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Le temps d’un Crépuscule : chapitre 49

En ouvrant les yeux, le Héros du Crépuscule s’aperçut qu’il était toujours dans la salle de torture aménagée par Ganondorf. La souffrance dans son dos se réveilla aussitôt. Un oreiller avait été placé sous sa tête. Le jeune homme regarda autour de lui. Une voix féminine résonna.

 

« Alors, on émerge enfin, beau blond. »

 

Link observa celle qui avait parlé, il reconnut immédiatement la doctoresse qui avait soigné son épaule.

 

« Où est-il ?

— Mon maître s’est rendu au château d’Hyrule.

— Pour quelle raison, demanda Link, soudain inquiet.

— Cette affaire ne te concerne en rien », répondit-elle d’une voix douce.

 

Elle s’approcha en tendant la main vers le visage du jeune homme. Celui-ci voulut reculer, mais les liens qui le retenaient à la table l’empêchaient de bouger. Une intense douleur le fit grimacer au moment de son premier mouvement.

 

« Ne sois pas si craintif, je ne te veux aucun mal, bien au contraire, dit-elle en lui caressant la joue.

— Je vous interdis de me toucher, répondit Link en serrant les dents.

— Et tu penses que tu vas pouvoir m’empêcher de faire ce que je veux. Tu souffres dès que tu fais une action. Laisse-toi faire, je pourrais rendre ta détention beaucoup plus agréable ! »

 

Disant ces mots, elle passa sa main sous la chemise du Héros du Crépuscule qui ne put réprimer un frisson.

 

« Ton corps réagit déjà… »

 

Juste à ce moment-là, le général Cadmeen entra suivi de deux gardes.

 

« Tu es là pour le soigner afin que l’interrogatoire puisse se poursuivre, pas pour lui conter fleurette. Si tu ne veux pas que ta petite conversation soit rapportée à notre roi, tu ferais mieux de te remettre bien vite au travail. »

 

Déçue et irritée par cette arrivée inopinée, la femme médecin retira sa main du torse de Link et alla chercher un plateau garni de matériel de soin. Elle s’approcha du dos du prisonnier et souleva sa chemise. Le sang avait séché sur les marques laissées par la cravache.

 

La doctoresse prit un morceau de tissu épais qu’elle trempa dans un petit récipient d’eau et se mit à nettoyer les plaies, sous le regard sadique du général.

 

« Fais correctement ton boulot, il ne doit pas mourir avant de nous avoir tout dit !

— Je sais parfaitement ce que j’ai à faire !

— Oui et tu as aussi un petit faible pour lui ! Mais tu connais parfaitement le sort qui l’attend et tu ne pourras rien faire pour l’aider. Alors, ne lui donne pas de faux espoirs… »

 

Le docteur Pelly ne répondit pas et se concentra sur sa tâche. Elle commença par nettoyer les traces de sang séché. Les muscles de Link se crispaient sous la douleur provoquée par ce geste. Cadmeen observait les réactions du jeune homme en souriant.

 

La femme prit un autre linge et le badigeonna d’un liquide transparent. Elle se mit à tamponner le dos de Link. Celui-ci ressentait des contacts à des endroits où il n’y avait aucune blessure. Les doigts du praticien courraient sur ses bras et sur l’arrière de son cou, lui donnant des frissons désagréables.

 

Pour terminer, elle appliqua un baume sur les plaies et replaça la chemise du prisonnier, au grand soulagement de celui-ci.

 

« Voilà, un peu de repos et vous pourrez recommencer votre interrogatoire musclé ! »

 

Le général se tourna vers les gardes qui l’accompagnaient.

 

« Emmenez le rejoindre la prisonnière ! »

 

Les soldats détachèrent Link et le remirent debout. Après ces douloureuses épreuves, le jeune homme avait perdu une grande partie de ses forces et ses geôliers durent le soutenir pour éviter qu’il ne s’écroule sur le sol.

 

« Faites-lui donner un repas convenable ! Il va en avoir besoin. »

 

Le Héros du Crépuscule fut entraîné à l’extérieur de la grotte et conduit vers une tente devant laquelle deux soldats montaient la garde. Link y fut introduit et vit une femme étendue sur une banquette. Celle-ci tournait le dos aux nouveaux venus.

 

Lorsque ses accompagnateurs le lâchèrent, il s’écroula sur le sol dans un cri de douleur qui fit sursauter sa compagne de détention. Un des hommes fixa un bracelet de fer à sa cheville. Celui-ci était accroché par une chaîne à un anneau planté dans la terre. Ensuite, les prisonniers furent laissés seuls.

 

À ce moment-là, Link entendit une voix familière.

 

« C’est toi ? »

 

Le Héros du Crépuscule se retourna et eut un choc.

 

« Ash ? Que fais-tu là ? »

 

Le jeune homme voulut se tourner vers son amie, mais il fut arrêté par une forte douleur. Elle se précipita vers lui, s’apercevant soudain de sa pâleur.

 

« Que t’ont-ils fait ?

— Ganondorf voulait me faire dire où j’avais caché un livre dont j’ignore tout.

— Un livre ?

— D’après lui, je me serais enfui en l’emportant !

— Je comprends mieux certaines de ses questions…

— Il t’a interrogé, toi aussi ?

— Oui, ce tyran voulait savoir comment j’avais réussi à déjouer la surveillance qu’il avait mise autour de toi. »

 

Link regarda Ash.

 

« Tu veux dire que c’est toi qui m’as délivré ?

— Tu ne t’en souviens pas ?

— Non, je me suis réveillé dans une chambre de l’auberge de Cocorico sans aucun souvenir des sept dernières années. »

 

Le Héros du Crépuscule raconta à la jeune femme tout ce qu’il s’était passé depuis son retour au royaume d’Hyrule. Elle l’écouta sans l’interrompre.

 

« Et maintenant, ils pensent tous que je ne vaux pas mieux que Ganondorf !

— Moï te connait trop bien pour penser une chose pareille ! Et les autres membres de la résistance aussi ! Quant à Iria, elle t’aime !

— Pas après la façon dont je l’ai traitée et je ne pourrais jamais m’excuser !

— Tu penses vraiment que nos amis vont te laisser tomber ? »

 

À ce moment, Cadmeen entra dans la tente portant un plateau qu’il déposa devant les prisonniers.

 

« Il y en a pour deux ! Vous aurez besoin de toutes vos forces pour votre prochain interrogatoire ! »

 

Après son départ, Link regarda Ash. Il venait de comprendre que Ganondorf comptait se servir d’elle pour le faire parler.

 

« Tu devrais manger. Tu es pâle et tu as subi des mauvais traitements.

— Je n’ai pas très faim. Et puis, je préfère mourir plutôt que de retourner là-bas.

— Garde confiance en tes amis. Cette fois, ils savent où tu es ! »

 

Elle s’empara d’un morceau de pain sur le plateau et le lui tendit. Link le prit. Il était chaud. Devant l’air étonné du jeune homme, Ash expliqua.

 

« Ils tiennent à te garder en bonne santé entre les différentes séances de tortures. Cela sert à te déstabiliser. C’est une technique assez courante. Alors, sois plus fort qu’eux ! »

 

Ils avaient eu droit chacun à un bol de soupe de légumes chaude et épaisse qui rendit un peu de couleurs au visage de Link. Après le repas, Ash l’aida à se relever et à se coucher sur la banquette. Il avait avant tout besoin de se reposer.

 

Le Héros du Crépuscule ferma les yeux et s’endormit aussitôt, vaincu par la fatigue, la peur et la douleur. Au bout de deux heures, il se réveilla et observa la jeune femme, assise à ses côtés. Elle l’avait veillé pendant son sommeil.

 

« Raconte-moi comment tu m’as retrouvé ! Ça m’aidera peut-être à me souvenir.

— J’étais partie en exploration, comme les autres te l’ont expliqué et je suis allée au royaume de Tradan. Je posais des questions, mais personne ne semblait t’avoir vu. Un soldat m’a contacté un peu avant que je ne quitte le pays. Il affirmait pouvoir m’aider à te retrouver.

— Qui était-ce ?

— Je l’ignore, il ne m’a jamais donné son nom et cachait son visage sous un casque. Vu la suite des événements, il a bien fait.

— D’où l’interrogatoire de Ganondorf.

— Oui, il avait deviné que je ne pouvais pas avoir agi seule.

— Que t’a-t-il appris ?

— Il m’a expliqué que tu avais été réduit en esclavage par un procédé qui t’empêchait de te défendre. D’après lui, chaque année, tu étais sorti de ton état pour permettre à celui qui t’avait vendu de venir te voir.

— Vernarte !

— Le général ? C’est lui qui… Il cache bien son jeu. La princesse Zelda lui accorde toute sa confiance.

— Je sais. À l’heure actuelle, il a certainement réussi à prendre le contrôle du pays.

— La Résistance ne le laissera pas faire ! Et ils trouveront un moyen de te libérer. »

 

Link baissa la tête et repensa aux dernières paroles de Moï.

 

« Cet homme m’a annoncé que cette année était particulière, car ils avaient cessé leur traitement avec quelques jours d’avance. Selon lui, c’était ta dernière chance d’être sauvé.

— Pourquoi la dernière ?

— Tu avais subi une transformation qui allait bientôt devenir définitive, mais il a refusé de m’en dire plus. »

 

Link observa sa main gauche et la marque de la Triforce. Il avait effectivement été sur le point de perdre cette protection.

 

« Il a drogué les gardes chargés de ta surveillance et m’a permis d’arriver jusqu’à toi !

— Pourquoi a-t-il fait ça ?

— C’était un membre de la Résistance locale. Il espérait que tu pourrais les aider, une fois libre. C’est lui qui t’avait donné du pain le jour de ton arrivée.

— Je me souviens de ce garde. Il m’a apporté un peu de réconfort à un moment difficile. Mais je pensais que tous les membres avaient été arrêtés, c’est ce que m’avait dit Roven.

— Il était le dernier ! Lorsque nous t’avons trouvé, tu étais à peine conscient. Nous t’avons emmené et conduit dans le désert.

— La Tour du Jugement…

— Oui, tu n’étais pas assez fort pour faire le voyage jusqu’à Hyrule. Nous t’avons soigné du mieux que nous avons pu, là-bas. Tu commençais à peine à te remettre quand ils nous ont retrouvés. J’ignore comment. Nous avons dû fuir rapidement, mais tu étais incapable de tenir seul sur un cheval. »

 

Ash s’arrêta de parler, le jeune homme avait fermé les yeux et semblait souffrir.

 

« Link, tu vas bien ?

— Ça va ! Je suis monté avec toi !

— Oui, tes souvenirs te reviennent ?

— Je nous vois galoper dans la plaine en direction de Cocorico. Des soldats à nos trousses. Puis tu es tombée.

— J’avais reçu une flèche dans l’épaule. Ils m’ont attrapée et emmenée à leur camp.

— Le cheval a continué à galoper et je me suis accroché à son cou. Il avait peur. En arrivant à la source du village, je suis tombé. Je me souviens d’une douleur à la tête. Puis j’ai vu des soldats s’approcher de moi ! Je pensais que c’était la fin. Soudain, j’ai senti une intense lumière derrière moi. Et ce fut l’obscurité. »

 

Link repensa aux révélations de Rauru : l’illumination était probablement due à l’intervention du gardien de la source.

 

« De quoi te souviens-tu d’autre ?

— Le soldat était avec nous à la Tour du Jugement ?

— Oui, il nous apportait ce dont nous avions besoin.

— Je me rappelle d’une discussion que j’ai eue avec lui.

— De quoi avez-vous parlé ?

— Mes souvenirs ne sont pas clairs.

— Ça ne m’étonne pas, tu étais encore sous l’influence de leur produit.

— Il me parlait d’un objet à cacher… »

 

À ce moment, un rire retentit. Les deux prisonniers portèrent leur regard vers l’entrée. C’était Ganondorf !

 

« Je savais que j’en apprendrais davantage en vous réunissant tous les deux.

— Tu as tout entendu ? Je croyais que tu étais au palais.

— J’y étais, mais je suis revenu à temps pour entendre la meilleure partie de votre conversation. Je vais en profiter pour t’éclairer sur quelques points.

— Lesquels ?

— Le général est effectivement devenu régent du royaume. La princesse est encore sous le choc de ta trahison et a besoin de repos. Tes amis de la Résistance n’ont aucune raison de croire que leur nouveau dirigeant est en fait un traitre. Pour eux, ce rôle te revient pleinement de droit. »

 

Link baissa la tête, il refusait de croiser le regard de Ash, craignant d’y lire de la déception. Celle-ci releva les yeux vers Ganondorf.

 

« Les membres de la Résistance le connaissent et ne peuvent croire qu’il est capable de faire du mal à Zelda, affirma-t-elle.

— Dans ce cas, pourquoi le dénommé Moï a-t-il été déçu par son comportement ?

— Comment sais-tu cela, demanda Link, rassuré par les paroles de la jeune femme.

— C’est bien simple, le général m’a tout raconté. C’est un très bon élément. Grâce à lui, je vais enfin pouvoir devenir le maître incontesté du royaume d’Hyrule, en épousant la jeune et jolie princesse.

— Elle n’acceptera jamais de devenir ton épouse.

— Détrompe-toi ! Elle a déjà donné son accord. Je la contrôle grâce à la pyronite.

— Ses proches se rendront compte qu’elle est manipulée.

— Personne ne s’est aperçu de rien. Elle a reçu une dose concentrée du produit.

— Concentrée ?

— Bien sûr, la transformation par ce produit est très douloureuse. Tu en sais quelque chose. Il aurait été risqué que ses cris attirent l’attention d’un garde ou du Premier ministre. »

 

Le Héros du Crépuscule regarda son ennemi. Le désespoir avait commencé à l’envahir.

 

« Ainsi, tu as enfin réussi à obtenir tout ce que tu voulais !

— Pas tout à fait ! Tu ne m’as toujours pas dit où se trouvait le livre. Si j’ai bien compris : c’est le traitre qui l’a volé et caché, mais il a dû te dire où.

— Je ne sais pas. Mes souvenirs sont flous.

— Nous allons t’aider à t’en rappeler. Gardes, emmenez-les tous les deux ! »

 

Les soldats s’approchèrent des prisonniers et leur attachèrent les mains dans le dos. Ensuite, ils les emmenèrent à l’extérieur après leur avoir retiré leurs chaînes.

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