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Le Temps d’un Crépuscule : chapitre 54

La princesse avait également aperçu la jeune femme dans le couloir. Elle s’approcha de Link, ne sachant pas si celui-ci s’était rendu compte de sa présence. À voir la tête qu’il faisait, le doute n’était plus permis.

« Iria est juste venue prendre de tes nouvelles. Elle s’inquiète beaucoup pour toi.
— Je l’ai lu dans ses yeux. Vu la façon dont je lui ai parlé la dernière fois, je pensais qu’elle ne voudrait plus jamais entendre parler de moi. »

Le Héros du Crépuscule avait baissé la tête, soudain honteux de son comportement vis-à-vis de ses proches. Zelda vint s’asseoir à côté de lui et lui prit la main.

« Ne sois pas si dur avec toi-même ! Tu as vécu des choses difficiles ces derniers jours et Iria l’a très bien compris.
— Ça n’excuse en rien la manière dont je me suis adressé à elle.
— Tu as raison et tu sais ce qu’il te reste à faire. »

Le jeune homme voulut se lever dans le but d’aller parler à son amie, mais ne put faire un pas sans s’écrouler. Il eut juste le temps de se rattraper au lit. La princesse se précipita sur lui au moment où la porte s’ouvrit sur le médecin. Celui-ci avait dans les mains un plateau comportant le repas qui avait été préparé pour le blessé.

Le docteur déposa son fardeau sur la chaise située près de Link et l’aida à se recoucher.

« Je vous avais dit de ne pas vous lever.
— Je voulais voir une amie qui attend dans le couloir.
— Je lui ai dit que vous aviez besoin de repos. Elle est partie.
— Mais…
— Elle reviendra demain. Pour l’instant, vous devez vous restaurer et dormir. »

Le médecin aida le Héros du Crépuscule à s’asseoir dans le lit et déposa le plateau devant lui.

« Votre Altesse, je souhaiterais vous parler. »

Ils sortirent tous les deux laissant Link seul avec lui-même. Ce dernier n’avait pas très faim, mais commença à manger ce qui lui avait été servi. Un bol de potage aux légumes qui lui apporta un peu de réconfort. Après avoir terminé, il déplaça légèrement le plateau pour se recoucher.

Lorsque Zelda entra dans la pièce, elle le trouva plongé dans ses souvenirs. Il repensait à tous les évènements qui s’étaient passés depuis son réveil dans une chambre de l’auberge de Cocorico.

Le jeune homme ne remarqua pas l’arrivée de la princesse. Il songeait à cet instant magique où elle avait posé ses lèvres sur les siennes et prononcé les trois mots qui resteraient à jamais gravés dans sa mémoire. Ses joues se teintèrent de rose.

Link ne se rendit compte de sa présence qu’au moment où elle s’assit sur le lit et lui prit la main. Il tourna la tête vers Zelda et sourit en baissant les yeux.

« Tu… tu es là depuis longtemps ?
— Assez pour savoir à quoi tu réfléchissais. Justement, je voulais t’en parler.
— Tu… ne pensais pas ce que tu as dit ?
— Bien sûr que si, dit-elle en s’empourprant. Mais jusqu’à maintenant, j’ai toujours tenté de garder pour moi les sentiments que j’éprouvais. À force de te voir tous les jours après ta victoire, j’ai appris à te connaître et à t’aimer.
— Je le sais.
— Pourtant, tu ne me regardais pas à l’époque.
— Pour moi, tu étais la princesse de ce royaume. Et puis, il y avait Iria ?
— Et maintenant ?
— Je ne sais plus. Elle s’est mariée avec un autre et moi…
— Que ressens-tu ?
— J’ai commencé à me poser des questions quand Vernarte m’a dit que tu étais éprise de moi. Mais je ne l’ai vraiment compris que ce jour-là… »

Le jeune homme plongea ses yeux bleus dans ceux de la princesse et, sans un mot de plus, approcha son visage de celui de Zelda. Cette dernière ferma les paupières au moment où leurs lèvres se touchèrent. Les murs autour d’eux disparurent pour les laisser seuls au monde en cet instant unique et merveilleux. Link posa une de ses mains sur le cou de sa belle et l’autre sur sa taille. Ce fut elle qui mit fin à cette étreinte.

