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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 29

Link se tourna vers la porte, venant de reconnaître la voix de son maître d’armes, Moï. Il voulut se lever pour aller l’accueillir, mais le Héros du Temps l’en empêcha.

« Reste couché, tu n’as pas assez de forces pour l’instant. »

Le nouveau venu s’avança et vint serrer la main du jeune homme puis il prit une chaise et s’assit près du lit.

« Il a raison. Tu dois prendre soin de toi. D’après Thelma, tu as failli y rester. Je ne voudrais pas annoncer ta mort à ton plus grand fan.

— Colin ?

— Lui-même. Il est toujours en train de parler de toi. Il t’admire beaucoup, tu sais », ajouta Moï avec un sourire.

Le visage de Link se rembrunit.

« Pourtant, je ne suis pas un héros. J’ai passé les derniers jours à mettre beaucoup de monde en difficulté. Maintenant, je suis devenu inutile. Je suis même un poids pour mes amis.

— Ne dis pas de bêtises. Tu te remettras vite et tu pourras reprendre le combat. Donne-toi juste le temps de guérir. N’oublie pas que tu es l’Elu, ajouta-t-il en montrant la marque de la Triforce sur sa main gauche. Pour l’instant, reste caché.

— Pourquoi ?

— Ta fuite est encore trop récente, continua-t-il. Fais un pas dehors et tu auras une meute de soldats et d’habitants à tes trousses. La plupart te croient coupable et les autres veulent la récompense.

— Ganondorf a bien fait les choses !

— Ainsi, c’est donc bien lui qui est derrière tout ça. J’aurais dû m’en douter. Frodnonag. Il a juste inversé son nom. Depuis que la princesse est souffrante, c’est lui qui dirige le royaume.

— C’est l’excuse qu’il donne concernant son absence ?

— Oui, tu as d’autres informations !

— Je l’ai vue lors de l’annonce de ma condamnation. Quand j’ai compris ce qui allait se passer, j’ai cherché du secours auprès d’elle. Je me suis vite rendu compte que je ne devais rien attendre de sa part. Ganondorf la tient en son pouvoir.

— Mais n’avais-tu pas éliminé ce tyran ?

— Si, mais c’est une longue histoire.

— Raconte-moi, je serai mieux en mesure de t’aider si je connais les détails de ton aventure. »

Link raconta à Moï, tout ce qui lui était arrivé. Il savait qu’il pouvait avoir confiance en cet homme.

« Je vois ! Donc, je te confirme ce que je te disais en arrivant. Tu ne bouges pas d’ici pour l’instant. Tes amis non plus.

— Nous ne pouvons pas rester sans rien faire !

— Votre heure viendra, sois patient ! Je vais rappeler les membres de la Résistance. Nous allons chercher des informations pour vous. Nous passerons plus facilement inaperçus. En plus, dans ton état, tu dois d’abord penser à te soigner et tes amis ne connaissent pas la région.

— Il semble que nous n’ayons pas trop le choix. Merci Moï et surtout sois prudent. Je ne voudrais pas annoncer de mauvaise nouvelle à ta femme et à tes deux enfants. »

L’homme lui adressa un clin d’œil.

« Mais au fait, comment as-tu su que nous étions ici ?

— Le soir de la Fête du Triomphe, nous étions là et nous avons appris ton arrestation. Tout le monde pensait qu’il s’agissait d’une erreur et que tu serais relâché rapidement. Personne dans le village ne croit à ces mensonges, nous te connaissons trop bien. Alors, je suis resté en ville pour en savoir davantage, mais je ne parvenais pas à obtenir de tes nouvelles.

— Nous avons également eu des difficultés pour obtenir des informations, intervint le Héros du Temps. Apparemment, Ganondorf ne voulait pas que cette nouvelle se répande. Comment avez-vous appris qu’il avait été emprisonné ?

— Par Corentin, dit-il en regardant le jeune homme. Je ne sais pas si tu te souviens de lui, mais il faisait partie de la Résistance. Il a assisté à ton incarcération et est venu me le dire.

— Nous le connaissons, ajouta Sheik. C’est grâce à lui si nous avons pu faire évader Link.

— C’est lui, le fameux garde qui vous a aidé ? Je n’avais pas fait le rapprochement ! Ça ne m’étonne pas !

— Tout ça ne nous dit pas comment tu nous as trouvés, reprit le blessé.

