Gamezik

Le temps d’un Crépuscule : chapitre 47

Lorsque Link poussa la porte de la Salle du Trône, Zelda était en pleine conversation avec Vernarte. Celui-ci cachait un petit flacon dans son dos et tentait de le déboucher. La présence d’un nouveau collier autour du cou de la princesse alarma le jeune homme.

 

« Éloigne-toi de ce sinistre individu, lui cria-t-il. C’est lui, le traitre qui m’a vendu.

— Qu’est-ce que tu dis, demanda-t-elle en se retournant brusquement.

— Il m’a enlevé et séquestré avant de me céder au roi de Tradan pour un prix dérisoire. »

 

Le Héros du Crépuscule prit son arc et encocha une flèche. Ensuite, il menaça son ennemi.

 

« Dépose ce flacon délicatement sur le sol et recule ! Après ce que tu m’as fait, je n’hésiterai pas à te tuer. Donc, je te conseille d’obéir.»

 

Effrayée par une situation qu’elle ne comprenait pas, Zelda s’était mise à reculer. Link attendait que Vernarte obtempère. Le soldat laissa tomber ce qu’il tenait sur le sol, puis s’éloigna de quelques pas.

 

Le jeune homme s’approcha, tout en gardant son arc pointé sur le traitre. Il se baissa pour prendre le flacon et le ranger dans une de ses pochettes, tout en observant son ennemi. Celui-ci sourit en posant son regard vers une des fenêtres à la droite de Link.

 

Ce dernier n’eut pas le temps de se retourner. Une douleur intense lui traversa le bras. Son arme lui échappa des mains. Une flèche s’était fichée dans son biceps. Le Héros du Crépuscule fixa l’endroit d’où venait le projectile. Ne distinguant rien, il reporta alors son attention sur Vernarte qui s’était emparé d’une épée et s’avançait vers lui.

 

Sans réfléchir, Link cassa la tige, lassant la pointe enfoncée dans sa chair, et dégaina à son tour, prêt à défendre la princesse qui s’était réfugiée contre un mur. Ignorant la souffrance, il marcha vers son ennemi.

 

« Je pensais pourtant t’avoir réduit à l’impuissance !

— C’est raté visiblement, tu n’as probablement pas prévu tous les cas de figure.

— Cette erreur sera bien vite réparée. Ne t’en fais pas ! »

 

Disant ces mots, Vernarte leva sa lame et l’abattit sur son opposant qui para. Link se sentait un peu rouillé. Resté sept ans sans entrainement, le Héros du Crépuscule avait déjà ressenti ce manque lors de son expédition pour récupérer l’Épée de Légende. Pourrait-il venir à bout de cet ennemi avec sa nouvelle blessure ?

 

Le jeune homme parvint à dévier l’arme. Pour sauver Zelda, il devait l’emporter sur son adversaire. Ou, au moins, tenir jusqu’à l’arrivée du Premier Ministre qui n’était jamais très loin d’elle. Lorsque celui-ci reviendrait, tout rentrerait dans l’ordre.

 

Des pensées contraires se bousculaient dans l’esprit de Vernarte. Il devait faire en sorte qu’elle soit sous son contrôle avant le retour du diplomate, parti régler une affaire urgente. En fait, c’était le soldat qui l’avait envoyé au loin sous un prétexte quelconque pour pouvoir être seul avec Zelda.

 

Le combat faisait toujours rage sous les yeux de la princesse inquiète. Elle avait confiance en Link, mais le savait affaibli par sa captivité et par les nombreuses épreuves traversées. En l’observant plus attentivement, elle remarqua qu’il avait déjà dû se battre. En effet, le jeune homme présentait de nouvelles blessures.

 

Les épées s’entrechoquèrent. Vernarte s’aperçut rapidement que son adversaire fatiguait. Le traitre redoubla alors d’efforts et se mit à multiplier les assauts, ne laissant aucun moment de répit à son opposant. Épuisé par les événements de la journée, celui-ci sentait ses forces le quitter. Il décida de jouer le tout pour le tout.

 

Link évita un coup à revers de Vernarte en faisant un saut sur le côté et se plaça ainsi derrière lui. Mais le général se retourna et réussit à parer. Le soldat fit quelques pas en arrière pour se dégager et se retrouva dos au mur. Il parvint néanmoins à stopper l’attaque du Héros du Crépuscule en levant son arme.

 

« Tu ferais mieux de te rendre, si tu ne veux pas y rester, lui dit-il.

— Tu n’as pas encore gagné », répondit Vernarte en jetant un œil dans le dos de Link.

 

Juste à ce moment, le jeune homme entendit un grand cri.

 

« Derrière toi ! »

 

Mais le Héros du Crépuscule ressentit une douleur familière au niveau de son cou et y porta la main. Une fléchette. La même que celle qu’il avait trouvée dans sa maison la veille. Tout en continuant à garder son adversaire sous sa lame, Link se tourna vers l’endroit d’où venait le projectile. Un des gardes de l’armée de Tradan s’avançait vers lui. Celui-ci retira son casque et montra son visage.

 

« Cadmeen, comment es-tu entré dans le palais ?

— Je suis venu pour porter un message de mon roi te concernant ! Tu ne pensais tout de même pas que nous t’avions oublié !

— Te fatigues pas je sais que tu conspires avec Vernarte depuis le début !

— Aurais-tu retrouvé ta mémoire ?

— Une partie seulement. Que m’as-tu fait ?

— Je t’offre la possibilité de te reposer. Tu m’as l’air exténué. »

 

Link commençait à ressentir les effets du produit qui venait de lui être injecté et sentait ses forces le quitter. Il abaissa son épée et recula légèrement, en proie à de violents vertiges et luttant contre le sommeil qui le gagnait.

 

« Ne résiste pas, lui dit Cadmeen, ça ne sert à rien. »

 

Le Héros du Crépuscule fit un pas vers son ennemi, mais il s’écroula sur le sol. La princesse poussa un cri et se précipita vers lui. Elle s’agenouilla à ses côtés et posa sa main sur son visage.

 

« Link, que t’arrive-t-il ?

— Va-t-en, Zelda, fuis ! Laisse-moi !

— Non, ne me demande pas ça. Je ne peux pas le faire ! Je … je … je t’aime. »

 

Mais le jeune homme avait déjà sombré dans l’inconscience et n’avait pas entendu les derniers mots prononcés par son ennemi.

 

« Voyez-vous ça, se mit à ricaner Cadmeen, une princesse amoureuse d’un petit berger.

— Que lui avez-vous fait, demanda-t-elle en se tournant vers lui.

— Vous avez vraiment l’air inquiète pour lui ! Il n’est pas mort, pourtant cela aurait peut-être été préférable pour lui », dit-il en l’attrapant par le bras et en la remettant debout.

 

Vernarte fit quelques pas vers elle et s’arrêta devant Link.

 

« Je vous conseille d’être coopérative si vous voulez qu’il se réveille », ajouta-t-il en approchant son arme de celui qui était étendu à ses pieds.

 

Le traitre se baissa et se fouilla Link à la recherche du flacon que ce dernier avait ramassé. Après l’avoir retrouvé, il le tendit à Cadmeen qui l’ouvrit et le plaça sous le nez de Zelda. Elle voulut détourner la tête, mais le général la maintint par le cou pour la forcer à respirer le produit.

 

La princesse ressentit une intense douleur en inspirant la première bouffée. Elle poussa un long cri et s’écroula perdant peu à peu conscience.

 

« Pourquoi est-ce aussi rapide, demanda Cadmeen.

— C’est du concentré, votre roi a insisté pour que ce soit expéditif pour elle.

— Pourquoi ? Elle mérite de souffrir autant que lui !

— Je n’en ai pas la moindre idée. Il doit éprouver des sentiments à son égard. »

 

Ce furent les derniers mots que la princesse entendit avant que l’obscurité ne vienne l’entourer.

 

* * *

 

À son réveil, Link était allongé sur une banquette dans une pièce sombre qui lui semblait familière. Observant tout autour de lui, il reconnut la cellule de haute sécurité dans laquelle Ganondorf l’avait enfermé à son retour du passé.

 

En se redressant, le jeune homme s’aperçut que ses mains étaient attachées par une grosse chaîne accrochée au mur de chaque côté de la couchette. Le prisonnier ne se souvenait pas de la présence de ces fers lors de son précédent séjour. Ceux-ci ne lui permettaient que peu de mouvements et l’empêchaient de se déplacer à l’intérieur de sa geôle.

 

Les derniers événements lui revinrent en mémoire en un instant : sa dispute avec Iria, la réunion de la résistance, l’opposition de Corentin, son combat avec Vernarte, la fourberie de Cadmeen… et la princesse qui n’avait pas voulu fuir. Il se leva d’un bond.

 

« Zelda !

— C’est trop tard, lui dit Vernarte qui l’observait à travers les barreaux, tu ne la sauveras pas !

— Que lui as-tu fait ?

— Cela ne te concerne plus ! Tu es désormais considéré comme un criminel. Les fers autour de tes poignets le prouvent. Ils ont été installés après l’évasion des hommes que tu avais arrêtés.

— Je veux savoir comment va la princesse !

— Elle est devenue très obéissante ! »

 

Link repensa au flacon qu’il avait ramassé sur le sol juste avant son combat avec Vernarte et voulut chercher dans une de ses pochettes, mais celles-ci lui avaient été retirées.

 

« Pourquoi suis-je ici ?

— Quand le Premier Ministre a appris ce que tu avais failli faire à la princesse…

— Je ne l’ai pas touchée, tu le sais très bien !

— Tu avais le couteau qui l’a blessé dans la main. Tu risques d’avoir du mal à prouver ton innocence.

— Blessée ? Elle et blessée ?

— Rien de grave ! Tu l’as à peine effleurée !

— Et maintenant, que va-t-il se passer ?

— Le Conseil des ministres est justement en train de décider de ton sort. Vois-tu, le roi de Tradan est venu en personne pour te réclamer à la princesse. Tu as beaucoup de valeur à ses yeux.

— Je ne le connais même pas.

— Tu l’as pourtant rencontré à plusieurs reprises !

— Qui est-ce ?

— Tu le sauras bien assez tôt. Le monarque est venu poser un ultimatum. Soit Hyrule te livre bien gentiment à eux, soit il y aura une guerre. »

 

Link regarda son ennemi dans les yeux.

 

— Livrer le Héros qui a sauvé le royaume leur aurait sans doute posé des problèmes de conscience ! Par contre, livrer celui qui a attaqué la princesse Zelda …

— Tu avais tout prévu !

— Bien sûr ! J’ai d’abord essayé de t’empêcher d’atteindre la clairière en lançant les soldats de Tradan à tes trousses.

— Je me doutais tu étais derrière tout ça ! Ils ont tout fait pour me séparer de mon escorte !

— Évidemment, ils devaient te ramener avant que tu ne retrouves la mémoire ! Mais tu as réussi à te faire aider par le petit monstre qui vit dans la forêt de Firone.

— Skull Kid n’est pas un monstre.

— Je lui réglerai son compte en temps voulu, car je serai bientôt le maître incontesté de ce pays.

— Tu n’as pas encore gagné !

— La princesse Zelda est déjà en mon pouvoir et fera tout ce que je lui dirai. Elle a subi le même traitement que toi. »

 

Link ferma les yeux en repensant à la souffrance que provoquait la transformation. Il les rouvrit et les fixa sur son adversaire.

 

« Je suis encore là et je suis au courant de tes intentions.

— Peut-être, mais tu n’auras pas l’occasion de les dévoiler ! Dès demain, tu seras de nouveau aux mains des hommes de Tradan, tu n’auras plus l’occasion de parler à qui que ce soit en dehors de ma présence.

— J’ai sauvé ce royaume. Ils vont en tenir compte.

— Crois-tu ? Une guerre pourrait tuer beaucoup de monde. Perdre des milliers de vies pour sauver un homme qui s’en est pris à la princesse n’est pas envisageable.

— Je n’ai rien fait !

— Bien sûr que si, tu étais sur le point de poignarder Zelda, le général Cadmeen a été obligé de te tirer une flèche dans le bras pour t’en empêcher. Ensuite, tu as cassé la flèche et tu l’as attaqué, j’ai été obligé de t’assommer !

— Et comment expliques-tu l’absence de coup.

— Mais, je suis un membre reconnu de l’armée, ma parole ne sera jamais mise en doute. Par contre, malheureusement pour toi, ta longue absence et le mystère qui l’entoure jouent en ta défaveur ! Bon, je dois retourner à mes occupations. Je vais t’envoyer un médecin pour ton bras. N’essaye pas de fuir, tu pourrais aggraver ton cas. »

 

Vernarte sortit. Le Héros du Crépuscule retourna s’asseoir sur la banquette. Il connaissait d’avance la décision qui serait prise. Link repensa à la princesse et sentit son cœur se briser en imaginant à la souffrance qu’elle avait dû endurer par sa faute. À cause de son incapacité à la protéger.

 

Un quart d’heure plus tard, le docteur Borville entra dans le cachot. Celui-ci jeta un coup d’œil au prisonnier et poussa un soupir de mécontentement en reconnaissant le jeune homme. Il était accompagné du général Cadmeen, venu surveiller sa proie. Mais Link savait très bien que ce charlatan ne lui serait d’aucuns secours.

 

Le médecin retira le morceau de flèche avec beaucoup brutalité. Ayant été réquisitionné, il ne toucherait rien pour ses soins et voulait en finir rapidement. La plaie fut néanmoins suturée  avec application et bandée. Une fois son travail accompli, le patricien quitta la cellule.

 

Cadmeen referma la grille et ressortit de la pièce avec les deux soldats de garde. La porte se rouvrit quelques minutes plus tard devant Moï et Vernarte. Link se leva. Le mentor s’assit à côté de son ancien élève et l’invita à faire de même. Le général hylien resta debout derrière le visiteur.

 

« Je viens d’assister à la réunion du Conseil des ministres. Je suis chargé de t’annoncer leur décision.

— Pourquoi toi ?

— J’y étais en tant que représentant du village dans lequel tu as grandi. J’ai demandé à t’annoncer le résultat et la permission m’a été accordée. Je voulais te parler. Pourquoi, Link ? Pourquoi avoir tenté de nuire à celle que tu as eu tant de mal à sauver ? Je ne comprends pas ! »

 

Link ouvrit la bouche pour démentir l’accusation, mais croisa le regard de Vernarte qui lui fit comprendre ce qui arriverait à Moï s’il prononçait une seule parole.

 

«  Parle-moi ! Je suis prêt à t’écouter. Donne-moi tes raisons ! »

 

Le Héros du Crépuscule garda le silence, les yeux au sol.

 

« Je suis déçu ! Je pensais que nous étions amis, mais je vois que tu m’as menti. Le Conseil a décidé de te livrer au roi de Tradan. Tu seras conduit à leur camp demain matin. Nous n’aurons plus l’occasion de nous revoir, tu n’as toujours rien à me dire ? »

 

Craignant de lire de la déception dans les yeux de son mentor, Link baissa la tête. Le jeune homme préféra continuer de se taire pour ne pas mettre la vie de son maître d’armes en danger. Pourtant, au fond de son cœur, le Héros du Crépuscule était torturé. Même lorsqu’il faisait des bêtises étant enfant, jamais Moï ne s’était dit déçu par son comportement.

 

« Dans ce cas, adieu, Link ! »

 

Moï tourna le dos à son ancien élève et sortit sans lui accorder un seul regard, par la porte restée ouverte. Le Héros du Crépuscule le vit s’éloigner, le cœur lourd. Il posa les yeux sur Vernarte qui lui souriait avec cruauté. Ce petit échange l’avait amusé et la détresse du jeune homme lui  procurait beaucoup de plaisir.

 

« Profite de ta dernière nuit dans ce château, car tu ne reviendras pas, cette fois. »

 

Il éclata de rire et sortit. La porte se referma derrière lui, laissant Link seul, avec ses doutes et sa peine.

Articles similaires :

Ajoutez un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *