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Le temps d’un Crépuscule : chapitre 46

Ils atteignirent la citadelle en début de soirée et se dirigèrent vers la taverne de Thelma dans laquelle la Résistance avait établi sa base. Au moment où il entra dans la salle principale, Link eut une mauvaise surprise. Iria était en train de discuter avec la propriétaire. Lorsque cette dernière aperçut le jeune homme, elle se précipita sur lui et le serra dans ses bras.

 

« Tu ne peux pas savoir à quel point je suis contente de te voir. Les autres vont être ravis. Tout le monde est présent, sauf Ash qui n’est pas encore là. Que t’est-il arrivé ?

— Laisse-le souffler un peu, répondit Moï. Il racontera son histoire tout à l’heure ! Tu n’auras qu’à te joindre à nous. »

 

Pendant qu’ils parlaient, Iria s’était approchée.

 

« Link, je voudrais te parler !

— Pas moi ! En plus, ce n’est pas le moment ! J’ai des choses importantes à faire !

— Non, cette fois, tu ne vas pas te défiler ! Thelma, y a-t-il un endroit où nous pourrions discuter tranquillement ? »

 

La tavernière se dirigea vers l’escalier. Iria prit Link par le bras, mais celui-ci résistait.

 

« Vas-y, vous avez besoin de discuter tous les deux, ajouta Moï. Je raconterai ton histoire aux autres pendant ce temps ».

 

À contrecœur, le jeune homme suivit Thelma qui les conduisit dans une chambre inoccupée et les laissa. Link s’assit sur le lit.

 

« Alors, que voulais-tu me dire ? J’attends ! Je te l’ai dit : je suis très occupé !

— Ce n’est pas facile, laisse-moi un peu de temps ! »

 

Juste à ce moment, Corentin entra dans la pièce. Thelma lui avait parlé de la présence de Link et il était inquiet.

 

« Tu as besoin d’un protecteur pour discuter avec moi, dit-il en lançant un regard méprisant à Corentin. Me crois-tu capable de te frapper ? Ce n’est pas parce que tu le mérites que je le ferai ! »

 

Sentant que la présence du jeune homme irritait le Héros du Crépuscule, Iria demanda à son mari de l’attendre à l’extérieur. Ce qu’il fit, de mauvaise grâce. Pour lui, Link n’était plus le même.

 

« Voilà, nous sommes seuls à présent ! Es-tu disposé à entendre ce que j’ai à te dire ?

— Ça dépend ! Je ne suis pas d’humeur à écouter tes excuses !

— Je ne suis pas là pour t’en présenter ! Je n’ai pas à le faire ! Je n’ai rien fait de mal !

— Arrête, le lendemain ma disparition, tu étais déjà dans les bras de cet emplumé ! Tu m’as trompé dès que j’ai eu le dos tourné !

— Qu’est-ce que tu racontes ? Si j’avais voulu t’être infidèle, ne penses-tu pas que je l’aurais fait bien avant ? Qui a bien pu te mettre des idées pareilles en tête ?

— Personne, je t’ai vue ! Tu te pavanais dans ses bras ! Tu devrais avoir honte !

— Mais de quoi parles-tu ?

— N’as-tu pas accompagné la princesse Zelda dans ses recherches ? Ce cher Corentin était avec vous. Il a probablement voulu profiter de la situation.

— C’est vrai, j’y étais et lui aussi. Quant au reste, tu te fais des idées. Mais comment le sais-tu ?

— Je te le répète, je vous ai vus.

— Tu as vu quoi exactement ?

— Te souviens-tu d’avoir rencontré le commandant Vernarte dans la plaine d’Hyrule pendant vos recherches. Il conduisait une petite carriole.

— Oui, et alors ! C’est lui qui t’en a parlé ? Qu’a-t-il vu ?

