Gamezik

Le temps d’un Crépuscule : chapitre 45

À son réveil dans un lieu inconnu, Link se releva et regarda autour de lui afin de se situer. Ses mains n’étaient plus attachées et ses douleurs s’étaient calmées. Il se trouvait face à un petit homme d’âge mûr vêtu d’une robe de bure, qui l’observait avec un sourire bienveillant.

« Rauru ?

— Oui, c’est bien moi ! Comment te sens-tu ?

— Un peu perdu ! Où suis-je ?

— Tu es dans le Temple de la Lumière. Enfin, tu n’es pas vraiment ici.

— C’est un rêve ?

— On peut dire ça ! Voilà pourquoi tu ne ressens plus aucune douleur. Ton corps se trouve toujours dans le Sanctuaire. Je devais te parler. Tu es venu récupérer l’Épée de Légende ?

— Oui, je pensais qu’elle pourrait anéantir le pouvoir qui bloquait la Triforce.

— Et tu as bien fait, regarde ce qui emprisonnait ton Courage. »

Rauru montra un objet triangulaire à Link. Il avait la même teinte que celle prise par la Triforce lorsqu’elle avait été affaiblie. Le jeune homme ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil à sa main. La marque avait retrouvé sa couleur d’origine, mais pas son éclat.

« Ton fragment mettra du temps à se remettre d’un tel traitement. Il est encore faible et fragile. Cet artéfact n’aura plus aucune influence dessus, mais il a déjà causé beaucoup de dégâts.

— Qu’est-ce que c’est ?

— On l’appelle Darkforce, c’est un pouvoir aussi ancien que celui que tu portes en toi. Il a réduit ton Courage à l’impuissance te privant ainsi de protection contre leur traitement.

— Le rubis…

— C’est une pierre incandescente que l’on trouve dans le désert Gerudo. Elle a la particularité de faire réagir une molécule contenue dans les vapeurs de ce produit, le polyrème. Seule, cette solution est inoffensive. Tu peux en avoir dans les veines sans que cela affecte ton corps. Mais une fois mise en contact avec la pyronite, elle déclenche un procédé qui va endormir ta conscience, te privant ainsi de ton libre arbitre. Les yeux du sujet se vident alors de toute expression.

— Pourtant, j’ai vu la princesse Zelda avec ce pendentif autour du cou, mais son regard n’était pas vide. Elle semblait juste incapable de contrôler son corps.

— Elle avait une protection : la Sagesse.

— Pourquoi se sont-ils donné la peine de me priver de mon fragment ? Ce n’était pas utile pour faire de moi un de leurs esclaves.

— Je n’ai pas la réponse à cette question ! Tu devras la poser à celui qui t’a infligé ce traitement.

— Le roi de Tradan ? Je ne le connais même pas ! C’est Vernarte qui a tout manigancé et il ne pouvait pas connaître l’existence de cet artefact.

— Il est le responsable de ta soudaine disparition ? »

Link raconta à Rauru les dispositions qu’il avait mises en place pour aider le commandant à reprendre une vie normale et la trahison de ce dernier.

« Je reçois régulièrement des informations des autres sages et des différents protecteurs d’Hyrule. J’ai appris ta disparition et j’ai ressenti la douleur de ton fragment, mais j’ignorais où tu étais. Je savais néanmoins que tu étais toujours en vie, car la Triforce du Courage réapparaissait à intervalles réguliers. Sais-tu pourquoi ?

— Non, la dernière chose dont je me rappelle c’est d’avoir été enfermé dans une salle avec leur pierre autour du cou et d’avoir inhalé un produit brûlant. Puis, c’est le noir total jusqu’à mon réveil dans une chambre de l’auberge de Cocorico.

— Oui, j’ai appris ton retour par le protecteur de ce village. Il m’a raconté avoir vu arriver un cheval apeuré qui a laissé tomber son cavalier dans l’eau de la source. L’homme est tombé sur une pierre.

