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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 25

La nuit était tombée depuis longtemps, lorsque Link reprit conscience. Il ressentait des douleurs causées par son immobilité forcée. Les élancements dans son dos s’étant atténué, il essaya de se positionner de façon à soulager ses membres, pliant ses jambes et détendant ses bras.

Ses pensées se dirigèrent alors vers Iria et ses compagnons. Il ne pouvait s’empêcher de se rendre responsable de cette situation. S’ils avaient été arrêtés, c’était entièrement de sa faute.

Soudain, le prisonnier perçut de légers murmures venant du couloir et tendit l’oreille. Les chuchotements cessèrent et la porte s’entrebâilla doucement. Deux ombres se glissèrent par l’ouverture. Les prenant pour des soldats chargés de le surveiller, il ne fit pas attention à eux. Ils s’approchèrent de la grille, l’ouvrirent et s’avancèrent vers la banquette où était retenu le captif.

Quand Link s’en aperçut, il eut un mouvement de recul, mais ses chaînes ne lui permettaient de bouger. Les deux nouveaux venus s’immobilisèrent un moment, surpris par sa réaction. Ils échangèrent un regard, partageant la même pensée : Corentin n’avait pas exagéré l’état de leur ami.

Les voyant venir rapidement vers lui, le jeune homme éprouva une légère crainte. Que voulaient-ils de lui à cette heure tardive ? Jusque-là, l’obscurité l’avait empêché de reconnaître ses alliés. Quand le Héros du Temps s’accroupit à ses côtés, Link n’en crut pas ses yeux.

« Vous… vous êtes… échappés ! »

Le jeune homme posa ses doigts sur le bras de son visiteur pour vérifier que son imagination n’était pas en train de lui jouer des tours. Puis il l’observa avec attention, cherchant la moindre trace de blessure.

« Je pense que celui qui est censé être gravement touché, c’est moi », dit celui-ci.

Il prit le visage de Link entre ses mains et le regarda droit dans les yeux.

« Je ne sais pas qui a prétendu que nous avions été pris, mais ce n’est pas vrai. Regarde-moi, je vais très bien. Iria et moi avons pu nous en sortir grâce à l’intervention de Sheik. Tu dois te ressaisir, nous sommes venus te chercher.

— Iria, articula-t-il difficilement.

— Elle est en sécurité ! Nous t’emmenons la rejoindre. Elle s’inquiète pour toi et nous aussi. »

Le jeune homme parut soulagé. Ses traits se détendirent et les couleurs revinrent sur son visage. Sheik s’était approché et avait commencé à le détacher. Il ne lui fallut pas plus de quelques minutes pour crocheter ses chaînes. Link le regarda avec étonnement. L’habileté de son ami le déconcertait.

« Où as-tu appris à faire ça, demanda-t-il quand il fut de nouveau libre.

— J’ai des talents cachés, lui répondit-il, en lui adressant un clin d’œil. J’ai été formé par une Sheikah, Impa. Je connais toutes leurs techniques.

— Nous ne devons pas rester trop longtemps ici, intervint le Héros du Temps. La relève de la garde devrait avoir lieu sous peu.

— Nous ne pouvons pas partir tout de suite : il n’est pas encore prêt. »

En effet, Link s’était levé pour faire quelques pas, mais il semblait avoir du mal à retrouver son équilibre.

« Depuis combien de temps étais-tu attaché comme ça ?

— Plusieurs heures, j’ignore combien. Donnez-moi juste quelques minutes pour me stabiliser et nous pourrons y aller. Plus vite je serai sorti d’ici et mieux je me porterai. »

Sheik regarda autour de lui et trouva le maigre repas auquel le jeune homme n’avait pas touché.

« Je vois que tu n’as rien mangé, reprocha-t-il en lui montrant la nourriture. Tu as besoin de force. Tu devrais avaler quelque chose avant de nous suivre. Pendant ce temps, je voudrais examiner ton dos.

— J’ai déjà été soigné. En plus, je ne sens presque rien.

— Laisse-moi regarder », insista Sheik.

Résigné, Link prit le morceau de pain que lui tendait son ami et se rassit le laissant observer ses plaies.

« Je vois que Corentin s’est bien occupé de toi ! Il t’a appliqué un antidouleur. Profitons-en pour partir pendant qu’il agit encore !

— Tu connais le garde qui m’a soigné ?

— Les explications devront attendre. Nous te dirons tout le moment venu. Pour l’instant, nous devons sortir d’ici. Tu devrais remettre ta cotte de mailles et ta tunique. Nous pourrions avoir à nous battre. Sais-tu où elles sont ?

— Les soldats me les ont retirées juste avant de m’emmener au rassemblement. J’ignore ce qu’ils en ont fait. »

Le Héros du Temps fit le tour de la pièce et les découvrit roulées en boule dans un coin. Il les ramassa et aida le prisonnier à les enfiler. Ensuite, Sheik lui rendit l’épée que le jeune homme avait laissée dans sa chambre à la taverne.

Link installa le fourreau sur son dos, heureux de retrouver sa lame, se sentant de nouveau apte à se défendre. Quand il fut prêt, ils sortirent dans le couloir. Devant la porte, le fugitif remarqua deux gardes inconscients, couchés sur le sol.

« Nous avons assommé un certain nombre de soldats. Ils ne font qu’obéir aux ordres. Nous ne sommes pas des meurtriers.

— Vous avez bien fait. Par où devons-nous aller ?

— Suis-nous ! »

Les trois amis sortirent de l’impasse en vérifiant que les gardes ne s’étaient pas réveillés. Ils commencèrent à traverser le couloir principal en croisant, de temps en temps, quelques soldats évanouis.

« Vous vous êtes bien débrouillés. Ils sont tous complètement assommés. »

Les fugitifs avaient fait un bon bout de chemin lorsqu’un son de cor se fit entendre. Ils se retournèrent brusquement. Apparemment, la fuite de Link venait d’être découverte. Le trio s’apprêtait à courir vers l’entrée des égouts quand une silhouette leur barra la route.

« Où comptes-tu aller comme ça, demanda le commandant. Ganondorf sera déçu d’apprendre que tu refuses son hospitalité.

— Ainsi, tu n’ignores pas sa véritable identité !

— Surpris ?

— Non, pas vraiment ! Laisse-nous passer ! Nous sommes trois et tu es seul ! Tu n’as aucune chance.

— Crois-tu ? »

Derrière lui, venait d’arriver un petit groupe de soldats qui sortirent leurs armes.

« Le Premier Ministre te l’avait dit : tu ne pourras pas t’échapper et tes amis subiront le même sort que toi ! »

Le commandant désigna Link de sa lame. Ce dernier la reconnut, il s’agissait de la sienne, le cadeau de la princesse.

« Je me charge de celui-là. Occupez-vous des deux autres. »

Link dégaina son arme, l’Épée de Légende, qui au contact de sa main se mit à briller. Elle avait reconnu son maître. A ses côtés, le Héros du Temps et Sheik eurent le même réflexe.

Le commandant s’approcha de son adversaire pendant que les soldats essayaient de faire reculer ses compagnons, pour les éloigner de leur ami.

« Si tu savais depuis combien de temps j’attends de pouvoir me battre contre toi !

— Pour quelle raison ? Que t’ai-je fait ?

— Comme si tu ne le savais pas ! J’ai éprouvé un grand plaisir à te frapper cet après-midi, mais battre quelqu’un qui est incapable de se défendre est la caractéristique des lâches. Je préfère les vrais combats. »

Le duel s’engagea dans l’étroit couloir, à peine éclairé. Le jeune homme avait cet avantage qu’il était habitué à l’obscurité. Ils se battirent pendant un long moment. Aucun des deux ne parvenait à prendre le dessus sur l’autre. Les épées s’entrechoquèrent avec violence. Malgré la rapidité de son opposant, le fugitif réussissait à parer ses attaques.

Inquiet à l’idée de voir ses craintes devenir réalité, Link regarda en direction de ses amis qui se défendaient vaillamment contre un groupe de gardes. Remarquant que ceux-ci s’en sortaient bien, il reporta son attention sur son propre adversaire. Celui-ci avait profité de ces quelques secondes d’inattention pour frapper. Link évita le coup de justesse grâce à un saut sur le côté.

Ce geste l’avait rapproché d’un poste de surveillance où deux soldats gisaient sur le sol. L’un d’eux s’était réveillé. S’apercevant que le jeune homme s’approchait de lui, ce dernier saisit l’occasion de se démarquer des autres. Au moment où le fugitif se retourna vers son opposant, le garde se releva d’un bond. Il plaça son bras droit sur la gorge du héros et attrapa la main qui tenait l’épée.

« Il faut toujours surveiller ses arrières », lui dit-il.

Link, dans l’incapacité de bouger, vit arriver sur lui le commandant.

« Ton sang n’est pas digne de cette arme, dit-il en la rangeant dans son fourreau. Tu ne la méritais pas. Elle est à moi, maintenant. Ce poignard, cadeau de Ganondorf, est bien suffisant pour toi. »

Vernarte leva l’arme et l’abattit sur Link. Elle transperça la cotte de mailles qu’il portait sous sa tunique. Le jeune homme ne put s’empêcher de pousser un cri lorsque la lame s’enfonça dans son épaule gauche et lâcha son épée. La violence du coup était telle que le soldat fut projeté en arrière entraînant sa proie dans sa chute.

« Je croyais que tu voulais un combat loyal, réussit-il à articuler malgré la douleur. Tu te comportes comme un pleutre !

— Il fallait bien t’empêcher de prendre la fuite. »

Souriant avec cruauté, le commandant s’avança vers Link. Il attrapa le manche du poignard qui était planté dans l’épaule du jeune homme et tira lentement, ce qui lui arracha un nouveau cri.

« Tu aurais dû rester gentiment dans ta cellule en attendant de te faire exécuter. Nous t’avions prévenu que tu ne pourrais nous échapper. Maintenant, tu vas regagner ta prison avec une profonde blessure en plus. Nous veillerons à ce qu’elle ne te tue pas, mais tu souffriras…

Link posa sa main droite sur la plaie afin d’arrêter le sang qui en coulait. Vernarte s’approcha alors de l’Épée de Légende. Il se pencha pour la ramasser lorsqu’il reçut un coup à l’arrière de la tête. Le commandant sombra dans l’inconscience avant d’avoir pu comprendre ce qu’il s’était passé.

Son agresseur l’observa et remarqua un objet brillant sur sa poitrine qui lui semblait familier. Celui-ci l’arracha et reconnut la décoration que Link avait obtenue en récompense de ses actions, la médaille du Courage. Il la rangea dans sa poche.

Link releva les yeux et vit le Héros du Temps, la lame levée. Avec Sheik, ils avaient réussi à mettre hors d’état de nuire les soldats qui les avaient attaqués. Ce dernier tendit  son bras à son ami pour l’aider à se remettre debout puis il prit l’arme de celui-ci. Le jeune homme préféra cacher à ses alliés la gravité de sa blessure. Ils devaient fuir avant que d’autres gardes ne passent par là ou que le commandant ne se réveille.

« Tu es blessé ? Tu vas pouvoir marcher ?

— Oui, c’est juste une égratignure. Hors de question que je reste ici une minute de plus.

— Dans ce cas, allons-y. »

Ils reprirent leur progression dans les couloirs, Link s’efforçait de ne pas montrer la douleur que lui causait la blessure. Dans l’obscurité, ses compagnons ne remarquèrent pas la tache sombre qui s’agrandissait sur sa tunique. Heureusement pour eux, ils avaient traversé la plus grande partie des sous-sols et arrivèrent rapidement à l’entrée des égouts.

Ils continuèrent à avancer pour mettre le plus de distance possible entre eux et leurs ennemis. Au bout de quinze minutes de marche, une halte fut nécessaire, car Link semblait sur le point de perdre connaissance. Sheik voulut en profiter pour examiner la plaie. Se rendant compte de la gravité de celle-ci, il s’inquiéta.

« C’est ce que tu appelles une égratignure, lui reprocha-t-il. Tu aurais dû me laisser te soigner plus tôt.

— Nous ne pouvions pas rester là-bas. Le risque était trop grand.

— C’est vrai, mais nous aurions pu faire une halte bien avant. Retire tes vêtements, je dois stopper l’hémorragie. »

Avec l’aide du Héros du Temps, Link retira la tunique et la cotte de mailles qui disparurent dans le sac de Sheik. Puis ce dernier commença à s’occuper de la blessure. Il fit un bandage serré pour stopper le saignement.

« Ta plaie est très grave ! Elle pourrait te tuer.

— Tu es capable de me soigner ! Tu l’as déjà fait.

— Non justement ! Je ne peux utiliser mes pouvoirs de guérison, ils sont inexistants ici. À chaque époque, un seul membre de la famille royale possède ce pouvoir. En général, le plus jeune. Il s’agit de la princesse. En traversant le temps, j’ai perdu ma capacité.

— Comment se présente cette blessure ?

— Elle est profonde et tu as perdu beaucoup de sang, dit-il en sortant un flacon de son sac. Bois ça ! C’est de la soupe. Elle est froide, mais elle te fera du bien. Il faut rentrer au plus vite. Tu as besoin de soins urgents. Cette plaie a besoin d’être suturée, mais je ne peux le faire ici. »

Il rangea tout le matériel. Ensuite, le Héros du Temps et Sheik se placèrent de chaque côté de Link et l’aidèrent à se relever. Ils repartirent sans tarder et avancèrent aussi vite que les forces du blessé le leur permettaient. La soupe froide lui avait redonné du cœur au ventre, mais son teint devenait livide. Les fugitifs arrivèrent enfin près de la taverne.

Après avoir vérifié que la voie était libre, ils firent entrer Link par la porte de derrière. Dans la salle de réunion, Iria les attendait en compagnie de Thelma. Un sourire apparut sur leurs visages quand elles aperçurent le jeune homme, mais celui-ci disparut aussitôt, car, à bout de force, ce dernier venait de s’effondrer.

Instantanément, Thelma, qui avait vu le sang sur la tunique, prit les choses en main.

« Allez l’allonger sur son lit, je vous apporte de quoi le soigner. »

Le Héros du Temps, le souleva délicatement et le transporta dans sa chambre. En attendant le retour de la tenancière, Iria et Sheik lui retirèrent sa chemise. Ce dernier avait réussi à contenir l’hémorragie grâce au bandage qu’il lui avait fait pendant leur halte dans les égouts.

Quelques minutes plus tard, Thelma était de retour. Avec du fil et une aiguille, Sheik commença à suturer la plaie après l’avoir désinfectée. Ensuite, il la nettoya de nouveau et la banda soigneusement. Link gémit doucement, mais resta inconscient.

« Il va falloir le surveiller pendant la nuit. À ce niveau, une infection pourrait lui être fatale.

— Je vais m’en occuper, dit Iria. Toi et le Héros du temps, vous devez vous reposer. Moi, j’ai déjà dormi.

— C’est entendu, je vais le laisser à ta garde, mais auparavant, il faut qu’il mange. »

Il se tourna vers Thelma.

« Te reste-t-il de la soupe ?

— Oui, je vais en chercher. Elle est restée sur le feu. Elle doit être encore chaude. Je vous l’apporte tout de suite. »

Sheik sortit une compresse et y versa un liquide à l’odeur forte. Lorsque Thelma revint, il le fit respirer à Link qui ouvrit péniblement les yeux.

« Désolé de t’infliger ça, mais tu dois manger. »

Le jeune homme qui avait été couché sur le dos fit la grimace. Les douleurs causées par ses blessures se mêlaient à celles de son épaule. Sheik l’aida à s’asseoir, lui souleva la tête et lui fit avaler la soupe à laquelle il avait mélangé une potion contre l’infection.

Quand Thelma aperçut les marques laissées par la cravache, elle eut un choc. Comment avait-on pu lui infliger ça, après tout ce qu’il avait déjà vécu ? La tenancière lui fit une promesse silencieuse. Celle de faire tout ce qui était en son pouvoir pour éviter qu’il ne retombe entre leurs mains, même si cela devait lui coûter la vie.

Quand le bol fut vide, Sheik donna ses dernières instructions à Iria.

« Nettoie la plaie régulièrement avec ce produit. Ne t’inquiète pas si la fièvre monte, cela voudra dire que son corps se défend contre l’infection. En cas de problème, viens me réveiller. Ça ira ? »

Iria acquiesça. Elle installa une chaise à côté du lit et s’assit. Sheik quitta la pièce et rejoignit Thelma et le Héros du Temps dans le couloir. Ce dernier observait les vêtements du jeune homme.

« Comment va-t-il, demanda-t-il.

— Difficile à dire pour le moment. Il faut attendre demain matin. Il doit se reposer.

— Regarde sa cotte de mailles. La lame l’a traversée. Quel genre d’arme peut faire autant de dégâts ?

— Seuls les Gerudos connaissent l’art de les fabriquer. Ganondorf a dû l’amener avec lui.

— Que s’est-il passé, questionna Thelma.

— Nous avons été repérés avant d’avoir pu quitter les sous-sols. Apparemment, ils s’attendaient à notre visite. Link s’est battu avec un officier, probablement le fameux commandant Vernarte, pendant qu’un groupe de soldats s’en prenait à Sheik et à moi. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé exactement, mais nous l’avons entendu crier. Nous étions sur le point de lui venir en aide quand un second cri a retenti. Son adversaire me tournait le dos alors je l’ai frappé. Ensuite, nous sommes partis. Nous ne savions pas que sa blessure était si sérieuse.

— Nous sommes revenus le plus vite possible, mais nous avons dû faire une halte quand Link a failli faire un malaise, poursuivit Sheik. C’est là que nous nous sommes rendu compte qu’il était gravement touché. J’ai tenté de stopper l’hémorragie et nous sommes revenus. »

Ils se turent un instant. Le Héros du Temps reprit la parole.

« Nous devrions aller nous reposer nous aussi. Nous ne pouvons plus rien pour lui. Il est en de bonnes mains. C’est à lui de se battre pour survivre. »

Ils regagnèrent leurs chambres, le cœur rongé par l’inquiétude.

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