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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 28

Link était chaud, mais pas brûlant. Le Héros du Temps observa sa poitrine qui se soulevait de façon régulière. Rassuré, il retira le bandage et examina la blessure. L’infection semblait avoir perdu du terrain. Des bruits de pas se firent entendre derrière lui. Iria venait de s’approcher, en proie à la même peur.

 

Le jeune homme se tourna vers elle et lui sourit.

 

«  La fièvre est tombée. Il respire normalement. Je pense que le danger est passé. Il ne reste plus qu’à attendre son réveil. »

 

Iria continua de s’avancer vers le lit, souhaitant voir l’amélioration de ses propres yeux. La demoiselle posa son regard sur son ami, toujours d’une pâleur extrême. Puis elle poussa un cri qui réveilla Sheik en sursaut.

 

Tous tournèrent la tête vers Link qui venait d’ouvrir les yeux. Le premier visage qu’il aperçut fut celui d’iria, gonflé par les larmes. Celle-ci était incapable de parler, tant son émotion était grande. Elle lui prit la main et la serra sur son cœur.

 

Le Héros du Temps pivota vers Sheik.

 

«  Va dire à Thelma que notre ami s’est réveillé et qu’il a besoin de manger autre chose que de la soupe. »

 

Link tourna la tête vers eux et leur sourit également. Sheik se leva et quitta la pièce. Le Héros du Temps s’avança vers le blessé.

 

«  Comment te sens-tu », demanda-t-il.

 

Le jeune homme voulut parler, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Iria alla chercher un verre d’eau et l’approcha de ses lèvres. Il but quelques gorgées.

 

«  Merci, réussit-il à articuler d’une voix rauque. Je me sens excessivement fatigué et affamé.

— Thelma va t’apporter de quoi reprendre des forces. Tu peux te vanter de nous avoir fait peur. »

 

Surpris par les paroles de son ami, Link s’apprêtait à l’interroger quand la porte s’ouvrit sur Thelma qui apportait un plateau. Elle le posa sur la table située au fond de la pièce et s’approcha du lit.

 

« Tu es enfin réveillé », dit-elle, les larmes aux yeux.

 

Le blessé regarda les autres avec un air interrogateur.

 

«  Vous commencez à m’effrayer ! Je vous ai fait peur ? Je suis enfin réveillé ? Que s’est-il passé ? J’ai dormi combien de temps ?

— Calme-toi ! Quelle est la dernière chose dont tu te souviennes ?

— Vous êtes venus me chercher dans ma cellule et nous avons essayé de sortir des sous-sols. Nous avons été repérés et j’ai été blessé pendant le combat. Ce qu’il s’est passé ensuite est un peu flou. Je me rappelle des égouts…

— Ta blessure était très profonde et a causé pas mal de dégâts. De plus, tu nous as caché la gravité de ton état.

— Que veux-tu dire ?

— Nous aurions dû arrêter l’hémorragie beaucoup plus tôt. Tu as perdu du sang en grande quantité. Nous avons réussi à te ramener ici, mais tu t’es évanoui en arrivant, il y a trois jours de cela.

— Trois jours ?

— Tu as de la chance d’être encore en vie.

— Assez parlé pour l’instant, déclara Thelma. Tu as besoin de manger pour reprendre des forces. Assieds-toi, je t’apporte le plateau. »

 

Link voulut se relever, mais il sentit une douleur fulgurante à l’épaule qui lui arracha un gémissement.

 

«  Attends, je vais t’aider », lui dit le Héros du Temps.

Thelma posa le plateau devant lui. Le jeune homme fit honneur au repas qu’elle lui avait apporté. Quand il eut terminé, ses amis s’aperçurent que la fatigue le gagnait de nouveau.

 

«  Au fait, je voulais te rendre ceci, dit le Héros du Temps en lui tendant un petit objet brillant.

— La Médaille du Courage. Où l’as-tu trouvée ?

— Sur celui qui a failli te tuer. Je l’ai aperçue sur lui au moment où je l’assommais.

— Le commandant Vernarte me l’a prise le jour où il m’a arrêté. Merci de l’avoir récupérée.

— De rien ! Je savais que tu y tenais. Nous allons te laisser te reposer. Nous parlerons de ce qui s’est passé demain matin.

— Je vais rester avec lui », déclara Iria, en installant une chaise à côté du blessé.

 

Link posa la médaille sur le petit meuble situé à la tête du lit et se tourna vers elle. Il lui sourit et s’assoupit. La demoiselle glissa sa main au creux de celle du jeune homme et le regarda dormir. Les trois autres quittèrent la pièce en silence.

 

Quand il se réveilla le lendemain matin, il avait repris un peu de couleurs. Sheik était venu s’occuper de la blessure qui commençait à cicatriser.

 

«  Les remèdes du père Reynald sont très efficaces. Tu as de la chance d’avoir un ami tel que lui.

— Reynald ?

— J’étais impuissant face à l’infection qui te rongeait. Iria et le Héros du Temps sont allés trouver cet homme dans le village de Cocorico pour lui demander son aide. Il nous a donné des remèdes et la méthode pour te soigner.

— Iria ? Mais ?

— Ne lui fais aucun reproche. C’est grâce à son courage si tu es toujours en vie, ne l’oublie pas ! De plus, elle avait un protecteur. Celui que tu lui avais choisi ! »

 

Après quelques instants de silence, Sheik reprit.

 

« Il faudrait que nous fassions un point sur la situation. Penses-tu avoir la force de nous raconter ton histoire ?

— Je ne pourrais sans doute pas mener un combat tout de suite, mais je pense pouvoir soutenir une conversation, lui répondit-il en souriant.

— Dans ce cas, je vais chercher notre ami. »

 

Sheik se leva et quitta la pièce. Il revint quelques minutes plus tard, accompagné du Héros du Temps.

 

« Avant d’aller plus loin, je voudrais vous remercier tous les deux. Si vous n’étiez pas venu me chercher, je pense que j’aurais eu du mal à m’en sortir cette fois.

— Nous n’étions pas seuls. Nous te raconterons. Pour commencer, l’officier qui t’a blessé, est-ce le commandant Vernarte ?

— Oui, c’était lui. Pourquoi cette question ?

— Thelma nous a appris qu’il t’en voulait personnellement. Sais-tu pourquoi ?

— Aucune idée, je ne l’avais jamais rencontré avant qu’il m’arrête devant les portes du palais. J’ai appris son animosité envers moi de la bouche de Ganondorf. Il me l’a confirmée par ses actes et ses paroles. Les coups qu’il m’a donnés ont prouvé sa haine envers moi.

— Je confirme, dit Sheik. Il a laissé des marques profondes.

— Que s’est-il passé exactement dans le couloir, reprit le Héros du Temps.

— J’ai eu un moment d’inattention pendant le combat. Je m’inquiétais pour vous. Nabooru avait raison quand elle me disait que je ne devais pas me laisser déconcentrer par mes émotions. Après avoir fait un saut de côté, j’ai senti quelqu’un arriver derrière moi. C’était un des gardes qui m’a attrapé par le cou et a immobilisé ma main gauche. Le commandant en a profité pour planter son poignard dans mon épaule. Le choc m’a fait tomber. Ensuite, il est revenu vers moi et a retiré la lame. J’ai lu dans ses yeux le plaisir que cet acte lui procurait. Je ne sais pas pour quelle raison Vernarte me déteste à ce point, mais ce sentiment est profond chez lui.

— D’après les informations que nous avons pu obtenir, il a fait partie des personnes qui ont été emprisonnées après la chute de Ganondorf. Après sa réhabilitation, un commandement lui a été offert en compensation des préjudices subis.

— Son nom ne me dit rien, mais je n’ai pas pris part à toutes les incarcérations. J’étais chargé de gérer les équipes. Si une erreur a effectivement été commise, c’est possible qu’il m’en tienne pour responsable. Tout a été fait sous mon autorité.

— Parle-nous de ta détention.

— Après mon arrestation, j’ai été emmené dans la cellule dans laquelle vous m’avez trouvé. J’ignorais encore pourquoi j’avais été enfermé. Ils n’ont rien voulu me dire. Le lendemain, j’ai été interrogé par le commandant et Ganondorf. Il a réussi à se faire nommer Premier Ministre.

— Premier Ministre ? Comment a-t-il fait ?

— Il a réussi à obtenir la coopération de la princesse, en utilisant la même méthode que pour Nabooru. J’ai vu la pierre autour de son cou et le mandat d’arrêt qu’elle a signé contre moi, sous l’influence de cet immonde personnage. Ils m’ont fait sortir de ma cellule pour que j’assiste à une parodie de jugement au bout duquel j’ai été condamné à mort.

— Qu’est-ce que tu entends par là ?

— Ganondorf a créé son jury avec des hommes qui lui sont soumis. J’étais déjà déclaré coupable avant de commencer. Ils se sont contentés d’énumérer les chefs d’accusation et d’écouter les témoins. Ensuite, chacun d’entre eux m’a déclaré coupable, sans avoir besoin de se concerter ou même de réfléchir.

— Tu as reconnu ces hommes ?

— Non, la seule source de lumière de la pièce placée juste au dessus d’eux, m’empêchait de distinguer quoi que ce soit. J’ai juste reconnu Ganondorf.

— Pourrait-il s’agir des complices évadés ?

— Je ne le pense pas. Il a dû les envoyer loin ou les supprimer pour ne pas risquer de compromettre son plan pour me faire exécuter. Par contre, il peut s’agir de ceux qui ont échappé aux recherches.

— Et les témoins ? »

 

Link regarda le Héros du Temps dans les yeux.

 

« Ce sont des habitants du royaume. Ils ont vu un homme de Ganondorf capable de prendre l’apparence d’un autre.

— Oui, nous avons su que les habitants pensaient t’avoir vu commettre ces délits. Quelqu’un qui s’est fait passé pour toi ?

— Pire que ça ! Te rappelles-tu de la nuit où tu as découvert ma véritable identité, tu m’avais pris pour un de tes ennemis ?

— Oui, je me souviens… Ne me dis pas qu’il a survécu…

— Malheureusement si, tu n’as réussi qu’à l’affaiblir. Ganondorf a fait appel à lui pour me discréditer aux yeux du peuple. Il a pris mon apparence pour agresser les habitants et pour faire évader tous les complices de son maître qui étaient emprisonnés au château.

— Et maintenant, tout le monde croit que c’est toi qui as commis ces actes, ajouta Sheik. Je comprends mieux pourquoi les gens te regardaient avec ce mélange de peur et de colère, le jour de ton arrestation.

— Comment ? Que dis-tu ?

— Je t’ai suivi ce jour-là. J’avais un mauvais pressentiment. Tu n’as peut-être pas remarqué mais les Hyliens n’avaient pas l’air content de te voir. »

 

Link réfléchit un instant.

 

« Je ne me suis rendu compte de rien, mais j’ai vu de la peur dans les yeux des deux premiers gardes que j’ai rencontrés. Il a dû faire de terribles dégâts sous mon apparence. Donc, tu étais là ?

— Je n’ai malheureusement pas pu t’aider face aux soldats. Ils étaient trop nombreux. Je suis rentré et nous avons mis des mesures en place pour te faire évader. Ganondorf était à l’intérieur du château. J’ai compris que la situation était grave.

— Si nous avons pu te sauver, c’est parce que nous avons pu réagir très vite. Si Sheik ne t’avait pas pris en filature, nous n’aurions pas su où te chercher.

— J’en suis conscient. Je ne vous remercierai jamais assez.

— Grâce à Thelma, reprit le Héros du Temps, nous avons pu avoir de tes nouvelles et suivre le déroulement de ton accusation. Nous avons appris que tu avais été condamné à mort et avons préféré agir rapidement.

— Comment a-t-elle fait ?

— Grâce à un de ses amis qui s’est engagé dans l’armée d’Hyrule, Corentin. Nous avons obtenu un plan des prisons avec l’emplacement de ta cellule et des différents postes de garde. Sans ce document, nous n’aurions rien pu faire. Tu as vu le trajet que nous avons fait pour revenir ici. Nous avons emprunté le même dans le sens inverse en prenant soin d’assommer tous les gardes. Et nous sommes là.

— Corentin, ce nom m’est familier. Ce garçon est courageux. Il a pris des risques considérables.

— Tu n’imagines pas à quel point ? Il s’agit du jeune homme qui t’apportait tes repas.

— Son visage ne m’était pas inconnu. Je comprends mieux pourquoi. J’ai dû le croiser à plusieurs reprises. C’est lui qui s’est occupé de mes plaies. Il s’est présenté et m’a affirmé que vous alliez m’aider à fuir.

— Ce soir-là, il nous a dit que tu étais sur le point de cesser le combat et que tu n’avais rien mangé. Ce qui s’est révélé exact. Il t’a probablement sauvé la vie. Guérir d’une blessure pareille après s’être privé comme tu l’as fait, ça n’arrive pas souvent. Si je ne t’avais pas forcé la main, tu ne serais peut-être plus là !

— C’est vrai. Je lui dois beaucoup. Ainsi qu’à vous tous.

— As-tu appris d’autres choses que nous devrions connaître ?

— Oui, j’ai reçu la visite de Ganondorf qui est venu pour me faire comprendre que je ne pouvais pas lui échapper. Il était sûr de lui et avec raison. Sans votre intervention, j’y serais encore. Son but était de me faire peur. Malheureusement, c’est réussi.

— Qu’a-t-il dit ?

— Que j’assisterai à l’exécution d’Iria. Il savait que vous tenteriez quelque chose pour me sauver. Selon lui, vous n’aviez aucune chance d’y arriver.

— Il s’est trompé.

— Il semble bien plus fort et plus organisé que je ne le croyais. La princesse Zelda est toujours entre ses mains. Nous devons trouver un moyen de l’aider. Que pouvons-nous faire ?

 

Une voix derrière lui répondit.

« Rien ! Pour l’instant, toi et tes amis, vous restez ici et vous nous laissez faire ! Tu as une sérieuse blessure. Tu ne seras utile à personne en morceaux ! »

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