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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 23

Le commandant dévisagea la jeune fille avant de s’adresser à elle.

« Qui ose se permettre d’interrompre ce châtiment, lui demanda-t-il avec une menace dans la voix. J’espère que vous avez une bonne raison.

— Veuillez excuser ma petite sœur », intervint l’homme dissimulé sous la grande cape de voyage qui était monté sur la tribune pour la rejoindre.

Il s’avança et se plaça entre elle et Vernarte. Link contemplait la scène.

« Elle est tombée amoureuse de ce sale type et il en a profité pour lui briser le cœur », expliqua le nouveau venu.

Iria n’avait pas bougé, observant son ami, sous le choc. Elle ne le quittait pas des yeux, regardant avec horreur les marques des coups sur sa peau.

Le prisonnier adressa un regard à celui qui se prétendait son frère et reconnut le Héros du Temps. Ce dernier semblait lui dire de ne pas s’en faire, que la situation était sous contrôle. Finalement, elle n’était pas seule, mais pourquoi l’avait-il laissée venir ?

Vernarte était tellement ravi de pouvoir ajouter un nouveau délit à la longue liste établie, qu’il n’accorda que peu d’attention à l’individu qui dissimulait son visage. Vernarte reprit la cravache à Purlo et la tendit à Iria.

« Je vous offre la possibilité de vous venger », lui murmura-t-il.

La princesse n’avait pas bougé. Prisonnière à l’intérieur de sa tête, elle ne pouvait qu’assister au supplice du Sauveur d’Hyrule, sans pouvoir intervenir. À ses côtés, Ganondorf suivait la scène qui se passait sur la tribune d’un air perplexe. La silhouette de l’homme au manteau lui était familière. Il observa celle qui l’accompagnait.

Soudain, il appela un des gardes qui se trouvait à proximité. Après quelques minutes de discussion, le soldat se dirigea vers le commandant. Ce dernier avait mis la baguette dans la main de la jeune fille qui le regardait sans comprendre.

« Je ne pense pas qu’elle pourra le frapper, fit remarquer son « frère ». Malgré tout ce qu’il lui a fait, ma sœur l’aime toujours.

— En cas de refus, elle sera considérée comme étant sa complice. Nous serons alors obligés de l’arrêter et de lui faire subir le même sort que lui. »

Link avait suivi la conversation avec attention. La dernière phrase de Vernarte causa un choc au prisonnier. Juste à ce moment, le soldat s’approcha du commandant et commença à lui parler à voix basse. Dans un murmure à peine audible, le Héros du Temps dit à la jeune fille :

« Vas-y ! Tu dois le faire pour lui. Il n’acceptera pas que tu te laisses emprisonner. »

Iria regarda son ami sans bouger. Link, qui avait entendu,  tenta de lui faire comprendre qu’elle devait le frapper. C’était la seule solution pour éviter son arrestation. Le chef de section, qui en avait terminé avec le soldat, s’approcha de la jeune fille. Il arracha la cravache des mains de celle-ci et se mit à fouetter le dos du prisonnier avec une violence inouïe.

La douleur que Link ressentit lui donna une bonne indication du degré de haine que Vernarte éprouvait à son égard. Il essaya de ne pas laisser paraître sa souffrance sur son visage.

« Les individus de son espèce ne méritent pas de pitié », dit-il en reprenant son souffle.

Voyant son ami se raidir sous les coups et du sang couler de certaines de ses blessures, la demoiselle ne put retenir un cri et défaillit. Le Héros du Temps la rattrapa juste avant qu’elle ne tombe. Iria s’accrocha à lui et éclata en sanglots. Le commandant s’approcha de l’homme au manteau et attrapa un pan du vêtement qu’il tira, dévoilant ainsi son identité à la foule.

« Ne seriez-vous pas les amis de cet ignoble individu, leur demanda-t-il. Je me vois dans l’obligation de vous mettre en état d’arrestation. »

Link en eut le souffle coupé. Il releva la tête et regarda en direction de ses amis. Le Héros du Temps avait dégainé son épée, prêt à défendre sa liberté et celle d’Iria.

« Ce ne sera pas aussi facile que tu le crois, dit-il en la pointant sur Vernarte qui avait également sorti la sienne.

— Le quartier est plein de soldats, vous ne parviendrez jamais à vous enfuir. Vous feriez mieux de vous rendre si vous voulez éviter d’être blessés.

— Ce n’est pas mon genre ! »

Le combat s’engagea entre les deux adversaires. Le Héros du Temps s’efforçait de protéger Iria, sous le regard affolé de Link. Ce dernier oublia momentanément la douleur qui martelait son dos et tira de toutes ses forces sur les cordes qui lui maintenaient les bras. Il voulait se libérer pour aller aider ses amis.

Le prisonnier était sur le point de parvenir à dégager une de ses mains lorsqu’il sentit une présence à ses côtés. Le captif leva la tête et aperçut Ganondorf en train d’abattre la garde de son épée dans sa direction. La violence du coup provoqua sa perte de connaissance.

Il avait remarqué les efforts de Link pour se débarrasser de ses liens et avait l’espace d’un instant espéré pouvoir le ramener à la taverne avec Iria. L’intervention de son ennemi l’obligea à changer ses plans. Ce sauvetage-là devrait attendre encore un peu.

Tout en continuant le combat, il se mit à chercher une ouverture qui lui offrirait la possibilité d’éloigner la demoiselle de tout danger. Celle-ci semblait en état de choc, après avoir vu son ami se faire assommer. Soudain une flèche siffla à ses côtés et vint atterrir aux pieds du commandant qui recula.

Apercevant Sheik sur le toit d’une des boutiques, le défenseur d’Iria comprit que son allié lui procurait un moyen de s’échapper. À l’aide de son épée, il se fraya un chemin entre les gardes qui avaient accouru pour aider leur chef. L’appui apporté par les projectiles permit au jeune homme d’emmener sa protégée dans les rues de la citadelle.

Le Héros du temps réussit à désarmer facilement les quelques guerriers qui avaient tenté de les suivre. Ne connaissant pas la ville, il ne savait quelle direction prendre pour rejoindre la taverne de Thelma et chercha un endroit où se cacher pour attendre qu’Iria soit capable de le guider.

Trouver le lieu du rassemblement avait été facile, mais après avoir couru pour semer les soldats, il s’était perdu. Ils entrèrent dans une maison inhabitée. Iria avait besoin de retrouver son calme après cette épreuve. Elle avait été mise à rude épreuve.

Après plusieurs minutes d’immobilité pendant lesquelles son protecteur observait les alentours par une des fenêtres, Iria commença à revenir à la réalité. Elle posa les yeux sur son compagnon.

« Où est Link, lui demanda-t-elle.

— Toujours là-bas ! Je n’ai rien pu faire pour lui. Je devais d’abord te protéger. »

Elle se leva et se dirigea vers la porte.

« Où vas-tu ?

— Je vais le chercher. Je refuse de le laisser là-bas. »

Il se précipita vers elle et l’attrapa par le bras pour l’empêcher de sortir.

« Ne sors pas d’ici, tu risques de te faire repérer !

— Laisse-moi, je dois aller le sauver.

— Tu ne peux rien faire. Tu ne l’aides pas en te mettant en danger, bien au contraire. Si tu veux vraiment être utile à ton ami, laisse-nous nous occuper de lui porter secours. »

Iria s’arrêta et se retourna vers lui. Elle avait les larmes aux yeux.

« Ils sont en train de le faire souffrir. Combien de temps pourra-t-il tenir dans ces conditions ? Je suis si inquiète pour lui.

— Je comprends, mais il est fort et résistera. Nous irons bientôt le chercher. Pour l’instant, nous devons rentrer à la taverne, mais je ne connais pas cette ville et je me suis perdu. Peux-tu me montrer le chemin ?

— Tu n’as qu’à me suivre. Nous n’en sommes pas loin. »

Les fugitifs sortirent de la maison en faisant bien attention qu’aucun garde ne soit posté dans le coin. La jeune fille le conduisit à travers les rues de la citadelle. Ils avançaient lentement, craignant que Ganondorf ait fait surveiller le quartier.

* * *

Link avait été reconduit dans sa cellule. Les gardes l’avaient laissé sur le sol, puis avaient quitté la pièce. Il se réveilla quelques minutes plus tard. Couché sur le dos, le prisonnier ne tarda pas à ressentir une forte douleur et se plaça aussitôt en position assise, espérant calmer sa souffrance.

Il ne s’était pas aperçu de la présence de son ennemi qui le regardait, un sourire cruel sur le visage. Link se prit la tête dans les mains. Celle-ci s’était mise à bourdonner. Ganondorf lui avait asséné un violent coup d’épée au niveau de sa tempe droite.

L’image d’Iria et du Héros du Temps aux prises avec le commandant Vernarte s’imposa alors à son esprit. Le jeune homme se releva et se commença à chercher autour de lui. Que s’était-il passé après son évanouissement ? Ses amis avaient-ils réussi à s’échapper ?

« Tu cherches quelque chose ? Ou quelqu’un ? »

Link se retourna lentement. Il avait reconnu cette voix.

« Je suppose que tu aimerais savoir ce qui est arrivé à ta petite amie et à son protecteur. Ils sont entre mes mains. Je les ai fait arrêter, ainsi que la princesse qui se déguise.

— Non, tu mens, murmura-t-il sans grande conviction. Tu cherches à me faire peur, mais ça ne prend pas !

— Vraiment, dit-il en s’approchant et en lui tendant un manteau. Reconnais-tu ce vêtement ? »

Le jeune homme le prit et se rappela que le Héros du Temps le portait avant de se le faire arracher par Vernarte. Il l’examina et y vit de nombreuses taches de sang. L’inquiétude s’empara de lui.

« Que leur as-tu fait, demanda-t-il.

— Nous avons dû désarmer ton ami qui refusait de se laisser faire et, pour cela, utiliser la force. Il s’est défendu courageusement, mais a été vaincu. Votre ressemblance est frappante. Vous avez le même caractère indomptable.

— Est-il blessé ?

— Il est mal en point, mais survivra. Au moins, jusqu’au jour de son exécution… »

Link recula et se laissa tomber sur la banquette en fermant les yeux. Ce qu’il redoutait venait de se produire. Et tout était de sa faute ! Le jeune homme avait sous-estimé son ennemi, ne le croyant pas capable de s’introduire dans le palais.

Sheik lui avait pourtant recommandé d’être. S’il l’avait écouté, la situation ne serait pas aussi grave. Ganondorf observa la réaction de son prisonnier, un sourire sur les lèvres.

« Plus personne ne pourra venir t’aider. Vous allez tous les quatre être mis à mort dans quelques jours. Profite bien de tes dernières heures. Je te l’avais dit : tu es fini ! »

Link releva la tête vers son ennemi. Celui-ci remarqua que les yeux du jeune homme avaient perdu de leur éclat et s’étaient assombris, signe d’un profond découragement.

Ganondorf sortit de la pièce en éclatant de rire. Le garçon semblait bouleversé par ce que son adversaire venait de lui annoncer. Ce dernier avait réussi à lui porter un coup dont il aurait du mal à se remettre. Le Héros du Crépuscule risquait de passer une très mauvaise nuit.

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