— J’imagine que cet homme, c’était moi ?

— Oui, des soldats sont arrivés juste après et se sont dirigés vers toi, mais tu t’étais évanoui. Sans l’intervention du gardien qui a fait fuir tes agresseurs, tu n’aurais jamais été retrouvé par Reynald.

— Je n’en ai aucun souvenir, mais j’irai le remercier !

— Ta mémoire te revient petit à petit. Donne-toi du temps ! Autre chose : en neutralisant la Darkforce, l’Épée a désactivé la pierre que tu portes autour du cou. Elle est désormais inoffensive. Conserve-la, tu pourrais en avoir besoin. »

Link posa machinalement sa main sur le pendentif.

« Quelle utilité pourrait-il avoir ?

— Je ne peux te le révéler. Mais fais attention ! Tu es encore en danger, car le produit est toujours dans tes veines. Tu devras trouver un antidote pour en être libéré.

— Merci pour toutes ces informations. Je ne peux rester ici plus longtemps. Je dois empêcher Vernarte de prendre le pouvoir !

— Tu n’y arriveras pas seul, cette fois ! Demande de l’aide !

— Je sais à qui m’adresser, ne vous en faites pas !

— Sois prudent ! Une ombre rode au dessus d’Hyrule. Je ne parviens pas à la définir, mais je ressens le danger ! »

Link acquiesça et ferma les yeux. Il les rouvrit presque aussitôt et se retrouva dans la clairière. Le pommeau de l’arme se trouvait dans une de ses mains toujours attachées dans son dos. Avec précaution, le jeune homme descendit ses poignets le long du tranchant. Au moment où la corde entra en contact avec celui-ci, elle se fendit en libérant ses bras.

Le Héros du Crépuscule se retourna et observa l’Epée Sacrée, plantée sur son socle. Celle-ci ne pouvait être utilisée que par lui, l’Elu. La reprendre signifiait que son combat n’était pas terminé et que sa vie ainsi que celles de ses amis seraient de nouveau en danger.

Délicatement, Link posa ses doigts sur la poignée et resserra lentement son étreinte. Une douce chaleur l’envahit aussitôt. La lame légendaire semblait l’encourager à la sortir de son sommeil. Respectueusement, il donna une légère impulsion à l’arme qui se délogea de son piédestal et la leva au-dessus de sa tête, face au soleil. Elle se mit alors à briller de mille feux.

Link la rangea dans le fourreau qui avait abrité le cadeau de la princesse et se dirigea vers la forêt en réfléchissant au meilleur moyen de commencer la lutte. L’ennemi disposait d’un terrible pouvoir contre lui. Rauru avait raison : seul, le jeune homme ne pouvait vaincre. Il avait besoin d’alliés.

Son ancien mentor pourrait l’aider à reformer la Résistance. Le Héros du Crépuscule s’approcha de sa monture, l’enfourcha et partit au galop en direction du village de son enfance. Il se demanda brièvement où se trouvaient les membres de son escorte. Mais la plaine était vide : aucun soldat n’était visible.

Le trajet fut de courte durée. Link passa devant sa cabane sans s’attarder et atteignit les premières maisons. Les habitants étaient occupés à leurs tâches quotidiennes lorsqu’ils le virent arriver. Il eut juste le temps de descendre de son cheval avant d’être assailli de toutes parts. Ses amis désiraient simplement prendre de ses nouvelles, mais ils ne lui laissaient pas la possibilité de répondre à leurs questions.

Ce fut Bohdan qui lui permit de leur échapper.

« Link, quelle bonne surprise ! Comment te portes-tu, dit-il en prenant le jeune homme par le bras.

— Beaucoup mieux que la dernière fois. Je suis venu pour voir Moï, je dois lui parler.

— Je savais bien que tu ne nous rendais pas une visite de politesse, mais où est passée ton escorte ? J’ai entendu dire que la princesse ne te laissait plus sortir seul, depuis qu’elle sait que tu es recherché.

— Nous avons été … séparés. Je dois voir mon ancien mentor. C’est important.

— Il ne devrait pas tarder à rentrer, intervint Ute au grand soulagement du jeune homme. Il est parti couper du bois. Viens l’attendre à l’intérieur. »

Link suivit la femme qui tenait par la main une petite fille de sept ans. Il se sentait mal à l’aise en compagnie du père d’Iria suite aux récents bouleversements dans ses relations avec son amie. Ute le fit entrer dans la maison et lui proposa de prendre une tasse de thé en attendant.

« Je suis désolé de t’avoir effrayée lors de ma dernière visite, commença-t-il. Je crois savoir que c’est toi qui as réussi à retirer la pierre de ma main.

— Oui, ta main était si crispée. J’ai bien cru ne jamais y arriver. Ne t’excuse pas ! Ce n’était pas intentionnel de ta part.

— Non, mais je regrette de t’avoir inquiétée.

— C’est normal que ton état de santé nous intéresse. Après tout, tu fais partie de la famille, ajouta-t-elle en prenant le jeune homme dans ses bras. Comment te sens-tu à présent ?

— Bien mieux, répondit-il en souriant à celle qui avait pris soin de lui durant son enfance. Mais le mal est toujours en moi. Et je dois rapidement trouver un remède.

— Et tu as besoin de mon mari pour y parvenir ?

— Oui, je pense qu’il pourra m’aider.

— Il en sera ravi. D’ailleurs le voilà ! »

La porte s’ouvrit et Moï entra portant un tas de bûches qu’il posa près de la cheminée. À la vue de son ancien élève, il sourit. Après s’être délesté de son chargement, le maître d’armes s’approcha du jeune homme.

« Tu sembles aller mieux que la dernière fois !

— Oui, j’ai reçu de bons soins au château. J’aimerais te parler en privé.

— Dans ce cas, viens avec moi ! »

Les deux hommes sortirent de la maison et se rendirent près de la source, située au nord du village. Ils s’assirent sur les bords du petit étang pour discuter, selon leurs anciennes habitudes.

« Tu voulais me parler, il me semble, lui dit Moï.

— Oui, j’ai retrouvé une partie de ma mémoire et je vais avoir besoin d’aide.

— Raconte-moi ce dont tu te souviens. »

Link relata à Moï les événements dont il s’était rappelé. Ce dernier l’écouta jusqu’au bout sans l’interrompre.

« Donc, tu as bien été victime d’un enlèvement et c’est ce Vernarte qui en est l’auteur.

— Il me rend responsable de l’arrestation dont il a fait l’objet après la défaite de Ganondorf.

— Je vois ! En quoi puis-je t’être utile ?

— Cet homme a l’intention de prendre le pouvoir et je dois l’en empêcher, mais j’ignore l’avancée de ses projets. Peut-être est-il déjà trop tard. Penses-tu pouvoir réunir les membres de la Résistance ?

— La Résistance a déjà été reformée. Corentin ne t’a rien dit ?

— Pour être honnête, mes relations avec le mari d’Iria sont assez difficiles…

— Pourtant, ce garçon t’admire beaucoup !

— C’est pour ça qu’il m’a volé celle que j’aimais ? »

Moï comprit que son élève ne désirait pas pousser plus avant cette partie de la conversation.

« Après ta disparition, des recherches ont eu lieu dans tout le royaume. Au bout d’un certain temps, elles ont cessé. La Résistance a pris le relais : Ash, Corentin, Jedh, Lafrel et moi. Nous avons commencé à te chercher en dehors du royaume.

— Donc, vous n’avez jamais…

— Cru à ta mort ? Non, je savais que tu étais en vie. Pourtant, toutes les traces que nous trouvions nous prouvaient le contraire.

— Quelles traces ?

— La tache de sang dans ta maison et puis celles que nous avons trouvées dans la maison du Héros du Temps.

— Oui, j’y étais ! C’est là que Vernarte m’a conduit, avant de me faire quitter le pays.

— Nous organisions des réunions régulières pour nous tenir au courant de nos découvertes. Chacun te cherchait selon ses possibilités et ses disponibilités. Ash et Lafrel étaient les explorateurs !

— Que faisaient-ils ?

— Ils parcouraient les routes en interrogeant un maximum de personnes. Nous n’avons jamais perdu l’espoir de retrouver ta trace. Tu te trouvais bien quelque part. »

Link restait silencieux. Savoir que les membres de la Résistance avaient cru en son retour lui réchauffait le cœur.

« Notre prochaine réunion a lieu ce soir, je devais justement m’y rendre. Veux-tu te joindre à moi ? Ils seront très contents de te revoir. Lors de notre dernier rendez-vous, Ash nous a dit qu’elle était sur une bonne piste. Imagine sa déception ! »

Les deux hommes se levèrent et regagnèrent le village où Moï prépara sa monture pour rejoindre la citadelle.

« Mais attends une seconde, tu es seul ?

— Oui », répondit Link étonné par la question.

La rougeur que prit alors le visage de son maître d’armes lui fit comprendre le problème.

« Tu te promènes sans escorte dans le royaume avec cette meute à tes trousses ? Tu tiens vraiment à redevenir un esclave ?

— J’étais accompagné d’une troupe de soldats, mais Vernarte nous a tendu un piège. »

Il raconta ses difficultés pour rejoindre la clairière. Moï sembla se calmer un peu.

« C’est une raison de plus pour laquelle tu ne dois pas te balader sans protection. Tu aurais fait quoi si tu avais croisé des soldats en venant ici ?

— Je n’ai croisé personne. Je ne pouvais tout de même pas rester à la clairière en attendant une éventuelle arrivée des soldats d’Hyrule. J’étais bien trop exposé.

— Tu aurais dû rentrer à la citadelle et envoyer Corentin me chercher.

— Encore lui ! Je ne suis plus un gamin ! Je peux me protéger seul ! »

Les joues de Link s’étaient teintées de rouge au moment où son maître d’armes avait prononcé le prénom du mari d’Iria.

« Pourquoi es-tu venu jusqu’ici en sachant les dangers que tu courrais ?

— Parce que le temps presse. Vernarte a eu sept années pour mettre son plan à exécution. Il est maintenant le bras droit de la princesse. Le fait que j’aie retrouvé la mémoire pourrait le pousser à accélérer les choses. Mon retour l’a peut-être déjà incité à le faire.

— Je comprends, mais tu as pris énormément de risques !

— Je sais ! D’un autre côté, ils ne s’attendaient pas à ce que je revienne ici. D’ailleurs, je n’ai croisé personne sur le chemin !

— Et tu crois qu’ils ne te cherchent pas ? Tu ne penses pas à la peine que nous pourrions éprouver s’il t’arrivait quelque chose !

— Je suis désolé ! »

Link avait baissé la tête devant les reproches de Moï.

« Tu as toujours été inconscient du danger ! »

Le jeune homme leva les yeux vers son mentor et lui fit un sourire contrit.

« Nous ferions mieux d’y aller, ajouta Moï. Plus vite, nous serons partis et plus vite tu seras en sécurité derrière les portes de la citadelle.

— Je suis encore capable de me défendre !

— Tu manques d’entrainement, d’après tes derniers exploits. Ce qui est compréhensible vu ce que tu as vécu, mais nous devons résoudre ce problème. Je me charge de te réapprendre les bases.

— Merci, Moï. »

Link sourit à son mentor et tous deux enfourchèrent leurs montures. Ensuite, ils se dirigèrent vers la citadelle.

 

Articles similaires :

Ajoutez un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *