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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 3

Chapitre 3

Ganondorf regardait son prisonnier à genoux devant lui, un sourire cruel sur le visage. Ce dernier n’avait même pas pensé à se relever tant il était surpris.

« Je comprends ton étonnement, mais je ne suis pas celui que tu crois. Enfin pas vraiment. D’après mes informations, on t’appelle « Héros du Crépuscule », mais ton vrai nom est Link, n’est-ce pas ? »

Le jeune homme ne répondit pas, se contentant de fixer Ganondorf. Il ne comprenait plus rien. Ce matin, une médaille lui avait été offerte pour avoir vaincu celui qui se trouvait à présent juste devant lui. Pourtant, son ennemi affirmait ne pas être celui qu’il croyait. De plus, ce dernier n’avait pas l’air de le reconnaître. Se jouait-il de lui ? N’aurait-il réussi qu’à lui faire perdre la mémoire, croyant l’avoir éliminé ?

Comment allait-il expliquer à la princesse d’Hyrule et au peuple que celui qu’ils avaient cru mort était de retour ? Comment pourrait-il leur dire que lui, le Héros qu’ils avaient reconnu en tant que tel, avait finalement failli à sa mission ? D’ailleurs serait-il encore là pour le leur dire ?

Link ne pensait pas que Ganondorf l’avait fait emprisonner et amener juste pour faire la conversation. Cet homme devait attendre quelque chose de lui sinon, il serait déjà en train de se faire exécuter.

La voix de son ennemi le sortit de ses pensées. Ce dernier n’avait pas l’habitude qu’on se permette de l’ignorer. Ce freluquet ne devait surtout pas se croire autorisé à le défier.

« Tu refuses de répondre ! À ta guise. Ton nom est écrit sur ta lame. »

Ganondorf s’avança vers la table et prit l’épée qu’il sortit de son fourreau.

« Belle arme ! Elle semble neuve. « À Link, le Héros du Crépuscule, pour services rendus ». Apparemment, c’est un cadeau. Une récompense pour m’avoir vaincu ? »

Link ne répondait toujours pas. Ganondorf s’approcha alors de lui et plaça la lame sur sa gorge, ses yeux lançaient des éclairs. Il donna une pression juste assez forte pour provoquer une légère entaille d’où s’échappa une petite goutte de sang.

« Réponds ! Ce serait dommage que la première victime de cette lame magnifique soit son malheureux propriétaire !

— Oui. Cette épée est une récompense pour avoir débarrassé le monde d’un monstre de ton espèce. Que me veux-tu ? Pourquoi suis-je ici ? Et surtout où sommes-nous ?

— Tu as retrouvé l’usage de la parole, dirait-on, lâcha Ganondorf en éloignant la lame de son cou. Tu es ici chez moi, dans le désert Gerudo, au milieu de mon peuple, des guerrières. »

Il se rapprocha de la table et utilisa la tunique de Link pour essuyer la lame.

« Le désert Gerudo est inhabité et tu le sais aussi bien que moi.

— Il n’a pas toujours été inhabité. Tu devrais revoir ton Histoire d’Hyrule, tu as des lacunes. En ce qui concerne la raison de ta présence ici, tu le sauras bien assez tôt. Estime-toi heureux d’être encore en vie. Tu es en mon pouvoir et dans l’incapacité de te défendre. »

Comme pour lui prouver le contraire, Link se leva d’un bond et fonça sur son ennemi. Sans sourciller, comme s’il s’y attendait, Ganondorf arrêta sa course en le frappant avec la garde de l’épée en plein milieu du front. La violence du coup déséquilibra le jeune homme qui se retrouva projeté contre la table. Ce dernier était tombé sur le dos et éprouvait quelques difficultés à se remettre debout.

« Tu es prévisible, affirma-t-il en le regardant avec dédain. Tu ne peux rien contre moi, je te l’ai dit. De plus, je n’ai qu’un mot à dire et tu te retrouverais encerclé de guerrières. »

Ganondorf s’approcha, attrapa Link par le col de sa chemise et le souleva avec une déconcertante facilité. Il l’assit dans un des fauteuils et prit place dans un autre.

« Maintenant, ne bouge plus et écoute ! Tu es ici par la volonté de l’homme que tu as battu.

— Je me doute que c’est toi qui es derrière tout ça.

— Je te l’ai dit : c’est moi et ce n’est pas moi.

— Aurais-tu perdu la raison ? Il y a quelques jours à peine tu as tout tenté pour me tuer, sans succès, et maintenant, tu insultes mon intelligence. »

Il avait appuyé sur les mots « sans succès », comme pour réaffirmer sa volonté à ne pas plier devant son ennemi. Ganondorf le regardait avec un sourire cruel.

« D’après les informations qu’on m’a fournies sur toi et tes agissements, il est fort probable que j’aie essayé de t’éliminer. Pourtant, je n’ai pas tenté de te tuer, du moins pas encore.

— Que veux-tu dire ?

— Que faisais-tu avant de te réveiller au fond d’un cachot de ma forteresse ? N’étais-tu pas en train de reposer l’Épée de Légende à sa place ?

— C’est facile à deviner. La paix étant revenue sur le royaume, elle ne m’était plus d’aucune utilité. En plus, c’est là-bas que tes sbires m’ont trouvé. Ça ne prouve rien !

— Au moment où l’Épée a touché la pierre, il ne s’est rien passé d’étrange ? »

Surpris par la question, Link ne trouva rien à répondre. Comment pouvait-il savoir ça ? Mais le jeune homme se reprit rapidement.

« Ça ne prouve toujours rien, tu as dû me faire suivre par tes espions.

— Quelle est la dernière image que tu as eue juste avant de t’évanouir ? »

Link réfléchit et se rappela avoir vu des murs là où il n’aurait dû n’y avoir que des ruines.

« C’est vrai, j’ai eu l’étrange impression de ne pas être au même endroit. Pourtant, l’Épée était toujours là et elle est unique, murmura-t-il pour lui-même.

— Tu as voyagé, mais tu es resté au même endroit.

— C’est absurde ce que tu dis. Tu ne peux pas te déplacer en restant au même endroit. Essaierais-tu de me faire croire que j’ai voyagé dans le temps ? Je ne suis pas si stupide ! »

Ganondorf s’amusait beaucoup de voir le héros essayer de comprendre ce que lui avait intégré depuis maintenant un certain temps.

« Et que fais-tu de toutes les incohérences que tu as mentionnées : le désert censé être inhabité, les murs qui se reforment… Tu te trouves dans mon présent, mais dans le passé. »

Link avait du mal à comprendre. Il remarque le regard moqueur de son interlocuteur.

« Dans ce cas, comment se fait-il que tu connaisses autant de choses sur moi ? Mon titre de Héros par exemple, ou le fait que je t’aie réglé ton compte ?

— Je te l’ai dit. J’ai reçu des informations !

— De qui ? De toi-même, ricana Link. »

Ganondorf lui lança un regard noir, mais se contint et continua son explication.

« Il y a maintenant sept ans, j’ai reçu un étrange visiteur, ici même à la forteresse. À l’époque, je pensais à envahir Hyrule. Il connaissait le mot de passe qui menait à ma tente. Il s’appelait Xanto !

— Xanto ?

— Il s’est présenté comme mon associé dans le futur… J’ai eu du mal à le croire.

— Tu t’es servi de lui pour arriver à tes fins. »

Le roi des Gerudos sourit en pensant à tous ceux qu’il avait manipulés…

« Ce n’est qu’un détail ! Pour me convaincre, Xanto a exposé, en long et en large, le plan auquel j’avais pensé pour m’emparer du pouvoir. Cet homme ne pouvait pas le savoir. Je n’en avais parlé à personne. Même Nabooru, mon bras droit, ignorait mes projets. Ensuite, il m’a dit que je parviendrais à soumettre Hyrule. Selon lui, un seul homme était capable de mettre fin à mon règne. Le « Héros du Temps », qui devait arriver sept ans plus tard et remporterait la victoire. Évidemment, je n’ai pas cru ses histoires, mais toutes ses prédictions se sont réalisées.

— Il est juste venu te donner des détails sur ton avenir ?

— Non, il m’a raconté ma défaite, c’est vrai, mais pas seulement. Toujours selon ses dires, j’avais un problème similaire à son époque. Avec un certain « Héros du Crépuscule », ça te dit quelque chose ? »

Link ne répondit pas.

« Après ma défaite, j’aurais été condamné à être envoyé dans un monde d’obscurité d’où je me serais échappé grâce à lui. J’aurais amené le crépuscule dans le royaume d’Hyrule, prenant ainsi le pouvoir. Selon ses dires, tu avais ramené la lumière sur les terres et tu t’étais emparé de l’Épée de Légende, seule arme capable d’anéantir le mal. Apparemment, Xanto te croyait capable d’arriver à le vaincre. Alors, il m’a parlé du piège qui te serait tendu, au cas où finalement, tu parviendrais à tes fins.

— Un piège ?

— Et tu es tombé dedans la tête la première, mon garçon. Il savait que tu replanterais la Lame Sacrée, une fois la paix revenue. Ils ont apporté des modifications au socle pour que celui-ci relie ton époque à la mienne. L’Épée en étant le déclencheur. Et malheureusement pour toi, tu es le seul à pouvoir la manipuler. »

Link essaya de faire le point sur sa situation. Puis il posa son regard clair dans celui de son ennemi.

« Pourquoi me racontes-tu ça ? Qu’est-ce que je viens faire dans cette histoire ?

— J’y viens. Si je te trouvais dans le Sanctuaire le jour dit, cela signifiait, certes, une nouvelle défaite pour moi dans le futur, mais aussi une chance supplémentaire maintenant. En m’alliant avec un héros, je devrais être capable d’en vaincre un autre… »

Link ne put s’empêcher de rire ce qui déplut fortement à Ganondorf.

« Tu penses réellement que je vais t’aider ? Je suis hylien et garde de la Famille Royale. Ce n’est pas parce que j’ai voyagé dans le temps que je vais renoncer à mon serment de protéger mon royaume.

— Xanto m’avait prévenu que je risquais d’avoir des difficultés à te convaincre. Tu m’aideras, de gré ou de force. »

Ces derniers mots, Ganondorf les avait presque hurlés. L’entêtement de ce jeune freluquet à vouloir le défier l’énervait au plus haut point. Pourtant, il lui reconnaissait un certain courage qui forçait l’admiration.

« Tu ne peux pas m’obliger à faire quelque chose contre ma volonté.

— Il existe bien des façons pour contraindre un homme, dit le tyran en savourant par avance, les différentes méthodes qu’il pourrait utiliser avec lui.

— Peut-être, mais aucune ne fonctionnera sur moi. Je suis prêt à mourir pour défendre mon pays.

— Mon but n’est pas de te tuer, car j’ai besoin de toi en vie, mais je peux te faire regretter d’être né. »

Link fixa son regard dans les yeux sombres de son ennemi.

« Tu ne me fais pas peur, Ganondorf !

— Tu as du courage. Ceux qui osent me défier ne sont pas nombreux. Je vais t’accorder une dernière chance. Réfléchis ! Tu es en mon pouvoir et tu ne me résisteras pas longtemps. Épargne-toi des souffrances inutiles ! De toute façon, tu feras ce que je veux ! »

Le tyran s’approcha d’une cordelette sur laquelle il tira. Un carillon se fit entendre. Aussitôt, les trois femmes réapparurent.

« Ramenez-le dans sa cellule. Ce gringalet a besoin de réfléchir pour prendre la bonne décision. Faites lui comprendre qu’il ne peut pas s’échapper ! »

Les gardes s’approchèrent de Link et le relevèrent. Le jeune homme fut ramené dans sa cellule par le même chemin qu’à l’aller. Avec brutalité, elles le plaquèrent sur le sol afin de lui retirer les cordes. Allongé sur le ventre, sentant la pression des deux gardes qui le maintenaient dans cette position, il attendit que Nabooru ait terminé de lui remettre ses chaînes.

Après leur départ, le jeune homme se retrouva seul dans le noir, se demandant comment faire pour se sortir de cette situation. Link se retrouvait à une époque qui n’était pas la sienne. Le combat du Héros du Temps ne le concernait en rien et surtout, d’après ses informations, celui-ci n’avait pas besoin d’aide. Il devait trouver un moyen pour rentrer dans son monde.

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