Gamezik

Le temps d’un Crépuscule : chapitre 50

En sortant de la tente, Link s’aperçut que le soleil ne tarderait pas à se coucher. Les gardes conduisirent les deux prisonniers vers un endroit à l’abri des regards et inaccessible sans passer par le camp du roi de Tradan. Ils les forcèrent à s’agenouiller sur le sol, l’un à côté de l’autre.

 

Ganondorf s’approcha d’eux et les observa un sourire cruel sur les lèvres. Puis il s’adressa à Link.

 

« Cette situation m’est familière. J’ai comme l’impression de l’avoir déjà vécue. Tu n’es pas d’accord ? »

 

Le Héros du Crépuscule leva la tête vers son ennemi. Il savait que celui-ci comptait utiliser la technique qui lui avait déjà permis d’obtenir sa coopération.

 

« Je suis désolé de te contredire, mais ce n’est pas tout à fait la même chose !

— Effectivement, il y a quelques différences, mais le principe reste le même. Et puis, je ne te demande pas de m’aider cette fois. Je désire juste que tu m’apportes des réponses.

— Encore faut-il que je les connaisse ! »

 

Le roi de Tradan sourit. Le jeune homme n’avait visiblement pas perdu son courage.

 

« Tu étais sur le point de parler de ta conversation avec le traître à ta chère amie. Je souhaite juste entendre ces révélations…

— … qui ne te concernent pas. »

 

Ganondorf s’approcha et donna une gifle d’une telle puissance à Link que ce dernier tomba sur le sol. Son ennemi l’attrapa par le col de sa chemise et le souleva avec une certaine facilité.

 

« Tu n’as pas changé, tu cherches toujours les problèmes ! »

 

Le jeune homme fut projeté contre le sol et retomba sur son dos, ce qui accentua les douleurs qu’il ressentait.

 

« Je sais que tu es très résistant et que tu préférerais mourir plutôt que de m’apporter ton aide. Tu l’as assez prouvé et j’admire ton courage ainsi que ta détermination. Mais tu oublies que je connais ton point faible. »

 

Link regarda vers Ash qui fixait Ganondorf sans sourciller. Il ferma les yeux. Ses craintes étaient justifiées : son ennemi allait s’en prendre à elle pour le faire parler. Encore une fois, ses actions mettaient ses proches en danger. Le roi de Tradan se tourna vers son captif.

 

« Tu as le choix : tu parles tout de suite ou c’est ton amie qui subira les conséquences de ton silence. Donne-moi le nom de celui qui t’a aidé à t’enfuir.

— Je l’ignore, répondit-il. Et tu le sais !

— Dans ce cas, tu me contrains à employer la manière forte. »

 

Ash regarda Link dans les yeux.

 

« J’ignore ce dont tu te souviens, mais ne lui dis rien. Ce serait mal récompenser ce courageux allié ! Je suis de taille à supporter ce qu’il me fera ! »

 

Ganondorf s’approcha de la jeune femme et l’attrapa par la gorge, l’obligeant à se relever.

 

« Tu ne voudrais pas que j’abîme ce joli minois.

— Tu ne me fais pas peur, répondit-elle en le regardant dans les yeux.

— Vraiment ? Tant mieux, ce sera plus drôle ainsi. »

 

Le roi de Tradan fixait Ash, ne s’occupant plus de Link qui se releva et fonça droit vers son ennemi. Au moment où le jeune homme se jeta sur son adversaire, celui-ci fit un pas de côté et le Héros du Crépuscule perdit l’équilibre. Il se retrouva sur le sol, se reprochant d’avoir manqué son coup.

 

Ganondorf l’empêcha de se redresser en posant son pied sur ses mains attachées dans son dos. Ce geste accentua les douleurs qu’il ressentait encore.

 

« Tu es toujours aussi prévisible à ce que je vois, lui dit-il, d’une voix méprisante. Décidément, tu ne changeras jamais !

— Et toi, toujours aussi lâche. C’est facile de frapper quelqu’un à qui tu as retiré tout moyen de défense. Détache-moi et bats-toi comme un homme, si tu l’oses ! Te fais-je peur à ce point que tu refuses de te mesurer à moi ?

— Ne m’insulte pas, tu pourrais le regretter ! Tu ne fais certainement pas le poids face à moi ! Même si tu as réussi à m’empêcher de conquérir le royaume d’Hyrule, tu n’es jamais parvenu à me détruire ! »

 

Ganondorf lâcha Ash qui retomba sur le sol. Il se mit à donner des coups de pied dans le ventre de Link. Le roi de Tradan fit un signe aux soldats qui relevèrent le captif et l’obligèrent à s’agenouiller de nouveau. Ce dernier voulut se débattre, mais ne réussit qu’à provoquer des élancements dans son dos.

 

Pour ne pas rajouter à la douleur, le prisonnier cessa le combat. Les gardes desserrèrent leur étreinte, mais restèrent à côté de lui pour réprimer toute nouvelle tentative de rébellion. Link ne s’en aperçut pas. Il avait les yeux baissés, se sentant impuissant face à son ennemi.

 

« Alors ? Vas-tu me donner son nom ?

— Je ne le connais pas, répondit de nouveau le jeune homme. Il ne nous l’a pas donné !

— Je ne te crois pas, cracha-t-il en l’attrapant par les cheveux pour l’obliger à relever la tête. Vous étiez libres ! Pourquoi vous aurait-il caché cette information ? Le fait d’avoir aidé le Héros du Crépuscule devait lui permettre d’obtenir une certaine récompense, non ?

— Il ne souhaitait qu’une seule chose, répondit Ash en se relevant, l’aide de l’armée d’Hyrule pour chasser de son pays le tyran qui le dirigeait. »

 

Le ton et les paroles de la jeune femme ne plurent pas à Ganondorf qui se retourna vers elle. Il commença par lui donner une gifle qui l’envoya au sol. Le roi de Tradan se mit ensuite à la marteler de coups de pieds. Ses mains attachées l’empêchaient de se protéger le visage.

 

La réaction de Link ne se fit pas attendre. Retrouvant son énergie, il se redressa.

 

« Ne la touche pas ! »

 

Les soldats l’agrippèrent par les bras l’empêchant d’intervenir. Des larmes de rage se mirent à couler de ses yeux. S’en apercevant, le monarque cessa de frapper et se retourna vers son prisonnier. La jeune femme se recroquevilla sur elle-même.

 

« Es-tu enfin prêt à me parler ?

— Je ne connais pas son nom, répondit-il en serrant les dents.

— Tu ne peux pas supporter de voir quelqu’un souffrir à ta place. Je sais que ton point faible est là. Je pense que tu me dis la vérité. Mais tu as admis toi-même l’avoir vu lors de ton premier jour à Tradan. Donc, tu vas me dire à quoi ressemble cet homme pour que je puisse le retrouver et lui infliger la punition qu’il mérite.

— Je ne me rappelle pas. Ça remonte à sept ans tout de même.

— Ne joue pas avec moi ! Tes souvenirs ne te sont revenus que récemment ! Je sais que tu as une vision très précise de lui. Comme tu l’as si bien dit, il t’a “apporté un peu de réconfort dans un moment difficile”. Alors, donne-moi sa description, si tu veux que je laisse ton amie en vie. »

 

Joignant les gestes à la parole, Ganondorf sortit son épée et posa la lame sur la gorge de la jeune femme qui semblait sur le point de perdre connaissance. Une marque sur son visage indiquait qu’elle avait dû recevoir un coup capable de l’étourdir. Link ouvrit la bouche pour parler, mais il n’eut pas le temps de prononcer un seul mot. Une voix masculine venait de retentir.

 

« Pas besoin de lui reposer la question : je suis là ! »

 

Le souverain se retourna vers celui qui venait d’élever la voix. Le Héros du Crépuscule reconnut immédiatement le soldat qui avait glissé un morceau de pain dans sa main le jour de son arrivée au royaume de Tradan. Ce dernier lui adressa un clin d’œil complice.

 

« Mithran !

— Oui, c’est bien moi, le traître, dit-il avec un sourire moqueur. Cela vous étonne n’est-ce pas, père. »

 

Surpris par les paroles de leur allié, Link et Ash observaient les deux hommes. Le visage de Ganondorf vira au rouge vif. Il hurla.

 

« Arrêtez-moi ce renégat ! »

 

Tous les soldats se dirigèrent vers l’endroit où se trouvait le jeune homme, mais celui-ci n’avait pas attendu l’ordre de son roi. Il s’était précipité vers le camp et avait enfourché une monture avant de partir au galop.

 

Furieux, Ganondorf hurla sur les membres de son armée.

 

« Préparez mon cheval ! Nous partons immédiatement à sa poursuite ! N’oubliez pas : je le veux vivant ! Ce gringalet va regretter de m’avoir trahi. »

 

Puis il s’adressa aux gardes qui maintenaient Link.

 

« Ramenez les prisonniers au camp et veillez à ce qu’ils ne s’échappent pas ! Vous savez ce qui vous attend en cas d’échec. »

 

La nuit était tombée lorsque Link et Ash furent emmenés et enchaînés dans deux tentes différentes. Peu de temps après, une troupe de soldats quitta le campement à la recherche du fugitif. Le Héros du Crépuscule espérait que le jeune homme puisse échapper à ses poursuivants.

 

Link se retrouva seul, se demandant dans quel état se trouvait son amie. Elle avait reçu de nombreux coups et avait semblé sur le point de s’évanouir. Il doutait de pouvoir la sauver, même en répondant aux questions de son ennemi. Ganondorf n’avait pas pour habitude de relâcher ses prisonniers. Surtout si ceux-ci pouvaient lui être utiles.

 

Lorsque les premiers rayons de soleil apparurent, Link n’avait pas réussi à fermer l’œil. C’est au premier chant du coq que le roi de Tradan entra dans la tente. Il était en proie à une grande fureur. Le jeune homme en déduisit que Mithran avait pu lui échapper et en éprouva un immense soulagement qui lui rendit une partie de son courage.

 

« Il semblerait que tu te sois fait avoir, une fois de plus, ironisa-t-il.

— Tais-toi, aboya le tyran en attrapant Link par le col de sa chemise.

— Être trahi par son propre fils…

— Je t’ai dit de te taire. Il n’est que mon fils adoptif ! Oser se retourner contre moi après tout ce que j’ai fait pour lui ! Mais ne t’inquiète pas, cet ingrat n’ira pas loin.

— Il semble pourtant plus rusé que tes hommes.

— Le général Cadmeen le trouvera. Il a été son maître d’armes et saura où il se cache. Maintenant, tu vas me dire où est le livre.

— Je ne sais pas où il l’a caché !

— Tu ferais mieux de te le rappeler ! Gardes ! »

 

Deux gardes entrèrent aussitôt et attachèrent les mains de Link avant de l’emmener. En arrivant au lieu qu’ils avaient quitté la veille, il s’aperçut qu’Ash était déjà présente. Cette dernière portait les traces des coups qu’elle avait reçus le jour précédent.

 

Il remarqua tout de suite qu’elle semblait inquiète. Ganondorf venait de subir un échec cuisant et sa colère risquait de rendre les choses beaucoup plus difficiles. Le prisonnier décida de tenter le tout pour le tout en attirant l’attention du roi sur lui.

 

Lorsque les soldats voulurent l’obliger à se mettre à debout, il commença à s’agiter dans tous les sens pour se libérer de leur étreinte. Les gardes réussirent à lui faire plier les jambes. Le tyran s’approcha de lui et l’attrapa par les cheveux.

 

« As-tu compris qu’il est dans ton intérêt de parler ou dois-je encore employer la manière forte ? Où se trouve le livre ?

— Je l’ignore ! Et, même si je le savais, je ne te le dirais pas. »

 

Ganondorf lâcha Link et se dirigea vers Ash. Elle était à genoux entre les deux gardes qui l’avaient amenée et le regardait sans baisser les yeux. Il sortit sa lame du fourreau et l’approcha du visage de la jeune femme.

 

« Es-tu sûr de ça ? Tu vas me dire tout ce que tu sais ou tu peux lui dire adieu.

— De toute façon, tu nous tueras !

— C’est bien possible, mais dis-toi bien que la manière dont elle quittera ce monde dépendra de ta coopération. Plus ce sera rapide et moins ce sera douloureux. »

 

Link pâlit et ferma les yeux. Son ennemi venait encore de marquer un point. Soudain, le son d’un cor se fit entendre. Quelques secondes plus tard, un soldat arriva en courant et s’approcha de son maître.

 

« Une délégation du château d’Hyrule est en route pour le camp, mon roi. La princesse Zelda est avec eux.

— Que vient-elle faire ici ? Le général Vernarte en fait partie ?

— Oui, mais il est visiblement leur captif.

— Cet incapable a de nouveau échoué. Je ne sais pas comment tu as fait, dit-il en s’adressant de nouveau à Link, mais je suis sûre que tu es responsable de ça ! Tu en subiras les conséquences. »

 

Il s’approcha du Héros du Crépuscule et le releva sans ménagement. Les soldats remirent la jeune femme sur ses pieds et, obéissant à un ordre de leur roi, l’emmenèrent vers le campement. Elle tourna la tête vers Link. Ce dernier lut de l’inquiétude dans son regard et esquissa un sourire pour tenter de la rassurer.

 

« Ne prends pas tes rêves pour des réalités, affirma Ganondorf qui avait surpris cet échange. Ils ne sont pas assez nombreux pour un sauvetage.

— Je pense néanmoins que tes grands projets sont en train de s’écrouler.

— Ne t’inquiète pas, j’avais prévu un plan de secours au cas où cet incapable de Vernarte parviendrait à se faire prendre.

— Mais tu ne pourras plus t’emparer du royaume d’Hyrule !

— Crois-tu ? Tu oublies une chose : j’ai à disposition une grande quantité d’hommes qui m’obéissent sans discuter. Tu étais l’un d’eux, il n’y a pas si longtemps.

— Et alors ?

— Selon toi, comment réagiront les soldats d’Hyrule face à une armée de citoyens innocents et inconscients de leurs actes ? »

 

Blêmissant à vue d’œil, Link regarda son adversaire. La peur était de nouveau en train de prendre le dessus. Il comprit que le tyran ne reculerait devant rien pour réussir son entreprise.

 

« Je vois que tu commences à comprendre. La plus grande faiblesse de ton espèce, c’est la compassion. J’ai créé des soldats qui ne connaitront ni la peur ni la pitié.

— Tu es un monstre ! »

 

Le roi de Tradan attrapa Link par le bras pour le faire avancer.

 

« Viens avec moi. »

 

Ganondorf l’emmena jusqu’à l’entrée du camp où ils attendirent l’arrivée des représentants du royaume d’Hyrule.

Articles similaires :

Ajoutez un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *