignores, c’est que j’ai dû officialiser ta mort pour qu’elle cesse enfin les recherches. Tu n’avais pas pu quitter le pays et tu étais introuvable. »

 

La princesse se tut un instant pour laisser le temps au jeune homme de digérer ses paroles.

 

« Corentin et Iria ont continué à se voir régulièrement. Je pense qu’elle trouvait en lui une oreille attentive. Au début, tu étais leur seul sujet de conversation. Puis, ils ont appris à se connaître et à s’apprécier.

— Comment as-tu appris tout ça ?

— Iria et moi, nous avons sympathisé et nous nous sommes vues régulièrement pendant des années. Nous avions un point commun : un ami disparu. Un jour, elle m’a parlé de ses sentiments naissants pour Corentin. Pensant te trahir, elle a tout tenté pour les étouffer.

— Apparemment, sans grand succès !

— Nous ne pouvions la laisser continuer à vivre avec ton souvenir et nous avons été nombreux à la pousser vers lui. Ils se sont mariés, il y a un peu plus d’un an. Iria est heureuse avec lui. T’oublier est la chose la plus difficile qu’elle ait jamais eue à faire.

— Ce n’est pas simple pour moi !

— Je le sais. »

 

Link leva les yeux vers elle. Sa colère avait redoublé d’intensité.

 

« Non, tu ne sais pas ! Tu n’as pas la moindre idée de ce que je ressens. J’ai dû combattre Ganondorf. Ensuite, je me suis retrouvé dans le passé où j’ai fait tout ce que je pouvais pour qu’Iria ne soit pas blessée. Quand je pensais avoir de nouveau détruit mon ennemi, le voilà qui revient et fait en sorte que je sois condamné à mort. Pourtant, ce n’est pas fini ! Il faut encore que je perde sept années de ma vie et … elle.

 

Sa voix s’était cassée sur les derniers mots. La princesse le regarda. Elle l’avait laissé déverser sa colère. Il avait réussi à en extérioriser une partie.

 

« Tu te sens mieux ? »

 

Il détourna la tête et ne répondit pas.

 

« T’en prendre à moi n’est pas la solution !

— Tu n’aurais pas dû te mêler de ça.

— J’étais venue pour t’aider, mais apparemment mon soutien n’est pas le bienvenu. Réfléchis à ce que je t’ai dit. Si tu changes d’avis, viens me voir ! »

 

Zelda se leva et se dirigea vers la porte. Link la regarda quitter la pièce, de la colère dans les yeux. Des larmes commencèrent à glisser sur les joues de la jeune femme. A présent, il éprouvait du ressentiment à son égard, alors qu’elle voulait juste se rapprocher de lui.

 

Quelques jours après sa disparition, elle avait perçu comme un choc sur la Triforce, comme si un des trois porteurs avait été mortellement blessé. Cela ne pouvait être que le Héros du Crépuscule, puisque Ganondorf n’était plus. Ensuite, la présence de ce fragment, le Courage, avait diminué jusqu’à n’être plus perceptible.

 

Un an après, alors que la princesse préparait la cérémonie qui devait rendre hommage au Sauveur d’Hyrule, le morceau de Triforce s’était de nouveau manifesté durant une semaine. Elle avait mis cette sensation sur le compte de la douleur d’avoir perdu celui qui faisait battre son cœur.

 

Les années suivantes, un événement identique s’était produit, toujours à cette même période. Pourtant, cette fois-ci, Zelda avait ressenti une petite différence, comme si la Triforce avait retrouvé un peu de son pouvoir. C’est en lisant la lettre de Moï qu’elle avait compris que cette impression n’était pas le fruit de son imagination.

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