Gamezik

Le Temps d’un Crépuscule : chapitre 60

Link n’avait aucune idée de la manière dont ses amis s’en sortaient et n’avait guère le temps de s’occuper d’eux pour l’instant. Il reculait sous la force de l’épée de Ganondorf dont le but était de le faire basculer dans le vide. La salle du trône ne se trouvait qu’au premier étage, mais le château avait été bâti selon les plans définis par le roi.

 

Des douves avaient été creusées tout autour du palais pour le protéger des invasions. La construction avait débuté sept ans auparavant. Au moment même de son accession au pouvoir, il avait décidé de créer une demeure à sa démesure. Elle n’était pas terminée, mais les travaux avaient bien avancé. Les fosses n’avaient pas leur profondeur définitive, mais elles atteignaient déjà plusieurs mètres de hauteur. L’eau qui devait les combler n’avait pas encore été détournée du fleuve tout proche.

 

Le Héros du Crépuscule jeta un œil vers le bord, mais ne vit pas le sol. Une chute le tuerait sur le coup sans lui laisser une seule chance de s’en sortir. Son regard se reporta alors sur son ennemi qui forçait sur son épée pour le faire plier. Link posa les yeux sur ses amis qui étaient toujours en train de combattre. Il devait trouver un moyen de se dégager. Pour eux. Pour que leurs efforts n’aient pas été vains. Pour que ceux qui étaient tombés sous les coups ne soient pas morts pour rien. Son esprit s’envola vers Hyrule et vers Zelda à qui il avait promis de revenir.

 

Elle était demeurée au château afin de le protéger de Ganondorf. Sa confiance envers Link était inchangée, mais il lui avait permit de comprendre que tout était possible et que le royaume devait se préparer à toute éventualité. Leur ennemi était capable de tout. Il pouvait avoir envoyé une partie de ses soldats pour attaquer la citadelle d’Hyrule pendant que l’armée était en manœuvre. La princesse était donc restée pour aider les habitants.

 

Remarquant que Link s’était égaré un instant dans ses pensées, le souverain de Tradan donna une impulsion à sa lame pour le déstabiliser. Ce dernier recula, mais ne rencontra que le vide.  Il perdit l’équilibre et chuta, tout en lâchant son épée qui tomba sur le sol de la pièce à quelques pas de lui. Le Héros du Crépuscule eut juste le temps de se rattraper au bord. Ganondorf s’approcha de son adversaire et le regarda d’un air supérieur.

 

« Tes émotions te font encore perdre ta concentration. »

 

Il posa son pied sur la main gauche du Héros du Crépuscule et l’écrasa dans le but de lui faire lâcher prise, appuyant en même temps sur le fragment de Triforce qui se mit à briller brusquement.

 

 

* * *

 

Les soldats d’Hyrule levèrent la tête en entendant le bruit de la déflagration. Un épais nuage rouge sortait du lieu de l’explosion. Néanmoins, ils n’eurent pas le temps de se poser de questions, car leurs adversaires n’avaient pas été surpris par le choc et continuaient le combat. Les esclaves avaient commencé à attaquer à la minute où Link et ses compagnons avaient pénétré à l’intérieur du château. La première ligne de l’armée de Tradan avait entamé leur avancée en direction des Hyliens. Les différents chefs de section avaient alors donné leurs instructions à leurs troupes.

 

« Le Héros du Crépuscule vous l’a dit : ces hommes sont manipulés et innocents. Ils ne sont pas conscients de leurs actes et ne doivent en aucun cas mourir dans cette guerre. Vous devez faire de votre mieux pour gagner du temps. Si vous avez l’occasion de retirer un collier à l’un d’entre eux, faites-le et emmenez-le loin du combat. »

 

Lorsque l’explosion avait retenti, Corentin venait juste de réussir à retirer la pyronite d’un des esclaves. Il leva les yeux vers le lieu du tumulte. Ce qu’il vit le cloua sur place. Link était en mauvaise posture, sur le point de chuter dans le vide. Il résistait à la charge de Ganondorf. Soudain, il assista impuissant à la perte d’équilibre du jeune homme et hurla quand celui-ci tomba et se rattrapa au bord du bâtiment. Le regard de triomphe qu’arbora leur ennemi à ce moment précis ne lui échappa pas, malgré la distance. Horrifié par ce qu’il se passait, Corentin ne remarqua pas l’arrivée d’un de ses adversaires qui lui enfonça une lame dans le bas ventre, sans qu’aucune émotion n’apparaisse sur son visage. Le mari d’Iria s’effondra en pensant à celle qui risquait de perdre son époux et son meilleur ami le même jour. L’image de celle-ci se dessina devant ses yeux. Il se rappelait leur dernière conversation. Elle lui avait demandé de prendre soin du Héros du Crépuscule et surtout de revenir vivant. Il avait manqué à sa parole une première fois en laissant Link entrer dans le château. Et maintenant, la mort allait l’emporter l’empêchant ainsi de respecter l’autre moitié de sa promesse.

 

* * *

 

Dans le couloir menant à la salle du trône, Moï vit la porte se refermer sur son élève qui avait les mains liées dans le dos. Il reporta son regard sur les gardes qui les entouraient. Ceux-ci se rapprochaient inexorablement d’eux en dégainant leurs armes. Mithran était retenu par le bras par un des soldats. Le croyant attaché et sans défense, celui-ci s’était contenté de le placer à ses côtés, mais le jeune homme avait sorti de sa poche la lame que Link lui avait donnée. Bénéficiant de l’inattention de son surveillant, il coupa les cordes qui l’entravaient.

 

Il attrapa son opposant par le cou et serra pour lui bloquer la respiration assez longtemps pour provoquer son évanouissement. Ce dernier s’écroula avant d’avoir pu prévenir ses collègues. Le fils adoptif de Ganondorf s’empara de l’épée de son adversaire et fonça droit sur les ennemis. Moï profita de la confusion qui s’ensuivit pour frapper le traître afin de se libérer. Il récupéra son arme. La confrontation qui débuta mit directement les deux volontaires dans une situation délicate.

 

En effet, les soldats de Tradan qui se trouvaient en face d’eux n’avaient aucune ressemblance avec la horde d’esclaves qu’ils avaient aperçue. Ceux-ci étaient des combattants aguerris qui avaient juré allégeance à Ganondorf lors de sa première tentative de conquête du territoire. Moï et son allié préféraient mourir dans le feu de l’action plutôt que d’être exécutés dans un couloir sombre. Tous deux étaient conscients du fait que leurs chances de vaincre étaient quasiment inexistantes. Pourtant, aucun d’eux n’hésita à s’engager dans une bataille que semblait perdue d’avance.

 

Grâce à l’entraînement qu’il avait reçu du général Cadmeen depuis sa plus tendre enfance, Mithran était capable de se défendre contre plusieurs adversaires simultanément. Moï quant à lui avait pas mal d’expérience. Tous deux faisaient de leur mieux pour ne pas se laisser submerger par le nombre d’opposants. Le combat durait depuis un certain temps lorsque le bruit d’une explosion retentit. Tous les regards se tournèrent vers le lieu de la déflagration. Surpris par celle-ci, les anciens complices se retournèrent, inquiets pour leur souverain. Le maître d’armes et Mithran éprouvaient également de la peur concernant la vie de celui qu’ils étaient censés protéger, mais ils se reprirent rapidement.

 

Ils profitèrent du moment d’égarement de leurs ennemis pour mettre certains d’entre eux hors d’état de nuire. Malheureusement, ces derniers sortirent assez vite de leur état de stupéfaction et se lancèrent derechef à l’assaut de leurs adversaires. Certains d’entre eux étaient couchés sur le sol, inconscients. Les gardes qui étaient encore debout se regroupèrent et entourèrent les deux résistants. Ceux-ci levèrent leurs lames, prêts à défendre chèrement leurs existences dans un combat qui semblait perdu d’avance.

 

* * *

 

Pendant ce temps, la citadelle d’Hyrule était encerclée par une armée d’esclaves. Zelda avait heureusement fait venir tous les habitants entre les murs de la ville afin de les protéger en cas d’invasion. Une petite partie de la troupe était restée pour défendre la cité.

 

Dans la salle du trône, la princesse angoissait. Les soldats d’Hyrule avaient probablement déjà lancé l’attaque contre le château de Ganondorf. Comment se déroulait le plan qu’elle avait mis au point avec Link ? Avaient-ils rencontré des difficultés sur la route ? Toutes ces questions tournaient dans sa tête. Lorsqu’un garde entra, une lettre à la main, elle échangea un regard avec Iria qui était debout à côté d’elle.

 

« Cette missive a été envoyée depuis l’extérieur avec cette flèche, Votre Altesse. »

 

Le Premier Ministre s’approcha, prit la feuille et la lut. Puis il adressa un regard à Zelda dont l’angoisse ne cessait d’augmenter.

 

« C’est une lettre de Ganondorf !

— Qu’a-t-il écrit ?

— Je ne pense pas que ce soit…

— Je dois en connaître le contenu. »

 

À contrecœur, il lui tendit la missive qu’elle lut aussitôt. Elle s’écroula sur le trône, son visage ayant perdu toutes ses couleurs. Iria se précipita vers elle.

 

« Que dit cette lettre ?

— Link est …

— Il est quoi ? »

 

Zelda prit une profonde inspiration et lut à voix haute.

 

« A l’heure où vous parcourrez ces mots, votre petit protégé sera probablement déjà entre mes mains. Je lui réserve un sort peu enviable. Mais ne craignez rien, je vous laisserai la possibilité de lui dire adieu. »

 

Elle se tut un instant puis reprit, la voix chargée de sanglots.

 

« Ganondorf connaissait nos projets. Nous avions un traître dans nos rangs.

— Qui ?

— Je ne sais pas. Il dit qu’un de nos sous-lieutenants lui a révélé notre plan et l’a aidé à faire en sorte que… »

 

Elle ne put continuer, les larmes se mirent à couler sur ses joues.

 

« Link est fort. Il aura deviné les intentions de son ennemi. En plus, cette lettre a été écrite bien avant son arrivée au château de Tradan. Tout ne s’est pas forcément passé comme Ganondorf l’avait prévu.

— Si, ajouta Zelda en levant les yeux vers Iria. L’armée de Tradan a débarqué à l’aube. Pourquoi ne nous ont-ils envoyé ce pli que maintenant ?

— Je l’ignore.

— Parce qu’ils devaient attendre une confirmation de la réalisation de ce que dit cette missive.

— De quelle façon ?

— Je ne sais pas. Mais j’ai ressenti quelque chose moi aussi. »

 

La princesse leva sa main. La marque de la Triforce était étincelante, mais la clarté ne venait pas de son fragment de la Sagesse. Le triangle lumineux était celui situé en bas à gauche : le Courage.

 

* * *

 

Link sentait une chaleur émaner de son fragment, mais crut que celle-ci était causée par la souffrance et la pression subies. Il essaya de trouver une prise sur le mur afin de se redresser. Tout en lui écrasant la main, Ganondorf le regardait se débattre.

 

« Tu ferais mieux de te laisser tomber. Ce sera beaucoup moins douloureux pour toi !

— Tu n’as pas encore gagné ! »

 

Ganondorf se recula un instant et observa son adversaire. Il ramassa l’épée du jeune homme et la posa contre un des murs.

 

«  Tes efforts pour te redresser ne serviront à rien. Tes amis ne vont pas tarder à passer de vie à trépas et tu finiras par les suivre. En ce moment même, une partie de mon armée entoure la citadelle d’Hyrule. Ta princesse a mis trop de monde à l’abri. Les réserves manqueront rapidement ; elle sera obligée d’ouvrir les portes pour sauver son peuple…

— Non !

— Tu as perdu ! Cesse de lutter et lâche prise. Tu ne pourras plus aider personne… »

 

Le Héros du Crépuscule sentait que ses doigts glissaient. Soudain, la porte qui menait au couloir s’ouvrit. Moï et Mithran se précipitèrent dans la pièce et s’arrêtèrent un instant pour évaluer la situation. Conscients du fait que Link ne tiendrait plus le coup très longtemps, ils se regardèrent avant d’agir. Le maître d’armes se dirigea vers son élève pendant que son compagnon s’approchait de son père adoptif.

 

* * *

 

Couché sur le sol, Corentin continuait de fixer l’endroit où le Héros du Crépuscule était accroché, mais il ne pouvait pas bouger. Lafrel le vit et se précipita à ses côtés.

 

« Li… Li… Link… »

 

Le nouveau venu leva les yeux et aperçut le jeune homme et Ganondorf juste au-dessus de lui.

 

« Tu dois … aller l’aider, articula Corentin en s’accrochant à son aîné.

— D’abord, mais nous devons te soigner. Ensuite, je prendrais quelques soldats et nous essayerons de trouver un passage derrière les troupes ennemies.

— Vite, il ne tiendra plus très longtemps. »

 

Corentin qui avait concentré son attention sur son interlocuteur reporta son regard sur l’endroit où Link se trouvait quelques minutes plus tôt, mais il n’y avait plus personne. Ses yeux s’agrandirent d’horreur en pensant à ce qui avait pu lui arriver. Cette dernière émotion le fit sombrer dans l’inconscience.

 

Lafrel appela quelques soldats qui emmenèrent le blessé. Avec quelques volontaires, il explora les lieux à la recherche d’un autre chemin. Son but était de passer derrière les lignes ennemies afin de les prendre à revers.

 

* * *

 

Dans le couloir, Moï et Mithran s’étaient retrouvés encerclés par une dizaine de soldats. Ils s’étaient alors placés dos à dos pour se protéger mutuellement, attendant l’attaque de leurs assaillants. Les gardes n’étaient pas encore arrivés à leur hauteur quand deux d’entre eux s’écroulèrent, transpercés d’une flèche. Tous se tournèrent en direction de l’endroit d’où provenaient les tirs. Un Hylien se trouvait là, un arc à la main. Il tua les trois ennemis qui se précipitèrent sur lui pendant que les autres s’en prenaient aux compagnons de Link.

 

Au bout de quelques minutes, tous les adversaires étaient étendus sur le sol.

 

« Qui êtes-vous, demanda le maître d’armes.

— Mon nom est Roven. Où est le Héros du Crépuscule ? Il n’est pas avec vous ?

— A l’intérieur, avec Ganondorf. Il m’a parlé de toi.

— Dans ce cas, les présentations ne sont plus nécessaires. Que s’est-il passé ?

— Nous sommes tombés dans un piège tendu par un traître. Link a été fait prisonnier et emmené à l’intérieur de cette salle. Nous devons l’aider. Il y a eu une explosion.

— Aurait-il… »

 

Sans dire un mot de plus, Roven se précipita vers la fenêtre donnant sur le lieu du combat qui était toujours aussi acharné. Il observa les esclaves, puis se tourna vers Moï et Mithran.

 

« Il a sans doute réussi à détruire la pyronite principale. Sa réputation est amplement méritée

— De quoi parles-tu ?

— De la pierre qui se trouve dans la salle du trône. En tant que fils adoptif du tyran, tu devrais le savoir. Tu ignores à quoi elle sert ? Mais, nous n’avons pas le temps d’en discuter maintenant. Allez aider votre ami. Je redescends pour essayer de libérer les autres esclaves avant que leurs chefs ne les envoient à la mort. »

 

Sans attendre de réponse, il dévala l’escalier laissant Moï et Mithran perplexes. Ces deniers se dirigèrent vers la porte qui les séparait de Link.

 

* * *

 

Au château d’Hyrule, Zelda ne se remettait pas des nouvelles reçues. Elle avait peur que les informations données soient vraies. Son fragment de Triforce lui disait que Link était en mauvaise posture. Le silence était tombé dans la salle. Personne n’osait formuler l’hypothèse que tout le monde craignait. Puis, doucement, la lumière émise par la main de la princesse diminua et s’éteignit sous les regards anxieux de l’assistance. Zelda observa Iria qui semblait prise de la même frayeur qu’elle. La Triforce du Courage venait de cesser de se manifester.

Articles similaires :

Ajoutez un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.