— Iria, j’étais dans cette voiture, pieds et poings liés. Je n’ai pas pu vous faire comprendre que j’étais là. Des soldats m’ont contraint au silence. Je t’ai vue faire semblant de pleurer pour t’attirer ses faveurs. Et il est tombé dans le panneau ! »

 

La jeune fille avait pâli.

 

« Tu veux dire que nous sommes passés à côté de toi sans le savoir et que si nous avions regardé dans cette carriole, nous aurions pu te sauver ? »

 

Iria avait les larmes aux yeux.

 

« Exactement, mais vous avez cru cet homme et j’ai vécu un enfer par sa faute. Tu n’as pas idée de ce qu’il s’est passé là-bas. Ils m’ont…

— Tu as retrouvé la mémoire ?

— Une partie seulement ! Mais ne change pas de sujet ! Quand Vernarte vous a dit qu’il ne savait pas où j’étais, tu as commencé à pleurer …

— Je culpabilisais de t’avoir laissé seul !

— Ne cherchais-tu pas plutôt à attirer l’attention du beau garde présent ! Une pauvre fille seule et sans défense attire la compassion de tout le monde…

— Tu n’as pas le droit de dire ça !

— Pas le droit, commença-t-il à crier. Je t’ai vue, Iria. À travers la bâche, tu étais dans ses bras ! À te pavaner ! Et devant mon pire ennemi, en plus ! Alors, ne joue pas à la victime ! Tu es le bourreau ! »

 

Attirés par les éclats de voix, Corentin et Thelma étaient entrés.

 

«  Après tout ce que j’ai fait pour toi, c’est comme ça que tu me remercies ! J’ai risqué ma vie pour sauver la tienne. Tu disais m’aimer ! Ce que j’ai pu être naïf de le croire ! Tu n’es qu’une …

— Je t’aimais et je t’aime toujours, mais pas comme tu le souhaiterais. J’ai grandi, Link … sans toi !

— Dis tout de suite que c’est de ma faute ! Je t’ai poussé dans ses bras sans doute ?

— Je n’ai pas dit ça ! Je t’ai attendu, mais tu ne revenais pas.

— Je suis là maintenant ! Tu aurais dû savoir que je réapparaîtrais. Si tu m’aimais, tu aurais dû le savoir ! Ces sept années n’ont pas été une partie de plaisir ! Sache que j’ai été vendu comme esclave par un homme qui a désormais toute la confiance de Zelda et qui compte prendre le pouvoir en Hyrule.

— Ça n’a pas été facile pour moi, non plus !

— Ne compare pas ta vie à la mienne ! Je n’ai trahi personne, moi. Je n’ai pas changé ! Je ne me suis pas donné à la première venue. Je te suis resté fidèle malgré tout !

— Moi aussi !

— Non, tu m’as trahi ! Tu n’es qu’une… traînée ! »

 

C’en était trop pour la jeune fille qui fondit en larmes et se précipita à l’extérieur de la pièce. Corentin qui avait assisté à la scène ne put s’empêcher d’intervenir. Il faisait un effort considérable pour ne pas frapper Link.

 

«  Tu es drôlement gonflé de lui dire ça ! Après le temps qu’elle a passé à t’attendre ! Tu n’as aucune idée de ce qu’elle a enduré durant ton absence !

— Et toi, tu prends sa défense comme un bon toutou ! Elle t’a bien embobiné, toi aussi ! »

 

Le Héros du Crépuscule ne vit pas arriver le coup de poing que lui asséna le mari d’Iria.

 

«  Ne t’avise plus de lui parler sur ce ton ou de la faire pleurer, car tu auras affaire à moi ! »

 

Link passa sa main sur sa lèvre et essuya le sang qui coulait, puis il se releva prêt à rendre le coup reçu, mais Thelma s’interposa.

 

« Pas de bagarre dans mon établissement. Corentin, va t’occuper d’Iria, elle a besoin de toi. C’est ton rôle ! Je m’occupe de lui.

— C’est ça, va retrouver ta « femme », avant qu’elle ne tombe sur un autre et ne t’abandonne toi aussi. »

 

Le jeune homme voulut s’élancer vers Link pour lui faire ravaler ses paroles, mais un seul regard de la tavernière suffit à le calmer. Il sortit en claquant la porte. Elle se tourna alors vers Link, de la colère dans les yeux.

 

« Que t’arrive-t-il ? Jamais je ne t’ai vu dans un état pareil ? Te rends-tu compte de ce que tu viens de lui faire ? Tu n’avais pas le droit d’utiliser ce mot contre elle. Ce n’est pas justifiable ! Tu devrais avoir honte de ton comportement !

— Pourquoi prends-tu sa défense, toi aussi, s’énerva-t-il ? C’est moi qui ai été trahi ! Pas elle !

— Ca suffit, maintenant, tempêta-t-elle à son tour, Iria m’a tout raconté sur ta façon de réagir. Tu n’as aucune idée de la manière dont elle a vécu après ta disparition.

— Et comment devrais-je réagir selon toi ?

— Commence par te mettre à sa place. Nous n’avions aucune nouvelle de toi ! Nous ignorions même si tu étais toujours en vie ! Devait-elle mettre sa vie entre parenthèses ? Et si tu n’étais jamais revenu ?

— Je ne suis pas parti de mon plein gré !

— Je me doute ! Laisse-moi soigner ta lèvre !

— Ce n’est pas la peine ! Les autres m’attendent ! J’ai déjà perdu assez de temps ! Merci Thelma !

— Attends ! »

 

Link qui s’était levé se retourna.

 

« Viens t’asseoir ! »

 

Le jeune homme s’exécuta en soupirant.

 

« J’ignore ce que tu as vécu pendant tes années d’absence et à te regarder, je pense que cela n’a pas été facile. Mais sache que c’est également le cas pour elle.

— ça ne l’a pas empêché de vivre sa vie !

— Elle a vécu plusieurs années dans ton souvenir. Corentin a patienté le temps qu’il a été nécessaire à Iria pour pouvoir de nouveau s’ouvrir aux autres. Je n’ai qu’une question à te poser : as-tu toujours été honnête avec elle ?

— Évidemment !

— Pourtant, je me souviens d’un jour où une certaine personne a rougi lorsque la princesse lui a accroché une belle médaille sur la tunique. »

 

Le rouge monta de nouveau aux joues de Link.

 

« Ça n’a rien à voir. Zelda est une altesse royale et …

— Crois-tu ? Ne serait-ce pas plutôt, parce qu’elle te plaît… »

 

Le jeune homme la regarda, médusé. Qu’était-elle allée imaginer ? Il repensa aux paroles de Vernarte : « Elle est amoureuse de toi. Tout le monde le sait. Sauf toi ! Quel idiot ! »

 

« Iria et toi, vous avez grandi ensemble et vous êtes devenu inséparables. Tu le sais, au fond de toi ! Tu aimes aussi la princesse et …

— Ce n’est pas la même chose !

— Non, tu as raison ! Ces deux sentiments sont très différents. Prends le temps de les analyser et tu comprendras beaucoup de choses !

— C’est tout ce que tu avais à me dire ?

— Une dernière chose encore. Tu aimes Iria, ne prends pas le risque de perdre son amitié ! »

 

Link se leva. Il en avait assez entendu. La colère bouillonnait en lui.

 

« Tu es exaspéré, je le sens ! Repense à ce que je t’ai dit ! Elle ne mérite pas tes reproches ! Et repasse me voir ! Tu m’as manqué ! »

 

Le jeune homme sortit de la chambre et se rendit dans la petite salle qui servait aux réunions de la Résistance. Link sourit en repensant aux nombreuses heures qu’il avait passées ici lors de sa convalescence après la blessure infligée par Vernarte qui avait bien failli lui coûter la vie ! Moï, Jehd, Corentin et Lafrel étaient en pleine conversation. Tous se turent à son apparition.