« Nous ne pouvons pas faire ça. Tu as d’abord des excuses à présenter à quelqu’un.
— C’est bien mon intention ! J’irai la voir dès que je pourrais me lever.
— Je pense qu’elle doit être inquiète pour toi. Si tu lui parles maintenant, vous serez soulagés tous les deux. Acceptes-tu de la voir ? Je l’enverrai quérir. Tu te reposeras un peu pendant ce temps. »

Le Héros du Crépuscule acquiesça et regarda Zelda sortir de la chambre. Il se sentait soudain pris d’une grande fatigue. Link s’allongea sur le côté doucement pour ne pas réveiller les élancements dans son dos. Les pensées du jeune homme repartirent vers l’endroit qu’il avait quitté en mauvais état, s’imaginant la réaction de Ganondorf après sa fuite. Petit à petit, ses idées se brouillèrent et il finit par s’endormir.

En ouvrant les yeux, Link ne vit rien. Il se trouvait dans une minuscule pièce sombre et ne pouvait pas bouger. Ses mains et ses jambes semblaient ne plus répondre. Vernarte l’avait amené jusqu’ici et l’avait vendu au royaume de Tradan comme esclave. Il se rappela avoir été emmené dans ce lieu et d’y avoir été drogué avec un produit. Le souvenir d’une forte douleur se manifesta.

Link ne pouvait dire depuis quand il était éveillé. La notion de temps lui était devenue étrangère. Plusieurs jours passèrent sans qu’il s’en aperçoive. Le prisonnier ne recevait la visite de son geôlier que lors des rares repas qui lui étaient accordés. Celui-ci lui faisait avaler un bol de soupe et s’en allait sans avoir prononcé un mot.

Puis, le Héros du Crépuscule ressentit des picotements dans ses bras et ses jambes, comme si ses membres revenaient à la vie. Au bout de plusieurs heures, le captif pouvait de nouveau se mouvoir. Lorsqu’il tenta de se relever, le jeune homme remarqua que ses poignets étaient enfermés dans des bracelets en fer reliés au mur par des petites chaînes. Link réussit tout de même à s’asseoir, mais ne put se mettre debout. Soudain, la porte s’ouvrit et Vernarte entra, laissant la lumière du couloir pénétrer dans la pièce.

« Alors, comment te sens-tu après avoir passé un an dans ta nouvelle vie ?
— Un an ? Je ne te crois pas. Votre produit n’a réussi qu’à me paralyser un moment.
— Tu te trompes. Je t’ai apporté une preuve. Regarde ce document ! »

Il tendit un parchemin à Link qui se mit à le parcourir. Plus sa lecture avançait, plus son visage devenait pâle.

« C’est un faux !
— Regarde la signature et le sceau apposé ! Ce sont bien ceux de la princesse Zelda. Elle a elle-même rédigé cette annonce, en pleurant. Comme tu as pu le lire. La Fête du Triomphe a été annulée cette année et a été remplacée par une cérémonie en ton honneur.
— Ils me croient…
— J’en ai bien peur, ajouta le général en ricanant. Cela signifie que personne ne te cherche plus. Tu ne pourras donc pas t’échapper cette fois. Ce texte a été rédigé, il y a deux jours. »

Le Héros du Crépuscule leva son regard vers son adversaire. Il se sentait impuissant et faible face à lui.

« Pourquoi es-tu venu me dire tout ça ?
— Je voulais lire le désespoir dans tes yeux.
— Et maintenant, que comptes-tu faire de moi ?
— Je ne te ferai absolument rien. Je te rappelle que tu es la “propriété” du roi de Tradan. Je te reverrai dans un an.
— Dans un an, mais… »

Vernarte s’était déplacé sur le côté et deux gardes firent leur apparition. L’un d’eux approcha un collier où pendait une pyronite du cou du jeune homme qui commença à se démener. Mais l’autre lui attrapa les bras pour le maintenir au sol. La pierre fut posée contre sa gorge et, directement, les premières douleurs se firent sentir.

Link était incapable de faire un mouvement. La porte se referma et l’obscurité envahit de nouveau la cellule. Le bruit caractéristique d’une trappe s’ouvrant résonna et une odeur âcre imprégna l’atmosphère de l’endroit. Les souffrances devinrent plus fortes, accompagnées de la sensation de respirer un air brûlant. Le Héros du Crépuscule sombra dans l’inconscience au bout de plusieurs minutes.

Dans la chambre de Link, Iria était assise sur une chaise et le regardait dormir. Corentin était avec elle, il observait par la fenêtre. La pièce donnait sur une cour intérieure du château où ses hommes s’entraînaient. Le soldat n’avait pas voulu laisser son épouse seule avec son ancien amour. Link se mit à s’agiter dans son sommeil. La jeune femme se leva et s’approcha du lit. Les traits du blessé s’étaient crispés comme s’il ressentait une douleur. De la sueur coulait de son front. Elle avança sa main pour le réveiller, mais Corentin l’arrêta.

« Laisse-le, murmura-t-il, si c’est un souvenir, tu dois le laisser le revivre jusqu’au bout, même si c’est difficile.
— Je sais.
— C’est important pour lui. Il aura besoin de connaître tous les détails de son passé pour pouvoir vaincre son ennemi.
— Parce qu’il va encore devoir se battre.
— J’en ai bien peur. »

Juste à ce moment, le Héros du Crépuscule ouvrit les yeux et s’assit, en respirant bruyamment. Iria s’installa sur le bord du lit et prit la main de son ami dans la sienne. Il la regarda faire sans rien dire, puis tourna la tête vers son mari. Celui-ci redoutait une mauvaise réaction de la part du blessé.

« Sois tranquille, dit-il en baissant la tête. J’ai compris bien des choses maintenant. Je vous dois des excuses à tous les deux. Je me suis comporté comme un idiot. J’espère que vous pourrez me pardonner. Je comprendrais si ce n’est pas le cas. »

Il releva la tête et croisa le regard de la jeune femme.

« Personne ne t’en veut, Link. Nous avons compris que ce que tu vivais était difficile !
— Ce n’était pas une raison pour te parler comme je l’ai fait.
— Tu n’étais pas dans ton état normal.
— Je te dois des excuses, moi aussi, ajouta Corentin, je n’aurais pas dû mettre tes propos en doute lors de la discussion. Je connaissais ta réputation, mais tu m’avais mis en colère. Pardonne-moi également de t’avoir frappé ce jour-là.
— Je l’avais mérité et j’ai eu droit à un savon de la part de Thelma. »

Iria n’écoutait pas. Elle avait posé les yeux sur son mari.

« Tu… l’as frappé ?
— Oui, juste après ton départ.
— Pourquoi ?
— Il t’avait fait pleurer !
— Et tu crois que les coups allaient tout résoudre ?
— Non, bien sûr, mais j’étais irrité.
— C’est ce sentiment qui t’a fait réagir comme ça à la réunion ? Oui, Moï m’a tout raconté. »

Corentin avait baissé la tête.

« Iria, ne te fâche pas, reprit Link. Comme je l’ai dit, je l’avais mérité.
— Ne te mêle pas de ça ! Tu n’es pas concerné !
— Si justement. Je ne veux pas que vous vous disputiez à cause de moi ! J’ai fait suffisamment de dégâts comme ça !
— Tu as raison. Je suis désolée. »

Le soldat fit le tour du lit et prit sa femme dans ses bras.

« Je suis rassuré de vous savoir réconciliés. Je dois retourner entraîner mes soldats. Link, je te la confie. »

Il adressa un sourire au jeune homme avant de quitter la pièce. Iria se tourna vers son ami qui s’était recouché. La douleur dans son dos recommençait à devenir insupportable. Elle rattrapa son mari et lui demanda de ramener le docteur.

« Comment te sens-tu, demanda-t-elle. Tu as mal ?
— Oui. Mais il ne fallait pas faire revenir le médecin pour ça !
— Depuis combien de temps ressens-tu ses douleurs ? Te connaissant, c’est probablement depuis ton réveil et tu en parles seulement maintenant.
— Ce n’est rien !
— En es-tu sûr ? »

Iria s’approche de Link et souleva une partie du bandage qui recouvrait son dos. Voyant l’état de celui-ci, elle recula, effrayée.

« Qu’est-ce qu’il t’a fait ? J’ai déjà vu des marques semblables sur toi, mais elles n’étaient pas aussi profondes.
— Ce n’est pas aussi grave que cela en a l’air.
— Je me souviens d’un jour où tu m’as dit ça, dit-elle les larmes aux yeux. Ensuite tu as reçu une blessure qui aurait pu te tuer. J’ai trop souvent failli te perdre. Cette fois, je ne te laisserais pas jouer avec ta santé. Tu laisses le médecin t’examiner où je demande à Zelda de faire ce qu’il faut pour que tu ne quittes pas cette chambre.
— D’accord, répondit-il, je ferai ce que tu me demandes. Je suis désolé de te causer autant de soucis. »

Iria s’assit et lui prit la main.

« Quand j’ai appris que Vernarte t’accusait d’avoir tenté de tuer la princesse et qu’il allait te renvoyer à Tradan, j’ai cru devenir folle. Je ne pouvais pas croire une telle chose. Tu n’étais pas capable de commettre un tel acte. J’ai repensé à notre dernière entrevue.
— Tu as cru que j’avais changé.
— Non, j’ai pensé que tu n’allais pas bien et que tu avais encore des problèmes. J’ai cru te perdre de nouveau. Je suis allée voir Moï, car c’est lui qui te connait le mieux. Il m’a alors tout raconté.
— Je suis allé le voir au village pour obtenir son aide et je lui avais dit tout ce dont je me rappelais.
— Il m’a parlé du collier et de la princesse qui était en grand danger. Et nous avons préparé un plan pour la sauver.
— C’est toi qui…
— Il savait que je faisais partie de ses proches et que je pourrais facilement échanger les deux colliers. Vernarte ne s’est pas méfié de moi, ne s’imaginant pas que le danger pouvait venir d’une femme.
— Je comprends. »

Iria observa Link un moment, puis reprit.

« Quand tu dormais tout à l’heure, tu semblais faire un mauvais rêve !
— Ce n’était pas un rêve, mais un nouveau souvenir. Un an après mon arrivée au royaume de Tradan où j’ai été réduit en esclavage, Vernarte est venu me dire que les recherches avaient cessé.
— Officiellement, oui. Pourtant, certains d’entre nous ont conservé l’espoir de te revoir.
— Je le sais maintenant. Mais, là-bas, j’étais seul et impuissant. Sans l’intervention de Mithran, j’y serais encore. »

À ce moment, le médecin entra dans la chambre. Il s’approcha de Link et commença à examiner ses plaies, après avoir retiré les bandages.

« J’imagine que le dernier calmant ne fait plus d’effet !
— Non, la douleur est de nouveau là.
— Prenez ceci, ça vous fera dormir toute la nuit. Il commence à se faire tard et vous avez besoin de repos.
— J’ai déjà sommeillé une bonne partie de la journée, docteur.
— Ne discutez pas, j’ai cru comprendre que vous vouliez guérir rapidement.
— Oui, ma mission n’est pas terminée.
— Vous n’êtes pas en état de vous battre.
— Je le sais ! J’ai perdu une bonne partie de mon équipement, ainsi que l’Épée de Légende et je manque cruellement d’entraînement.
— Prenez ce comprimé, le sommeil sera votre meilleur remède. Demain, vous essayerez de faire quelques pas dans la chambre. Quant à vous, mademoiselle, je vous demanderai de laisser notre malade se reposer. »

Iria se leva, déposa un baiser sur la joue de Link et quitta la pièce. Le jeune homme avala le médicament que lui tendait le docteur et se recoucha. Un quart d’heure plus tard, il dormait profondément.

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