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Le temps d’un Crépuscule : chapitre 48

Toute la nuit, les paroles de Moï résonnèrent dans l’esprit du Héros du Crépuscule : « je suis déçu », « tu m’as menti ». Link s’en voulait d’avoir donné à son mentor des raisons de douter de sa sincérité. À présent, il était vraiment seul. Les membres de la Résistance ne tarderaient pas à suivre le maître d’armes et ce serait probablement aussi le cas pour Thelma et Iria.

 

Iria ! Il l’avait traité avec beaucoup de méchanceté et regrettait de ne pouvoir s’excuser auprès de son amie. Elle garderait une mauvaise image de lui. Ils ne se reverraient plus. Sans doute était-ce préférable…

 

Lorsque le jour s’annonça, Link n’avait pas fermé l’œil. Il observa la lumière du jour s’intensifier lentement. Bientôt, les premiers chants de coqs se firent entendre et des bruits de pas résonnèrent dans le couloir. Ces derniers provoquèrent une accélération des battements de cœur du jeune homme. Cette fois, c’était la fin : le retour à sa condition d’esclave, avec un châtiment exemplaire pour décourager les autres de faire la même tentative.

 

Vernarte entra suivi de plusieurs gardes. Ils s’arrêtèrent près la grille, en attendant que leur chef vienne leur ouvrir la porte. Link s’était levé, la tête haute, ses mains enchaînées placées devant lui. Le prisonnier ne voulait pas que son ennemi sache à quel point il avait peur.

 

Quand la serrure fut déverrouillée, deux soldats pénétrèrent dans la cellule, suivis de Vernarte. Celui-ci libéra les poignets de Link et les lui attacha dans le dos.

 

« N’espère pas pouvoir t’échapper ! Tu es vraiment seul à présent ! Plus de Héros du Temps pour venir te sauver ! »

 

Surpris par cette remarque, le jeune homme regarda son ennemi. Comment pouvait-il être au courant de l’aide que son ancêtre lui avait apportée ? Le général sourit devant l’air interrogateur de son prisonnier.

 

« Tu te poses sans doute beaucoup de questions, mais ne t’inquiète pas ! Dans quelques heures, tu comprendras beaucoup de choses ! Malheureusement pour toi, tes problèmes ne font que commencer. »

 

Les soldats attrapèrent Link par les bras et le trainèrent hors de la cellule. Le petit groupe traversa les couloirs rapidement et se retrouva à l’extérieur, à proximité des jardins du château. Ils lâchèrent le prisonnier et se placèrent avec leurs collègues tout autour de lui. Le jeune homme distingua le son des cors qui annonçait un rassemblement. Son cœur se serra. Ils avaient organisé son départ comme un spectacle.

 

Un événement lui revint en mémoire : quand il était sorti de l’enceinte du palais, enchaîné, pour se rendre sur le lieu de son châtiment. Le Héros du Crépuscule avait dû marcher au milieu d’une foule en colère contre lui.

 

Link prit une profonde inspiration et suivit les gardes qui le menèrent vers la grande porte qui s’ouvrait sur la citadelle. Il n’entendait aucun bruit provenant de la ville. Pourtant, dans son souvenir, les clameurs étaient nombreuses lors de son dernier « bain de foule ». La cité était-elle déserte pour qu’on ne perçoive même pas le brouhaha du marché ?

 

En arrivant sur la place principale, Link observa autour de lui. L’endroit était noir de monde, mais il n’y avait aucun son. Tous fixaient le prisonnier dans un silence écrasant. Le Sauveur d’Hyrule s’avança, poussé par son escorte. Tout le long du chemin qu’il fallait emprunter pour gagner la sortie est, des habitants bloquaient les issues, lui retirant ainsi tout espoir de fuite.

 

Il marcha dans le calme absolu. Seuls les pas du petit groupe se faisaient entendre. Le jeune homme aurait préféré des cris et des injures à cette démonstration muette qui lui brisait le cœur.

 

Il sentait les regards sur lui et voyait la déception dans les yeux des citadins. La même que celle qu’il avait tant redouté de lire dans ceux de son mentor : ils avaient admiré et pleuré pendant sept ans un Héros qui s’était révélé bien peu digne de leur respect !

 

Link fut presque soulagé en arrivant à la porte de la ville. Il se laissa emmener par les soldats de l’autre côté du pont. Vernarte les précédait. Ce dernier s’adressa au général Cadmeen, venu en personne chercher le prisonnier.

 

« Je vous le ramène ! Tâchez de ne pas le perdre cette fois ! »

 

Le général de l’armée de Tradan adressa un regard mauvais à son homologue. Link fut remis aux mains des soldats qui attendaient. Vernarte se tourna vers le jeune homme.

 

« Je te souhaite bien du plaisir ! Je sais de source sûre que ce qui t’attend là-bas ne sera pas de tout repos.

— Je sais que je n’en ai plus pour très longtemps, ne te fatigue pas !

— Détrompe-toi ! Tu es très attendu et tu auras droit à un traitement de faveur. Après tout, tu es un Héros ! »

 

Link n’eut aucune réaction. Vernarte repartit vers la citadelle, suivi de ses  hommes. Cadmeen fit signe aux gardes qui entourèrent le prisonnier. Le groupe se mit en marche en direction du lac Hylia où le roi de Tradan avait établi son camp.

 

Durant le long trajet, Link regardait autour de lui pour enregistrer les images d’un pays qu’il croyait ne plus revoir. Ses pensées le conduisirent au village de Toal où vivaient ceux qui avaient rendu son enfance heureuse, malgré la perte tragique de ses parents.

 

Les troupes de Tradan s’étaient installées sur les rives du Lac Hylia. Link l’aperçut en traversant le pont surplombant cette étendue d’eau. Ensuite, ils prirent un petit chemin qui descendait doucement jusqu’aux tentes qui avaient été déployées. L’une d’elles, plus grande que les autres, attira l’attention du jeune homme. Il la connaissait. Son cœur se mit à battre plus fort.

 

Au fur et à mesure de leur progression, Link sentait sa peur s’accentuer. Les soldats menèrent leur prisonnier en direction de cette gigantesque toile qui avait été dressée à l’écart. Probablement celle du souverain. Le héros du Crépuscule fut conduit à l’intérieur. À peine entré, il eut un choc.

 

L’endroit lui était familier. Il reconnut la table où ses armes avaient été entassées, les sièges munis de coussins et les différents meubles. Le général congédia les gardes et resta seul avec le captif. Ce dernier observait le décor et n’en croyait pas ses yeux.

 

« Mets-toi à genoux, ordonna-t-il à Link, tu as l’honneur d’être mis en présence du roi de Tradan. »

 

Mais le jeune homme n’avait pas bougé. Cadmeen posa alors les mains sur les épaules de son captif et poussa vers le bas pour l’obliger à plier les jambes. Le choc tira Link de ses pensées.

 

« Mon roi, je vous ai amené l’esclave en fuite. Il nous a été remis sans condition.

— Parfait ! Laisse-nous ! Mais ne t’éloigne pas trop ! »

 

Cette voix, Link la reconnut sans aucune difficulté. Il leva les yeux et vit celui qui avait parlé. Ce fut comme si le ciel lui tombait sur la tête. Devant lui se tenait celui qu’il pensait avoir vaincu : Ganondorf.

 

« Non, c’est impossible ! Pas encore !

— Tu pensais réellement que je n’allais pas mettre à profit les précieuses informations que m’avait données cet incapable de Xanto, ricana-t-il. Je savais que tu me vaincrais bien avant que tu ne te sentes impliqué dans cette histoire. Alors, j’ai décidé de te tendre à nouveau un piège, sachant que tu serais à mille lieues de penser que je puisse le faire.

— Qui ?

— Tu veux savoir qui tu as tué ? Un de tes vieux amis ! Celui qui m’a permis de faire de toi un criminel. Je lui ai tendu un guet-apens à lui aussi. Il ne devait surtout pas sortir vivant de ce combat. Tu devais croire en ma mort pour la poursuite de mon plan.

— Si je comprends bien, ce n’était pas toi au palais.

— Bien sûr que non ! J’ai profité du fait que tu ne m’avais jamais vu et cette idiote de Midona non plus. Ton double a parfaitement joué son rôle. Je lui ai fait croire qu’il dirigerait Hyrule en cas de victoire ! Mais tu as gagné. Alors, j’ai mis mon dernier plan à exécution. Vois-tu, j’avais mis à profit le temps passé dans le palais pour consulter les ouvrages de la bibliothèque. J’en ai trouvé un très intéressant.

— De quoi parles-tu ?

— De ce livre que tu as eu l’impudence de me voler !

— Je n’ai… »

 

Link ne put terminer sa phrase. Ganondorf venait de s’approcher du jeune homme et de lui asséner un formidable coup sur la tête qui l’envoya contre une des chaises et lui laissa une marque rouge sur la joue.

 

« Ne me mens pas ! Je sais que c’est toi qui l’as, car il a disparu le jour de ta fuite. Alors, tu vas gentiment me raconter comment tu as réussi à déjouer la surveillance placée autour de toi et tu vas me donner le nom de tes complices.

— Je ne peux rien te révéler. J’ai perdu la mémoire !

— D’après ce qu’on m’a dit, tes souvenirs te sont revenus.

— Pas tous !

— Je n’en crois rien. Tu répondras à mes questions de gré ou de force ! »

 

Ganondorf s’approcha d’une petite sonnette qu’il fit retentir. Aussitôt, le général Cadmeen apparut.

 

« Il ne semble pas disposé à nous apporter sa collaboration. Préparez-le pour l’interrogatoire.

— À vos ordres, mon roi, répondit le général en s’inclinant.

— Commencez par lui retirer ce vert que j’abhorre. »

 

Cadmeen appela les deux gardes qui surveillaient l’entrée. Ceux-ci maintinrent le Héros du Crépuscule immobile pendant que le général le détachait. Il l’obligea ensuite à retirer sa tunique et sa cotte de mailles ainsi que son bonnet.

 

« Faites porter ces vêtements au château d’Hyrule. Ils doivent déjà avoir besoin d’un nouveau défenseur. »

 

Link leva la tête vers le général.

 

« À cette heure, ton ami Vernarte a probablement pris le pouvoir sur le royaume au grand désespoir de tes amis qui regrettent sûrement de t’avoir livré. »

 

Cadmeen releva le jeune homme en l’attrapant par les cheveux et le fit sortir de la tente. Il l’emmena vers une grotte située non loin de là dans laquelle avait été installé tout un appareillage destiné à l’interrogatoire des prisonniers. Des instruments étaient accrochés aux parois et un lit de torture trônait en son milieu.

 

Link y fut allongé sur le ventre et rapidement attaché. Ses tentatives de résistance furent inefficaces. De douloureux souvenirs lui revinrent en mémoire. Sur un des murs était exposé un nombre incalculable d’objets de toutes sortes, plus cruels les uns que les autres.

 

Le Héros du Crépuscule ferma les yeux. Il refusait de se laisser aller à la panique en faisant l’inventaire des supplices que pourrait lui infliger son ennemi. Le jeune homme apprendrait suffisamment tôt ce que Ganondorf lui réservait.

 

Peu de temps après, celui-ci fit son apparition.

 

« J’espère que tu es bien installé, car j’ai de nombreuses questions à te poser. »

 

Link ne répondit pas, se contentant de fixer son adversaire avec attention. Il tentait de faire bonne figure devant son bourreau, mais la terreur s’était emparée de lui. Après avoir relevé la chemise du prisonnier, Ganondorf sourit en remarquant les cicatrices sur son dos, sachant parfaitement d’où elles provenaient.

 

Il prit une cravache sur le mur. Le roi de Tradan se contourna la table où le jeune homme était attaché, frappant la tige sur sa main à intervalles réguliers. Chaque claquement faisait sursauter Link qui se rappelait à chaque coup le souvenir de la froide morsure de l’instrument sur sa peau. Les battements de son cœur s’accélérèrent.

 

Voyant l’effet produit sur le captif, le monarque se mit à rire. Par cruauté, il posa l’extrémité de son   outil à la base du cou de Link et le glissa le long de sa colonne vertébrale, provoquant une crispation de ses muscles.

 

« Voyons voir si tu as compris ! Réponds à mes questions et il ne te sera fait aucun mal ! Commençons par une simple : donne-moi le nom de la personne qui t’a aidé à t’enfuir !

— Je ne sais pas.

— Mauvaise réponse », ajouta Ganondorf avant d’abattre la cravache sur le prisonnier.

 

Le Héros du Crépuscule serra les dents.

 

« Ne te retiens pas ! J’adore les hurlements de douleur.

— Je ne te ferai pas ce plaisir !

— Nous verrons si tu es toujours de cet avis dans un moment », dit-il en frappant de plus belle.

 

Les coups que donnait Ganondorf étaient bien plus puissants que tous ceux de Vernarte. Le jeune homme sentait qu’il ne pourrait retenir ses cris très longtemps. La voix du roi de Tradan retentit à nouveau !

 

« Tu as reçu de l’aide d’un membre de mon armée, donne-moi son nom que je puisse lui infliger la même punition qu’à toi !

— Je … ne sais pas !

— Encore une mauvaise réponse ! »

 

La cravache s’abattit de nouveau sur le dos du jeune homme, mais cette fois-ci, Iria n’interviendrait pas pour le sauver ! Il ferma les yeux et serra les dents en attendant que la douleur s’atténue.

 

« Je ne crois pas à cette histoire de mémoire perdue ! Alors, parle !

— Je ne sais pas. Je ne me rappelle pas. »

 

Ganondorf s’approcha du Héros du Crépuscule, l’attrapa par les cheveux et lui leva la tête.

 

« Ne joue pas avec moi ! Tu sais de quoi je suis capable, ajouta-t-il en caressant la joue du jeune homme avec l’objet. Que dirais-tu d’une jolie cicatrice au milieu de ce beau visage ?

— De toute façon, tu as prévu de me tuer, alors fais ce que tu veux, répondit Link.

— Pas avant que tu ne m’aies dit où tu as caché le livre !

— Je n’ai …

— Je sais que tu ne l’avais pas sur toi au moment où tu as été retrouvé. J’ai envoyé Vernarte interroger l’homme qui t’a soigné !

— Reynald ? Non !

— Ne t’inquiète pas ! Aucun mal n’a été fait à ton ami. Le général a prétendu que la princesse l’avait envoyé et que tu avais parlé d’un livre dans ton sommeil. Alors, le prêtre lui a tout raconté : comment il t’avait retrouvé et à quel endroit. Le cheval a aussi été fouillé. Donc tu ne l’avais plus en arrivant à Cocorico. Alors, dis-moi où tu l’as caché !

— Je ne me rappelle pas !

— Ça, tu l’as déjà dit ! »

 

Ganondorf lâcha la tête de Link qui retomba bruyamment sur la table. Il reprit sa cravache et se mit de nouveau à marteler le dos du malheureux jeune homme qui ne put contenir ses cris. Au bout de plusieurs minutes, les coups cessèrent. À ce moment, la doctoresse qui avait soigné Link lors de son arrivée à Tradan entra dans la pièce.

 

« Vous m’avez fait appeler, mon roi ?

— Oui, examine-le, je veux savoir s’il est encore capable de répondre à mes questions. »

 

Le médecin s’approcha de Link et observa son dos. Celui-ci était couvert de marques profondes. Puis, elle regarda ses yeux avant de mesurer la vitesse de ses battements de cœur.

 

« Il peut encore résister, mais plus pour longtemps. Si vous insistez trop, il finira par s’évanouir.

— Dans ce cas, je vais lui apprendre à ne pas se moquer de moi ! »

 

Ganondorf se remit à frapper Link de toutes ses forces. Les cris de celui-ci se faisaient plus intenses. Il sentait la brûlure de l’instrument sur sa peau et le sang couler sur son dos.

 

Au bout de quelques minutes, le tortionnaire s’aperçut que son captif avait cessé de hurler. Il avait sombré dans l’inconscience.

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