 

« Ash est déjà repartie, demanda-t-il en s’asseyant.

— Elle n’est pas venue et n’a donné de nouvelles à personne depuis plusieurs jours.

— Vous croyez qu’il lui est arrivé quelque chose ?

— Elle suivait une piste qui semblait sérieuse et n’a pas voulu nous en dire plus avant d’en être sûre.

— Nous avions convenu d’envoyer régulièrement de nos nouvelles, ajouta Lafrel, c’est inquiétant ! »

 

Le silence s’installa entre eux. Moï reprit.

 

« J’ai raconté ton histoire. Nous sommes prêts à te venir en aide. Quels sont tes plans ?

— Je dois d’abord parler à Zelda et lui révéler les véritables intentions de Vernarte. Il ne doit pas s’emparer du pouvoir.

— Qu’est-ce-qui nous dit que ce n’est pas toi qui cherches à le faire, l’interrompit Corentin. Tu as des preuves de ce que tu avances ? Ce sont des soldats qui sont à ta poursuite. Peut-être as-tu tenté un coup d’État là-bas. La célébrité, ça rend fou !

— Rien ne le prouve en effet ! Il s’agit de ma parole, si tu ne me crois pas, tu peux toujours sortir. Mais jette un œil à ceci ! »

 

Le Héros du Crépuscule retira le pendentif qu’il portait autour de son cou et le posa devant Corentin.

 

« Les hommes qui m’ont attaqué à la Clairière m’ont mis ceci. Tu dois savoir ce que cela provoque. Tu l’as vu de tes yeux. Ce collier ne fera plus de mal à personne, car la pierre est désactivée. Penses-tu réellement qu’ils s’autoriseraient ce genre de procédé si leurs accusations étaient valables ?

— La fin justifie parfois les moyens !

— Et qui t’a appris un tel précepte ? Vernarte, probablement ! Sache que c’est certainement lui qui a envoyé les soldats à nos trousses ce matin. Les ordres que tu as suivis n’étaient destinés qu’à m’isoler. Ainsi, je me retrouvais sans protection face à mes ennemis ! Et son plan a bien failli fonctionner !

— Il est venu à notre secours, figure-toi.

— Laisse-moi deviner, les gardes se sont enfuis en le voyant arriver. Il n’a même pas eu à sortir son épée du fourreau, j’imagine. As-tu une idée de l’identité de ces hommes ?

— Oui, je sais. Moï nous a tout raconté. Mais là encore, il s’agit de ta parole. »

 

Link se leva.

 

« Dans ce cas, je ne vois pas ce que je fais ici.

— Assieds-toi, lui ordonna Moï. Il va falloir commencer à vous entendre tous les deux. Vous êtes dans le même camp. »

 

Il se tourna vers Corentin.

 

« Tu ne connais pas Link aussi bien que nous. Si tu n’as pas confiance en lui, fie-toi à moi.

— Personne ne le voit pendant sept ans et il faudrait le croire sur parole.

— Ça suffit, je ne veux pas en entendre plus. Surveillez Vernarte, vous comprendrez rapidement que je vous dis la vérité. Je repars au palais. »

 

Après avoir dit ces mots, Link se leva et sortit, laissant le pendentif sur la table de la pièce. Il en avait assez de devoir se justifier. Le jeune homme quitta la taverne après avoir remercié Thelma et se dirigea vers le palais. Zelda devait être avertie rapidement des véritables intentions de celui en qui elle avait placé toute sa confiance.

 

Devant les portes du château, il s’annonça demandant à être reçu par la princesse. On lui répondit qu’elle s’entretenait avec le général Vernarte en privé dans la Salle du Trône. Pris d’une soudaine inquiétude, le Héros du Crépuscule se précipita à l’intérieur et traversa les couloirs en courant pour rejoindre Zelda le plus vite possible.

 

Arriverait-il à temps pour empêcher son ennemi de mettre son plan à exécution ?

 

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