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Le Temps d’un Crépuscule : Chapitre 18

Le lendemain matin, le Héros du Crépuscule en était toujours au même point. Il avait à peine dormi et commençait à perdre courage.  Link était de nouveau enfermé, comme lors de son séjour dans la forteresse des Gerudos. La seule différence résidait dans le fait que ses mains n’étaient pas entravées. Ce n’était pas dans les habitudes des Hyliens d’attacher leurs prisonniers.

Pourquoi avait-il été traité de la sorte ? Après avoir été accueilli en vainqueur, le jeune homme se retrouvait emprisonné comme un criminel. Comment un tel changement avait-il pu avoir lieu en si peu de temps ? Certes, son ennemi était capable de tout, mais comment avait-il réussi à se faire accepter au sein du palais ?

Il fut tiré de ses pensées par des bruits de pas dans le couloir. Le commandant Vernarte entra suivi de Ganondorf et d’un scribe. Ils s’avancèrent vers les barreaux de la cellule. Link, qui était couché sur la banquette, ne bougea pas. Des soldats apportèrent trois chaises sur lesquelles les nouveaux venus prirent place.

Le chef de section prit la parole :

« Nous sommes ici pour procéder à ton interrogatoire. Notre nouveau Premier Ministre, le seigneur Frodnonag, a tenu à y assister. »

Link se leva et regarda en direction de son ennemi, sous le choc. Premier Ministre ? La princesse avait nommé cet homme Premier Ministre ? Comment était-ce possible ? Ganondorf l’observait avec, encore sur son visage, un sourire cruel.

« Commençons par le début, quel est ton nom ? »

L’attention du jeune homme se reporta sur le commandant qui venait de parler, mais il ne dit rien. Apparemment, celui-ci ignorait la véritable identité de Ganondorf. Cela signifiait que le tyran n’avait pas encore tous les pouvoirs. Dans le cas contraire, un interrogatoire aurait été inutile.

Link commençait à comprendre. Les accusations dont il était l’objet avaient sans doute été arrangées pour le discréditer aux yeux de tous. Une fois reconnu coupable, le Héros du Crépuscule ne pourrait plus rien faire pour empêcher Ganondorf de mettre son plan à exécution.

« Greffier, veuillez noter que l’accusé refuse de coopérer. Continuons !

— Je ne répondrais à aucune de vos questions tant que vous ne m’aurez pas dit la raison de ma présence ici. »

Mais le commandant ne tint aucun compte de son intervention. Il reporta son attention sur son dossier et continua à poser ses questions.

« Quelle est ta profession ? »

N’obtenant toujours aucune réponse, il fit un signe de tête au scribe qui transcrivait le déroulement de l’interrogatoire. Link s’approcha de la grille qui le séparait de ses accusateurs.

« J’exige de voir la princesse Zelda. Vous avez arrêté un soldat de sa Garde Rapprochée, elle doit être mise au courant.

— Tu n’es plus membre de cette unité d’élite !

— Son Altesse, seule, est habilitée à me relever de mes fonctions.

— C’est pourquoi elle l’a fait par ce document officiel, dit Ganondorf en sortant un parchemin de son dossier. Il s’agit de ton mandat d’arrêt ! Lis par toi-même si tu ne me crois pas. »

Il tendit le document à Link qui le prit et le lut.

« Attendu que des plaintes ont été déposées contre le sieur Link, membre de la Garde Rapprochée Royale, et que de nombreux témoins l’ont vu sur la scène de crimes perpétrés ces derniers jours, il est suspendu de ces fonctions pour une durée indéterminée. Pour ce motif, il sera procédé à son arrestation, en vertu des lois de ce pays, pour interrogatoire afin de déterminer sa culpabilité ou son innocence. »

Le document était bien signé de la main de la princesse et paraissait tout à fait authentique. Link s’assit pour pouvoir encaisser le choc. Comment pouvait-elle lui faire ça, après tout ce qu’ils avaient traversé ensemble ?

Le jeune homme leva la tête et aperçut le sourire cruel de Ganondorf. Bien sûr, il aurait dû y penser directement. Son ennemi avait déjà fait preuve de beaucoup d’imagination dans l’élaboration de ces plans. Link se redressa, froissa le parchemin et s’adressa à lui.

« Comment as-tu fait ? Tu l’as menacée pour le lui faire signer ? Où as-tu utilisé tes talents pour l’hypnotiser comme tu l’as fait avec Nabooru ? »

Ganondorf ne répondit pas, se contentant d’observer le jeune homme dont les réactions l’amusaient.

« J’ai un autre exemplaire en sécurité. Tu peux garder celui-ci. »

Link lança le parchemin froissé en direction de son ennemi puis retourna s’asseoir. Le Héros du Crépuscule ne répondit à aucune des questions posées. Voyant qu’il n’arriverait pas à faire parler le prisonnier, le commandant se retira, sans avoir obtenu la moindre information.

Une fois seul, le jeune homme se prit la tête dans les mains. Comment pouvait-il s’en tirer cette fois ? Même si Ganondorf avait obligé la princesse à le signer, le document n’en restait pas moins légal.

* * *

Pendant ce temps, à la taverne, le Héros du Temps et Sheik écoutaient Thelma leur donner les informations qu’elle avait pu obtenir.

« Je n’ai malheureusement pas appris grand-chose auprès de mes habitués. Son arrestation a été tenue secrète.

— Donc, nous en sommes au même point.

— Non, lorsque Link luttait pour ramener la paix, un petit groupe d’hommes venaient ici pour apporter leur aide dans ce combat. L’un d’entre eux, Corentin, est devenu garde et est sous les ordres du commandant Vernarte. C’est un habitué. Même s’il n’a jamais eu l’occasion de rencontrer notre ami, il connait tous ses exploits et lui porte une admiration sans borne.

— L’a-t-il vu ?

— Pas encore, mais il a entendu les ordres le concernant. Link est enfermé quelque part dans les donjons du château.

— Connait-il le chef d’inculpation ?

— Il y en aurait plusieurs, mais le plus important est haute trahison !

— Autrement dit, c’est mal parti pour lui !

— C’est une accusation très grave, plus encore pour lui qui appartient à la Garde Rapprochée Royale. Il est accusé d’avoir facilité la fuite de tous les complices de Ganondorf.

— Que risque-t-il ?

— S’il est reconnu coupable, la révocation… et la prison à vie, dans le meilleur des cas.

— Et si on envisage le pire ?

— La mort ! »

Les derniers mots prononcés venaient de jeter un froid dans l’assemblée. Le silence s’installa entre eux. Il fut brisé par Thelma qui reprit.

« Nous ne devons pas nous laisser aller au désespoir. Pour l’instant, il est présumé innocent et le restera tant que sa culpabilité n’aura pas été prouvée. Seul un jury a les compétences pour le condamner lors d’une audience publique. Peut-être pourriez-vous témoigner en sa faveur ? »

Le Héros du Temps échangea un regard avec Sheik avant de répondre.

« Je crains que cette solution ne soit pas envisageable. Nous serions arrêtés à notre tour avant d’avoir pu prononcer une parole. Le responsable de sa détention serait plus que ravi de nous ajouter sur la liste des prévenus. Si son arrestation a été tenue secrète, ce n’est pas anodin. C’est un coup monté par Ganondorf pour le mettre hors d’état de nuire à ses projets.

— Je me doutais que tu me dirais ça ! Je suppose qu’il a peu de chances d’être innocenté dans ces conditions. Pourtant, je sais que Link n’est pas capable de commettre ce genre de délit.

— Effectivement, il n’est pas coupable, mais notre ennemi ne s’arrêtera pas à ça. La seule façon de lui venir en aide, c’est de l’aider à s’échapper. Est-ce possible ?

— Sa cellule est dans un quartier de haute sécurité. Pour y accéder, vous devrez traverser totalement les sous-sols du château et prendre une impasse à peine visible au bout de laquelle se situe la pièce où il est gardé. Une seule porte en fer permet d’y entrer. Pourtant, cela ne semble pas encore suffisant puisqu’à l’intérieur se trouve un renfoncement fermé par une grille. C’est là que vous le trouverez !

— Ganondorf prend ses précautions. Il faut dire que Link lui a déjà faussé compagnie une fois. »

Thelma posa un parchemin sur la table.

« Voici un plan des sous-sols du château. C’est Corentin qui me l’a donné. Il a marqué l’emplacement de la cellule de Link d’une croix. Les petits points représentent les postes de garde. Depuis son incarcération, ils en ont doublé le nombre. Cela ne sera pas facile de l’atteindre.

— Les gardes, je m’en occupe, affirma le Héros du Temps. Mais comment ferons-nous pour entrer dans le château ?

— Les égouts de la ville. Vous pourrez atteindre les sous-sols en passant par là. »

Le Héros du Temps posa sur Thelma un regard intense.

« Tu avais déjà tout prévu ? Tu savais que nous ne pourrions pas le disculper lors de son procès.

— Je m’en doutais. J’espérais qu’il s’agissait d’une erreur, mais je n’y croyais pas vraiment. Quand vous êtes arrivé, j’ai tout de suite senti que quelque chose n’allait pas.

— Que veux-tu dire ?

— Ses marques de blessures, son teint pâle, sa mine soucieuse, je les connais.

— Cela t’a rappelé les heures sombres que tu as vécues.

— Exactement ! J’ai eu peur que cela recommence. J’ai essayé de le faire parler, mais il n’a rien voulu me dire. Je n’ai pas insisté, même si cela m’inquiétait. »

Thelma s’était tue. Elle aimait beaucoup le jeune homme. Celui-ci ne méritait pas d’être traité de la sorte après ce qu’il avait fait pour le royaume et ses habitants.

« A-t-on encore du temps devant nous, demanda soudain Sheik, la sortant de ses pensées.

— Oui, tant qu’il n’est pas condamné, Link ne risque rien.

— Nous aurons besoin de plusieurs jours pour préparer l’expédition. Nous devrons connaître ce plan par cœur pour ne pas risquer de compromettre ton ami. D’ailleurs, remercie-le. Une dernière chose : a-t-on des chances de le croiser le jour où on lancera le sauvetage ?

— Non, le commandant refuse de le laisser faire de la surveillance. Son rôle est de nourrir les prisonniers. Il connait donc bien les sous-sols. J’imagine que vous interviendrez de nuit !

— Oui, ce sera plus facile et plus discret. S’occupe-t-il des repas de Link ? Peut-être pourrait-on lui faire passer un message par son intermédiaire ?

— C’est impossible ! Notre ami a droit à un traitement spécial. N’oubliez pas qu’il est détenu dans un quartier de haute surveillance. C’est le commandant Vernarte qui conserve les clés de sa cellule et celui-ci est présent à chaque fois que les repas sont apportés. De plus, les ordres sont formels, aucun garde n’a le droit de lui adresser la parole. Si vous n’arrivez pas à le faire évader, Link est perdu !

— Nous le sauverons !

— Je vous laisse vous préparer ! N’hésitez pas à faire appel à moi si vous avez besoin d’aide. »

Thelma sortit laissant Sheik et le Héros du Temps organiser leur expédition. Ils n’auraient qu’une seule chance de le tirer de là. La survie de Link dépendait de la réussite de leur plan.

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