— N’obtenant aucune information du château, je suis retourné au village. Je ne suis revenu que ce matin. J’ai entendu des soldats parler d’une récompense pour ta capture. J’en ai conclu que tu t’étais enfui et je suis directement venu ici, pensant que Thelma saurait quelque chose. Apparemment, c’était le cas. Méfie-toi, ils savent que tu n’as pas pu aller bien loin avec ta blessure. »

* * *

Les semaines passèrent. La vie s’était organisée autour du petit groupe de fugitifs. Après des jours de recherches, les habitants s’étaient peu à peu désintéressés de la récompense promise pour leur capture. Tous pensaient que les évadés avaient quitté le pays et qu’ils ne les reverraient probablement jamais.

Link avait de plus en plus de mal à demeurer caché. Sa guérison était en cours : les plaies de son dos s’étaient refermées, mais celle de son épaule restait encore fragile. Elle était susceptible de se rouvrir.

Le jeune homme pouvait maintenant sortir de sa chambre, mais ne supportait pas l’idée que d’autres risquent leurs existences alors que lui se terrait dans la taverne. Ses compagnons le sentaient prêt à commettre un acte stupide. La plus inquiète était Iria.

Pour calmer l’impatience du convalescent, le Héros du Temps organisait des séances d’entrainement pour qu’il apprenne à utiliser son épée de la main droite tant que sa blessure ne serait pas complètement guérie.

Ce soir-là, l’établissement était désert, c’était le jour de fermeture. Ils étaient tous installés dans la salle principale quand la porte s’ouvrit. C’était Lafrel, un des amis de Moï et ancien membre de la Résistance ! Il entra en titubant une flèche dans la poitrine. Tous se retournèrent vers lui.

Il était venu à la taverne plusieurs fois en compagnie du maître d’armes, pour donner les informations, bien minces, qu’ils avaient collectées.

« Fuyez ! Ils savent où vous êtes ! Ils arrivent. »

Il s’écroula. Thelma et Link se précipitèrent vers lui.

« Laisse-moi m’occuper de lui ! Prends Iria avec toi et pars par les égouts avec tes amis. Faites vite ! »

Le jeune homme voulut protester, mais elle l’en empêcha.

« Lafrel ne peut vous suivre et il faut quelqu’un pour le soigner. Les soldats m’apprécient. Je leur ferais croire que j’ignorais qui vous étiez. File ! »

Link ne pouvait se résigner à partir, ne supportant pas l’idée de laisser ses compagnons se faire attraper à sa place. Sans l’intervention de Sheik qui l’obligea à les suivre, il aurait certainement été repris par les gardes qui entrèrent juste après leur départ.

Ayant déjà emprunté ce passage, Iria et le Héros du Temps purent guider les autres dans les sombres couloirs. Ils arrivèrent sans encombre jusqu’à la sortie. Une fois dehors, les fugitifs se retrouvèrent face à une troupe armée qui les attendait.

Le combat s’engagea. Les ennemis étaient nombreux. Link essayait de protéger son amie, mais malgré l’entraînement qu’il s’était imposé pendant ces longues semaines, sa main droite ne maniait pas sa lame avec la dextérité nécessaire. S’efforçant de maintenir Iria à l’écart des soldats avec son bras blessé, le jeune homme n’utilisait pas le bouclier qui était devenu un handicap supplémentaire.

Soudain, des bruits de galop se firent entendre. Ils tournèrent la tête et virent Moï, galoper vers eux. Il montait un cheval et en tenait deux autres par la bride derrière lesquels Epona trottait en liberté. Avec l’aide de leurs épées, les compagnons tentèrent de se frayer un passage jusqu’à lui. Les rangs des ennemis s’étaient déjà quelque peu clairsemés. Beaucoup d’entre eux étaient évanouis sur le sol.

Les fugitifs se mirent alors à courir en direction de Moï et des montures. Le Héros du Temps fut le premier à grimper sur sa selle, suivi de Sheik. Link était un peu plus lent, car il tirait Iria derrière lui, en proie à la panique.

Ils étaient presque arrivés jusqu’à Epona, lorsque l’impensable se produisit. Link sentit soudain un poids le traîner en arrière et se retourna. Deux soldats les avaient rattrapés. L’un d’eux avait empoigné Iria et essayait de l’entraîner. Il dégaina son arme pour la défendre, mais l’autre garde commença à le frapper pour aider son compagnon.

La main de son amie lui échapper petit à petit. Il dut faire face aux attaques du second garde pendant que le premier tentait de l’éloigner d’elle. Lorsque leurs doigts se séparèrent, le jeune homme redoubla d’efforts pour vaincre son adversaire.

Il réussit à le faire tomber et s’apprêtait à rebrousser chemin pour aller secourir Iria quand le Héros du Temps, qui était descendu de son cheval, lui asséna un coup de poing pour l’assommer.

« Tu dois rester libre pour pouvoir la sauver, lui dit-il juste avant de le frapper. Pardonne-moi ! »

Link s’écroula avant d’avoir pu comprendre. Puis il fut soulevé par son ami qui le déposa sur son destrier et monta derrière. Ils partirent au galop, car les ennemis toujours aussi nombreux arrivaient de nouveau sur eux. Epona suivit le groupe docilement. Après avoir réussi à distancer leurs adversaires, ils cherchèrent un endroit pour se cacher. Moï connaissait une grotte non loin de là. Les fugitifs s’y installèrent et couchèrent l’inconscient à côté du feu qu’ils avaient allumé.

Le Héros du Temps pensait que Link risquait de lui reprocher de ne pas l’avoir laissé aider Iria, mais il savait également qu’il avait pris la bonne décision. Il finirait par le comprendre.

Tous attendaient son réveil avec crainte. Comment allait-il réagir face à la nouvelle de la capture d’Iria ? Ses nerfs avaient déjà été mis à rudes épreuves et son immobilité forcée des semaines précédentes n’avait pas amélioré son humeur.

Sheik en profita pour examiner l’épaule du jeune homme, car une tache de sang était de nouveau apparue sur la tunique, mais il eut à peine la possibilité de constater les dégâts avant que Link n’ouvre les yeux. Ce dernier se leva d’un bond en appelant son amie par son prénom et regarda autour de lui.

« Que s’est-il passé ? Où sommes-nous ? Où est Iria ?

— Reste tranquille, lui dit Sheik, ta blessure s’est rouverte. Je dois te soigner. »

Mais il se dégagea.

« Pas avant que tu n’aies répondu à mes questions !

— Elle a été emmenée, intervint le Héros du Temps. Et j’ai été obligé de te frapper ! »

Link était prêt à se battre avec celui qui par deux fois lui avait sauvé la vie. La tache de sang s’agrandissait sur sa tunique, mais il ne la sentait pas. Sa colère l’empêchait de percevoir les choses correctement.

« Pourquoi as-tu fait ça ?

— Pour t’empêcher de commettre l’irréparable. Tu pensais venir à bout d’une armée à toi tout seul ? Tu lui seras beaucoup plus utile libre que prisonnier. Je t’ai évité de te faire reprendre.

— Ganondorf va se venger de moi à travers elle, hurla Link. Tu viens de la condamner à mort. Je t’ai dit qu’il voulait la tuer.

— Devant toi ! La supprimer maintenant ne lui sera d’aucune utilité. Elle constitue un otage idéal, il ne lui fera rien tant que tu ne seras pas également entre ses mains. Si je t’avais laissé faire, tu serais en train de la regarder mourir. Tu devrais me remercier au lieu de me hurler dessus. »

Link lui tourna le dos. Il savait que son compagnon avait raison, mais la colère le rongeait. Bien sûr celle-ci était plus dirigée contre lui-même que contre son ami. Après tout, c’est lui qui l’avait lâchée. Il se mit à courir en direction de la forêt. Le Héros du Temps et Sheik voulurent le suivre, mais Moï les arrêta.

« Non ! Laissez-le se calmer. Link a besoin d’être seul et doit comprendre par lui-même la raison de ton geste. Ne vous inquiétez pas, il n’ira pas bien loin. »

En effet, le jeune homme s’était arrêté quelques mètres plus loin, s’effondrant sur le sol. Pour la première fois depuis longtemps, Link se mit à pleurer, laissant les larmes inonder ses yeux et ses joues. Cette fois, il avait atteint la limite du supportable.

Pourquoi n’avait-il pas pu empêcher ses ennemis de s’emparer de celle qui faisait battre son cœur ? Son hésitation à la taverne était-elle responsable de la situation actuelle ? Où était Iria en ce moment ? Pensait-elle qu’il l’avait abandonnée ?

Toutes ces questions lui torturaient l’esprit. Il devait absolument se ressaisir pour pouvoir l’aider. Link resta un bon moment seul, attendant de retrouver son calme. Le jeune homme se culpabilisait d’avoir traité celui qui l’avait sauvé de cette manière. Présenter ses excuses serait la première chose à faire à son retour.

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